‹ La forme et la vieChapitre 6 sur 243 · IbiJ, p · texte numérisé non relu

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passif est considéré au point de vue de Tanimal actif, objet déjà caractérisé sans lui, et qui lui emprunte juste ce qu*il faut pour exercer ses fonctions^ choses donc déterminées à Tavance et aussi données comme la forme.

U Abstraction du Temps en Statique, — Les êtres vivants, dit encore Cuvier, c sont continuellement sous nos yeux et tels que Tesprit n'a aucune conjecture à former sur leur état précédent; » comme s'il s'agissait, par exemple, de savoir sous quelle forme pouvaient bien être auparavant des falaises de calcaire ou tout autre minéral. On ne peut mieux indiquer l'abstraction du temps. Et ce n'est pas une phrase fortuite; en Statique, qu'on le dise ou non, on ne considère utilement que l'animal adulte. C'est lui qui dénomme l'être. En Statique, le poussin, le poulet ne sont pas des formes stables, c'est-à-dire dignes d'être étudiées complètement, ce sont de petites poules ou de petits coqs. Dès qu'en conservant strictement cette méthode, on veut envisager une succession de formes embryonnaires on tombe dans la contradiction ou dans l'erreur, et Ton doit se borner à considérer celles-ci comme des curiosités ou des renseignements accessoires.

L'Abstraction de la variation. L'Espèce, — Quoi qu'on ait pu dire ou écrire à ce sujet, il est bien manifeste que la seule réalité est l'inextricable fouillis des êtres vivants. La notion même d'individu et d'individualité, qui parait au vulgaire une réalité, est pour le savant un concept si fortement abstrait que, dans bien des cas dont nous aurons à parler, il n'est point adéquat aux phénomènes. Comment alors prendre pour une réalité Tespèce qui est une somme d'individus ? L'espèce est cependant la plus essentielle et la plus indispensable des notions que peut procurer la Statique; il est donc nécessaire de savoir au juste ce que notre esprit y fournit.

Il y fournit d'abord l'abstraction nécessaire au concept d'individu; et nous verrons que ce n'est pas rien. Il y fournit ensuite l'appréciation des différences et des ressemblances entre les divers individus; notre esprit juge de leur importance et ne les retient ou ne les écarte qu'en raison de ce jugement. Pourquoi, afin de préciser par un exemple, ayant d'une part un porc blanc et un noir, de l'autre un mouton blanc et un noir, ne grouperons-nous pas ensemble les deux animaux blancs et ensemble les deux noirs? — Parce que la couleur nous parait moins importante que les autres qualités, telles que forme du corps, c'est-à-dire dimensions relatives des parties, nombre des dents, complications de l'estomac, etc., etc.

Quel critérium pouvons-nous donner pour légitimer notre appréciation sur la valeur relative de ces différentes qualités ? Les unes, celles que nous disons importantes, se rencontrent toujours chez tous les animaux qu'au premier aspect et par intuition nous recon-

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naissons pour des moutons ou des porcs. Les autres, celles que nous négligeons, sont variables chez ces mêmes animaux. Le point de départ est donc, il faut le reconnaître, la connaissance banale. La forme scientifique que nous cherchons à donner à cette connaissance en lui trouvant une expression précise, en la symbolisant, repose seulement sur la plus ou moins grande fixité, ou généralité, ou fréquence du caractère écarté ou retenu. L'espèce est, par conséquent, en sciences naturelles comme partout, le résultat de l'abstraction du particulier, de l'accidentel, de l'individuel.

En Statique, cette abstraction du caractère accidentel et variable, ou, comme on dit, de la variatioriy est élevée à la hauteur d'un principe; et, s'il se trouve quelque individu présentant des variations suffisamment accentuées pour qu'elles forcent l'attention, on considère cet individu comme un maus^ais échantillon^ on dit qu'il présente une anomalie^ qu'il est en dehors de la loi. C'est donc bien la façon la plus abstraite et la plus simplifiée dont on puisse étudier la nature puisqu'on met à l'écart dans le compartiment spécial des curiosités, en dehors des combinaisons logiques dont est faite la science, tout un lot de phénomènes qui cependant existent.

Après coup on a tenté d'échapper à l'arbitraire, qui décrète l'importance du stable et le peu d'importance du changeant, en définissant l'espèce par un caractère qui paraît plus objectif. L'espèce, a-t-on dit, est l'ensemble des êtres susceptibles de se reproduire entre eux. De grandes discussions se sont élevées sur la valeur qu'il convient d'attribuer ou de ne pas attribuer à ce critérium, et cela nous suffit pour affirmer que, du moins, il n'a pas l'essentiel caractère de l'évidence. Bien plus, la notion de parenté n'a pu être proposée que par l'espoir d'une concordance avec les résultats déjà consentis et obtenus par l'abstraction du particulier. Cette concordance, admissible pour la plupart des cas, laisse cependant subsister un certain nombre d'exceptions dont l'existence réclame l'attention.

Quoi qu'il en soit, et quelle que soit la façon dont on définisse l'espèce, cette définition, en considérant parmi les animaux l'adulte, et dans les adultes les qualités non variables, retient ce qui est durable et constant; elle néglige ce qui est fugitif et changeant, supprime tout ce qui peut se continuer : le temps, et la variation que nous avons identifiée au mouvement de la forme. Elle considère la forme comme immobile et en équilibre.

Si nous voulons bien provisoirement admettre que l'ensemble des formes animales peut être considéré comme un espace continu, la Statique ne s'occupe qu'à relever des points dans cet espace, c'est le but de ses descriptions; qu'à relever les distances dont ils sont respectivement écartés, c'est l'objet de ses comparaisons; et qu'à

relier enfin ces points par des figures aussi simples qu*arbitraires, telles que par exemple des accolades successives, c'est Tobjet de ses classifications.

Nous en avons assez dit pour faire sentir que la Statique est la plus abstraite façon d'appréhender les phénomènes naturels; c'est aussi la moins objective et celle par laquelle l'homme projette le plus de son esprit sur eux.

Quoi qu'on en ait pu dire dans tout le siècle, et quoique partisans ou adversaires aient surtout considéré comme théoriciens et constructeurs d'hypothèses les esprits échappés à la discipline de CuviER, il reste certain que c'est en Statique qu'on est tenu le plus loin des faits et que, de parti pris, on méconnaît le plus leur complexité.

La Statique n'en est pas moins une première approximation nécessaire pour se reconnaître pratiquement dans l'infinie variété des vivants; mais il importe de ne jamais oublier son double caractère abstrait et subjectif. C'est parce qu'il a maintes fois été perdu de vue que se sont produites les principales erreurs dans l'application des lois statiques.

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