Y. Délace. Rei'ue Scientifique
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transversalement ranimai, la partie supprimée est réparée exactement sur le même plan. Cette différenciation, par suite, ressemble tout à fait à celle que Ton voit dans le Métazoaire ; il n'est donc par conséquent pas exact de considérer celle-ci comme le résultat de la pluricellularité puisqu'elle existe sans cela. Le Métazoaire est alors comme une sorte de Protozoaire plurinucléé, dont la différenciation est indépendante de tout clivage en cellules et pourrait parfaitement se faire sans aucun clivage, car elle est déjà déterminée dans Tœuf. L'organisation, dit-il, précède la formation des cellules et la dirige. La division du travail physiologique, vue tout anthropomorphique, n'est pas applicable au sein d'un organisme, puisque les cellules ne sont pas rassemblées en un tout, mais dissociées aux dépens d'une masse d'abord unique.
Pour cette idée spéciale qui revient sous la plume des divers auteurs, disons d'abord qu'elle n'avait pas échappé à H. Spencer, puisqu'il distinguait au point de vue de leur formation les sociétés par contiguïté et les sociétés par continuité, les unes et les autres d'ailleurs obéissant aux mêmes lois du changement de l'homogène en hétérogène. Au surplus, les phénomènes formatifs du Métazoaire sont bien effectivement d'abord une dissociation de cellules indiffe^ tentes^ mais suivie d'une réassociation de cellules différenciées. Nous convenons d'ailleurs volontiers que ce terme d'association n'est pas excellent et qu'il suggère trop l'idée de volonté, totalement absente dans un acte d'interadaptation réciproque.
Whitman ne peut guère suivre loin son idée sans être conduit aux mêmes vues que Weismann. D'après lui, puisque la différenciation apparaît aussi bien chez le Protozoaire que chez le Métazoaire, le nombre des cellules n'est rien, non plus d'ailleurs que la cellule, et la véritable unité est Y atome biologique^ conception qui a surgi dans tant d'esprits philosophiques et qui se confond avec les particules à'E^^sT Brûcke, les unités physiologiques àe H. Spencer, les gemmules de Darwin, les micelles de Naegeli, les plastidules d'ELSBERG et Haeckel, les inotagmata d'ENGELMANN, les pangènes de DE Vries, les plasomes de Wiesner, les idioblastes de 0. Hertwig et les biophores de Weismann.
Un chimiste ferait le même raisonnement si, considérant d'une part les qualités des corps simples et considérant de l'autre que nombre de corps composés, tels Vammonium ou les radicaux organiques, se comportent exactement comme des corps simples, il arrivait, à dire : c Les corps types, simples ou radicaux composés, ne sont rien, la seule chose intéressante est l'atome ». Et le raisonnement du chimiste pourrait parfaitement être reçu, puisque, à la limite technique de sa science, il est obligé d'entrer de plein pied dans la Métaphysique. Mais en Biologie il n'en est pas ainsi, et nous ne
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devons pas introduire la notion d'atome avant d'avoir traversé toute
la Physique et toute la Chimie, ce qui est bien loin d'être le cas
(voir p. 247).
Plus pénétrante et surtout plus technique est la thèse de Sedgwick.
Elle s'appuie sur un fait incontestable et bien dans la question.
Dans les organismes métazoaires, beaucoup de tissus ne sont eflTec-
tivement point divisés en éléments distincts. Tel est l'assemblage formé par les cellules étoilées du mésenchyme qui constituent un réseau continu, aux nœuds duquel sont disposés des noyaux (fig. 510). De même pour les nerfs Dohrn n'a-t-il pas décrit les racines ventrales chez les Vertébrés comme formées d'un tractus plasmique homogène, le long duquel émigrent des noyaux, et Apâthy ne croit-il pas que les cellules nerveuses sont en état permanent de liaison?
Sans doute, comme le fait remarquer Bourne, à côté de ces
Fig. 510. — Roticulum plasmique avec CcllulcS HéeS, il y en a pOUr le
°**y""^' moins autant qui sont sûrement
séparées, tels les globules sanguins, tels les leucocytes, les éléments génitaux, etc. A quoi Sedgwick répond qu'effectivement il y a des cellules qui se séparent de l'ensemble continu, mais que cette séparation est secondaire, qu'elle suit la différenciation et ne détermine pas celle-ci.
Malgré le vague qui persiste nécessairement dans l'exposé de ces questions délicates, il semble que l'on puisse résumer la thèse de Sedgwick en disant que pour lui la cellule n'existe pas en tant qu'unité morphologique, et que la seule unité acceptable est le noyau. Celui-ci est toujours séparé de ses semblables; et la zone plasmique qui l'entoure, continue ou discontinue, joue dans cette conception un rôle analogue à celui de la substance intercellulaire dans la théorie cellulaire classique.
A la vérité, cette question nous paraît insoluble par les seules considérations cinématiques. Une modification du concept c cellule » ne serait point pour nous un remède suffisant; car c'est un concept statique qui n'a absolument aucun autre fondement que la fréquence de certaines apparences, et qui ne s'appuie en aucune façon sur les propriétés intimes, structurales, physiques ou chimiques des
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substances non plus que sur les nécessités qui découlent des qualités précédentes. Sedgwick arriverait-il en outre à montrer que les liaisons intercellulaires sont les plus fréquentes et la séparation complète très rare, que le concept < cellule » comprendrait toujours la notion d*un noyau interne et d'un plasma externe. La seule idée modifiée serait relative à la forme cellulaire^ et à la valeur de la cellule comme unité réelle. Cela montrerait une fois de plus que nos concepts statiques n'arrivent jamais à être complètement adéquats à la réalité; et nous souscrirons volontiers à cette idée. Dès lors, pour empiéter sur les considérations dynamiques et trancher à notre point de vue la question qui se pose, nous dirons: que la forme cellulaire est fonction de la tension superficielle du protoplasme au contact du liquide ambiant; que si cette tension est forte, le protoplasme se tient dans le liquide intercellulaire en gouttes séparées ; que si cette tension est faible, le protoplasme coule en diverses rigoles qui peuvent confluer les unes avec les autres.
La question, à notre avis, est donc bien moins importante qu'on ne croît, et bien moins susceptible d'évoquer des embarras philosophiques graves. Il n'y a pas à modifier la théorie cellulaire ni le concept cellule, mais à se rendre compte seulement qu'ils sont exclusivement statiques, et à ne point perdre de vue que la substance vivante est une substance matérielle et qu'il faut expliquer toutes ses manifestations, quelles qu'elles soient, par les lois de la Physique ou de la Chimie.