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CHAPITRE II

De la continuité dans la Forme. — Continuité entre les Classes.

des les un

»lus les

me

plus significatifs

iblies dans Tem-

saient nettement tralie, on trouve ordre des Mono- :*emier(fig. 227), ses mœurs rap-

pellent celles de nos Loutres; le second est un animal terrestre,

Fig. 238. — Squelette de l'épaule. — I, d'un Mammifère; II, d'un Monotréme; III, d'un Oisenu

o, omoplate; r, clavicule; /, interclayiculairo; .9, sternum. Le Monotréme et l'Oiseau

ont en plus un os coracoïde.

fouisseur, présentant quelque analogie avec le Hérisson et couvert comme lui de piquants.

Les Monotrèmes sont Mammifères par Tallure générale de leur corps couvert de poils, et par la sécrétion lactée dont ils nourrissent leurs petits.

D'autre part, ils ont un bec comme les Oiseaux ou certains Reptiles tels que les Tortues. Ils ont un cloaque; c'est-à-dire que Fanus et les orifices génitaux et urinaires débouchent tous ensemble dans un enfoncement commun.

La présence d'un os coracoïde rend le squelette de leur épaule semblable à celui des Oiseaux (fig. 228).

Enfin la femelle pond un œuf comme les Oiseaux ou comme les

Keptlies. pig 229. — IchthyortUs victor du Crétacé (Marsh).

300 CINÉMATIQUE

La présence du bec a pendant fort longtemps intrigué les zoologistes et leur a semblé contradictoire avec la façon usuelle dont les jeunes Mammifères utilisent en tétant le lait de la mère, d^autant plus que les Monotrèmes femelles n'ont pas de mammelles et que les glandes à lait débouchent par une infinité de petits pores sur

une large surface.

On sait que, tout au moins pour

rOrnithorhynque, la femelle N en nageant laisse couler son lait; celui-ci, plus léger que Teau , flotte au-dessus et le jeune le recueille en nageant derrière sa mère.

Entre les Oiseaux et les Reptiles, les traits de continuité et les ôtresqui les fournissent sont encore plus nombreux.

Tous les Oiseaux, dont Tensemble est fort

Fig. 230. — Ptérodactyle. HomOgèue, SOUt

dépourvus de dents, et ont les mâchoires revêtues d'une production cornée qui constitue le bec. D'une part une disposition semblable peut se présenter chez les Reptiles, et on la rencontre en effet chez les Tortues. D'autre part, à une époque géologique pas très reculée, le Crétacé, les Oiseaux avaient des dents exactement implantées comme celles des Reptiles actuels (fig. 229 et 232).

L'ensemble des dispositions anatomiques qui constitue l'adaptation au vol, forme la plus expresse caractéristique de la classe des Oiseaux. Une semblable adaptation peut se présenter chez des Reptiles, qui conservent h cela près tous les caractères de leur classe. Tel est par exemple le Ptérodactyle (fig. 230), dont les restes fossiles appartiennent au Jurassique supérieur. Il avait une queue rudimentaire comme celle des Oiseaux, et l'un des doigts de la main,

devenu très long, soutenait une membrane aliforme analogue à celle

Fig. 231. — Archéoptéryx lithographica,

des Chauves-souris; son sternum, muni d'une crête ou bréchet, donnait insertion à des muscles puissants qui assuraient les mouvements du vol, et son squelette, formé d'os pneumatiques, était par cette disposition rendu léger comme celui des Oiseaux.

On a d'ailleurs trouvé entre les Reptiles et les Oiseaux un intermédiaire beaucoup plus précis dans V Archéoptéryx des schistes de Solenhofen (6g. 231). Cet animal avait le corps couvert de longues plumes; mais sa queue très développée, ses membres antérieurs où Ton voit encore trois doigts, son bassin avec des "'*'— — -

!• .• , Al» F'Jg' 232. — Hcsperornis regalis (MARbU),

OS distincts , ses mâchoires restauré dnprôs HuTCHiNSON.

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garnies de dents le rapprochent encore beaucoup des Reptiles. Si la station bipède semble chez les Oiseaux pouvoir être considérée comme un ré- — sultat nécessaire de

la transformation des membres antérieurs en organes du vol, il semble aussi, et h rencontre de cela, qu'un certain nombre d'êtres classés parmi les Oiseaux n'ont jamais eu l'adaptation au vol.

Tel est parmi les vivants V Aptéryx de la Nouvelle-Zélande et parmi les espèces disparues VIfesperornis du Crétacé.

