y o\v Dynamique Technique^ ch. V
ce genre de travail, la mâchoire inférieure s'articule au crâne par un condyle cylindrique, parallèle au plan de symétrie et qui permet
Fig. 680. — CrAne et yoûto palatine d'Insectivore et de Rongeur. T, Echinosorex gymnurut (de Blainvillb et Wbrnbr). II, Cynomys ludopicianus (Flowbr et Lydbkker) — i, incisives; c, canine; m, molaires ; z, arcade zygomatique; g^l, cavité glénoîde articulation du maxillaire inférieur.
seulement des mouvements d'avant en arrière et d'arrière en avant. Les Carnivores (fig. 581) munis de puissantes canines, d'autant
plus fortes qu'ils recherchent davantage des proies vivantes, ont des molaires peu nombreuses et tranchantes, de manière à pouvoir déchirer la chair sans 2 d'ailleurs broyer bien lon-
guement cet aliment de digestion facile. Ce mode d'action des mâchoires qui ressemble au jeu d'une cisaille est associé à un mouvement de haut en bas rigoureusement limité. Le condyle de la mâchoire et la cavité glénoîde, deux cylindres perpendiculaires au plan de symétrie, s'emboîtent juste
Fig. 581. - Face inférieure du crâne de felis iigris, y^^ ^^^^ TautrC. LcS mUSr, canine; z, arcade zygomatique; £'/, cavité | . . ,
glénoîde, articulation du maxillaire inférieur. ClCS puiSSaUtS (temporal et
masseter) qui actionnent la mâchoire occasionnent, par leur extrême développement, un accroissement très caractéristique des arcades zygomatiques qui donnent aux animaux de ce régime une physionomie toute spéciale.
Chez les Ruminants (fig. 582), la mâchoire supérieure ne porte point d'autres dents que les molaires; il n'y a pas de canines et les incisives sont localisées à la mâchoire inférieure :
elles sont proclives, c'est-àdire inclinées comme de petites pelles qui pincent l'herbe entre elles et la gencive supérieure. Les molaires nombreuses, munies de rubans d'émail irréguliers, triturent longuement la nourriture végétale. Les animaux en question ont, comme on sait, l'habitude de faire remonter de l'estomac les aliments trop rapidement absorbés pour les broyer à loisir une seconde fois. C'est cette action que l'on appelle ruminer. Elle n'est que l'exagération d'un phénomène toujours possible et qui se fait d'une façon assez fréquente chez les Rongeurs.
Il est à remarquer que les modifications de la dentition dépendent uniquement de la nature des aliments, et que Ton voit le même type se réaliser avec de légères variantes chez des animaux fort éloignés les uns des autres par le reste de leur organisation. C'est ainsi que dans la sous-classe des Marsupiaux, qui constitue presque entièrement la faune australienne, on rencontre des carnivores, des rongeurs, des insectivores, des herbivores, dont les types de dentition correspondent fort exactement à ceux que l'on trouve parmi les Monodelphes. Une analogie de cette sorte amenée par un même fonctionnement est parfois nommée une conver^ gence.
Il existe des convergences plus frappantes encore parce qu'elles rapprochent des êtres de constitution plus différente. Un certain nombre d'animaux sont habitués à trouver leur aliment dans le
CO
Fig. 582. — Face inférieuro du crâne d'un
Cervidé.
c, arcade zygomatiquo; gl, cavité glénoïde,
articulation du maxiUaire inférieur; co, corne.
nectar que produisent les fleurs ; tous ont retiré de cette habitude une disposition comparable, à savoir un allongement des pièces qui entourent la bouche ou qui y sont annexées, de manière à former un prolongement capable d'arriver au fond de la fleur et de servir comme un conduit pour l'aspiration des sucs qu'elle secrète. La trompe des Lépidoptères réalise d'une certaine façon ce dispositif auquel se rapporte également le bec long et menu des Oiseauxmouches et des Colibris. Plusieurs petits Marsupiaux d'Australie, et particulièrement le Tarsipes rostratus {fig, 583), vivent d'une façon
identique et atteignent au même but, grâce à un museau fin que prolonge une langue souple.
