‹ La formation sociale du Prussien moderneChapitre 77 sur 96 · G. Blondel, îoc. cit., p · texte numérisé non relu

G. Blondel, îoc. cit., p

et rancune. C'est, avec le manque de tact, la plus grande souffrance qu'un étranger ait à subir en Allemagne. Le Français est invité à fêter le Sedantagy l'étudiant portugais est traité d' « étranger encombrant », tandis que Ton fait sentir au Roumain « qu'il n'est pas ici dans son pays ».

A ces désagréments qu'éprouve l'étranger est venu se surajouter, depuis un demi-siècle, ceux qu'il ressent du fait des doctrines pangermanistes qui infestent les écoles, la littérature, les journaux et les conversations. Dans les dernières années, le fléau était passé à l'état aigu, et j'avoue qu'il était pénible d'entendre ressaser avec lourdeur autour de soi le dogme de la supériorité de la race germanique.

La doctrine pangermaniste. — L'Allemand n'est pas seul à croire que son pays est le premier du monde. Toute nation arrivée à un certain degré de puissance et de civilisation se croit volontiers supérieure aux autres. Ce qui est particulier à l'Allemagne, c'est que cette croyance est érigée en dogme et se fait jour avec plus de pédanterie que de discernement.

L'Anglo-Saxon,tout en pensant que la race à laquelle il appartient est la première du monde, n'applique pas généralement ce jugement à l'individu, au moins à priori ; et avant de vous connaître, il ne vous juge pas inférieur à tel ou tel de ses compatriotes.

L'Allemand, au contraire, juge beaucoup moins d'après son expérience personnelle que d'après les théories qu'on lui a apprises. Auss lui est-il difficile d'apprécier la valeur individuelle d'un étranger, et par là, il est envers lui d'une injustice trop flagrante et trop blessante.

Chaque peuple peut se glorifier d'un élément de supé-

riorité, et il en fait volontiers le critère de la supériorité. Le Français est supérieur en temps qu'individu, l'Anglais en temps qu'homme sociaP. Pour l'Allemand, le stade supérieur de la civilisation est celui de « l'organisation ». Pour nous qui nous nous proposons de juger seulement au point de vue sociologique, nous ne pouvons décerner la palme à ce dernier.

Une société pour progresser a besoin de pionniers, de défricheurs. Or, il est certain que l'excès d'organisation tend à étouffer l'œuvre des novateurs. L'absence d'ordre fait une société anarchique, mais l'ordre spontané et toujours en revision — par conséquent jamais au point, — vaut mieux que l'ordre parfait et imposé. L'évolution de l'Allemagne retarde avec ses idées corporatives et l'absence de tout Kullur Liber alis mus.

Comment dès lors a pu naître une théorie de la supériorité de la race germanique basée sur l'évolution? C'est un produit de l'enseignement par compartiments étanches : l'historien voit l'Allemand à travers Tacite ; le statisticien ne voit que la production de la fonte ou le nombre des ouvriers et ainsi de suite. L'un et l'autre donnent des textes ou des chiffres et n'expliquent rien. La plupart du temps, on s'en tire du reste par des expédients : les grands hommes étrangers ont du sang germanique dans les veines ; — ou encore on englobe la race anglo-saxonne dans la race germanique (le Germain est colonisateur: exemple, l'Anglais). Mais ce serait sortir du cadre de cette étude que de poursuivre l'examen des doctrines pangermanistes. Il en a du reste été beaucoup question depuis la guerrq.

Malheureusement, les procédés d'étude que nous dénonçons en ce moment ont fait des adeptes en France,

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