Voir supra, p
2. G. G. Loch, Charity and social life (Macmillan, 1910), p. 344.
n'étaient pas toujours les véritables indigents qui étaient secourus ;
2° L'initiative des Armenpfleger était paralysée par les effets d'une centralisation trop grande.
De là, r^ulta la mise à l'essai d'un système nouveau qui devait remédier à ces défauts. Mis en œuvre en 1853 par von der Heydt, Schlieper et Peters, il fut définitivement organisé en 1861, en tenant compte des résultats de l'expérience.
Entrons maintenant dans le détail de l'organisation. Il y a d'abord un comité d'assistance, ou plus exactement une administration des pauvres (Armenverwaltung), qui comprend un président et huit membres. Le président est obligatoirement un adjoint délégué par rOberbiirgermeister; quatre des membres sont des conseillers municipaux, et les quatre autres des notables.
La cité a d'abord été divisée en 41 districts oxiArmenbezirke, ayant chacun un sous-comité qui porte le nom de Conseil de district (Bezirk-versammlung).
Il comprend un président (Bezirkvorsteher) et 14 membres, qui agissent à la fois en qualité de protecteurs des pauvres {Armenpfleger) et de tuteurs des orphelins (Waisenràte). Il y a donc en tout 41 X 14 = 574 Armenpfleger. Aujourd'hui, avec l'agrandissement de la ville, il y en a plus de 600.
Le rôle des Armenpfleger est en premier lieu de faire les enquêtes, et, pour que celles-ci soient efficaces, chacun d'eux ne doit pas s'occuper de plus de quatre cas. De ce côté, le système a atteint son but, chaque Armenpfleger n'ayant à faire que deux enquêtes en. moyenne. Il est possible ainsi d'avoir un tableau exact de la situation de chaque famille dont la misère est signalée.
Le second rôle des Armenpfleger consiste dans la dis-
tribution immédiate des secours à domicile. Je ne dirai pas toutefois qu'il décide, par son initiative personnelle, de l'opportunité de donner ou de refuser le secours. Ce serait peut-être donner un pouvoir un peu arbitraire à un particulier si bien intentionné qu'il soit. C'est en réalité le règlement qui décide. Le critérium adopté est le suivant : On estime que le revenu minimum de chaque famille doit être calculé de telle façon qu'il compte 3 1/2 marks par semaine pour le chef de famille, 1 m. 40 par tête d'enfant de moins de 5 ans, et un chiffre intermédiaire pour les autres membres suivant l'âge. Dans ces conditions, le rôle de VArmenpfleger consiste à faire le compte du revenu familial et à vérifier son exactitude. Il ne lui reste plus qu'à verser, par quinzaine, la différence entre le revenu minimum réglementaire et le revenu réel.
Cette règle mathématique permet de contrôler facilement les défaillances possibles d'un Armenpfleger. Les sanctions prévues consistent dans l'augmentation des contributions de 1/8 ou 1/4 et dans le retrait du droit de vote pendant 3 ou 6 ans.
Les Armenpfleger j qui ont en somme une certaine responsabilité à assumer, exercent gratuitement leurs fonctions. Ils sont nommés pour 3 ans par le conseil municipal, et peuvent être réélus : sur un tableau d'honneur sont inscrits les noms des 160 bourgeois qui ont rempli cette charge pendant plus de 25 ans.
Depuis 1902, les femmes sont éligibles, à condition que leur nom soit proposé par le conseil du district des pauvres. En fait, lors de ma visite, il y avait 7 dames parmi les 612 Armenpfleger de la ville d'Elberfeld.
Si l'on compare les façons d'agir des Armenpfleger à celles de leurs confrères anglais les guardians of fhe poor, on verra que les règlements auxquels les uns et
les autres sont soumis sont très précis, mais que, à Elberfeld, la minutie est poussée beaucoup plus loin et laisse beaucoup moins de responsabilité aux agents, par ce fait que l'assistance est plus mécanisée. En revanche, ils ont une charge plus étendue à remplir, puisqu'à eux incombe le travail qui, en Angleterre, est exécuté par un agent salarié, le relieving officer, qui fait les enquêtes et un autre qui ne l'est pas, Voverseer, qui distribue les secours urgents.