Fig. 233. — AnchUaurus, le plus ancien Dinosauricn connu Celui-ci était Un aui-

<"^'^""'~^^'^)- mal de rivage, ana-

logue au Pingouin actuel, avec un membre antérieur plus rudimentaire encore que le sien (fig. 232).

Marsh suppose que les Oiseaux de cette sorte ou Ratilés doivent être rattachés aux Reptiles par un autre intermédiaire que les voiliers ou Carinatés, Cet intermédiaire serait fourni par les Reptiles jurassiques de l'ordre des Dinosauriens dont la plupart usaient de

Fig. 234. Ceratodus miolepis (GOntheh).

la station bipède en s'aidant de leur queue, ce qui amenait une énorme disproportion de force et de taille entre leurs membres antérieurs et postérieurs au bénéfice de ces derniers (fig. 233).

Huxley d'ailleurs a depuis longtemps fait remarquer l'analogie évidente que présente la disposition des parties dans la patte postérieure de l'Oiseau et du Diuosaurien.

Si les Batraciens et les Reptiles paraissent suffisamment séparés, à ne considérer que les animaux adultes vivant à notre époque, il n'en n'est plus de même si Ton étudie les restes fossiles du Permien et du Trias. Les gigantesques animaux dont on peut ainsi reconstituer la forme montrent dans leurs squelettes tant de caractères intermédiaires entre ceux des Reptiles et ceux des Batraciens qu'il ne peut guère rester de doute l^^y) qu'un bon nombre des représentants de cette faune ne fussent en effet intermédiaires entre les deux classes que nous distinguons aujourd'hui.

Il n'est pas jusqu'à la classe des Poissons, dont l'organisation en vue de la vie aquatique parait si particulière, qui ne puisse être intimement reliée aux autres, et, bien entendu, rien que par la considération des adultes.

Dans le groupe des Batraciens, en effet, les formes dont les adultes respirent exclusivement l'air en nature par des poumons, et qui sont les unes Anoures (Grenouille, Crapaud, etc.) les autres Urodèles (Salamandres, Tritons, etc.) sont, dans leur jeune âge, pourvues de branchies comme les Poissons et vivent comme eux dans

Fig. 235. — Cœur et troncs aortiques du Ceralodus.

1,2,3,4, arcs aortiques; AP, artère pulmonaire; VP, veine pulmonaire; AO^ aorte; car^ carotide; VCA, veine cardinale antérieure; VCP., veine cardinale postérieure.

Ca/t.

Fig. 236. — Troncs aortiques du Protopùre.

Bi, Bs,los 2 rampes du bulbe aortique; 1,2,3,4, arcs aortiques; /!/>, artère pulmonaire; w4o, aorte; car, carotide.

Teau. De cela nous ne pourrions ici rien conclure si, d'un autre côté, d'autres Batraciens, les Perennibranches, ne gardaient toute la vie leur appareil branchial, et n'étaient à même par là de respirer à volonté soit dans l'eau soit dans l'air.

Sans considérer le détail de cet appareil branchial lui-même, il est donc manifeste que la classe des Batraciens présente des types divers qui sont plus ou moins rapprochés des Poissons.

D'ailleurs, tous les Poissons ne sont pas rigoureusement astreints h la nécessité de respirer par leurs branchies l'air dissous dans l'eau. Une remarquable exception h cette règle est présentée par les animaux qui composent l'ordre des Dipnoï, Ce sont

CINEMATIOUK

les genres Lepidosiren, Protopterus et Ceratodus (fig. 234). Par toute leur organisation, squelette, écailles, etc., ils se rapprochent beaucoup des Poissons ganoïdes. Ils possèdent des arcs branchiaux

et des branchies traversées

Cf

d'arcs aortiques, servant à Thématose du sang dans les saisons où Teau abondante permet h ces animaux de mener la vie aquatique. Lorsque les marais viennent à se dessécher, ils s'enfoncent dans la vase qui durcit autour d'eux, et respirent l'air en nature au moyen de leur vessie natatoire. Celle-ci ressemble plus que celle des autres Poissons à un véritable poumon; comme celui-ci elle s'ouvre à la face ventrale de l'œsophage et non à la face dorsale, ainsi que cela arrive chez les autres Poissons où la vessie natatoire joue uniquement le rôle d'appareil d'hydrostation.

