‹ La forme et la vieChapitre 195 sur 243 · Voir Dynamique Technique, ch. IV · texte numérisé non relu

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sont très peu développés, et les branchies ramifiées n'existent que sur les anneaux moyens du corps, c'est-à-dire sur ceux qui, même quand la mer se retire, sont imprégnés de la plus grande humidité (fig- 591).

Parmi les Crustacés décapodes, les Pagurides ont l'habitude de se cacher dans les coquilles vides de Gastéropodes; en cas de danger ils s'y retirent tout entiers, mais la plupart du temps ils n'ont que l'abdomen engagé dans la coquille qu'ils traînent avec eux en se déplaçant (fig. 592). Ainsi enfermé, l'abdomen perd son revêtement calcaire, la plupart de ses appendices, et devient dissymétrique, le côté le plus court étant celui qui porte contre la columelle de la coquille.

Les phénomènes de cette catégorie sont extrêmement nombreux et donnent lieu à des modifications si importantes dans la forme, dans la structure, dans la morphogénie, que nous les étudierons à part (chap. VII : Immobilité et Fixation), Nous signalerons seulement ici comme ressortissant à des perturbations de cette nature la flexion de certaines Holothuries telles que les Rhopalina^ la flexion et la torsion des Mollusques et la dissymétrie larvaire, sujets dont nous avons déjà traité.

Les modifications particulières que chaque animal prend sous l'influence de ses habitudes propres ont été dans les pages précédentes envisagées, pour ainsi parler, du côté de l'animal ou du côté de la réaction produite. On pourrait également les étudier en essayant de grouper ensemble les actions du milieu et les facteurs des transformations. On retournerait à ce point de vue les questions et l'on étudierait la faune aérienne, la faune aquatique, la faune

Fig. 593. — Pagurus Bernhardus (Rbonk animal). tt teUoD.

terre^t^e, et, particularisant davantage si on le voulait, la faune forestière, la faune des steppes. Toutes, en effet, ont leurs qualités propres que Ton arrive à. dégager et qui se traduisent toujours pour chacune par un ensemble de conditions spéciales, imprimant aux animaux qui y sont soumis des habitudes communes dont résultent des convergences caractéristiques. C'est une autre façon de traiter la môme question, capable d'ailleurs, dans certains cas, d'en renouveler l'intérêt. Nous ne citerons, à titre d'exemples et pour montrer rapidement en quoi consisterait cette nouvelle vision que l'ensemble des modifications qui caractérisent la faune côtiëre et la faune pélagique.

Sur les côtes marines, la vague déferle ou heurte les rochers en produisant un ressac, occasion de chocs violents et fréquents pour les animaux qui vivent dans ces parages : aussi est-ce là qu'on trouve le plus d'êtres solidement fixés (Bryozoaires, Balanes, Ascidies, Coraux, Huîtres, etc.); et ceux qui ne sont pas absolument fixés ont néanmoins des procédés pour se cramponner solidement, comme la Patelle. Les animaux adaptés à ces conditions ont de plus le corps protégé par des coquilles épaisses : les PourpreSy les LittorineSy les Murex^ les Turbos sont parmi les Mollusques ceux dont la coquille offre le plus de résistance. Ceux au contraire, comme VHaliotis et le Pecteriy qui se tiennent dans des zones plus profondes ont des coquilles moins robustes.

Les animaux du large sont bien moins soumis à des chocs violents : la grande houle a des mouvements souples et des ondulations lentes que suivent sans en être heurtés les nageurs ou les flotteurs de haute mer. Aussi la caractéristique générale de la faune pélagique est-elle la réduction ou même la suppression des appareils de soutien. Chez les Mollusques, en particulier, le phénomène est très saisissable : les Calmars s'opposent aux Seiches du rivage par la présence dans les téguments dorsaux d'une plume cornée, délicate et légère qui remplace l'épaisse plaque calcaire des Sépiadés. De même chez les Hétéropodes, on voit les Atlantes avec une coquille calcaire encore assez résistante, tandis que les Carinaires^ meilleurs nageurs, ont une coquille très délicate, recouvrant le nucléus seulement, et que les firoles et les Firoloîdes n'ont pas de coquille du tout. La même série se retrouve chez les Ptéropodes où les Hyales ont une coquille parfois calcaire, parfois cornée, les Cymbulies, une légère coquille cartilagineuse et transparente, et les ClioneSy pas de coquille du tout. Il en est de même chez tous les animaux pélagiques, entre autres chez les Poissons du large qui se reconnaissent à la ténuité de leurs arêtes (Sardines, Harengs, etc.).

Les animaux pélagiques ayant peu d'occasions de se reposer sur un appui solide ont, en général, les organes moteurs très déve-

loppés, et cela est surtout frappant si l'être considéré appartient à un groupe ordinairement côtier et rampant. Tel est le cas pour une Holothurie pélagique [Pelagothuria) représentée fig. 593.

Parmi les animaux pélagiques, il en est cependant qui sont flotteurs ou peu mobiles (Cténophores, Tuniciers, Siphonophores); ils ont presque toujours le corps d'une transparence parfaite, et s'ils ne possédaient quelques points pigmentés qui révèlent leur présence, ils seraient tout à fait invisibles dans l'eau. Comme d'ailleurs la plupart sont phosphorescents, il n'est pas probable que leur transparence soit le résultat d'une protection mimétique; elle semble bien plutôt le résultat, dont le mécanisme n'est pas précisé à l'heure actuelle.

Fig. 593. — Pelagothuria natatrix (Ludwio d'après Lanq). C, masse principale du corps; >4, anus; t, tentacules.

des conditions communes de l'alimentation et de la faible motilité.

Ce qu'il importe de dégager surtout de ces études, c'est que des habitudes communes ou des conditions communes de milieu amènent d'importantes convergences entre des groupes qu'éloigne l'ensemble de tous leurs caractères. Il faut en conclure qu'une habitude donnée ou une condition donnée de milieu peut imprimer sur une forme, quelle qu'elle puisse être avant cette action, des modifications semblables.

Les conditions du milieu compatibles avec les phénomènes vitaux et susceptibles de se traduire en qualités de forme, ne sont pas en nombre infini : elles sont même en petit nombre. Elles ne se renouvellent pas au cours du temps, et l'on peut voir dans la série des

faunes paléontologîques une sorte de retour périodique des mêmes combinaisons. Si, pour préciser, nous fixons notre pensée sur celles qui affectent Tappareil locomoteur, nous voyons qu'aux époques secondaires les combinaisons relatives à la marche, au vol, à la natation, au saut, sont réparties dans la classe des Reptiles. Nous les trouvons aujourd'hui dans celle des Mammifères, tandis que les Reptiles n'offrent plus que des adaptations restreintes marcheuses ou rampantes. Dans la classe des Mammifères elle-même, la substitution d'une faune à une autre a dû s'effectuer aussi : les Marsupiaux ont précédé dans le temps les Mammifères monodelphes actuels. La Paléontologie ne nous apporte pas de renseignements bien complets sur la faune marsupiale primitive, mais un reste de celle-ci a été conservé dans le continent australien; et cette faune locale présente un certain nombre d'adaptations à la marche, au saut, à la vie arboricole et au vol rudimentaire, tout à fait semblables à celles des autres Mammifères. Il en est de même pour les adaptations relatives aux organes de la nutrition.

Le renouvellement périodique des effets du milieu nous montre que ceux-ci obéissent à des lois inévitables qui les ramènent sans cesse, et qu'ils traduisent en somme l'assujettissement éternel des phénomènes de vie aux immuables lois physiques qui régissent le monde.

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