BucNiON. Recueil Zoologique Suisse
Parasitisme spécial des Embryons sur l'Organisme maternel.
De même que l'élaboration des produits génitaux, rémission de Fœuf est un phénomène qui ne peut pas être sans retentissement sur l'organisme maternel tout entier. Assez ordinairement d'ailleurs rinfluence en question ne se manifeste pas à l'observateur par des indices sûrement perceptibles; souvent aussi, d'autre part, l'excitation due à rémission des œufs produit un certain nombre de réflexes et d'actes spéciaux dont quelques-uns sont usuellement décrits comme instincts maternels^ mais qui, tous ensemble, se rattachent étroitement et d'une façon plus objective au parasitisme que nous venons de traiter.
11 est d'abord intéressant de noter que la présence de l'œuf luimême n'est pas absolument indispensable pour déterminer les réflexes dont nous parlons et qu'un objet différent, un parasite par exemple, peut produire une excitation qui se traduit de la même manière. Plusieurs observations de Giard plaident en faveur de cette conclusion.
Une CécidomyCy Diptère parasité par un Nématode du genre Asconemaj perd ses ovaires sous l'influence de ce parasite, mais accomplit néanmoins l'acte compliqué de la ponte. Elle plonge, ainsi qu'à l'ordinaire, sa longue tarière entre les fissures des écorces pourries et humides, et se débarrasse des embryons d'Asconema comme elle ferait de ses propres œufs.
Certains Isopodes parasites \Phryxiens) se tiennent sur leur hôte à la place normalement occupée par la ponte de celui-ci, et dans ce cas l'animal infesté parait éprouver sous l'influence du parasite les modifications qu'il éprouverait sous l'influence de ses propres œufs, par suite l'instinct maternel dévoyé s'applique à la protection du parasite.
C'est par une substitution du même ordre que l'on fait couver et élever par une Poule des Canards ou des Faisans, ou que l'on fait allaiter par un Mammifère un petit qui ne lui appartient pas ou qui n'est pas même de son espèce.
Tout ceci nous convie à considérer que Tœuf, après la maturation et dès qu'il est fécondé, devient dans Torganisme maternel un organisme distinct et qu'il y a antagonisme entre les deux. Une séparation doit s'effectuer. Elle s'accomplit d'une façon plus ou moins rapide, et plus le détachement est lent plus on voit l'organisme maternel assujetti comme un être parasité à un détournement, au profit d'un autre, d'une partie de son activité et de sa substance ; en
même temps l'embryon subit de son côté toutes les transformations que la vie parasitaire entraîne.
La plus faible perte qu'éprouve l'organisme maternel est une dépense d'activité, vaine pour lui, correspondant à une modification momentanée de ses instincts qui le pousse à se préoccuper du choix d'une station abritée pour sa ponte.
Chez les Insectes, les manifestations de cet ordre sont aussi fréquentes que variées. Les Araignées tissent autour de leurs œufs un cocon protecteur, et parfois elles restent auprès pour le surveiller ou l'emportent avec elles sous leur abdomen {Citigrades). Les Oiseaux, comme on le
Fig 669. - Cyclops coronatus femeUe ^^^^^ COnStruisCUt pOUr dépOSCr IcurS
(Claus). œufs un nid, abri parfois très com-
ov, sacs à œufiB. pliqué, et demeurent un temps plus ou
moins long suivant les espèces à couver pour favoriser le développement qui ne se fait qu'à la température du corps ; après l'éclosion les parents nourrissent les petits jusqu'à ce que ceux-ci soient capables de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. C'est un parasitisme qui de la part de l'hôte semble à peu près volontaire, et dont il y a des exemples en dehors des phénomènes d'amour maternel : tels sont les rapports des Fourmis et des Antennophorus, que nous avons cités page 723.
D'autres fois le parasitisme est plus caractérisé, parce que le jeune reste sur l'organisme maternel, à l'abri d'un repli quelconque des téguments que l'excitation de sa présence développe davantage et transforme en une cavité incubatrice.
Dans la classe des Crustacés, on peut voir les embryons attachés à la mère d'une façon plus ou moins étroite et pour un temps plus ou moins long. Les Stomatopodes offrent à cet égard le plus d'indépendance : ils se contentent de déposer leurs œufs dans les creux de
INCUBATION ET PLACENTATION 763
rochers où ils se retirent eux-mêmes. Les Décapodes attachent les leurs aux pattes de leur abdomen par un mucus qui durcit (voir fig. 728); et les embryons y restent suivant le cas jusqu'au stade Zoé ou jusqu'à Tétat adulte.
Les Copépodes conservent leur ponte dans un sac formé de mucus durci (Clausocalanus) et plus généralement dans deux sacs disposés de part et d'autre du corps de la femelle (fig. 669). Plus rarement dans cet ordre, un repli spécial du tégument dorsal se développe
Fig. 670. — ChambroB incubatrices des Copépodes (Canu).
I, Doropygus pulex ; W^ Bonnieritla longipes,
cif chambre incubatrice ; «, embryons ; oydy oviducte.
et enclôt une cavité qui communique avec le dehors par un orifice, et dans laquelle les œufs subissent leur évolution. Tel est le cas pour les genres Notodelphys, DoropyguSy Bonnieritla (fig. 670).
Les Phyllopodes gardent leurs embryons jusqu'au stade Nauplius ou plus tard (Cladocères) tantôt dans une cavité incubatrice formée entre les valves de la carapace, tantôt sur l'abdomen (Branchipe). Les autres Crustacés : Arthrostracés, Leptostracés, Cumacés et Schizopodes portent leurs œufs enfermés dans une cavité résultant du rapprochement des lamelles développées sur les pattes et qui sont, suivant les cas, plus ou moins larges et plus ou moins imbriquées (fig. 671 et 672).
Dans tous les cas précédents, il s'agit d'un parasitisme léger puisqu'au résumé l'embryon ne jouit que du transport et de l'abri :