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psychiques jusqu’à ceux qui pour le minimum d’exci-. tation cénesthésique ont le maximum de préoccupation relative à leur santé. Ce dernier cas d’ailleurs n’est pas uniforme. »
REGIS en parlant de l’hypocondrie prétend que «le plus souvent à la base de l’idée hypocondriaque existe un trouble réel de l'organe, de l'appareil ou de la fonc tion, qu’il a pu dans un cas déceler à l’aide de la radiographie. Le délire hypocondriaque n’est alors qu'un délire d'interprétation ».
Plus loin, il prétend «qu'un état de mélancolie dépressive, anxieuse, sans aucun délire ou avec des idées prédominantes d’hypocondrie, de ruine, de découragement, de culpabilité, de défiance et d’empoisonnement, inquiétude très grande, refus d’aliments, tendance plus ou moins marquée au suicide, le tout coïncidant avec des perturbations fonctionnelles évidentes de l’appareil digestif, se rencontre dans l’auto-intoxication intestinale, telle qu’elle est réalisée par exemple par les dyspepsies, le cancer de l’estomac, etc.
D'habitude les troubles psychiques oscillent en sens direct ou inverse des troubles viscéraux, auxquels ils peuvent même se substituer comme des sortes d’équivalents. Souvent ils se reproduisent à divers moments de la vie, sous forme d’accès de mélancolie hypocondriaque et consciente, à type anxieux, coïncidant avec une poussée plus marquée d’auto-intoxication. »
Nous avons groupé les différents auteurs en quatre groupes suivant leurs points de vue.
Le premier groupe comprend ceux qui croient que le psychisme de l'individu est atteint et que l’hypocondrie est toujours une affection purement psychique. L’au-
teur qui a le plus poussé l’analyse de l’état psychique hypocondriaque, c’est WERNICKE. Il divise la conscience en trois groupes, qui sont les suivants : celui de l’extérieur, celui de la personnalité corporelle et celui de la personnalité du moi.
Le premier groupe, qui est la conscience du monde extérieur ou Allopsyché est formé par la somme des associations qui nous donnent la notion des choses concrètes. ,
Le deuxième groupe ou la conscience de la personnalité corporelle ou Somatopsyché va nous intéresser plus particuièrement.
La conscience du Moi ou Autopsyché comprend tout ce qu’on entend généralement sous le terme d’inventaire psychique.
La Somatopsyché est comme dit la conscience de la personnalité corporelle ou le moi «primaire ». Au chapitre V, WERNICKE nous explique ce qu’il entend par là. «Supposez que quelqu'un se réveille d’un sommeil profond ou qu’il avait perdu connaissance. La conscience du monde extérieur avait disparu ou plutôt ne fonctionnait pas aussi longtemps que durait la perte de connaissance. Mais quand elle est revenue, comment le sujet se comporte-t-il? Nous remarquons qu’il corrige sa position qui était désagréable, qu’il tâte son corps, pour se convaincre de son intégrité, et que son intérêt paraît concentré sur son propre corps. La conscience du Moi corporelle est revenue. »
Comme nous recevons seulement par suite d’un système de projection des impressions sensorielles et par là des nouvelles de l'ambiance, de même peut-on conclure que c'est le cas pour notre corps. Seulement par
les conductions nerveuses, qui relient un certain organe au cerveau, ce dernier communique avec lui; si ces connexions sont coupées, on peut faire avec l’organe tout ce qu'on veut sans que le cerveau en remarque quelque chose et que notre conscience s’en rende compte... On peut donc dire que l'intégrité du système conducteur nerveux est nécessaire pour permettre des perceptions de notre personnalité corporelle. Aussi cette conscience ne s’acquiert-elle que peu à peu au courant de la vie, c’est-à-dire de la même manière que la conscience du monde extérieur par le fait que des signaux des différentes parties du corps arrivent aux champs de projection du cerveau et y laissent des traces mnésiques. WERNICKE localise ces champs de projection à la substance corticale des deux hémisphères cérébrales, et il cite, à l'appui de cette hypothèse, les expériences de MuncCK et les faits cliniques et anatomiques constatés dans la Pathologie Humaine même si une limitation est encore actuellement impossible (1900) ».
Après avoir parlé et démontré l'importance du rôle de la peau, comme organe du tact, de l’œil et de l’ouie, de l’odorat et du goût pour acquérir la personnalité corporelle, il continue: « Aux sensations d'organes se rattachent également des sensations qui proviennent des muscles, des articulations et des intestins. Surtout en ce qui concerne les derniers, il nous est facile de voir, qu'il revient un rôle spécial aux perceptions organiques et qu’elles peuvent avoir lieu sans le concours des perceptions sensorielles. A l’état normal nous sommes peu conscients de ces perceptions organiques quoique tout chacun connaisse la faim, le besoin d’uriner, etc.
Par contre les maladies des intestins nous démontrent qu'ils sont très sensibles et influent beaucoup sur notre bien-être général.
La localisation des perceptions organiques internes a toujours un caractère vague et imprécis quoique nous disions couramment que quelqu'un souffre de maux d'estomac, de coliques néphritiques, etc. Mais le fonctionnement normal ou pathologique influence beaucoup sur notre état ou autrement dit, la conscience du Moi corporel montre une dépendance étroit de l’état des organes internes. Il est à supposer que la conscience du Moi corporel contient également des champs spéciaux de projection pour les organes internes, une supposition qui peut s'appuyer sur certains symptômes hypocondriaques remarqués chez des aliénés.
