OBSERVATION III
M. P.., cantonnier à la S. N.C.F. cinquante-cinq ans.
Le malade, vu pour la première fois en 1945, a accompli son service militaire au Maroc, de 1908 à 1913, et y a contracté la dysenterie. Depuis, il présente trois selles par jour, liquides ou pâteuses, sans autres troubles.
Mais, depuis deux mois, il a constaté un amaigrissement de 9 kilogrammes, malgré un gros appétit; il a des épreintes, du ténesme, de la diarrhée et présente du sang rouge dans ses
selles.
L'examen clinique est absolument négatif, l'analyse de selle
MTS
ne présente rien de particulier. Un examen rectoscopique est pratiqué jusqu’au niveau de l’anse sigmoïde et ne montre aucune formation anormale de nature hémorroïdaire. Cependant, la paroi muqueuse antérieure présente quelques suffusions sanguines sans caractères très particuliers.
Le malade suit un traitement à base de Stovarsol, de pâte de Ravaut et d’entérovioforme.
Il est revu le 14.janvier 1946, présentant toujours de nombreuses selles et ayant eu, il y a six jours, une poussée de température, des vomissements et, dépuis, des nausées dès qu'il veut manger. Le 4 février 1946, il est revu alors qu'il vient de présenter une grosse hémorragie de sang rouge par l’anus. La rectoscopie pratiquée ne montre que quelques hémorroïdes peu dilatées.
Par contre, le foie, qui a une hauteur de 25 cm., est douloureux à la percussion en masse. À cause de ce gros foie, qui peut être dû à un abcès amibien, une série d’injections de chlorhydrate d’émétine est pratiquée en plus du traitement précédemment institué, avec toutes les précautions d'usage.
Le 25 février, le foie, qui n’a plus que 12 cm., est encore sensible. Les selles sont devenues normales.
Un mois après, le malade saigne de nouveau par l’anus, et le traitement par l’entérovioforme est sans action. Il est alors traité pour rectorragie de nature hémorroïdaire, et une série d’injections sclérosantes est commencée.
Malgré cela, les entérorragies persistent, accompagnées de douleurs violentes dans l’hypocondre gauche, et de vomissements. Un nouvel examen radiographique est demandé et montre alors-de nombreux diverticules sigmoïdiens.
Un traitement par pansements intestinaux, désinfectants et antihémorragiques, institué, amène une rapide sédation des phénomènes qui, depuis, ne se sont pas renouvelés.
OBSERVATION IV M. Mol... italien, quarante-cinq ans.
Vu le 6 novembre 1945. — Le 30 septembre 1945, grosse émission de sang rouge par l’anus, précédée de dix jours de
Age 7e RUE
température. En France depuis seize ans; avait contracté le paludisme dans les Marais Pontins. Depuis, présente des troubles digestifs, sans caractère net, s’aggravant peu à peu jusqu’en 1937, ayant régressé depuis.
Au début, les troubles digestifs vont par période de deux à trois semaines, revenant presque tous les mois, le malade gardant quelques petits troubles pendant les périodes intercalaires avec tendance à la constipation et pesanteur au niveau de l’épigastre.
Pendant les périodes douloureuses, le malade n’est pas réveillé par les douleurs, mais il ressent, au matin, une légère gêne avec mauvaise bouche et haleine fétide. Pas de vomissements au saut du lit. Le petit déjeuner est absorbé sans effort, mais douleurs épigastriques banales, durant toute la matinée, sans horaire. A midi, pas d’intolérance, mais somnolence, congestion du visage, ballonnement, pas de nausées ni de vomissements, quelques épreintes avec émission de gaz.
Toujours les mêmes troubles le soir, s’endormait cependant aisément; vers minuit, le malade est quelquefois réveillé par une douleur plus forte que dans l’après-midi; il se met à plat ventre, ce qui le soulage un peu, et il se rendort vers 5 heures, pour se lever à 7 heures.
Sans raisons apparentes, il y a amélioration en 1937; les périodes douloureuses sont moins longues et plus espacées.
Le 20 septembre, début brusque d’un état fébrile à 38°5-40°, avec inappétence, selles noires, céphalées occipitales. Examen négatif. ;
Vers le 25, la température baisse à 38°5, le soir. Le malade commence à se lever.
Le 30, dans la matinée, besoin impérieux d’aller à la selle, émission de matières accompagnées de sang rouge abondant. Quatre autres selles vont suivre contenant également du sang rouge vif. Le malade aurait perdu un litre de sang environ.
A 16 heures, nouvelle selle noire, sans trace de sang. Depuis, le malade n’a plus de température, la céphalée a disparu, et il mène une vie très tranquille.
Aucune perte de poids.
L'examen ne montre qu’une légère sensibilité du point vési-
culaire, sans autres signes abdominaux. Pas d’anémie marquée actuellement. j
La rectoscopie, pratiquée jusqu’à 25 cm., ne montre rien de particulier.
Urée'Sanguine ee 2 eee 0,31 g.
GiYcémie rs ANNE EMEA AR 20.
L'analyse des selles montre de nombreux kystes de pseudolimax ainsi que quelques kystes d’entaméba-coli.
Les examens biologiques ne révèlent rien de particulier.
La radiographie, pratiquée après lavement baryté, est banale. Mais, après évacuation, le cliché met en évidence trois petits diverticules siégeant au niveau du côlon transverse.
Le 16 avril 1948, le malade est revu. Trois à quatre nuits de suite, chaque mois, il est réveillé par des douleurs sousombilicales le tenant éveillé jusqu’au lever.
Il y a un mois, pendant la sieste, besoin impérieux de selle et rejet, par l’anus, d’un demi-verre de sang rouge.
Il n’y avait eu aucun excès alimentaire.
Foie normal (Mac Lagan : 16 .p. 100; prothrombine 120 p. 100). Prostate un peu grosse.
Rectoscopie ne mettant rien en évidence. Pas d’anite hémorroïdaire. Vingt-quatre heures après un lavement baryté n’ayant rien révélé, on remarque des taches sur le trajet du côlon transverse, dont deux coïncident avec celles trouvées en 1945 : ce sont autant de diverticules.