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II. — Le culte catholique

Historique. — Parmi les répercussions que la Révolution française eut sur la Prusse, il faut signaler la conclusion d'un concordat en 1821 entre ce dernier pays et le Pape. Les biens des couvents fermés furent laïcisés, mais les prêtres ne dépendirent plus que du Souverain-Pontife, tout en recevant un traitement de l'État. La constitution de 1850 ratifia ces clauses et défendit à l'État de nommer ou de confirmer la nomination à aucune charge ecclésiastique, excepté lorsqu'il avait un droit

1. G. Goyau, L'Allemagne religieuse (Penin et G", édit., 1898), p. 307.

spécial de patronage. Toutefois la constitution fut violée en 1875 par le Landtag lui-même, qui vota alors une loi retirant les allocations budgétaires aux prêtres qui n'acceptaient pas les lois de mai.

Rappelons en quelques mots ce que fut le Kulturkampf ou lutte pour la culture.

Il est certain que l'Église romaine eut le tort d'entrer la première dans l'arène politique en soutenant dès 1852 un parti catholique, qui peu après devint celui du Centre. Des fautes furent commises de part et d'autre, mais nous nous bornerons à exposer les faits.

Parles lois de mai 1873, le droitde régler l'instruction religieuse fut remis à la loi. Les petits séminaires furent supprimés et les candidats à la prêtrise durent suivre les cours d'une Faculté de Théologie. Les punitions ecclésiastiques furent réglementées, et la discipline suprême des affaires religieuses fut remise entre les mains de la Haute Cour royale.

L'année suivante, la fréquentation de la Faculté de philosophie fut même en outre exigée des candidats prêtres.

De plus, en 1875, le mariage civil fut institué, et la juridiction ecclésiastique fut déclarée incompétente pour les cas matrimoniaux. Enfin, les congrégations furent supprimées.

Des prêtres, des évêques furent expulsés ou virent leurs traitements supprimés. De l'exil, ils n'en continuèrent pas moins à administrer leurs diocèses.

Devant le péril socialiste grandissant, Bismarck alla à Canossa. Dès 1880, les lois de mai ne sont plus mises en pratique et on laisse rentrer peu à peu les évêques et les congrégations. De son côté, le Pape consent à laisser à l'État, le droit de ratifier les nominations des évêques.

En 1882, la juridictioa laïque en matières religieuses est supprimée, lÉtat ne conservant plus qu'un droit de veto pour motifs politiques ou pour instruction insuffisante.

En 1886, Texamen philosophique fut supprimé, et le candidat en théologie ne fut plus astreint qu'à suivre certaines leçons de philosophie, d'histoire et de littérature.

Sans avoir jamais été un parti révolutionnaire, le Centre est redevenu entièrement loyaliste, et c'est sous son impulsion que furent votées la législation ouvrière et les assurances obligatoires.

Dans les dernières élections au Reichstag, il a recueilli plus de deux millions de voix, réussissant à faire élire 92 députés. L'année suivante, il en faisait passer 103 au Landtag prussien.

Le Centre, il faut bien l'avouer, n'a que trop souvent pratiqué la triste politique des marchandages, passant rapidement de l'opposition systématique à l'approbation sans réserve, dès qu'il a obtenu certaines concessions. Il n'est guère intransigeant que pour soutenir les idées protectionnistes des petits paysans et des montagnards, ou l'idéal de patronage intensif que réclament les ouvriers et les petits artisans.

En tout cela, il a été bien allemand. En se laissant inféoder à l'impérialisme, il a montré dans la guerre actuelle, combien il avait été prussianisé.

Quant au rôle du clergé, nous ne pouvons mieux faire que de reprodui'e les notes suivantes^ qui résument les observations de M. II. Hemmer sur une paroisse de la plaine westphalienne.

1. Ces notes sont extraites d'une étude de MM. Hemmer et Descamps sur le Bauer du Mûnsterland parue dans la Science sociale, 2« période, lib» fasc. p. 70 et suLv.

La formation et le rôle du clergé. — Le Mùnsterland est un pays foncièrement catholique, surtout dans les campagnes. C'est aussi un pays très religieux et dans lequel le rôle du prêtre est considérable. Dans les paroisses rurales, le curé est une véritable autorité sociale.

Le clergé se recrute principalement dans la classe moyenne, parmi les artisans aisés et les paysans. Ce n'est pas à dire qu'il y ait un souci d'exclure les autres. On cherche avant tout à discerner les vocations et, en fait, on trouve des personnes issues de toutes les classes sociales dans le clergé westphalien. Pourtant, ce sont bien celles de la classe moyenne qui dominent, non seulement parce que cette classe est la plus portée à diriger ses enfants dans cette voie, mais aussi parce que les autorités ecclésiastiques aiment à s'adresser à cette source, inconsciemment ou non. Il est important de noter que les familles essaient de diriger vers la prêtrise non pas les plus malingres, les plus faibles au point de vue physique, mais ceux qui sont les mieux doués au point de vue moral et intellectuel, ce qui n'est pas toujours la même chose.