Ces derniers phénomènes constituent l'amorce d'une très importante série de modifications dues au parasitisme, c'est-à-dire se rapportant comme les précédentes à la nature de Taliment, mais qu'en raison de leur caractère et de leur nombre, nous étudierons dans un chapitre particulier (ch. V)
L'usage souvent répété, en d'autres termes les habitudes spé-
Fig.583. - Tarsipes rostraius (Gould). ^^«1^^ ^« l'appareil loCOmOteur OU
d'une région de celui-ci, amènent des transformations qui impriment à l'aspect général du corps des caractères très saillants. C'est en étudiant les habitudes les moins répandues et en les comparant au type normal, c'est-à-dire le plus fréquent, que l'on obtient à cet égard quelques renseignements.
Les membres chez les Vertébrés peuvent servir à la marche seulement, et l'adaptation rigoureuse à cette unique fonction conduit à la réduction dans la grandeur, le nombre des doigts. Une habitude locomotrice intéressante est celle qui découle de la vie arboricole. Le résultat le plus ordinaire des attitudes que celle-ci fait prendre est la transformation des extrémités des membres, tantôt par simple accroissement des ongles et développement des muscles de l'avantbras comme chez l'Ecureuil, tantôt par formation d'une main. Les doigts dans ce dernier cas s'allongent, sont flexibles et peuvent se replier de façon à saisir les branches. Ils sont à cet effet répartis en deux groupes qui se referment l'un en face de l'autre. Très souvent l'un des groupes est formé d'un seul doigt comme dans la main de l'Homme (fig. 584), des Quadrumanes, des Lémuriens et dans la patte de la plupart des Oiseaux. Dans d'autres cas, les deux
Fig. 584. — Main humaine.
groupes de doigts opposés sont égaux en nombre, c'est ce que l'on voit dans la patte du Caméléon et dans celle des Oiseaux de Tordre des Grimpeurs : Pics et Perroquets (6g. 585).
Il est très curieux de remarquer que, même dans son état le plus rudimentaire, la main ainsi développée par les habitudes arboricoles acquiert une habileté spéciale dont l'animal tire à l'occasion parti pour des usages variés. On sait que, même sans avoir de main proprement dite, les Ecureuils peuvent se servir de leurs membres antérieurs pour tenir les aliments qu'ils rongent; mais chez eux l'action est encore fort maladroite, car ils sont obligés d'employer toujours les deux pattes, et cela est en rapport avec le fait qu'ils se cramponnent pour grimper plutôt avec leurs ongles qu'avec leurs doigts. Mais les Perroquets sont parfaitement capables de saisir avec une seule patte un aliment, de le porter a la bouche et de l'y maintenir tout le temps nécessaire.
Inutile d'insister sur l'habileté manuelle des Singes qui prennent des fruits, les épluchent et s'emparent délicatement des plus petits objets, tels que les Poux. En6u la main de l'Homme ellemême est une persistance de ses anciennes habitudes arboricoles, et l'on sait qu'après ses instincts sociaux et ses qualités intellectuelles l'organe en question est un des facteurs de sa supériorité.
La progression jpar bonds ou par sauts exige une contraction
Fig. 585. — Pattes de divers arboricoles. 1, de Rapace : Faucon; 2, de Grimpeur : Pic; 3, de Caméléon
brusque et pour ainsi dire instantanée qui exclut l'association d'un trop grand nombre d*organes. Aussi a-t-elle pour effet général le développement excessif d'une seule paire des appendices locomoteurs qui accapare tout le travail.
Rarement la paire développée pour le saut est antérieure ; cette disposition ne se réalise qu'en milieu aquatique et Ton peut en citer comme exemple les Crustacés du genre Daphnie,
Le plus souvent c'est la paire postérieure d'appendices qui prend
des dimensions exagérées, et quel que soit l'embranchement de l'animal. On observe à cet égard une remarquable convergence entre des Insectes, comme la Puce ou les Orthoptères sauteurs (Criquets, Sauterelles et Grillons), des Mammifères, comme
les F.éporides et les Gerboises parmi les Rongeurs ou les Kanguroos parmi les Marsupiaux, des Reptiles, d'ailleurs éteints, comme les Dinosauriens (fig. 233) et des Batraciens comme un bon nombre d'Anoures.
