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Les dépôts atteignaient 24 milliards de francs en 191i

qu'en France, quoique l'esprit d'épargne y soit moindre.

Ce que la loi prussienne réglemente, c'est l'emploi des fonds. Elle ne permet pas les spéculations hasardeuses, mais seulement les achats d'immeubles, les prêts sur hypothèque, les prêts sur gage et l'escompte. La petite épargne, au lieu de s'écouler vers les rentes de l'État, va en grande partie dans les constructions. Les villes ont en outre, en général, un Pfandleihinstitut, une caisse spéciale de prêt aux constructeurs.

L'initiative des entrepreneurs est ainsi facilitée et cela d'autant plus qu'il y a une tendance à exagérer les prêts. Il en résulte une surproduction qui aboutit de temps en temps à des crises. Lorsque les caisses ne peuvent plus faire de crédit, faute de fonds disponibles, la construction s'arrête et l'on voit nombre de maisons inachevées attendre des temps meilleurs. Il y eut des crises de ce genre en 1900 et en 1913.

Mais il y a mieux. On sait que les municipalités allemandes tracent d'avance le plan des nouveaux quartiers. De temps en temps, elles exécutent une partie de leurs projets, en achetant le terrain nécessaire et en établissant les rues avec leur système complet d'égouts et de canalisations d'eau et d'éclairage. Mais, usant d'une faculté que lui offre la loi prussienne de 1875, beaucoup de villes, celle de Berlin entre autres, se font ensuite rembourser tous ces travaux* par les propriétaires adjacents, lesquels sont en outre chargés de taxes spéciales tant qu'ils ne se décident pas à bâtir.

11 en résulte que beaucoup de propriétaires préfèrent céder à titre gracieux à la ville, l'espace nécessaire à l'établissement de la voie publique, pour n'avoir pas

1. Toutefois, lorsque la largeur de la rue dépasse 23 mètre», le surplus est à la charge de la ville.

à supporter le coût des travaux. De plus, ils se résignent à laisser bâtir le plus tôt possible.

Mais si l'activité des entrepreneurs est favorisée, ils sont poussés à faire des appartements d'un certain prix. En effet, dans un but sanitaire, Les plans d'extension prévoient des rues très larges, ce qui fait une grande perte pour les propriétaires, ou plutôt pour les entrepreneurs qui ont racheté le terrain. C'est pour se rattrapper de ces charges que ceux-ci sont amenés à faire des maisons-casernes.

Or, la hauteur des maisons est limitée, et ne peut dépasser la largeur de la rue ou de la cour. Il en résulte que, pratiquement, la maison berlinoise n'a que cinq étages, parmi lesquels quatre seulement peuvent être habités*. C'est donc en profondeur que l'on cherche à se rattraper; au lieu d'une seule cour comme à Paris, on en a généralement deux, et chacune d'elles est toujours encadrée sur les quatre faces, comme le montre le croquis ci-après. On arrive de cette façon à avoir une moyenne de trente à cinquante appartements par maison. Dans les quartiers pauvres, il y a trois et même quatre cours successives.

L'habitude de bâtir sur les quatre côtés de chaque cour a, entre autres conséquences fâcheuses, celle de rendre impossible l'éclairage naturel de certaines chambres, comme la chambre A B C D du plan ci-contre : on les appelle familièrement du nom caractéristique de « chambres de Berlin ».

Autre conséquence : les appartements sur rue sont plus chers que ceux sur cour, surtout que ceux situés sur la seconde cour. De là, une grande diversité des

1. Chaque locataire a une chambre au cinquième qu'il utilise pour faire la lessive ou comme cabinet de débarras.

loyers dans le même immeuble. Dans les quartiers aristocratiques, on trouve des familles riches sur la façade, et des gens de la classe moyenne dans le fond. Dans les quartiers pauvres, ce sont pour le moins de

Rue

Plan d'une maison berlinoise.

petits commerçants qui habitent sur rue. Résultat : le passant cherche en vain les taudis ; il ne voit que des demeures d'apparence décente ; nulle part, il n'arrive à trouver des bâtisses délabrées et des ruelles infectes. Vu du dehors, Berlin et beaucoup de villes allemandes

donnent facilement l'impression de cités bourgeoises d'où la misère est bannie.

Il faut en rabattre, d'autant plus qu'on aboutit à ceci : pour couvrir ses frais, le propriétaire est obligé de tenir la limite inférieure des loyers à un taux relativement élevé et il en résulte que les appartements ouvriers sont proportionnellement plus chers que les bourgeois.