Le futur prêtre suit les classes ordinaires de l'enseignement secondaire dans un Gymnasium officiel ou épiscopal, peu importe; il n'est pas fait de distinction à ce sujet. Après avoir passé avec succès, dans le Gymnasium même où il a fait ses études, Y Examen de waluritéj il va à l'Université de Munster, qui possède une Faculté de Théologie catholique. Là encore, les futurs ecclésiastiques sont plus ou moins mêlés aux autres étudiants, et leur vie est à peu près la même, sauf qu'ils ne vont pas à la brasserie le soir et qu'ils résident dans un Convict.

Après avoir acquis les connaissances intellectuelles

2i4 LES INFLUENCES INTELLECTUELLES ET RELIGIEUSES

nécessaires, le futur prêtre passe un an dans un séminaire, pour recevoir, à l'abri du monde extérieur, la formation spirituelle définitive.

Après Tordination, beaucoup de prêtres vont encore passer un semestre à l'Université, cette fois dans une faculté quelconque, afin de recevoir un certificat d'aptitude pédagogique, qui leur permettra d'enseigner le cas échéant.

On sait que le rôle du clergé est considérable en Westphalie, et dans le Miinsterland, en particulier. Cela tient sans doute à la foi profonde des populations rurales dans cette région, mais cela s'explique aussi par la formation du clergé lui-même que nous venons de décrire, formation qui le laisse assez près de la vie pratique. A l'université le prêtre s'est trouvé en rapport de camaraderie avec les futurs médecins, juges, fonctionnaires, avocats, avoués, professeurs. C'est une source d'influence et de considération. De plus, beaucoup de prêtres dans le ministère se livrent en même temps à l'enseignement secondaire ; certains prêtres tiennent des écoles dispersées dans les centres villageois et donnent l'enseignement jusqu'à la troisième. Dès que les paroissiens savent qu'un de leurs prêtres est muni du certificat universitaire, et qu'il a des capacités pour l'enseignement, ils l'assiègent de sollicitations. Il leur est moins coûteux et plus agréable d'envoyer leurs fils pendant les premières années d'étude chez un prêtre du voisinage. Sans tenir positivement école, bien des vicaires reçoivent chez eux trois ou quatre élèves. Cette participation du prêtre à l'enseignement secondaire assure son prestige et le qualifie aux yeux de tous pour surveiller les écoles.

Beaucoup de curés westphaliens ont rempli un rôle social par voie d'exemple et d'influence. A Grelfen, dans

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la lande, beaucoup de beaux domaines étaient endettés, rongés par l'usure. Un Musterpfarrer (maître-curé) fonda dans cette paroisse une section du Bauernverein (association de paysans) ; ayant gagné la confiance des paysans, il rendit populaire la Caisse d'épargne et de crédit, et réussit à faire disparaître l'usure et les dettes.

Il ne faudrait pas croire, du reste, que le prêtre puisse agir par voie d'autorité. Voici un exemple qui montrera la méthode qui lui permet de réussir. Il s'agit de la question de la danse.

Un curé ne pourrait défendre radicalement la fréquentation des bals à ses paroissiens, mais il peut faire appel au concours des familles pour en combattre les mauvais effets. Il ne permettra aux jeunes gens de danser que sous l'œil des parents; il essaiera de diminuer le nombre des bals, de les prohiber à certaines époques.

Lorsqu'il y a un mariage dans la paroisse, le curé est généralement invité; sa présence à la noce est considérée comme un honneur, et, de son côté, le prêtre accepte volontiers, mais sous condition qu'après son départ le soir, il n'y aura pas de danses à la maison. Il agit de son mieux pour le maintien des bonnes mœurs.

De même en matière sociale. Le curé de Herbern, par exemple, se rend à l'auberge le dimanche après les vêpres, quand il y a lieu, pour assister à l'assemblée générale des membres participants de la Caisse de crédit. La Caisse a son bureau, son président, qui est un paysan; mais le curé, tout en buvant sa chope de bière comme les autres, a l'occasion de prendre la parole. Il laisse aux paysans les emplois honorifiques, mais remplit un rôle utile, grâce à son talent de la parole et à son expérience.

Le tableau changerait un peu si l'on mettait en scène une paroisse de l'Eifel. On y verrait un prêtre agissant beaucoup plus par voie d'autorité, précisément parce que l'éducation familiale ne développe pas l'esprit d'indépendance au même degré que dans la plaine.

Le tableau serait encore plus différent dans la Silésie, qui a beaucoup conservé des anciennes mœurs féodales. D'une façon générale, le libéralisme est moins grand dans l'Est que dans l'Ouest. Ainsi dans cette dernière région, les syndicats chrétiens sont inter-confessionnels, tandis que dans l'Est, la tendance est aux syndicats catholiques purs.

Tout ceci nous montre comment, aussitôt qu'on arrive dans le domaine social, l'action du prêtre est conditionnée par la formation familiale des populations ellesmêmes.

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