La vie aquatique peut être, dans l'embranchement des Vertébrés, considérée comme normale pour la classe des Poissons, dont tous les caractères semblent appropriés à la locomotion particulière qu'elle comporte; mais il est dif6cile de tirer une conclusion fondée sur une comparaison probante, attendu que tous les Poissons, sont de même. On peut la tenter avec plus de succès en considérant les autres Vertébrés, dont la plupart sont des animaux accoutumés à la vie aérienne et quelques-uns à la vie aquatique.
Par une série graduée et suivant le degré de leur adaptation aquatique, les animaux en question tendent à se rapprocher de la forme Poisson.
La plus légère modification dans cette voie est la transformation des extrémités en une palette capable de repousser l'eau comme une rame ; et d'abord il se fait entre les doigts une palmure, visible chez des Oiseaux, comme les Palmipèdes, ou chez des Mammifères, comme l'Ornithorhynque, la Loutre, le Rat d'eau (Hydromys) et le
Fig. 586. — Pattes do divers aoimaux aquatiques. 1, Grenouille; 2, Oiseau palmipède; 3, Ornithorbyoque; 4, Loutre.
Castor quant aux pieds postérieurs (fig. 586). Les membres en même temps se raccourcissent; et, si la vie dans Teau devient exclusive, la patte se transforme tout à fait de manière à ressembler à une nageoire de Poisson; les doigts s'allongent, acquièrent des phalanges nombreuses, et la même disposition d'organe est apparente, aussi bien chez les Mammifères (Cétacés) que chez les Reptiles (Icthyosaures) (fig. 587).
L'adaptation au vol est des plus intéressantes ; elle se rencontre chez les Insectes et chez les Vertébrés et concorde avec le mode
Fig. 587. — Squelettes de nageoires.
1, Perça fluviatiUs (Cuvibr); 2, Icthyosaure; 3, Balana mysticetus (Zittbl).
epsy episcapulum; «c, scapulum; Co^ coracoîde; c/, clavicule; /f, humeras; A, radius; C, cubitus.
de locomotion consistant à frapper Talr de coups énergiques et rapides à l'aide de palettes qui résultent de l'expansion des téguments ou d'une transformation spéciale du membre antérieur.
Chez les Insectes, les ailes sont purement tégumentaires; elles sont actionnées par des muscles puissants et vibrent avec une rapidité telle que l'œil n'en perçoit pas le mouvement; elles produisent un bruit spécial ou bourdonnement qui est bien connu. Chacun sait aussi qu'on ne voit pas battre les ailes d'une Abeille ou d'une Guêpe, mais que, si elle vient à passer près du visage, on sent très bien un courant d'air.
Parmi les Vertébrés, l'adaptation au vol peut être suivie d'une façon assez continue, on en saisit le rudiment dans la façon dont l'Ecureuil de nos forêts saute d'un arbre sur l'autre parfois à de très
grandes distances. L'animal, après avoir pris son élan, étale ses quatre membres, de manière à tendre sa peau et à rendre son corps
le plus large et le plus plat possible. La résistance de l'air contrarie l'effet de la pesanteur, et permet à l'animal de franchir une plus grande distance horizontale sans trop se rapprocher du soL C'est incontestablement une pratique de ce genre souvent répétée qui a fini par développer une membrane sur les flancs de certains animaux: et,
F'ig.BBS. — Anomalurus fulg^ens {Alston). lorsqu'ils SaUtCUt d'uD
a, apophyse qui soutient la membrane aliforme. arbre SUr UU autrC OU
quand ils se laissent tomber sur le sol, elle fonctionne à la façon d'un cerf-volant ou d'un parachute. Cette adaptation curieuse se rencontre sur le Pteromys de la Sibérie et de l'Amérique septentrionale, Rongeur voisin des Ecureuils ; on la trouve encore chez un Lémurien des
Fig. 589, — Ailes de Chauve- Souris.
lies de la Sonde, le Galeopithecus çolans, et chez un Marsupial, le Petaurus. Chez un Rongeur, V Anomalurus fulgens (fig. 588), la membrane est même soutenue par une expansion cartilagineuse de Tolécrane.
