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lentement progressive de la tumeur, le médecin de la malade, le docteur Cambessèdés, pensa naturellement d'abord à un kyste hydatique intra-thoracique. La réaetion de Parvu-Weinberg fut faite; elle resta absolument négative, l'examen du sang ne donna que 4 % d’éosinophiles. La malade n’était certainement pas syphilitique et elle avait trois enfants bien portants.
Après examen de la malade et de la radiographie, je pensai qu'il devait plutôt s'agir ici d’une tumeur hénigne du médiastin postérieur, par exemple un kyste derinoïde (bien que ceux-ci aient été vus jusqu'ici surtout dans le médiastin antérieur). Comme les douleurs par compression des nerfs intercostaux augmentaient et que la déformation du rachis déjà fort marquée pouvait faire craindre dans l'avenir une fracture spontanée, je proposai d'enlever cette tumeur, ce qui fut accepté.
La tumeur enlevée est du volume d’une tête fœtale ; elle est de consistance ferme, tout à fait lisse et régulière ; à la coupe, elle ressemble assez à un fihrome légèrement œdémateux; en quelques points, on voit des géodes creusées dans l'épaisseur de la masse tumorale.
L'examen histologique m'a montré que cette tumeur a'était pas du tout un fibrome banal, mais bien un néoplasme bénin d’origine nerveuse. Déjà, l'aspect géaéral “es préparations colorées par les réactifs habituels (hématoxyline, éosine et vaen Gieson) permettait de faire ce diagnostic. Mais, de plus, des préparations à l'argent Gnéthode de Mielchovski) ont permis d'y déceler des fibrilles nerveuses en assez grande quantité. C’est donc une tumeur développée sur le 6° nerf intercostal et présentant la structure de ces néoplasmes des nerfs périphériques que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de « gliome périphérique », de « schwannome » ou de « neurinome >: l'aspect en est très caractéristique et permet de reconnai-
Craie ae
tre que ces tumeurs ne sont pas développées aux dépens au tissu conjonctif banal, mais bien dûes à une prolifération de l’appareil différencié de soutien des fibres nerveuses périphériques (gaines de Schwann). Elles peuvent ou non contenir des fibrilles nerveuses colorables par la réduction des sels d’argent.
Quand je sus à quelle tumeur j'avais affaire chez ma malade, je cherchaiï s’il n’existait pas chez elle des signes frustes de neurofibromatose (taches pigmentées, fibromes cutanés), je n’en trouvai pas trace; on sait, en effet, que ces tumeurs se rencontrent fréquemment chez les malades qui présentent le syndrome de la neurofibromatose ce Recklinghausen.
En résumé, il s'agissait chez cette malade d’une volumineuse tumeur intra-thoracique, développée aux dépens au 6° nerf intercostal; à son entrée dans l’espace intercostal, présentant la structure d’un gliome périphérique ou schwannome, ayant eu un développement très lent, ayant provoqué une usure lente de la face latérale des vertèbres (6 et 7 D) et des côtes correspondantes, et des douleurs vives par compression nerveuse. L'opération fut assez facile et permit d’enlever la totalité de la tumeur. Le pneumothorax opératoire, lentement constitué et corrigé de suite par la saisie du poumon, à la façon de Delagenière, fut très bien supporté. La réunion complète, sans drainage de la cavité pleurale, permit d'obtenir une guérison opératoire simple, sans complications pleuropulmonaires.
Les tumeurs intra-thoraciques de cette nature semblent très rares. Un seul cas analogue a été publié récemment dans « Zentralblatt für Chirurgie (12 janvier 1924, . p. 50) par Guleke de Iéna; dans son cas, comme dans le mien, c’est la radiographie seule qui permit de reconnaitre l’éxistence de la tumeur.