CHAPITRE XII
Évolution du Système nerveux et des Organes sensoriels.
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Le système nerveux, si important par les rapports de sa forme avec celle des êtres vivants, et par le rôle qu'il joue dans Taccomplissement de leur vie, présente un certain nombre de complications, qui toutes dérivent d'un type unique. Pour le faire comprendre, nous allons considérer d'abord tous les animaux comme ramenés à leur forme Gasfrnla. Nous supposerons aussi les diverses modalités de la fermeture du blastopore ramenées au type fondamental d'une suture longitudinale aux deux extrémités de laquelle persistent une bouche et un anus.
Ceci posé, rappelons que nous avons indiqué page 56 le système nerveux des Cœlentérés comme formé par des cellules ectodermiques diffuses en des places quelconques de la surface extérieure, mais agglomérées toutefois en plus grand nombre autour du blastopore, de façon à y tracer un cercle déjà manifeste, SN (fig. 414).
La région blastoporique au niveau de laquelle l'être exerce les plus fréquentes et les plus intéressantes perceptions, celles qui sont relatives h l'aliment, prend une importance de plus en plus exclusive, et se détermine comme l'ébauche d'un système nerveux spécialisé. Nous acquérons donc cette première notion, que le système nerveux est d'abord une région localisée de l'ectoderme. Par l'abondance croissante des cellules qui la constituent, la région nerveuse périblastoporique ne tarde pas à marquer sur l'ectoderme une zone annulaire épaissie qui fait saillie vers l'intérieur de l'être. De plus en plus accusé, l'épaississemcnt se détache de l'ectoderme dont il n'a d'abord été qu'une différenciation; mais il ne perd jamais tout
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Fig. 414. — Système nerveux périblastoporique des CœlcDtërés.
bl, blastopore; c/i, cellules
nerveuses ëparses; iiV, cellules
nerveuses condonsëos sur un
anneau.
CINEMATIQUE
Fig. 415. — Condensation du système nerveux à la partie
antérieure de l'anneau primitif.
bi, blastopore; — gc, ébauche des ganglions cérébroïdes.
contact avec lui, et lui demeure attaché en certains points que Ton appelle des organes sensoriels.
Examinons d'abord la série des complications que, rattaché encore
à l'ectoderme ou décollé d'avec lui, l'anneau nerveux périblastoporique peut subir.
En premier lieu, même en n'ayant encore qu'une seule ouverture de raccord entre ses deux surfaces, l'animal ingère les aliments toujours par l'une des extrémités de son blastopore. La région de la zone annulaire nerveuse qui avoisine cette extrémité fonctionne plus souvent que l'autre et s'épaissit. En sorte que l'anneau devient inégalement important en ses deux moitiés buccale et anale. Il arrive même, par exagération de cette inégalité, que l'extrémité anale est réduite à un petit filet, tandis que l'extrémité buccale, de plus en plus puissante et fournie en cellules, devient un centre ganglionnaire appelé ganglions cérébroïdes, gc (fig. 415).
Quand de plus la symétrie bilatérale du corps est fortement accusée, elle imprime
son caractère sur la zone ganglionnaire qui s'est déterminée et la subdivise en deux masses, l'une à droite, l'autre à gauche du plan de symétrie.
S'il est vrai que d'abord les plus fréquents contacts de l'animal
Fig. 416. — Schéma de la division de l'anneau nerveux on
système périblastoporique et système latéral.
bl, blastopore — gc, ganglions cérébroïdes; j/i/>, système
périblastoporique; snl, système latéral.
avec le monde ambiant sont relatifs à Taliment, il existe cependant toute une catégorie d'impressions effectuées en des points de la surface éloignés du blastopore, qui, en se répétant, déterminent chez Têtre des perceptions et des sensations d'ordres variés. En rapport avec ces deux catégories d'impressions l'anneau nerveux, d'abord unique, se clive longitudinalement en deux anneaux : l'un reste près du blastopore, snp (fig. 416), l'autre s'en écarte et constitue un double cordon latéral, snl.
Tous les systèmes nerveux, quels qu'ils soient, dérivent de cette complication, en mettant à part celui des Échinodermes dont nous ferons une étude particulière à propos des modifications que peut apporter la fixation dans les formes animales.
Lorsque le blastopore se ferme, le système nerveux périblastoporique n'en persiste pas moins; mais les deux cordons qui le forment se rapprochent sur la ligne ventrale, et donnent autour de la bouche la production connue comme collier œsophagien, cœ (fig. 417).
Le déterminisme sensoriel de cette partie du système nerveux se perd, sauf au voisinage de la région buccale; elle se spécialise comme un ensemble de centres pour l'envoi des ordres moteurs et la réception des sensations générales telles que température, pression, tact.
Le filet latéral au contraire y compris son point de confluence avec le système périblastoporique, c'est-à-dire les ganglions cérébroïdes, conserve son déterminisme sensoriel ; il fournit les organes sensoriels spéciaux, c'està-dire ceux qui sont affectés à la vision, à l'audition, à l'olfaction et au goût.
Cette loi est générale et absolue. Même dans le cas où un organe moteur devient sensoriel, tel qu'une patte qui fonctionne comme antenne, et où la région correspondante du cordon périblastoporique devient sensorielle, ne faut-il pas perdre de vue qu'il s'agit de sensibilité tactile et non de sensibilité spéciale. Plus encore, dès qu'elle s'affine et se spécialise, la région périblastoporique en question est entraînée à se rapprocher du point de confluence avec
Fig. 417. — Schéma général du système nerveux sur un ôtre allongé.
A, bouche; v4,anus — gc^ ganglions cérébroïdes ; cœ, collier œsophagien ; snpy système périblastoporique; snl, système latéral.
CINEMATIQUE
le cordon latéral, c'est-à-dire des ganglions cérébroides, et à se fusionner avec eux.
Nous montrerons d*abord comment dans tous les embranchements, le système nerveux des adultes peut être ramené au prototype fondamental que nous avons décrit, et du même coup quelle est la nature et le degré de l'écart qu'il présente avec ce type. Puis nous étudierons les processus par lesquels sont réalisées, dans