Notons en passant une répercussion du climat, qui grève le coût de la bâtisse. Toute la plaine de l'Allemagne du Nord est exposée aux vents du nord-est, ce qui rend les hivers assez rigoureux. Aussi jusque vers le Weser, l'usage des doubles-fenêtres est général. De plus, de hauts poêles en faïence font partie intégrante des bâtiments.

Le portier berlinois a un rôle tout à fait subalterne, et il est logé par derrière* dans un petit appartement quelconque momentanément sans locataire. Des agents spéciaux se chargent d'aller toucher les loyers pour le compte des propriétaires, et les facteurs doivent remettre la correspondance directement au destinataire ^.

Pourtant l'ordre règne dans chaque demeure, mais le pouvoir du concierge est remplacé par celui de la police. C'est celle-ci qui surveille les déménagements, qui juge les petites contestations, qui fait les règlements d'ordre intérieur, par exemple qui empêche de jouer du piano après 10 heures du soir au grand ahurissement des Anglaises ; ou encore qui oblige chaque locataire à

1. Cela n'est pas toujours sans inconvénients. L'étranger est souvent embarrassé pour trouver la porte à laquelle il doit frapper. Dans les maisons bourgeoises, il existe, sous le porche d'entrée, un vaste tableau où sont méthodiquement indiqués les noms des locataires par étages et par couloirs, mais dans les maisons ouvrières, le tableau manque et il faut se débrouiller.

2. Aussi doit-on indiquer l'adresse complète avec le numéro de l'étage.

déposer les cendres, le papier et les os dans trois poubelles différentes.

Les domestiques. — Nous traitons ici la question des domestiques, parce que ceux-ci ne s'élèvent guère au-dessus du niveau social de la classe populaire. La loi les traite même un peu durement, puisqu'elle ne les autorise pas à se syndiquer. Ensuite, les servantes ne s'affinent guère et il est assez difficile d'en trouver qui soient bien stylées. On ne leur laisse faire que les gros travaux, ce qui n'est pas pour les améliorer, mais les ménagères répondent qu'elles ont la tête trop dure pour apprendre autre chose.

Il y a beaucoup moins de servantes en Allemagne qu'en Angleterre ; c'est la conséquence d'une aisance moins générale et moins ancienne. Il est bon de dire aussi que les jeunes filles trouvent plus facilement une situation dans le mariage, la proportion des jeunes gens qui s'expatrient étant très faible.

Les prétentions des servantes se sont beaucoup accrues depuis que le développement de l'industrie leur a offert des salaires assez élevés. Dans les villes de l'Ouest aussi bien qu'à Berlin, une servante à tout faire gagne facilement 25 marks *■ par mois, soit 375 francs par an, sans compter un cadeau à la Noël d'une cinquantaine de francs ; elle est naturellement logée et nourrie. On m'assure que le sou du franc est inconnu, mais cela tient à ce que la plupart des dames font elles-mêmes leurs achats; du reste, dans les grandes maisons, c'est la servante qui va régler les notes et, à ce moment-là, elle reçoit un petit pourboire. De plus, les pourboires

1. Une femme de chambre gagne de 25 à 50 marks et une cuisinière de 30 à 35 marks, avec l'inévitable cadeau de Noël en plus.

sont beaucoup plus nombreux qu'en France, au moins dans les maisons où Ton reçoit.

Dans la région rhénane-westplialienne, les servantes ont le droit de sortir tous les dimanches ; de plus, lorsquelles sont fiancées, elles ont en outre une soirée par semaine, mais, dans aucun cas, elles ne sont autorisées à découcher. Dans certaines maisons, on doit faire des concessions plus grandes, et accorder deux soirées, même sans le prétexte du fiancé.

A Berlin, les servantes n'ont qu'un dimanche de liberté sur deux, seulement on doit leur donner une clef, ce qui leur permet de rentrer aussi tard qu'elles veulent, même le lendemain matin.

Dans les villes de l'Ouest, on prend une femme de journée tous les samedis pour aider au nettoyage, et un homme passe pour nettoyer les fenêtres. Il vient en plus de temps en temps une femme pour la lessive.

Types divers. — Au-dessous de la classe ouvrière proprement dite, on trouve une sous-classe qui tend de plus en plus à s'en différencier. Elle comprend les petits fonctionnaires dont il a été question plus haut, les maîtres d'école des petits villages, les petits employés.

Je placerai ici beaucoup de gouvernantes qui vont dans les pays étrangers. Elles parviennent à amasser une dot d'autant plus facilement qu'une forte proportion d'entre elles — on ne le sait que trop maintenant — font le service d'espionne. Aussi l'administration prussienne, qui doit autoriser les mariages des fonctionnaires, voit-elle d'un bon œil les unions des petits fonctionnaires et des gouvernantes. Ainsi se crée la famille type du bon serviteur de l'État.

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