I. II. III. IV
r. Il', nr. iv.
Cela n'importe pas au point de vue que nous cherchons a dégager et n'en infirme point les conclusions.
Les animaux parasites présentent sous le rapport du dimorphisme sexuel un certain nombre de phénomènes tout à fait nets qui rentrent encore dans le même cadre d'explications que ceux dont nous avons fait jusqu'ici l'analyse. En premier lieu, le parasitisme n'est pas une qualité constante intéressant au même point toutes les espèces qui s'y livrent : il offre un grand nombre de degrés. Bien plus, parmi les individus d'une même espèce, on voit, d'une façon fréquente, les femelles beaucoup plus adaptées au parasitisme que les mâles et beaucoup plus déformées que ceux-ci. Un certain nombre de circonstances, les unes ignorées, les autres connues, semblent rendre la vie parasitaire plus ou moins facile aux différents individus de la même espèce. Il y a dans leur surnutrltion une série de degrés avec un état moyen au-dessus duquel l'individu parasite évolue en femelle et au-dessous duquel il évolue en maie. Cet état moyen n'est pas si précis qu'il n'y ait lieu de concevoir des cas où l'animal soit apte à différencier à la fois des éléments mâles et des éléments femelles, c'est-à-dire à posséder un hermaphroditisme simultané à moins que, comme c'est plutôt le cas ordinaire, il ne différencie d'abord des éléments d'une sorte et plus tard des éléments d'une autre sorte, offrant ainsi un hermaphroditisme successif. Toutes les combinaisons sont possibles et réalisées.
Nous allons donc d'une façon générale trouver le sexe femelle associé à un meilleur état nutritif. Mais, de même que nous avons vu l'apparition de la maturité génitale influer sur l'état de l'organisme et aussi l'état de lanimal réagir sur la maturité génitale quel que soit le sexe, de même nous pourrons rencontrer une sexualité, déterminée sans que nous sachions comment, décidant ensuite de Tétat nutritif, ou bien l'état nutritif antérieur paraissant la condition même du genre de la sexualité. Les faits du second ordre sont les plus nombreux et aussi les plus intéressants pour nous ; les premiers en constituent la réciproque et rentrent d'ailleurs dans une catégorie tout à fait peu explorée. Il importe de ne pas les séparer les uns des autres pour laisser entendre que le problème ne comporte encore qu'une solution incomplète et peut être absolument provisoire.
Les Lernéens ont une phase de mobilité pendant laquelle les deux
sexes existent et s'accouplent. Le diraorphisme n'y est pas d'ailleurs accusé d'une façon extrême : les femelles ont 5 à 6 millimètres y compris la queue, et les mâles 2 ou 3 millimètres seulement; cependant on ne peut pas dire qu'ils soient pygmées comme dans les cas dont nous allons parler plus loin. Ensuite la femelle, déjà déterminée et fécondée, se fixe seule et se déforme plus encore qu'elle ne l'était.
Donc, si les observations de Claus sont exactes, c'est le sexe antérieurement acquis qui prédispose à la surnutrition. Chez les Lépidoptères nocturnes on voit très souvent le sexe femelle coexister avec une plus grande alimentation ou, tout au moins, avec une plus faible dépense, ce qui revient presque au même. Dans la plupart des espèces les femelles, en effet, sont grosses, lourdes et volent peu.
Les mâles, au contraire, sont très agiles. Dans certains genres le dimorphisme s'accuse davantage. Chez les Orgya les femelles ont les ailes atrophiées, et dans certaines espèces {Orgya pudibunda) elles en manquent tout à fait. La femelle des Psychides est aptère et d'aspect vermiforme; très sédentaire, elle vit entourée d'une sorte de sac dans lequel elle s'accouple. Rappelons en même temps que les papillons de cette famille présentent assez souvent la parthénogenèse.
Dans la famille des Coccides (fig. 742), parmi les Hémiptères, la femelle est parasite toute la vie ; elle est aptère et se tient immobile sur les végétaux dont elle pompe les sucs avec sa longue trompe enfoncée dans leur parenchyme. Les larves qui doivent évoluer en mâle cessent tout à coup de se nourrir; elles s'enveloppent d'un cocon et se transforment en pupes immobiles, puis en mâles ailés à la suite d'une métabolie tout à fait exceptionnelle dans l'ordre des Hémiptères. Dans ce cas du moins voit-on l'arrêt de la nutrition précéder la transformation en mâle; cela ne prouve pas d'ailleurs complètement qu'il en soit la cause.
H en est de même chez les Strepsiptères (fig. 743). A l'éclosion, ils apparaissent comme des larves campodéiformes qui se fixent sur l'abdomen des Guêpes et des Bourdons. Huit jours après les larves muent et se transforment en vers apodes qui suivent leur évolution parallèlement h celle de l'Hyménoptère leur hôte. Elles se changent
Fig. 742. — Coccus cacti
(BURMEISTBR).
(^, mâle; Ç, fenioUo.
DIMORPHISME SEXUEL
en pupes dans la pupe de THyménoptère. Si Tlnsecte demeure parasite et ne bouge plus, il évolue en femelle sans quitter son enveloppe pupale. S'il abandonne au contraire sa demeure parasite et s'il renonce à la nutrition facile qu'elle lui assurait, il évolue en maie ailé.
Les faits qui nous restent à signaler sont plus démonstratifs. Il est d'abord intéressant de noter que le Rhabdonema nigrovenosiim (fig. 662), Nématode dont une génération parasite alterne avec une autre génération libre {Rhabditis fragilis), est sexué sous sa forme libre et qu'il devient hermaphrodite à l'état parasite. Les différents individus de cette condition sont, pour préciser, d'abord maies puis femelles.
