‹ La Forme Hémorragique de la Diverticulite du Côlon Ilio-PelvienChapitre 16 sur 29 · ASPECT CLINIQUE · texte numérisé non relu

ASPECT CLINIQUE

Nous allons essayer, en nous appuyant sur nos six observations personnelles et sur les sept cas rapportés par OLr- VIER, de dégager les caractères de ces entérorragies solitaires coïincidant, en dehors de tout autre signe, avec la présence de diverticules sur le côlon ilio-pelvien.

Cette forme hémorragique pure de la diverticulite mérite, malgré sa rareté relative, d’être mieux connue, étant donné qu’elle nous semble expliquer un certain nombre d’entérorragies jusque là cryptogénétiques.

Le caractère primordial de ces hémorragies est le rejet par l’anus d’une quantité plus ou moins importante de sang rouge, l’évolution immédiate de ces entérorragies étant marquée par un fait pathognomonique de leur origine basse, l’absence de melæna dans les heures ou le jour suivants. :

Le déclenchement de ces pertes sanguines surprend le plus souvent le malade en raison de sa brusquérie : soudain le sujet ressent un besoin impérieux d’aller à la selle. Ces épreintes, ce ténesme. surviennent parfois sans aucun prodrome, comme dans les observations I, IT et V. L’entérorragie a été précédée de quelques gargouillements coliques dans un de nos cas (VI). Une autre fois, une poussée de température a précédé le phénomène de quelques jours

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{observation IV). Enfin, chez un de nos malades, on a observé des douleurs le long du cadre colique avant l'émission de sang (observation II).

Cette hémorragie profuse reste parfois unique, mais se renouvelle le plus souvent dans les heures qui suivent, soit de façon massive, soit au contraire sous forme de petites selles répétées un grand nombre de fois. Mais alors qu'OLIVIER prétend que, dans tous les cas, les pertes de sang cessent en vingt-quatre à quarante-huit heures, nous apportons deux observations de malades chez lesquels ces hémorragiés s’échelonnent sur trois ans (observations III et FEV).

La totalité du sang rejeté peut atteindre un litre à un litre et demi environ. Il s’ensuit un tableau d’anémie aiguë plus ou moins dramatique selon l’importance de la perte sanguine. La syncope est survenue chez deux de nos malades (I et IV). Chez un autre (V), l’état général était si alarmant qu’une transfusion fut nécessaire.

En dehors de ces symptômes impressionnants qui tiennent à la perte de sang, l’examen clinique fournit peu de renseignements. L’interrogatoire ne donne pas d'indications. On ne retrouve dans les antécédents du malade que des troubles digestifs discrets et banaux tels que constipation modérée. Tout signe net de la série duodénale ou colique fait en général défaut, et ce n’est pas parce que l’un de nos malades a fait un séjour au Maroc, il y a quarante ans, que l’on peut parler d’une forme hémorragique de sigmoïdite amibienne, qui aurait été bien longue à se manifester.

L’hémorragie est en général apyrétique; un cas est caractérisé cependant par une température aux environs de 38° dans les jours qui l’ont précédée. Aucun signe ne permet de rattacher ces entérorragies à une intoxication aiguë ou chronique, à une affection digestive caractérisée. Le foie et la rate sont normaux. Dans un de nos cas, seulement, nous remarquons l'existence d’un gros foie douloureux, sans tableau cirrhotique, sans altération de la rate et persis-

Loge

tance des hémorragies alors que le foie était redevenu normal.

Légères hémorroïdes dans certains cas, ne pouvant expliquer des hémorragies aussi importantes; d’ailleurs, les injections sclérosantes restent sans effet.

L'évolution de ces hémorragies, dont la profusion pourrait faire naître les plus légitimes inquiétudes, ne comporte aucune conséquence tragique, aussi bien dans nos observations que dans celles d’OLIVIER, ce qui permet de conserver une attitude médicale malgré l’importance parfois considérable de l’émission sanguine.

ETIOLOGIE GÉNÉRALE

Une première remarque qui s'impose est que nous n’avons observé ces phénomènes que chez des hommes, OLIVIER, sur les sept cas qu’il rapporte, voit les hémorragies survenir quatre fois chez des hommes et trois fois chez des femmes. Il y a donc prédominance masculine nette.

D'autre part, ces accidents ne surviennent que chez des gens âgés de plus de cinquante ans.

Ces deux caractères sont ceux que l’on retrouve quand on étudie. les conditions d’existence de diverticulite iliopelvienne. Et c’est alors que se pose la question de l’étiologie de cette diverticulite.

BENSAUDE signale l’existence d’un certain nombre de cas de syphilis chez des porteurs de diverticules, mais ne conclut pas à une relation de cause à effet.

L’amaigrissement nous semble pouvoir être une cause favorisante : à la suite de la fonte des franges graisseuses péri-coliques, il y aurait relâchement de la paroi intestinale et formation de diverticules, la constipation ajoutant peutêtre son action.

Cela expliquerait que nous ayons pu réunir, en un temps assez court, six observations d’hémorragies chez des porteurs de diverticules, ce qui était connu, mais considéré comme très rare jusqu’à maintenant. En effet, la

guerre et les restrictions ont amené des pertes de poids parfois considérables. Une alimentation déficiente peut, en outre, entraîner, par moindre résistance de l’organisme, les poussées infectieuses intestinales paraissant nécessaires au déclenchement de l’hémorragie.

Il faut signaler l’importance que revêt l’administration de purgations, mêmes légères, dans le déclenchement du cataclysme. Nous en rapportons deux observations, et l’on en trouve plusieurs analogues dans la littérature.

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