OBJECTIVITÉ DE LA STATIQUE
Il suffit de réfléchir un instant pour comprendre l'opposition que manifestent les deux catégories de propriétés. L'une, retirée de la morphologie seule, est conforme aux abstractions nécessaires de la Statique; l'autre, retirée de la physiologie, considère le fonctionnement de l'être, et bien qu'elle réduise au minimum le nombre des rapports à retenir entre celui-ci et le milieu ambiant, bien qu'elle fasse le plus d'abstractions possibles, elle n'en fait pas assez pour ne pas contrarier les principes statiques qui d'abord isolent l'être dans le Cosmos ; d'où la contradiction qui nous prouve de suite que la Statique est insuffisante pour étudier toute la nature vivante. Cela explique aussi, bien qu'on ne l'ait jamais reconnu, pourquoi les définitions morphologiques sont plus faciles à utiliser que les définitions physiologiques. C'est que les premières, étant conformes aux principes de la Statique, s'accordent naturellement avec l'ensemble de la méthode tandis qu'il n'en est pas ainsi des secondes. Cet accord d'une part, cette contradiction de l'autre, doivent rendre manifeste à tous l'importance du rôle joué en Statique par le subjectif et l'abstrait.
Comme conclusion générale de ce chapitre, nous n'avons pour apprécier l'objectivité de la Statique que la mesure même de la justesse dont l'esprit humain est capable en faisant ses abstractions. En restant dans la Statique, nous ne pouvons en avoir aucun compte; mais en Cinématique (voir Méthode et aussi Théories générales en Cinématique) il est permis de mesurer le degré d'exactitude dont est susceptible l'abstraction, et nous verrons que cette exactitude est suffisamment élevée pour qu'on puisse en retirer une utilité scientifique, pour qu'enfin il y ait à maintenir une Statique morphologique.
LA SCIENCE TECHNIQUE
Au premier coup d'œil jeté sur les aoîmaux, au premier coup de scalpel donué dans la profondeur de leurs organes, on reconnaît que les uns sont beaucoup plus compliqués que les autres. L'Homme est parmi ceux dont le corps présente le plus haut degré de complexité. La première question qui se pose est de savoir par lesquels il convient de commencer notre étude.
CuviER^ homme d'action, préoccupé surtout du réalisable et du possible beaucoup plus que du nécessaire et du logique, enseigne qu'il faut prendre comme point de départ l'anatomie humaine, la mieux connue de son temps et peut-être aussi du nôtre, pour y rapporter comme à un repère valable celle des formes inférieures ; qu'il faut, en un mot, s'avancer du connu à l'inconnu. C'est là un procédé éminemment pratique. Lamarck, esprit tout spéculatif, professe au contraire qu'il faut étudier d'abord les animaux inférieurs afin d'éclairer le complexe par la connaissance antérieure du plus simple, et c'est une méthode logique.
Il semble qu'entre les deux notre choix soit, par cela même, dicté. Cependant, observant que la Statique fait seulement connaître les qualités des vivants sans chercher à les expliquer par quoi que ce soit d'extérieur à eux-mêmes, on peut parfaitement utiliser le procédé pratique; attendu que, dans la méthode où nous nous savons enfermés, la seconde manière de faire ne nous donnerait rien de plus que la première.
Et, puisque aussi bien nous avons reconnu l'importance du rôle que joue l'abstraction, nous n'hésiterons pas à en user largement afin d'abord de simplifier notre tâche pédagogique. Nous procéderons donc du plus connu au moins connu, et nous nous avancerons progressivement de la science la plus abstraite à la plus concrète.