On se vante à Elberfeld d'être parvenu à rendre impossible l'existence d'une famille pauvre qui ne soit pas secourue. C'est vrai, mais à condition d'entendre par pauvre ceux qui sont dans la situation indiquée par le règlement. Je ne puis m'empêcher de préférer la façon de faire du Charity Comittee de Londres, qui tient mieux compte des données de la vie réelle.
Une association de dames vient compléter l'œuvre des Armenpfteger. C'est en 1880, et à la suggestion de l'Administration des pauvres que cette association fut fondée sous le nom de Elherfelder Prauetiverein. Elberfeld, qui est décidément une ville d'initiative, fut la première cité de l'empire à recourir à l'aide de l'action féminine dans les œuvres d'assistance.
L'Association élit un Bureau, comprenant une présidente, trois adjointes et une caissière ; elle se réunit tous les quinze jours.
Dans chaque district des pauvres, quelques conseillères sont déléguées pour les enquêtes, et elles agissent conjointement avec les sous-comités correspondants de l'Administration des pauvres.
Les ressources proviennent d'abord des revenus d'un capital de fondation, et ensuite de subventions de la ville et de particuliers.
VElberfelder Prauenverein s'occupe spécialement des asiles d'enfants, d'une maternité, d'une crèche ; elle collabore aussi à la surveillance des pupilles et des enfants en tutelle.
L'esprit de dévouement ne fait donc pas défaut en Allemagne, mais il se manifeste surtout envers les œuvres officielles.
L'ouvrier rhénan-westphalien. — Nous devons étudier à part les ouvriers de l'Ouest et ceux de l'Est, vu les difTérences qu'ils présentent. Nous prendrons l'ouvrier du bassin rhénan-westphalien comme type de la première variété, et l'ouvrier berlinois comme type de la seconde.
Dans l'Ouest, le logement comprend nécessairement une Wohnzimmer et une ou plusieurs chambres à coucher.
Le salaire des manœuvres, ramené à l'année varie de 1000 à 1200 francs et celui des ouvriers s'élève à 1 500 francs en moyenne.
Il faut distinguer deux variétés :
La partie inférieure comprend surtout des manœuvres ou des ouvriers ayant de lourdes charges familiales ou encore ayant eu des revers (maladies, chômages). En général, elle habite des appartements ne comprenant, outre la Wohnzimmer, qu'une seule chambre à coucher. En Angleterre, la plupart des familles de ce type seraient dites vivre sous le régime de 1' « overcrowding », ou entassement exagéré.
La partie supérieure comprend surtout des ouvriers qualifiés. Elle a en général à sa disposition une chambre de plus que ceux de la variété précédente, mais cela ne suffit pas toujours à éviter complètement la promiscuité. Son niveau social correspond à celui des « labourers »
anglais, quoique par la nature de ses occupations, elle se rapproche plutôt de la catégorie des « artizans ». C'est à ce type qu'appartient la famille Schneider dont nousr avons donné la monographie détaillée.
Pour trouver le niveau de vie correspondant plus ou moins à celui des « artizans » anglais, il faut sortir de la classe ouvrière proprement dite, et aller dans la catégorie des selbstslàndingeiiy qui comprend les ouvriers travaillant à leur compte et les petits patrons du commerce et de l'industrie.
Beaucoup d'employés sont de ce niveau social ; certains ouvriers peuvent même y atteindre lorsqu'ils sont fortement patronnés comme ceux de Leverkusen ; mais, laissés à eux-miêmes, ils y arrivent difficilement.
Voici, comme exemple, celui d'un chauffeur d'automobile employé par un particulier. Son salaire mensuel s'élève à 180 marks ou 225 francs, ce qui, avec les pourboires, doit lui faire un revenu d'environ 3 000 francs par an.
Il habite un appartement de 4 pièces qu'il paie 45 marks par mois, soit 675 francs par an. Il a 5 enfants en bas âge logeant en partie dans la chambre conjugale, en partie dans une seconde chambre. Restent deux pièces, mais notre chauffeur a jugé inutile de distinguer la Wohnzimmer de la cuisine, de sorte qu'il y a une pièce en trop, dout il tire profit en la sous-louant pour 15 marks à un jeune homme ; le loyer est ainsi ramené à 450 francs, et l'appartement à 3 pièces, c'est exactement la situation de Schneider, dont les revenus pourtant ne s'élèvent qu'à 2 000 francs.
