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CHAPITRE VI

Les Excréta cellulaires et T Organisme.

Les cellules agrégées pour former un organisme accomplissent les fonctions de leur vie avec une certaine indépendance, bien que le voisinage où elles se trouvent les unes par rapport aux autres leur crée des relations d'interdépendance dont Tune est la nécessité, que subit chaque cellule, de trouver un accommodement pour sa vie dans un milieu incessamment troublé par l'apport des substances que rejettent les cellules voisines.

L'accommodement dont nous parlons est de deux sortes : ou bien les cellules se disposent de façon à favoriser le rejet au dehors des excréta communs, ou bien elles s'accoutument à vivre dans le milieu modifié. L'acclimatation ainsi réalisée crée a l'organisme entier des conditions intérieures de vie auxquelles il ne peut plus se soutrairc ou encore, s'il s'agit d'excreta solides, des conditions intérieures de forme par lesquelles son aspect général peut être notablement modifié.

Chez les Métazoaires inférieurs, c'est-a-dire chez les Gastréades, il y a bien des excréta interceilulaires qui ne sont pas évacués (squelette des Cœlentérés), mais il importe de signaler surtout, comme une intéressante particularité de ces êtres, les excréta intracellulaires liquides, qui se conglomèrent dans les cellules en files de goutelettes. Celles-ci ne tardent pas à se mettre en rapport avec les files produites dans les cellules voisines et à déterminer ainsi un réseau de Fig. 170. — Terminaison canaliculcs intracellulaires , dont les ramifica-

dans la profondeur d'un . ? i i i i

canal excréteur de tions S embranchent les unes sur les autres et Turbeiiarié (Lano). finalement constituent des troncs plus gros, qui

parviennent à déboucher à l'extérieur. Nous avons décrit, au point de vue de la forme, l'aspect général de ces appareils p. 145. Ajoutons qu'à leurs extrémités les plus éloignées du pore excréteur les canalicules sont munis à leur intérieur de lames ou de flammes vibratiles qui, par leur mouvement, déterminent

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une circulation du liquide excrété et par là son évacuation (fig. 170).

Un pareil système d'excrétion n'est visible chez les Métazoaires plus élevés que dans les cas exceptionnels de la larve trochophore et des Rotifères adultes; nous chercherons plus tard à en donner une explication (Dynamique, Ch. XIII).

La formation des spicules chez les Eponges parait ressortir à une excrétion intracellulaire du même genre, avec cette circonstance qu'il s'agit alors d'excreta solides qui ne peuvent être évacués (chitine, silice, carbonate de chaux). D'après les recherches de Loisel, les spicules en effet apparaissent chez les Eponges sous forme de vacuoles intracellulaires qui s'alignent et se mettent en file avec des productions semblables apparues dans les cellules voisines, puis le

Fig. 172. — Globules du sang :

1, chez rHomme; 3,chezla Grenouille.

a, globule vu de face; 6, Fig. 171. — PormaUon des spicules globule de profil; r, héma-

de Reniera ingaUi (Loisbl). toblaste ou globulin.

tout se réunit de façon à constituer un spicule solide, qui survit même à la destruction des cellules productrices (fig. 171).

L'excrétion intracellulaire a, chez les Métazoaires plus élevés, pour résultat principal la production des pigments. Ceux-ci sont variés, nombreux, et des plus intéressants pour la Biologie. N'étant point expulsés de l'organisme, ils continuent a participer à la vie d'ensemble de celui-ci; subissant des actions, ils se transforment encore s'ils ne sont pas arrivés au dernier terme de leur évolution chimique; et, agissant k leur tour sur les phénomènes de la vie commune, ayant une place dans le cycle général, on peut dire

d'eux qu'ils sont souvent réutilisés par Torganisme. L'étude des pigments n'est pas assez avaneée encore pour que nous entreprenions de l'exposer en entier; mais l'un de ceux-ci a depuis très longtemps attiré l'attention par la place qu'il tient dans le cycle des phénomènes vitaux chez les Vertébrés. C'est l' hémoglobine , et nous allons en dire quelques mots à titre d'exemple.

