Science sociale, 2« période, H6efasc., p
il n'y a plus qu'à suivre la filière. On est d'abord Landratj ou sous-préfet, aux appointements de 3 600 à 4 000 marks ; puis préfet ou Pràsident d'un département, aux appointements de 10 à 12 000 marks; — enfin, Oberpràsident (ïune province aux appointements de 16 à 20000 marks.
Mais on peut suivre une autre voie et devenir bourgmestre, en se faisant élire par le conseil municipal d'une petite ville d'abord, d'une grande cité ensuite. Dans ce dernier cas, on jouit d'une situation qui peut aller de 10 à 30 000 marks, et même davantage, car VOber- Bùrgermeister de Berlin a un salaire de 36 000 marks.
On peut aussi devenir juge et suivre toute la filière de l'Ordre judiciaire. Pour les affaires civiles, il y a d'abord le tribunal de canton ou Amlsgericht avec un juge unique, compétent pour les affaires de moins de 300 marks ; — puis le tribunal de première instance ou Landgerichi avec trois juges ; — enfin le tribunal provincial ou Oherlandgericht, avec cinq juges, sans compter les tribunaux d'Empire qui siègent à Leipzig.
Il y a une hiérarchie correspondante pour les causes délictueuses et criminelles. J'ajouterai qu'aux tribunaux civils, une chambre est annexée pour remplir les fonctions qui, en France, sont assumées par les notaires, les conservateurs des hypothèques et les receveurs de l'enregistrement. Les magistrats en sont choisis parmi les membres de la corporation des Rechtsanwalte ou avocats-avoués ; ces deux dernières professions ne sont pas différenciées en Allemagne.
D'autres voies encore sont ouvertes. Au lieu de l'université, on peut aller dans certaines écoles spéciales, comme les écoles forestières, écoles d'architecture, etc. On devient alors inspecteur dans une ville, un arrondissement ou un district.
LA HIÉRARCHIE PROPOSÉE PAR LA PRUSSE 2o3
Mais, de toutes façons, le recrutement se fait à l'aide de procédés analogues qui ont pour résultat de conserver les hautes fonctions entre les mains des classes supérieures. Notons toutefois que, ici encore, la distinction n'apparaît plus très nette entre la noblesse et la haute bourgeoisie.
Dans les provinces orientales, toutefois, on peut dire que les administrations provinciales sont restées l'apanage de la noblesse. De plus, l'avancement est plus aisé pour elle. Prenons, par exemple, le Rechtsanwalt. S'il appartient à l'aristocratie, il pourra devenir notaire au bout d'une dizaine d'années ; dans le cas contraire, il lui faudra vingt ans environ, et vingt-cinq s'il est juif.
L'indépendance des fonctionnaires. — Le lecteur sera peut-être étonné d'apprendre que les Prussiens n'ont pas le sentiment de perdre une partie de leur indépendance en entrant dans le bloc administratif. Le fait a pourtant déjà été noté à plusieurs reprises, d'abord par M. Paul Roux*, ensuite par M. H. Hemmer^; et j'ai fait la même constatation. On n'y est inquiété ni pour ses opinions politiques ni pour ses opinions religieuses. Il faut néanmoins faire une restriction pour les socialistes et les athées, plus ou moins considérés comme des ennemis du pouvoir, mais nous savons qu'ils sont écartés par le mode de recrutement que nous avons exposé.
11 y a cependant une espèce de sujétion, mais elle provient de l'exagération de l'esprit corporatif et non des abus d'une tyrannie individuelle. Comme le Corps