I. — Les Pouvoirs publics
L'autonomie des pouvoirs locaux. — Les pouvoirs locaux ont gardé une certaine autonomie, mais cette autonomie est d'une nature différente de celle qui existe en Angleterre. Il faudrait plutôt la rapprocher de celle qui existait dans Tancienne France, avant rétablissement complet de la centralisation. Dans l'ancienne Allemagne, il y avait une foule d'Ëtats, et chacun jouissait des pouvoirs souverains. Il y avait un manque complet d'unité et une exagération de l'autonomie locale. L'Allemagne en a longtemps souffert, et par réaction, elle est en train d'évoluer vers un gouvernement centralisateur à l'excès. Cette évolution a été plus tardive qu'en France, et c'est pourquoi l'autonomie locale n'a pas encore été complètement effacée.
Contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne ^ les différentes circonscriptions n'agissent pas dans des sphères différentes, mais, comme en France, elles sont superposées les unes aux autres. Ainsi, nous savons
qu'il y a des écoles communales, provinciales et royales. De même, il y a une voirie communale, une voirie d'arrondissement, etc.; une police communale et une royale.
De plus les circonscriptions supérieures ont un droit de surveillance sur les circonscriptions inférieures. En principe, l'autonomie municipale est plus large qu'en Angleterre, en ce sens qu'une cité n'a pas sa sphère d'action limitée. Ainsi une ville peut établir des tramways sans l'autorisation spéciale du gouvernement. Par contre, l'autonomie dont elle jouit est moins franche, en ce sens que l'État a le droit de tout surveiller, et comme elle est obligée de soumettre son budget à l'approbation des autorités supérieures, celles-ci peuvent beaucoup gêner les initiatives locales. Avec la minutie du caractère allemand, on conçoit que les inspecteurs sont très nombreux.
Plus qu'en Angleterre encore, il y a une coopération continuelle des différents pouvoirs entre eux et avec les particuliers. Dans la plupart des commissions municipales, il y a des bourgmestres, des spécialistes, des conseillers municipaux et des bourgeois. On l'a vu plus haut à propos des commissions scolaires et des commissions d'assistance. On trouverait le même spectacle dans les commissions d'hygiène, d'évaluation des impôts, etc.
Il en résulte souvent que le personnel est entremêlé. Ainsi, par exemple, il y a obligatoirement dans toute cité, au moins un Stadtbaurat ou conseiller des bâtiments. C'est un architecte municipal salarié qui fait partie du Magistrat ou conseil des bourgmestres. Ce spécialiste fait obligatoirement partie de plusieurs commissions : celle des écoles, parce qu'il y a des bâtiments scolaires ; celle de l'hygiène, parce que les questions
sanitaires sont parfois liées à celles de l'habitation, et ainsi de suite.
De même, le président de l'administration des pauvres, qui est un bourgmestre, fait obligatoirement partie de la commission d'hygiène, parce que le paupérisme a une influence sur le développement des épidémies.
Même spectacle dans les autres groupements. Rappelons que les commissions provinciales établies par l'État pour les écoles ^ ou pour le culte ^ sont composées de juristes, de financiers et de théologiens.
Les avantages de ce système sont évidents, étant donné que toute question demande en général le concours de plusieurs spécialistes difl'érents, et il n'a pas peu contribué à la bonne administration des villes allemandes dans l'ordre matériel. Par contre, il ne permet pas de concentrer les responsabilités, de sorte que le système de la responsabilité collective prévaut nécessairement. En fait chaque conseil constitue un être moral par lui-même. Cette organisation ne me paraît guère applicable que dans un pays où l'individu est accoutumé à se fondre dans une collectivité.
La puissance de l'État. — Nous avons donné en cours de route quelques indications sur les principaux partis. Ils sont très disciphnés, mais peu puissants, car ce sont des groupements consultatifs beaucoup plus que des groupements agissants. Le véritable moteur gouvernemental est constitué par le corps des fonctionnaires, et nous en avons suffisamment parlé pour ne plus y revenir.
Le gouvernement des fonctionnaires, tel qu'il est