‹ La forme et la vieChapitre 11 sur 243 · OBJECTIVITÉ DE LA STATIQUE · texte numérisé non relu

OBJECTIVITÉ DE LA STATIQUE

tenue pour objective malgré les eifforts de Lamarck, et jusqu'au milieu de notre siècle. Oubliant en effet que leur principe initial pour juger de l'importance des choses est la fixité et la constance relatives, les savants, imbus seulement de la méthode statique, ont cru pouvoir présenter comme conclusion de leurs études et comme objectives cette constance et celte fixité qu'ils avaient d'abord introduites. C'est de cette façon que la croyance a l'espèce fixe a été malencontreusement admise dans la science. .

En raison des abstractions ordinaires de la Statique, Cuvier, par l'étude anatomique des formes, était arrivé a conclure à l'harmonie entre toutes les parties du corps des animaux : harmonie qu'il appelait corrélation organique^ et dont il pouvait conclure qu'avec un faible reste, un fragment du squelette, on était capable de reconnaître un animal, de le reconstituer tout entier et de donner son genre de vie. Il joignit du reste l'exemple à la parole dans ses belles recherches sur les ossements fossiles (1812); et la façon quelque peu théâtrale dont il produisit ses conclusions apparut comme le miracle qui est le signe d'une mission prophétique.

De la corrélation organique qu'il prouvait ainsi, Cuvier crut pouvoir conclure à l'impossibilité de certaines combinaisons qui n'eussent pas répondu à l'harmonie obligée. Les combinaisons impossibles et par suite irréalisées produisent les hiatus reconnus dans l'ensemble des êtres et justifient la discontinuité actuelle. Celle-ci n'est pas seulement contingente et fonction de notre temps ou du temps écoulé : elle est nécessaire et primordiale.

Une discontinuité, de la même nature que celle qui sépare les êtres de l'époque actuelle, mais dont l'importance est d'un autre degré, sépare aussi les faunes qui se sont succédé aux époques antérieures, et Cuvier, toujours conséquent avec lui-même, imagine que les diverses régions du globe ont été alternativement et plusieurs fois dépeuplées par des cataclysmes, et repeuplées.

Avec l'hypothèse de la fixité des espèces et de l'objective discontinuité dans les formes, l'apparition des vivants sur la terre ne peut être que le résultat d'une Création^ en exigeant que ce mot prenne un sens très défini, très anthropomorphique et très étroit. On ne peut, en effet, et par les raisons mêmes de la science ainsi combinée, concevoir le Créateur autrement que comme un potier ou un statuaire qui modèle expressément chaque forme vivante ou disparue. Cette conception précise n'est, à ce qu'il nous semble, nécessaire en rien aux dogmes religieux, et d'autre part la science contemporaine ne peut l'accepter.

PourCuviER, d'ailleurs, l'intervention surnaturelle ne s'est produite qu'une seule fois, car, dans les Rés^olutions du globe, il ne considère pas que chaque cataclysme soit général et détruise toute la vie. Il

admet que des terres submergées puis émergées, par exemple TAustralie, ont pu être repeuplées par des migrations d'êtres qui existaient autre part tels quels. En sorte que chaque révolution détruit des formes sans en faire surgir de nouvelles, que le nombre de celles-ci va toujours en se réduisant, et qu*au début du monde vivant elles ont dû exister toutes, représentées chacune, en raison de l'espace, par un très petit nombre d'individus, peut-être par un couple.

Un intransigeant disciple de Cuvieu, Agassiz, a d'une façon expresse formulé sa croyance à l'objectivité des concepts embranchements, classes, ordres, etc., et même en la nécessité du nombre 4 pour celui des embranchements. Plus encore que Cuvier frappé par les discontinuités entre les formes, il insiste sur cette discontinuité afin d'en tirer l'originale conclusion qu'elle rend la nature tout à fait incompréhensible pour nous, et qu'elle nous contraint à chercher une explication dans la présence incessante d'une action surnalurelle. Les faunes des temps passés lui semblent même séparées par de tels hiatus qu'il admet plusieurs créations, au sens étroit que ce terme prend en Statique.

L'harmonie préétablie, la fixité, la constance, la discontinuité entre les phénomènes et les formes expliquent tout à fait, nous l'espérons, le terme de Statique que nous avons employé pour caractériser cette méthode, par laquelle les actions et réactions réciproques des objets n'apparaissent que comme destinées à maintenir un équilibre primordial et indéfini.

La forme est donc considérée comme donnée aussi bien dans son ensemble que dans ses parties. Toute partie, ou organe^ se trouve caractérisée par de pures considérations de position et de grandeur. En d'autres termes, la morphologie ayant une existence propre, l'organe doit être défini morphologiquement. Il semble alors tout simple de caractériser une fonction donnée comme l'ensemble des phénomènes qui se passent dans un organe au cours de la vie.

Mais après avoir établi ces deux définitions en concordance sur un être déterminé, on ne tarde pas à s'apercevoir, si l'on prend un autre animal et que l'on compare d'un côté les organes, d'un autre côté les fonctions de ceux-ci, que la concordance peut ne plus exister. Il arrive en effet bien souvent que deux organes, morphologiquement définis et reconnus pour identiques, n'accomplissent pas la même fonction; et que réciproquement une fonction, si on la définit en elle-même et par la nature des phénomènes qui se déroulent, n'a pas toujours pour siège le même organe.

On appelle homologues les organes équivalents par leurs qualités de forme ou de position, et analogues les organes équivalents par les fonctions qu'ils effectuent. Il laut donc reconnaître qu'il n'y a pas de rapport entre les qualités à^homologie et d'analogie.

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