‹ La forme sèche hémoptoïque de la dilatation bronchiqueChapitre 29 sur 71 · MON · texte numérisé non relu

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Dès l'apparition de la vérole, les médecins sont frappés de son ubiquité et déjà au XV° siège ils en soupçonnent les manifestations pulmonaires.

Perer Pivcror, médecin du pape Alexandre VI, et ParaceLse, au XVI° siècle, les entrevoient.

AMBRoISE PARÉ, en son 16° livre traitant de la grosse vérolle (édition Malgaigne), fait allusion aux accidents pulmonaires lorsqu'il écrit : « Autres demeurent asthmatiques et hectiques, avec fièvre lente ou meurent tabides et desséchés ».

Au XVII siècle, Corsapinus parlait d’une phtisie consécutive aux accidents laryngés.

Mais c’est au XVII siècle que la notion de la phtisie vérolique prend droit de cité avec les travaux d'ASTRUC, de MorGaGnr, de Swepraur, de Bezr, de PorrTar, les observations d'Horrman (164), de BRAMBILLA, de BAGLIvI, SToL.L, FRANGK (134) et SCHRADER.

Ces auteurs, frappés de la gravité de la vérole, lui prétent une grande influence sur les maladies internes. Toute consomption passait pour syphilitique si l’on avait une maladie vénérienne.

D'autres, remarquant l'action du mercure sur certaines manifestations pulmonaires, concluent à leur nature syphilitique: C'est l'époque du traitement de la vérole pulmonaire par les vapeurs de Cinabre.

ASTRUC, en 1743, donne une très belle description des localisations pulmonaires qu'il prête à la syphilis :

mais à cette époque, on ignorait tout de la tubereulose.

« Les fonctions vitales qui s’exercent par des organes contenus dans la poitrine, peuvent être allérés dans la vérole par différentes causes : 1° Par des tubercules où des tumeurs gommeuses dans la substance des poumons, soit qu'elles suppurent, soit qu'elles soient encore vertes, etc... De là doivent survenir : 1° La dyspnée ou la difficulté de respirer, l'asthme, l'orthopnée, si le sang vient se croupir dans les poumons ; SOIL à cause de son épaissis{ement, soit à cause des obstaeles ou des tubercules qui en retardent le cours ; 2° La toux si l'humeur de la trachée artère, devenue plus âcre par le mélange du virus, picote vivement la tunique intérieure des bronches ; 3° L'hémoptysie s’il arrive que les vaisseaux du poumon se crèvent ; 4° La vomique si des tumeurs gommeuses ou de gros tubercules viennent à suppurer dans les pourmons et à y former un abeès caché qui s'ouvrira par rupture ou par l'érosion de la poche qui le renferme ; 5° La phtisie si une vemique ouverte, de tubercules suppurés ou une érosion de bronches causée par l'humeur qui les arrose, dégénèrent en ulcère malin, opiniâtre, rebelle, comme il est assez ordinaire

dans les poumons ».

SwéDIAUR observe les vomiques vénériennes accompagnées de cachexie (Maladies vénériennes, t. IF, p. 169).

MorGani discute sur deux cas de phtisie vénérienne rapportés par Hoffman. Il aümet la phtisie vérolique.

Baczivi, in Opera omn. pract., p. 97 :

« Gerto constat phtisim scepissime esse morbum secun

darium et variis morbis principalibus ; v. g. a lue vene- TÉX Ÿ:

- BrasertLAa, in Trattalo chirurgico prético supra il flemmon et il suo ésito, ed altri punti importante de Chirurgia. Milano 1777, rapporte la merveilleuse histoire RAI figure en tête du chapitre.

Franck, dans Son traité de pathologie interne en 1785, rapporte l'observation d'un malade se plaignant de dyspnée, de toux fréquente avec expectoration et de consomption, qui guérit par le mercure. | = BexramN BELL en rapporte une autre dans son Traité de la gonorrhée tirulente, 1802.

Sauvace, in Nosologie méthodique, fait de la phtisie vénérienne la huitième classe des phtisies.

SchRADER, en 1769, écrit : « Producit inflammationnes, Spasmos, tumores et tubercula in variis partibus nec non raro in pulmonibus ».

Au début du XIX° siècle, J.-B. Fraxcx donne à la syphilis pulmonaire le nom désormais classique de « Phtisis a lue venerea ». |

LEMONIER, en 1810, distingue une phtisie pulmonaire syphilitique, une phtisie qui dépend du traitement anti- È et une phtisie qui évolue en même temps que la sy-

philis.