Il serait pourtant erroné de conclure que la situation du chauffeur n'est pas meilleure que celle de Schneider; seulement l'amélioration porte moins sur l'habitation que sur la nourriture et les vêtements. Ce n'est pas que
le besoin de confortable n'existe pas en Allemagne, et n'aille en croissant à mesure que Ton s'élève dans la hiérarchie sociale, mais ce besoin n'est pas considéré comme primordial : il faut d'abord que les autres atteignent un certain niveau avant que l'on songe à lui.
L'ouvrier berlinois. — A Berlin, les travaux saisonniers — ceux du bâtiment par exemple — sont faits par des Slaves de Posnanie. En dehors de cela les manœuvres se recrutent surtout dans les campagnes environnantes et sont donc des Germains ou des Slaves déjà germanisés. Pour des raisons d'apprentissage l'ouvrier de métier se trouve souvent parmi des hommes nés à Berlin ou dans le voisinage immédiat, et c'est lui qui représente le mieux l'ouvrier berlinois. Nous donnons toutefois d'abord quelques renseignements sur les manœuvres.
En moyenne à Berlin, leur salaire oscille entre i 500 et 1800 francs. Ainsi chez Siemens et Halske, les grands constructeurs électriciens, il s'élève à 120 marks par mois.
Malheureusement, vu la cherté des logements, près du quart du salaire est absorbé par le loyer ^ Dans une famille que je visite, le père est plieur dans une imprimerie et gagne 30 marks par semaine (1 800 francs par an), et paie 28 marks par mois (420 francs par an) pour un appartement composé de 2 chambres à coucher et d'une cuisine.
i. Il est bon d'indiquer que près de la moitié des logements berlinois n'ont qu'une pièce. Les industries à domicile sont en effet très répandues; la population flottante assez considérable à cause des travaux saisonniers; enfin beaucoup de familles sont désorganisées. Nous ne parlons ici que du type normal du manœuvre du grand atelier.
La Wohnzimmer a donc dispara, car la cuisine est très petite, dans le genre des cuisines parisiennes, et les autres pièces sont toujours aménagées en chambres à coucher, car si Ton n'a pas assez d'enfants pour les occuper, on prend un pensionnaire. La vie familiale n'existe donc pas. Et en effet, le père prend son dîner, qui est le repas principal, dans un petit restaurant aux abords de l'usine. Le soir, on se contente d'un souper froid pris sur le pouce (pain, fromage, quelquefois de la Wurst). On ne fait guère de cuisine que le dimanche, et encore, quand il fait beau, on préfère aller se promener ensemble dans les environs et manger dans un petit restaurant en plein air.
La pièce la mieux meublée est donc la chambre des parents. Outre deux lits (dont un pour un enfant), elle contient une machine à coudre, un canapé, deux armoires, un coucou. C'est bien là que la mère passe le temps qui n'est pas absorbé par le nettoyage ou les courses.
L'autre chambre est plus petite etcontient deux lits pour deux enfants. Aucun d'eux n'est encore en âge de travailler.
Je passe aux ouvriers qualifiés. Leur salaire varie de 2000 à 3 000 francs ^ . Ici encore, on estime qu'il faut à peu près le salaire d'une semaine pour payer un mois de loyer, à moins que la famille soit peu nombreuse et puisse sous-louer une pièce.
1. Chez Siemens et Halske, l'apprentissage dure quatre ans (de 14 à 18 ans); la deuxième année, on commence à gagner 8 marks par semaine, et l'on monte peu à peu pour atteindre 30 marks la dernière année. Les ouvriers ont un salaire très variable, mais 50 marks me paraît une bonne moyenne; quelques spécialistes très habiles se font jusqu'à 73 marks.
Dans une famille que je visite, le père gagne 40 marks par semaine (2 600 francs par an), sur lesquels il en donne 30 pour le ménage. Deux jeunes filles travaillent dans une fabrique de chocolat et disposent de leur salaire ; elles paient une pension de 8 marks par semaine à leurs parents. Cette habitude, sans être aussi générale que dans le bassin rhénan-westphalien, est très répandue à Berlin. Ici, comme en Angleterre, c'est donc au salaire du père seul que le loyer est proportionné.
La famille occupe un appartement de deux chambres et une petite cuisine, pour laquelle elle paie 36 marks par mois (5^0 francs par an). L'une des chambres contient deux lits pour les deux jeunes filles qui travaillent. L'autre renferme également deux lits pour les parents et deux enfants en bas âge.
