CHAPITRE PREMIER
HIS TORIQUE
« À côté des faits où l’entérorragie survenant au cours d’une affection connue est aussitôt rapportée à sa cause, il en est d’autres où l’émission de sang par l’anus constitue l'accident primitif que rien n’annonçait et que, souvent, rien n’explique au premier abord. »
CAIN commençait ainsi un article, dans le Progrès Médical, consacré à l’étude rapide de ces entérorragies primitives.
GUTMANN, étudiant les entérorragies, dans une statistique portant sur une centaine de cas, ne peut faire de diagnostic étiologique vingt fois sur cent, forte proportion, confirmée d’ailleurs par les travaux de SHAW, rapportés dans The Lancet (août 1953).
Or, un certain nombre de ces cas particulièrement difficiles, où l’étiologie reste mystérieuse, nous semble pouvoir être rapporté à la présence de diverticules au niveau de la portion terminale du gros intestin. C’est ce que nous nous proposons de montrer par l’étude de six observations personnelles.
Ces hémorragies solitaires, survenant chez des porteurs de diverticules sigmoïdiens, sont, à notre avis, beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense, parmi des cas dits cryptogénétiques. Des examens radiologiques, pratiqués dans des conditions que nous expliquerons, arrivent souvent à mettre en évidence ces diverticules.
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Déjà WAGNER, dans une thèse inspirée de GUTMANN, avait attiré l’attention sur cela en 1936, et avait réussi à en présenter une quinzaine d'observations trouvées dans la littérature, la première publication de phénomènes entérorragiques liés à la présence de diverticules intestinaux ayant été faite par Kocx, en 1903.
OLIVIER, consacrant, en 1937, une thèse à l’étude des entérorragies solitaires d’origine colique, avait, lui aussi, étudié ce problème.
Sur les vingt-neuf malades examinés par lui, cas observés dans le Service du Docteur CAIN, ces hémorragies solitaires sont rapportées à des lésions du gros intestin dans les proportions suivantes :
a) Dans seize cas, les examens révèlent un dolichocôlon avec prédominance de l’anomalie au niveau du sigmoïde.
b) Sept cas peuvent être rapportés à une inflammation de la même portion sigmoïdienne.
c) Enfin, sept malades présentaient, au niveau de leur côlon sigmoïdien, un nombre plus ou moins considérable de diverticules qui sont mis en évidence par la radiographie.
Rien d’autre ne peut être relevé chez aucun de ces malades, si ce n’est, chez l’un d’entre eux, un léger allongement du temps de saignement qui ne peut expliquer l’intensité des hémorragies observées.
La rectoscopie, pratiquée chez quelques-uns de ces malades au moment de la perte sanguine, mettait en évidence un saignement en nappe de la muqueuse, sans aucune lésion apparente, avec augmentation du phénomène au moindre contact.
Dans une de ses cliniques, en 1937, LŒPER signalait l'existence d’hémorragies intestinales d’origine diverticulaire et en apportait une observation.
BAUDOT, de Toulouse, en signalait un cas en 1937. De même, MM. GERMAIN, LE GaLLOU et Morvan, en 1938, apportent une observation d’entérorragie rouge à la suite d’une
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purgation chez un porteur de diverticules et insistent sur la rareté du phénomène.
R. RENAUX, dans un article du Document Médical consacré aux diverticules de l'intestin, en donne deux cas.
Dans un ouvrage consacré aux diverticules du côlon iliopelvien, Louis PRAT, P. PRAT et V. PASCHETTA consacrent quelques pages aux formes hémorragiques de la diverticulite.
Eux aussi attirent l’attention sur le fait que, dans certains cas, chez des malades présentant des hémorragies intestinales parfois suivies, assez brièvement d’ailleurs, de melæna, la rectoscopie ne peut mettre en évidence aucune des causes ordinaires de perte de sang rouge par l’anus. Seul l’examen radiographique, pratiqué très soigneusement, après lavement ou transit intestinal, met en évidence, sur le trajet du côlon, des diverticules plus ou moins nombreux.
D’après eux, ces diverticules seraient très souvent cause de telles hémorragies dont on n’arrivait pas, auparavant, à faire le diagnostic étiologique, et qui restaient inexpliquées.
Nous rapportons ici six observations de malades présentant des entérorragies rouges, où la seule anomalie, après diverses investigations, était la présence de diverticules coliques. Y a-t-il simplement coïncidence ou relation de cause à effet ? C’est ce que nous allons essayer de discuter.
Ces observations, que nous a communiquées aimablement M. le Professeur agrégé DuBaRRyY, vont nous permettre d’insister sur les aspects cliniques de ces hémorragies, sur : leur diagnostic positif et différentiel, sur leur traitement et la conduite à tenir et, enfin, sur leur pronostic proche et lointain.