Puis viennent les travaux de Lagxxec qui ne reconnait pas à la Ÿ pulmonaire un droit de cité : « Les espèces établies par divers nosologistes ou praticiens sous le nom de phtisies scorbutiques, vénériennes, etc., sont toutes au fond des phtisies tuberculeuses et ne diffèrent que par la cause à laquelle on les attribue gratuitement peut-être au développement des tubercules ». s . Anpraz soutient cette manière de ‘voir et la syphilis pulmonaire se voit retirer d'un seul coup tout son domaine. ‘

La syphilis pulmonaire se relèvera limidement d'abord avec les travaux de Vax per Kozx qui montre le siège habituel äes gommes pulmonaires ; SUE qui en indique le traitement. Bientôt la concurrence va s'établir entre deux grandes affections.

Pendant toutes ces deux périodes personne ne songe encore à établir les liens qui unissent la dilatation bronchique à la syphilis. Il n'en sera pas de même au cours de la période suivanfe pendant laquelle la syphilis bronchique va établir ses bases puis grandira au dépend de

la syphilis du poumon.

Pendant cette troisième période les recherches vont se multiplier avec les méthodes histologiques. Elles fixeront les formes anatomiques de la maladie.

W. Muxcx admet que les produits syphilitiques peu-: vent siéger dans le tissu cellulaire sous-muqueux des bronches.

Depaur, avant Virchow, a le premier, en 1837, décelé des dilatations bronchiques multiples chez un fœtus issu d'une femme atteinte de syphilis pulmonaire, Plus tard, en deux autres mémoires (1853 et 1870), il s'attache à montrer la syphilis broncho-pulmonaire héréditaire. II décrivit alors la dilatation des bronches, la pneumonie blanche, les gommes.

CRUVELHIER, en 1837, écrit : « Un grand nombre d'enfants qui meurent avec des pustules syphilitiques, suc-

combent à des pneumonies ou à des lésions du poumon

antérieures à la naissance. Chez l’un d'eux, le tissu pulmonaire était infiltré çà et là de sang et de sérosité ; chez un autre on trouva une pneumonie lobulaire suppurée ; chez un troisième il existait un catarrhe pulmonaire ».

VincHow, en 1847, décrit «une pneumonie au stade d'hépatisation blanche » chez un nouveau-né qui servait à un examen judiciaire, mais il ne la rapporte pas à la syphilis.

Ricorp (269) a redonné en France une nouvelle impulsion aux recherches avec Lacxeau et YvVAREN, VIDAL DE Cassis, GiserT. Lorrain et Rogix, en 1855, décrivent avec une netteté et une précision parfaites l'hépatisation blanche et l’épithélioma fœtal qui peut occuper un espace limité ou envahir un lobe pulmonaire.

Ils ajoutent, rattachant complètement ces deux lésions à la syphilis héréditaire, les phrases suivantes : « En dehors de la question d'anatomie pathologique, il y a la question d'étiologie. La variété d'épithélioma dont nous parlons coïncide habituellement avec le pemphigus néo-natorum et celui-ci a été considéré comme une manifestation de la syphilis héréditaire maternelle et paternelle ».

Cet épithélioma fœtal n'est autre que la dilatation bronchique généralisée.

Foxrax (127), en 1865, rapporte une observation de gommes syphilitiques du poumon sur un fœtus de huit mois (mère ayant eu un chancre un mois avant conception).

DanIEL MOLLIÈRE (103), en 1867, montre qu'il faut re-

chercher la syphilis du poumon au même titre que Îles lésions du foie et de la rate chez les nouveau-nés hérédos.

Les travaux alors se multiplient ; en-France, il faut citer Pidoux 1864, Follin 1865, Lancereaux (193) 1866, Hérard et Cornil 1867, Gintrac 1867, Lacaze en 1871, Landrieux en 1872, Fournier (131), Parrot (252) en 1878 ; en 1789 Bresse, Gougenheim, César Belin ; en 1862 Carlier (55). Puis Jacquin (176), Roubleff, Potain, Dieulafoy, Balzer et Grandhomme, Bourdieux (59), Milian 229, Letulle (04), Sergent (290), Cade et Jambon.