En rapport avec ce fait, il se forme aux dépens du dernier arc aortique une véritable artère pulmonaire ; et, dans le cœur, une cloison plus ou moins complète partage en deux cavités le sinus veineux et l'oreillette : disposition qui permet . , ^ , ^ , . la séparation des deux sanffs

Fig. 237. —Anatomie du Dentale, ugurocombiuéo j» r • • r •

et simplifiée d'après DE lacaze-Duthibrs. d uue laçon aussi Satisfaisante

^C/ ganglion cércbroïde; GP, ganglion pé- quC chez leS BatracicnS (fig. 235 dieux; G/'/, ganglion palléal; na, nerf acoustique; 0Q^\

«»r, olocyslo — B^ bouche; pi, palpes labiaux; ®t -^00 j, r, radula; E, estomac; F, hépalopancrëas ; /(, rectum; w4, anus — r^, ouverture gauche du rein ; n i i j

/rf, ouverture droite du rein. Dans 1 embranchement des

Mollusques, le type moyen du Gastéropode semble bien distinct de l'Acéphale. La présence d'une tète chez le premier et la dissymétrie de plusieurs organes importants s'opposent nettement à la symétrie complète du second et à l'absence de région céphalique.Déjà cependant les Gastéropodes diotocardes, auxquels appartiennent les genres Haliotis, Fissurelle, Pleuroto-

CFl

rd-

maire, Troque, Turbo, Néritine, Patelle, etc., rompent la discontinuité. Par la présence d'une double oreillette ou cœur, ils rappellent la symétrie des Acéphales au moins pour un organe essentiel; de plus, des restes très reconnaissables et parfois importants d'un second organe rénal ou corps de Bojanus témoignent dans le même sens. En outre de cela, il existe un animal, le Dentahy dont les caractères se rapportent tantôt à ceux des Gastéropodes tantôt à ceux des Acéphales.

Classé autrefois parmi les Gastéropodes en raison de sa coquille univalve, en forme de dent d'éléphant tronquée h son extrémité, et à laquelle l'animal est réuni par un muscle columellaire, il ressemble pourtant aux Acéphales comme privé de tète et d'organes visuels.

Un pied trilobé analogue à celui des Acéphales fait saillie par l'extrémité élargie de la coquille et par une boutonnière annulaire découpée dans le manteau.

Un bulbe buccal entouré de palpes labiaux renferme une radula (r, fig. 237), et conduit dans un tube digestif, auquel un foie bilobé, F, donne une certaine symétrie, accentuée par l'ouverture de l'anus sur la face médio- ventrale.

L'appareil excréteur situé autour du rectum s'ouvre au dehors par une paire d'orifices.

De plus, le système nerveux, dépourvu de triangle latéral, est identique à celui des Acéphales.

En raison de la diffusion de la respiration qui se fait sur toute la surface du manteau sans région particulièrement définie, la circulation est aussi diffuse; et les vaisseaux ne forment qu'un ensemble de lacunes palléales et de plexus, au milieu desquels il est difficile de retrouver les pièces capitales de l'appareil tel qu'il est connu dans le type Mollusque.

La combinaison de ces caractères de deux sortes, qui révèle simplement un lien, une continuité, entre Fig. 238. — />ertdeux classes artificiellement séparées, a semblé en /'<*'"* ^I^Vl' Statique un caractère spécial et nouveau, et 1 on a sbdowick). fait pour cet animal une classe à part, celle des Scaphopodesy intermédiaire à celle des Gastéropodes et à celle des Acéphales.

Si l'on conserve l'embranchement des Annelés tel que nous l'avons fait en Statique, le Péripate crée une continuité entre deux classes de cet embranchement : les Vers annelés et les Arthropodes. Si l'on

CINKMATIQUE

veut au contraire voir deux embranchements distincts dans les types précédents, le Péripatecréersk une continuité entre les deux embranchements considérés. C'est une simple question de termes, qui se traduirait pour nous par la transposition des lignes qui vont suivre

au chapitre pré-

.aii

Fig. 239. — Organisation du Peripatus Capensis, vue par la face ventrale.

an^ antenne; pOy papille orale; P, patte — GC, ganglions cerébroîdes; JV, cordon nerveux; et, commissures transversales — .ff, bouche; TD, tube digestif; PH, pharynx; gy, glande salivaire; ^C|, première glande crurale; og-, son ouverture dans la papille orale; gc^y glande crurale du seizième appendice; /i, nëphridie.

cèdent ; mais cela nechangeraitrien aux faits que nous allons exposer à cette place.

Le genre Peripatus comprend un petit nombre espèces : P, Capensis P. Balfouriy espèces ricaines, P. Novw- ^landiiv dont le nom dique l'habitat, et Edivarsi qui habite Amérique du Sud.

Ces animaux préntent une gfande essemblance extéîure avec les Annéles, avec une Hésione aamment; leur corps ou est marqué d'une étamérie presque »monome, analogue à lie des Annélides ou s Myriapodes. Les eds, formés par de lits tubercules munis griffes, ne sont ni s parapodes annéliens ni des pieds arjulés d'Arthropodes g. 238).