Dans les vaisseaux sanguins, au milieu d'un plasma liquide et entraînés par lui, on trouve en petite quantité des leucocytes, cellules banales que nous avons déjà décrites p. 180, et, en beaucoup plus grand nombre, des éléments spéciaux appelés \es globules (fig. 172). Ce sont des disques circulaires ou elliptiques, qui ont été dans la période embryonnaire de véritables cellules vivantes, constituées par un protoplasme ordinaire contenant un noyau. Dans quelques

cas, leur nature cellulaire reste reconnaîssable, par exemple chez les Batraciens où le noyau demeure visible, mais presque toujours l'abondance du dépôt de l'hémoglobine fait disparaître les caractères

Fig. 173. — Cristaux d'hémoglobine — 1 et 2, cher. StrUCturaUX.

rHommo; 3, chez lo Cobaye; 4, chez rEcurouil. gj J'oU traite dcS fflo-

bules sanguins par l'eau, la substance colorante se dissout dans le liquide et il paraît ne rien persister du globule. C'est une illusion d'optique, due à ce que la substance restante a le même indice de réfraction que l'eau. On peut colorer cette substance par de l'iode ou de la fuchsine, et alors la rendre de nouveau visible. On voit qu'elle a conservé la forme du globule, elle en constitue ce qu'on nomme le stroma et est composée par une variété de protoplasme nommée la globuline.

Donc l'hémoglobine est un pigment intracellulaire concrète dans le protoplasme de cellules particulières; au point de vue chimique cette substance est un albuminoïdc contenant une petite quantité de fer. On arrive par des techniques spéciales, particulièrement en diluant du sang défibriné avec de l'éther, à la faire cristalliser sous des formes qui varient avec les espèces animales. Chez le Cobaye, les cristaux sont tétraédriques, chez le Chien et le Chat ce sont de longues aiguilles prismaticpies, chez l'Ecureuil, des tablettes hexagonales, chez le Cheval, des cubes, etc. (fig. 173).

L'hémoglobine forme avec l'oxygène une combinaison instable dite oxyhémoglobine, caractérisée par sa belle couleur rouge et les deux bandes d'absorption qu'elle donne au spectroscope entre les raies D et E. Traitée par un réducteur, elle perd ces deux bandes

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d'absorption qui sont remplacées par une autre plus large, située à peu près dans la même région du spectre (fig. 174).

En raison de ses propriétés physiques, Thémoglobine joue chez les Vertébrés un grand rôle dans la respiration; elle se charge d'oxygène au contact de la surface respiratoire et se trouve ensuite réduite dans les tissus profonds. Ce rôle dans la respiration est évidemment adventif; il n'est en aucune façon nécessaire, puisque rien de semblable ne se présente dans les multiples formes d'Invertébrés; c'est la réutilisation après coup d'un pigment excrété dans les cellules pour une cause inconnue.

Il semble de plus que l'hémoglobine finisse par être détruite dans le foie et par donner comme produits dérivés les pigments biliaires.

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Fig. 174. — Raies [de rhémoglobine.

qui sont définitivement rejetés par la surface intérieure, après avoir encore dans ce dernier trajet joué quelque rôle dans la digestion des corps gras (D astre).

Plus importants peut-être au point de vue de leur retentissement sur la forme sont les excréta intercellulaires : les uns sont liquides ou dissous, les autres sont solides.

Parmi les liquides, il faut en premier lieu considérer ceux qui proviennent de la cavité générale et qui tiennent en dissolution diverses substances comme l'urée, l'acide urique, l'acide hippurique, la guanine, etc. Ils sont ordinairement évacués par des perforations de la cavité générale, canalicules intercellulaires dont le type primordiale est la népkridiey ouverte sur la cavité générale par un entonnoir dont les cellules de bordure sont ciliées, et sur le dehors par un petit pore. Cet appareil simple est l'unité morphologique du système néphridien, et nous dirons* de quelle façon l'appareil entier se comporte dans les divers types animaux.

Il y a aussi des excréta intercellulaires qui ne sont pas immédiatement évacués; ils ont un rôle considérable pour la vie de l'être. Ce sont eux qui donnent aux humeurs du corps les caractères chimiques qui en font des milieux propres ou impropres à la vie prospère des différents éléments anatomiques. La Physiologie et la

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