L'existence des curieux mâles pygraées que l'on rencontre chez nombre de formes parasites ou fixées appartenant à des embranchements divers {Bonellia^ Myzostomey CopépodeSy Cir ripé des et Isopodes) est de nature à porter quelque lumière dans la question de la sexualité. Parmi les auteurs qui ont contribué à élucider le sujet, il convient de citer surtout Darwin, Claus, GiARD et BoNNiER ct plus récemment Wheeler.
On peut concevoir les phénomènes de la façon suivante. Les embryons d'une espèce parasite ou fixée, issus d'une même ponte, soumis aux mêmes conditions, éclosent à peu près en même temps, et, transportés par les mômes courants, ils arrivent plusieurs ensemble sur le même objet pour s'y fixer ou sur le même hôte pour s'accrocher à lui. Dans certaines circonstances on se rend exactement compte de ce fait ainsi que j'ai eu occasion de le faire à Banyuls. Un jour de tempête une vingtaine de bouchons furent jetés ensemble à la côte, ils provenaient évidemment du même paquebot; pendant leur traversée ils avaient croisé un essaim de larves et étaient tous entièrement recouverts de jeunes Anatifes ayant à peu près des dimensions identiques.
Le choix du support n'est pas en général restreint pour une espèce fixée; aussi tous les individus arrivent-ils à rencontrer des conditions sensiblement équivalentes et convenables pour évoluer. C'est le cas ordinaire des Cirripèdes qui atteignent normalement l'état hermaphrodite, non point comme on pourrait le croire afin de se féconder eux-mêmes, puisqu'il s'agit d'un hermaphroditisme successif avec maturité mâle d'abord et femelle ensuite, mais /?ar suite des conditions de leur vie.
Fig. 743. — Stylops Childreni.
(KlRBY.)
\, mAle; 2, femelle; 3, larve.
Il arrive d'ailleurs aussi, quelquefois chez les animaux fixés et plus souvent chez les animaux parasites, qu'un lot de larves parvient sur un support étroit ou sur un seul hôte. Dans ces circonstances il ne peut y avoir égalité entre tous les animaux d'un même petit consortium. L'un d'eux prend l'avantage et évolue en un individu hermaphrodite ou femelle, tandis que ses compagnons restent sexués mâles. Et, dans ce cas, les conditions de nutrition qui déterminent le sexe maie se montrent si nettement inférieures que les individus qui les supportent conservent une taille extrêmement
faible par rapporta celle des autres; ils restent non pas 2 ou 3 fois mais 10 h 100 fois plus petits. Ce sont, comme on dit, des mâles nains ou pygmées. De plus, les conditions défavorables de l'alimentation empêchent souvent la forme d'évoluer; elle demeure soit au stade larvaire auquel la fixation s'est faite, soit h une forme dégradée, dérivée de ce stade et due à la vie de parasite çç' j accroché sur l'individu favorisé,
T hermaphrodite ou femelle.
Fig. 744. - Cirripède mâle, >i/f*/»/>tf Parmi Ics Cirripèdcs, qui sont
/am/,aMDAnw.N). ordinairement hermaphrodiles, on
a/i, vestige d'antenne; flf, œil; /«, man- . i' « Vv J
teau;/», pénis; T, testicule; vs, vésicule rcnCOntrC, d aprCS DARWIN, dCS
séminale. formcs commc Ibla çulgare et Scal-
pel! uni Peroniichez lesquelles chaque individu hermaphrodite porte plusieurs mâles qui, malgré leur petite taille, sont encore reconnaissables comme Cirripèdes par la présence des pièces du test et des cirres. Dans certaines espèces \Scalpelluni sfulgare) le mâle est fort dégradé et ne possède plus d'appendices ni même de tube digestif.
Chez les Rhizocéphales (Sacculine, Peltogaster) l'individu qui réussit à se fixer le premier sur l'abdomen du Décapode, Crabe ou Pagure, évolue également en hermaphrodite, et ceux qui n'ont pas pu se fixer comme lui ou qui sont arrivés après lui, demeurent à l'état de larve Cypris sous lequel ils acquièrent la sexualité mâle.
Dans d'autres cas, l'individu favorisé se transforme nettement en femelle. On volt cela par exception chez les Cirripèdes pour Sealpellum ornatnm^ Ibla Cumingiiy et parmi les Abdominalia pour les genres Cryptophialus et Alcippe. Les mâles qui s'attachent sur une même femelle sont très déformés et ne présentent plus ni tube digestif ni appendices (fig. 744).
C'est à ce même état d'un consortium formé d'une seule femelle
DIMORPHISME SEXUEL
directement parasite et surnourrie et de plusieurs mâles nains, attachés sur elle, vivants de ses résidus et parasites au second degré, que se rapporte le cas fréquent chez les Copépodes dont les Chondracanthides offrent des exemples particulièrement nets (fig. 745), et aussi celui des Ioniens parmi les Isopodes.
Si les mâles pygmées sont assez répandus dans la classe des Crustacés ils n'y sont pas exclusivement cantonnés et Ton en trouve chez des animaux plus ou moins rapprochés des Annélides.
La Bonellie et VHamingia genre voisin sont d'abord à signaler. Le mâle (fig. 746) est un petit organisme de 1 à 2 millimètres, de couleur verte et dont le corps est entièrement ^cj
cilié. Son tube digestif ne possède
dJU
mi..
•it