La tète, plus distincte que celle des Annélides, porte deux antennes et deux yeux; une mince cuticule de chitine revêt la peau.

Le tube digestif, cilié intérieurement, est presque rectiligne de la bouche, située à la face ventrale de la région antérieure, à l'anus, placé à Textrémité postérieure du corps. Une paire de glandes salivaires, gs (fig. 239), dont les conduits se réunissent en un seul, s'ouvre en avant de la bouche, au fond de l'atrium dans lequel elle se trouve ; et nous avons signalé un caractère semblable chez les Insectes.

A la face ventrale de chaque paire d'appendices s'ouvre une paire de glandes crurales distinctes de celles que nous avons appelées coxales chez les Arthropodes. La dernière paire est très longue et remonte assez loin dans le corps, la première, gc^^ est aussi très étendue.

Dans chaque segment, on trouve une paire de néphridies, n, très comparables à celles des Annélides. Suivant les espèces, celle du pénultième ou de l'antépénultième anneau est transformée en conduits annexés à l'appareil génital.

L'appareil circulatoire se compose d'un tube cardiaque dorsal, simplicité plus grande que celle du type annélidien moyen : il est toutefois moins dégradé que celui des Insectes, puisqu'on y trouve encore un vaisseau longitudinal médio-ventral, qui est peut-être le représentant du vaisseau paraneural.

L'animal respire par des trachées qui consistent en très longs tubes, fins, non ramifiés, remplis d'air. Ils débouchent par paquets au dehors dans de petits orifices comparables aux stigmates des Myriapodes et des Insectes. Les stigmates du Péripate sont, chez P. Edwarsi, répartis sans aucun ordre à la surface du corps; chez P. Capensis, au contraire, ils accusent un certain arrangement en quatre rangées : une dorsale, une ventrale et deux latérales; mais les orifices sont, même alors, beaucoup plus nombreux que les paires de pattes.

Les organes génitaux sont pour leur part bien plus semblables à ceux des Arthropodes qu'à ceux des Annélides.

Le système nerveux forme d'abord deux ganglions cérébroïdes, GCy et s'allonge ensuite en un double filet à peine renforcé de renflements métamériques. C'est une condition qui rappelle celle des Vers plats : elle est à la fois plus simple que celle des Arthropodes et que celle des Annélides.

Cette circonstance, jointe à cette autre que les fibres musculaires ne présentent aucune striation transversale, fait penser que le Péripate est un type primitif très anciennement différencié, plus primitif que chacun des deux types entre lesquels il paraît aujourd'hui établir une continuité. C'est un animal fort rare : il est presque disparu, et, si par hypothèse on songe que cette disparition pourrait être réalisée, aucun souvenir de la continuité qu'il reflète ne nous serait objectivement parvenu.

308 CINÉMATIQUE

Les êtres de la sorte précédente, qui reflètent en quelque manière et tirent pour nous du passé quelques traces d'une bien plus vaste

continuité, sont ou presque disparus, ou tout à fait disparus, ou confinés dans des îles, protégés encore par d'exceptionnelles circonstances.

C'est ainsi que les Moas {Dinornis) ont disparu des îles du Pacifique devant les Maoris, que les Drontes ou Dodos (fig. 240) ont été anéantis au xvii' siècledans File Maurice, que YApterix est représenté en Nouvelle-Zélande par de rares échantillons; et ces types archaïques font peut-être la transi- ^ ^ , ., . tion directe des Dinosauriens, dont

Fig. 240. — Dronte ou Dodo (Didus ineptus) , ,

(HuTCHi.NsoN). les membres antérieurs se sont

atrophiés sans avoir jamais servi au vol, aux Autruches et auxNandus qui sont aussi en voie d'extinction. De la série ; Dinosauriens, Hesperornis, Dronte, Aptéryx, Moa, Autruche, Nandu, les premiers termes ont disparu au Crétacé, les moyens à l'époque moderne, et les derniers s'effacent. De la sorte, la

Fig. 241. ~- Hatteria punctata de la Nouvelle-Zélande.

continuité disparait de la surface du globe pour faire place à la discontinuité, et il faut alors reconstituer et en quelque sorte deviner péniblement l'état primordial à l'aide de nos spéculations scientifiques. Parmi les types insulaires rares, à caractères archaïques conservés, citons encore : V Hatteria punctata de la Nouvelle-Zélande (fig. 241) dont nous aurons plusieurs fois l'occasion de citer des caractères.

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