La somme donc des engrames de toutes les perceptions organiques forme le contenu de la conscience de la personnalité corporelle, de même que les engrames des perceptions sensorielles constituaient la conscience du monde extérieur.
Tous ces champs de projection qui forment l’ensemble de la conscience du Moi corporel sont reliés très étroitement entre eux par des voies associatives. Puisque les signaux que le corps même envoie à la conscience sont toujours les mêmes sous les mêmes conditions, il se forme entre les «engrames » des perceptions organiques une liaison telle qu’elle ne pourrait jamais être réalisée pour les engrames du monde extérieur. Les différentes parties du Moi corporel sont inmuables dans leurs rapports réciproques, les choses du monde extérieur par contre sont assez variables. Nous pouvons nous isoler plus ou moins
des choses du monde extérieur, les perceptions par contre que nous fournit notre corps ne nous quittent pas. Pendant le sommeil les influences de l'extérieur ne paraissent pas laisser de traces, par contre la surface du corps sur laquelle nous reposons, continue à envoyer des signaux à la conscience. Quelle que soit la position que nous prenons à l’état de veille, nous ne pouvons nous soustraire à l'effet de pression continuelle et à la perception de celle-ci sur une partie de notre peau.
Une certaine conscience de son Moi corporel accompagne l’homme toujours à l’état de veille et ce fait se démontre aisément par son attitude. L’attention peut être attirée sur un objet du monde extérieur, néanmoins, le corps garde sa position droite, continue à marcher, évite des rencontres et s’adapte aux inégalités du terrain, etc.
Nous comprenons donc que chaque perception organique rappelle à la conscience tout le complexus des «engrames » des organes corporels et que de cette façon est constitué un concept global : celui de la personnalité corporelle.
Les sensations organiques ont deux origines : d’une part l'excitation extérieure, d’autre part l'excitation interne. Par exemple, la sensation du chaud et du froid de la peau par suite de phénomènes vasomoteurs, les sensations perverties du goût à la suite d’un catarrhe ou des troubles auditifs subjectifs : bourdonnements, perceptions de lumière sans qu’un rayon lumineux excite la rétine, etc. Toutes ces sensations ne sont nullement mises en rapport avec l'extérieur. Il en résulte donc que la perception dépend de la sensation organique, mais la
sensation organique ne dépend pas d’une perception sensorielle réelle. Par là la supposition se trouve appuyée que la conscience du Moi corporel est représentée par des cellules de perception et forme alors un premier relai du cortex par lequel doit passer l’excitation sensorielle avant d’arriver aux champs de la conscience du monde extérieur. »
Voici donc la conception de WERNICKE de la Somatopsyché. % <
Ce qui caractérise donc ce premier groupe c’est, comme nous l’avons dit plus haut, le rôle important qu'attribuent ces auteurs à l’état psychique du malade.
Nous avons cité WERNICKE puisqu'il a le plus isolé le grand rôle de la Psyché corporelle. Les autres auteurs se servent plutôt d’une terminologie plus vulgaire en réservant pourtant une localisation spéciale à la conscience de la personnalité sans donner aux idées hypocondriaques le caractère d’une psychose spéciale.
Le second groupe est représenté par les auteurs qui admettent que l’hypocondrie est provoquée par une maladie organique corporelle et que l’hypocondrie ne serait qu'une réaction de l’hyperémotivité de l'individu ; les auteurs ne parlent plus de psychose, mais admettent plutôt une maladie nerveuse « Névrose de Schule ». Même WERNICKE qui est également du premier groupe croit pouvoir admettre que le plus souvent à la base de l’hypocondrie on trouve, dans certains cas, une maladie organique, mais il se défend d’y voir une relation de cause à efiet. Il dit «malgré tout, il ne peut s'agir dans ces cas d’une simple relation de cause à effet, car on a l’occasion de constater souvent les mêmes maladies organiques sans qu'il s'y greffe une psychose. »
WERNICKE fait pour ainsi dire, le lien entre le groupe I et le groupe IT dont les auteurs admettent une prépondérance du rôle de l’affectivité. Nous voyons une réaction affective, dépressive, provoquée par une affection corporelle. Un événement malheureux extérieur pourrait également provoquer chez ces individus la même réaction. Il est à relever que tous ces malades qui deviennent psychotiques à la suite d’une maladie corporelle réelle, ne deviennent pas des dépressits, mais très souvent des persécutés à tendance revendicatrice ; ces cas sont en proche parenté avec les opérés persécuteurs qui sont si dangereux aux opérateurs.
Le troisième groupe est formé par des auteurs qui localisent les sensations anormales, qui seraient la source des idées hypocondriaques, dans le système nerveux sympathique et pour lesquels le psychisme est intact. (LAIGNEL-LEVASTINE et autres.)
Le quatrième groupe ceux qui considèrent l’hypocondrie au point de vue étiologique et croient que les troubles chimiques résultant d’une affection organique de l'intestin provoquent l’hypocondrie. (REGIS cite un cas de guérison où il suffisait d’une purgation énergique pour guérir la maladie.)
Si nous analysons ces quatre groupes, la conception du groupe III et IV ne nous semble pas fondée scientifiquement.
Si l’on admet commeétiologie une auto-intoxication intestinale, il faut que cette auto-intoxication aït la même symptomatologie clinique que toutes les autres intoxications. Or, nous savons que les troubles psychiques toxiques présentent des formes cliniques variables, mais surtout des états de délire onirique. Il