En Angleterre, Mac Carthy, Robinson (276), Mac Swinnen, Hutchinson (168), Councilman (96), Buchanan (69), Burnham (71), Box (67). |

En Amérique, Henope et Stéphani, W. Osler (244), Boislinière (56).

‘En Argentine, M. Castex (59) et son école, Elisalde, Spangenberg, Barlaro, Acuna et Navarro.

En Italie, Vecchi, Gamberini, Colomiatti.

En Allemagne, Pancritius (249), Hertz, Hiller (163), Ramdhor (266), Vierling (313), Hochsinger, Grawitz (152), Vogt (314), Kaufman (182), Brandenburg (63).

Gependant les travaux de Villemin et de Koch qui détérminent la spécificité étiologique de la tuberculose permettent d'établir avec plus de facilité le diagnostic différentiel entre cette affection et la syphilis du poumon, tant au point de vue clinique (recherche du bacille de

Koch dans les crachats), qu'au point de vue anatomique (recherche du bacille dans les coupes).

En reprenant plus en détail les différents travaux des anatomo-pathologistes (les seuls permettant de donner à la syphilis pulmonaire une base solide), on constate la filiation des faits qui plaident en faveur de l'origine syphilitique de la dilatation des bronches. Ils aboutissent à ces constatations

1° Que la syphilis héréditaire peut donner chez le nouveau-né, chez l'enfant et l'adulte des pneumonies blanches, des gommes et des bronchectasies. Mais alors que les preumonies blanches et les gommes du poumon sont la grande rareté, les dilatations des bronches sont la grande fréquence. |

2° La syphilis acquise peut donner les mêmes lésions, inais avec une prédominance également très marquée pour la dilatation des bronches. La pneumonie blanche et la gomme sont des lésions jeunes, la bronchectasie

est un aboutissant.

«+ À, — Les Dilatations bronchiques hérédo-syphilitiques

Elles peuvent se rencontrer :

a) Chez le fœtus où l’on voit des bronchectasies indiseutablement syphilitiques, ce sont les plus nombreuses.

des bronchectasies par malformation embryon-

naire, qui sont très rares.

b) Chez l'enfant, résultant de la syphilis héréditaire précoce.

ce) Chez l'adolescent et chez l'adulte où elles résultent de la syphilis héréditaire précoce ou tar-

dive.

Ï. Dir ATATIONS BRONCHIQUES FOETALES.

Elles comprennent à notre sens (et c'est là une notion sur laquelle on à pas pas assez insisté jusqu'à présent), deux ordres de faits très différents, d'une part les dilatations bronchiques incontestablement syphilitiques (antécédents, présence du tréponème dans les coupes) et les dilatations bronchiques que certains auteurs ont rapporiées à des processus de malformation broncho-pulmo-

naire pour lesquels la preuve de la syphilis n'est pas faite.

A) BRONCHECTASIES FOETALES SYPHILITIQUES. On peut expliquer leur formation (et aussi leur association avec des lésions syphilitiques plus jeunes et plus actives gomme, pneumonie blanche) par la gravité de l’infection syphilitique au moment de la naissance. A ce sujet, il nous suffira de rappeler les phrases d'HUTINEL : à

« Dans les derniers temps de la vie intra-utérine et dans les semaines qui suivent la naissance, l'infection par le tréponème a les caractères d'une véritable septicémie, comme la syphilis secondaire. Elle est alors singulièrement diffuse et pénétrante. Elle atteint la plupart des organes et des tissus ; mais elle à une prédilection marquée pour certains appareils parmi lesquels le foie, le poumon et les reins sont le plus habituellement touchés ».

LPO * £ Le

Nous avons déjà mentionné les travaux de Depaul, de Cruveilhier, de Lorrain et Robin, nous évoquerons maintenant ceux qui sont parus depuis.

Parrot, 1877, décrit deux formes de syphilis pulmonaire en général isolées : les gommes et l’hépatisation blanche.

Grawrrz (152), dans un travail purement anatomique, décrit la dilatation des bronches « congénitales » chez l'adulte et le nouveau-né (8 cas), mais il ne les rapporte pas à la syphilis et n’en cherche pas l’étiologie.

. HocnsiNcer, sur 154 autopsies de fœtus hérédo-syphilitiques trouve 36 lésions du poumon.

