‹ La formation sociale du Prussien moderneChapitre 67 sur 96 · Science sociale, 2« période, 116« fasc, p · texte numérisé non relu

Science sociale, 2« période, 116« fasc, p

peuvent surmonter les phases de Texistence. Par exemple, un journalier ou un petit artisan qui tombe malade, ou bien une veuve ayant des enfants en bas âge et qui ne trouve pas à se remarier sont en face de situations insolubles par leurs propres moyens.

L'assistance se fait de diverses façons. Il y a d'abord la charité privée qui se fait sous forme d'aumônes, et qui est surtout développée là où existe un grand propriétaire.

Il y a ensuite l'assistaoce paroissiale. La cure est toujours dotée de biens dont les revenus sont grevés d'une destination charitable.

Enfin, il y a l'assistance communale, chaque commune disposant d'un fonds des pauvres provenant d'anciennes fondations. A Herbern, en Westphalie, le maximum de secours accordé est de 3 marks par mois et par famille ou par individu, plus le loyer. Il est bon de noter qu'autant que possible, les secours en nature sont préférés, ce qui s'explique facilement dans un pays aussi profondément rural.

Les ouvriers agricoles. — Dans l'Est, il y a une immigration continuelle d'ouvriers polonais; d'abord ouvriers temporaires pour la moisson ou le travail des betteraves, quelques-uns finissent par s'engager à l'année dans une grande exploitation. D'humeur vagabonde^ même lorsqu'ils sont mariés, ils changent continuellement de patron, ne s'attachant nulle part. Il faut les encadrer vigoureusement pour les faire travailler d'une façon régulière, et c'est là sans doute l'une des causes des méthodes autoritaires prussiennes de direction : issues du grand atelier rural, elles ont été ensuite transposées dans l'armée et l'administration.

Au fur et à mesure que l'on avance vers l'Ouest, on

voit la situation de l'ouvrier s'améliorer. Plus stable, il est en même temps mieux logé et mieux payé ; sa cabane se transforme et devient une petite maison.

Dans un grand domaine de la vallée de l'Elbe que je visite, il y a une vingtaine d'ouvriers permanents, dont la plupart sont logés par le propriétaire dans un petit hameau à proximité des bâtiments agricoles. Chaque cottage contient 3 pièces, à savoir une Wohnzimmer et deux chambres à coucher. Les hommes sont payés à la tâche, chaque fois que la nature du travail le permet: pour le reste, ils reçoivent un salaire hebdomadaire de 13 marks. Les femmes, qui sont employées principalement à la laiterie, ont un salaire journalier de 80 pfennigs, qu'elles voudraient voir élever à 1 mark, ce qu'elles obtiendront sans doute dans un temps plus ou moins long.

Des Polonais viennent chaque année faire la saison de juin à décembre. Parmi les Posnaniens, il en est de temps en temps qui se fixent dans le pays, mais la germanisation est plus facile ici que dans l'Est, les nouveaux venus étant à peu près isolés dans un entourage allemand.

Dans la plaine saxonne, les salaires des valets s'élèvent à 300 ou 360 marks par an, plus certaines subventions en nature (chaussures, vêtements), en outre du logement et de la nourriture.

Une servante touche de 100 à 240 marks en argent, plus les subventions.

Les journaliers gagnent de 2 marks à 2 m. 50 en été, et 1 mk. 25 en hiver. Les femmes ne travaillent guère que l'été et ont alors un salaire de 1 mk. 25.

Les petits Bauern. — Si l'on n'envisage que la vie locale, les petits Bauern se différencient nettement des

ouvriers par le fait qu'ils sont des selhststândingen, des autonomes. Ils se rapprochent des autres paysans, mais pour constituer un Bauernstandj un État paysan bien plus qu'une classe sociale. C'est une survi^^ance de la conception corporative qui dominait la structure sociale de l'ancienne Allemagne, et qui est loin d'avoir disparu aujourd'hui.

Mais une fois hors du milieu local étroit où il vit, il n'est plus qu'un homme du peuple qui se contente de la promiscuité de la caserne et qui n'a qu'une instruction rudimentaire. Il est vrai qu'il est propriétaire, mais la dot de quelques milliers de marks qu'il peut donner tant à ses fils qu'à ses filles est complètement absorbée par la reprise d'un domaine au moment du mariage. Du reste, les petits boutiquiers et les artisans modestes sont aussi considérés comme des gens du peuple.

Le domaine qui fait vivre une famille varie selon les régions de 10 à 30 hectares, mais beaucoup de domaines de moins de 100 hectares appartiennent à des Bauern sans prétentions, et dont les fils ne vont pas plus loin qne l'école d'hiver.

A l'ouest du Weser et au nord de la Sieg, où le sol est généralement humide, les propriétés sont isolées, de sorte que les petits Bauern sont plus ou moins disséminés parmi les autres. Au contraire dans la plaine sèche qui va du Weser à la Pologne, le village aggloméré à banlieue morcelée domine, alternant, surtout au delà de l'Elbe, avec de grands domaines seigneuriaux. Dans ces villages, le voisinage est très étroit et ceux qui s'agrandissent conservent longtemps la mentalité et les mœurs des gens du peuple, et cela d'autant plus que la séparation est trop grande avec le grand seigneur voisin.

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