II est aisé de concevoir maintenant que, cette membrane une fois acquise, Tanimal ait tenté de faire effort pour se soutenir sur l'air un peu plus longtemps en agitant énergiquement celle-ci à l'aide du membre antérieur, ou seulement en l'orientant pour diriger et retarder sa chute. Par cette action répétée, le membre en question a fini par localiser vers lui la membrane aliforme et par en être revêtu tout entier. Chez les Chauves-Souris, la main est recouverte par la membrane, et quatre des doigts, extrêmement développés, la tiennent tendue ou la replient (fig. 589).
Les Reptiles fossiles avaient des adaptations du même ordre et le Ptérodactyle en particulier soutenait sa membrane aliforme par un grand doigt développé à cet effet (fig. 230).
Les Oiseaux, qui, à l'époque actuelle, sont les Vertébrés les mieux adaptés au vol, ont perdu la membrane peaussiëre, peu à peu
Fig. 590. — Exocetus RondeUtiiy Poisson volant.
remplacée par des poils rigides et compliqués que Ton nomme plumes. Sur le bord du membre antérieur pour la propulsion et sur la région caudale pour la direction, les plumes ont atteint un développement considérable : elles sont imbriquées de façon h former une rame puissante.
Il n'est pas jusqu'aux Poissons qui ne puissent, à l'occasion, se soutenir un peu sur Pair; tels sont les Exocets (fig. 590) dont les nageoires antérieures longues et aiguës font des nageurs extrêmement rapides, ou pour mieux dire des sauteurs aquatiques h la façon des Daphnies, On les voit de temps en temps s'élancer hors de l'eau et parcourir 100 ou 150 mètres avant de replonger. On dirait un vol d'hirondelles; il est d'ailleurs impossible, dans les conditions où on les observe, de dire si les nageoires sont animées de battements ou si elles sont simplement étalées.
Nous ne pouvons omettre de faire remarquer ici la possibilité, pour un même organisme, d'exécuter à la fois le saut aquatique et le vol, et nous aurons à revenir sur ce fait que les deux actions comportent la propulsion à Tavant et la direction à l'arrière, même
dans le cas où le contraire est normal, comme chez les Vertébrés'.
Le jeu du membre antérieur, nécessaire au vol, exige un grand déploiement de forces. Ce sont surtout les muscles pectoraux (grand pectoral et petit pectoral) qui travaillent dans cet acte. Ils se développent énormément, et Tos sur lequel ils prennent leur appui fixe, le sternum^ présente un bréchet, c'est-à-dire une crête particulière destinée à fournir une solide insertion. Le bréchet est très accusé chez tous les Oiseaux; mais il l'est d'autant plus que l'animal est meilleur voilier. On le rencontre aussi sur le sternum des Chauves- Souris et du Ptérodactyle.
Si l'emploi particulier d'une région spéciale de l'appareil locomoteur amène indiscutablement d'importantes adaptations, ne peut-on pas se demander si les formes ordinaires, normales, réputées typiques, ne sont pas aussi le résultat de son fonctionnement d'ensemble, lequel n'est en définitive réalisable que d'après un petit nombre de modes. C'est ce que nous chercherons à établir dans le chapitre suivant.
De^même que les actions répétées, les
inactions continues produisent des modi-
Fig,b9\.-ArenWoiapiscatorum. ficatious profoudcs, cu rapport avec la
(Rbonb ANIMAL). façou dout elles intéressent les fonctions
de l'animal.
Pour en donner des exemples, on sait que chez les Annélides
Polychètes la respiration s'effectue usuellement par des appendices
associés aux parapodes (fig. 19, p. 52). Les Arénicoles, qui vivent à
peu près immobiles dans le sable, se replient de façon à donner à
leur corps l'attitude d'un U. Les parapodes qui ne servent guère