LANCEREAUX (193), 1866, dans son traité de la syphilis, page 422, décrit la pneumonie interstitielle, forme dif-

fuse de la syphilose pulmonaire de la façon suivante

Le siège de la pneumonie interstitielle est variable. Tantôt elle Gccupe les lobes supérieurs, ou le lobe moyen, tantôt elle reste limitée aux lobes inférieurs, et ainsi il est permis de croire qu'elle peut envahir à peu près indistinctement les différentes parties des poumons, sans acquérir néanmoins une étendue bien considérable. La portion du parenchyme affectée ést plus ferme, plus dure, élastique, résistante à la pression, friable, imperméable à l'air, et par conséquent non crépitante. Dans un fait, la lésion occupait la partie inférieure du lobe supérieur du poumon gauche. À ce niveau, la surface pulmonaire présentait une large dépression avec plis radiés ; le parenchyme était remplacé par un tissu fibreux, résistant, au sein duquel on apercevait de nombreux points jaunâtres, à la surface, légèrement grenue, constituée à l'examen microscopique par des noyaux granuleux et de nombreuses granulalions moléculaires, contenues dans une trame fibreuse. Les

bronches qui se rendaient à cette portion du poumon, pour la

MRRISSS

plupart dilatées ou rétrécies, se terminaient quelques-unes du moins par des culs-de-sac ampullaires. Les parois opaques, jaunâtres, épaissies, étaient manifestement altérées. Loin d'être rare, cette modification bronehique est plutôt la règle dans les cas dont il s'agit.

Ultérieurement, Lameereaux est revenu fréquemment sur ce sujet ; mais e‘est dans une clinique intitulée : € La svphilis des voies aériennes » (Leçon de clinique médicale, 1874-1891) que ee maître a donné son opinion sur ce sujet qui nous inté-

resse (Bourdieux).

HomoiLe (1883) dans son article du « Dictionnaire

de Médecine et de Chirurgie pratique ».

Décrit, outre les gommes, une broncho-pneumonie, sclérogomimeuse caractérisée par la présence autour des bronches de tractus fibreux ou de masse calleuse ardoiïisée, très dense, renfermant çà et là des noyaux caséeux, jaunâtrés, secs. À cette première forme de broncho-pneumonie, il ajoute la bronchopneumonie scléreuse, sans nodules caséeux ou gommeux sous forme de tractus fibreux de masses dures et pigmentées, accompagnées parfois de bronchectasies, et la broncho-pneumonie chronique desquamative, très analogue à la pneumonie

blanche des nouveau-nés syphilitiques.

Bazzer et GRAND'HOMME (17), en 1886, dans leur observation princeps, rapportent un cas où le lobe supérieur du poumon gauche d’un fœtus hérédo-syphilitique était doublé de volume et rempli de grosses poches qui n'étaient autres que des bronches dilatées.

Ils distinguent

Les broncho-pneumonies récentes ‘où peu intenses, passagères congestions dans lesquelles les lésions ne sont pas visibles à l'examen microscopique.

ne ONE

Les broncho-pneumonies à noyaux disséminés où agglomérés en bandes verticales ou à la partie postérieure des poumons (formes subaiguës).

Les broncho-pneumonies avec hépatisation blanche sans dilatation des bronches.

Les broncho-pneumonies chroniques avec dilatation des bronches, destruction de l’armature élastique, conservation des épithéliums, endartérite intense.

Marraw, dans le traité de Médecine Charcot et Bouchard, mentionne « que la cirrhose syphilitique affectant le type de sclérose broncho-pulmonaire, on doit s’attendre à la voir s'accompagner de dilatations bronchiques, ce qui a lieu en effet ».

Bourpigux (59), en 1896, inspiré par Lancereaux, rapporte les 2 observations de celui-ci, l’une à l'Académie en 1877, l’autre parue en 188r. Il montre qu’ « à eôté de la syphilis pulmonaire se traduisant par une gomme, la pneumonie blanche ou la sclérose, une syphilis bronchique (uniquement au début du moins) peut aboutir à la dilatation généralisée de tout le système des voies conductrices de l'air ».

CADE et JaAMBoN (53) rapportent l'observation d'un nouveau-né hérédo-syphilitiques (aveu du père) présentant des gommes du cou et du pemphigus, qui était atteint de bronchectasies en nids de guèpe depuis la base jusqu'au sommet. Au point de vue histologique, le processus d'hyperplasie dominait et portait aussi bien sur le tissu glandulaire que sur le tissu musculaire et les cartilages. Il existait de plus de l’alvéolite blanche. Des tréponèmes ont pu être retrouvés dans ces lésions.

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