En général, les planchers sont peints, et l'on recouvre d'une carpette le centre de la pièce. Le gaz est très employé pour la cuisine, qui du reste est très rudimentaire ; chez les ouvriers qualifiés, il est rare que la femme exerce un métier. Elle soigne les enfants en bas âge et entretient le linge et les vêtements. Vu l'exiguïté des logements, beaucoup de jeunes gens quittent leurs parents le plus tôt possible, même les jeunes filles, ce qui est assez rare en province.
On comprend que la pension chez des étrangers coûte plus cher que dans la famille. Il faut compter 12 à 15 marks par mois, pour une chambre garnie et le premier déjeuner. Aussi les jeunes filles ont-elles l'habitude de se mettre à deux pour louer une chambre.
Ainsi déracinés, beaucoup de jeunes gens des deux sexes passent leurs soirées dans les bals et dans les endroits où l'on s'amuse, et cela beaucoup plus qu'en Angleterre ; car dans ce dernier pays, un pensionnaire n'est pas un isolé, mais un nouveau membre de la
famille de son hôte, au sein de laquelle il retrouve un certain réconfort moral. Du reste, nous l'avons dit, l'appartement berlinois ne se prête guère à l'établissement d'un home véritable. La famille ouvrière y est donc plus ou moins désorganisée.
La maison berlinoise. — Puisque nous sommes à Berlin, disons quelques mots des conditions de la construction dans cette ville. Nous y rencontrerons quelques répercussions intéressantes.
Nous avons vu combien le loyer pesait lourdement sur le budget ouvrier. J'en ai longtemps cherché en vain la cause. Aucune influence géographique ne l'explique : non seulement, la capitale est située au milieu d'une plaine immense, mais le sol sablonneux et peu fertile ne doit pas être disputé aux entrepreneurs par les paysans, excepté dans la vallée même de la Sprée. Déplus, aucune fortification ne vient limiter artificiellement l'extension de la ville. Enfin, inversement à ce qui se produit à Paris, et malgré l'accroissement rapide de la population, le nombre des maisons s'est accru plus rapidement que les besoins.
On a voulu mettre ce fait à l'honneur de l'esprit d'entreprise qui régnerait dans l'industrie du bâtiment d'une façon générale dans toute l'Allemagne. Nous verrons tout à l'heure ce qui en est réellement. En attendant, reconnaissons que l'offre dépasse la demande, à tel point qu'il y a quelques années une ordonnance de pohce a pu être faite à Berlin pour prohiber d'une façon absolue l'habitation dans le dernier étage. Mesure hygiénique, sans doute, ayant pour but d'empêcher de loger immédiatement sous le toit. Encore, cela prouve-t-il que les autres étages pouvaient recevoir amplement toute la population.
Dans les appartements bourgeois, il y a une véritable surenchère d'offre: pour attirer la clientèle, dans les nouvelles maisons on s'efforce de donner un plus grand confortable pour le même prix. Les propriétaires ont accordé l'installation du gaz, de l'électricité, du téléphone, du chauffage central, de salles de bains, et Ton ne sait où cela s'arrêtera. Pour un rien, le locataire déménage, parce qu'il est sûr de trouver mieux dans les nouvelles maisons, et celles-ci se voient recherchées au détriment des anciennes. A partir de 1 000 francs par an, on trouve facilement des appartements de trois pièces avec salle de bains et chauffage central.
En ce qui concerne la classe ouvrière, la situation est un peu différente, mais pour bien comprendre le phénomène, il est indispensable d'expliquer d'abord les causes de l'activité de l'industrie du bâtiment. C'est l'étude de l'épargne qui va nous en donner la clef.
Il faut savoir qu'en Allemagne, il n'y a pas de caisse d'épargne organisée par l'État, mais une foule de caisses locales administrées par les villes ou les arrondissements. Ces caisses sont en concurrence entre elles, chacune essayant de drainer l'épargne des autres localités par l'appât d'un taux d'intérêt plus élevé. Ainsi un bourgeois de Dùsseldorf ou de Dortmund recevra un prospectus alléchant de la Caisse d'épargne de Cologne ou inversement.
Cet esprit commercial pourrait être dangereux pour les finances municipales s'il n'était réglementé ; et cela d'autant plus que la loi n'impose pas, comme en France, une Hmite supérieure au versement de chaque déposant. Pour le dire en passant, ceci explique pourquoi le montant total des dépôts est plus élevé en Allemagne '