‹ La formule cytologique des pleurésies tuberculeusesChapitre 7 sur 59 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'étude des éléments cellulaires contenus dans les épanchements des séreuses est de date relativement récente. C’est seulement en 1882 que pour la première fois Khrlich et Quinke recherchent les cellules néoplasiques dans les épanchements cancéreux ; Dieulafoy et plus tard Auché et Carrière, étudient les liquides hémorragiques de la cavité pleurale.

En 1896, deux auteurs polonais, Korczynski et Wernicki, dans un article paru dans le Przeglad lekarski n% 17 et 18, intitulé Zmportance des lymphocytes dans les épanchements séreux de la plèvre el du péritoine, après avoir passé en revue les éléments figurés qu’on peut rencontrer dans les liquides excrétés dans ces deux séreuses, constatent ce fait remarquable, que les épanchements séreux (c'est-à-dire presque toujours tuber-

culeux), contiennent presque exclusivement des lymphocytes. Ils montrent, en outre, que la prédominance des polynucléaires neutrophiles dans les épanchements séreux indique une tendance à la suppuration ou la nature cancéreuse du liquide, mais, ils ne tirent de leurs recherches aucune conclusion pratique.

Dans la même année, Winiarski de Varsovie, dans un mémoire paru dans la Æronika lekarski, intitulé Importance des lymphocytes dans les épanchements et dans les æœdèmes, donne à ces éléments une plus grande extension. Il précise le nombre des élements figurés contenus par millimètre cube de liquide exploré, et les oscillations sous l'influence des divers moments. Mais il faut arriver aux travaux de Widal et Ravaut pour voir d’une façon nette poser une méthode nouvelle de diagnostic basée sur l'étude des éléments figurés contenus dans les liquides pathologiques; et quoi qu’en aient prétendu certains auteurs, c’est donc à juste titre qu'ils ont pu écrire en tête de leur article du 30 juin : « L'examen histologique des épanchements séro-fibrineux de la plèvre n’a pas été pratiqué jusqu'ici d’une façon systématique. Seul, l’épanchement séro-fibrineux des pleurésies cancéreuses a fait l’objet d’études nombreuses, entreprises surtout dans le but de rechercher les cellules cancéreuses. Les recherches que nous avons faites dans cinquante-six cas montrent que l'étude des cellules éparses dans l’exsudat peut, dans certains cas, fournir des indications intéressantes pour la pathologie et la clinique. » Ilen est donc du cyto-diagnostic comme du séro-diagnostie Lyphique ; si, à proprement parler, WidaletRavaut n’ont pas découvertla méthode,

leur grand mérite a été de savoir utiliser chiniquement un procédé qui, avant eux, n'avait reçu aucune application pratique.

Les premières communications de Widal et Ravaut sont faites en Juin 1900 à la Société de Biologie, au Congrès de Paris du 6 août sur la cytologie des pleurésies, et le 13 octobre de la même année, sur l’examen cytologique de liquide céphalo-rachidien. Après la publication de toute cette série d'articles, un grand nombre d'auteurs s'emparent de la question, les uns pour la défendre, les autres pour la combattre.

Dans une note sur l'Étude cytologique des épanchements des diverses séreuses, publiée par MM. Dopter et Tanton à la Société médicale des hôpitaux de Paris, le 12 juillet 1900, ces auteurs, après avoir étudié suecessivement les pleurésies a frigore, dans la grippe, les pleurésies métapneumoniques, les liquides d'hydrocèle, d’hydarthrose, de péricardite, etc., concluent en confirmant les recherches de Widal et Ravaut. A la même époque, M. Julliard publie une longue série d’observaions, portant surtout sur des cas d’hydrocèle vaginale, et conclut en disant: « Le contenu leucocytaire d’un épanchement est le témoin de la réaction opposée par la séreuse à l’agent qui l’a irritée, que celui-c1 soit d’or1gine infectieuse, Loxique ou traumatique. Il est en rapport intime avec la modalité clinique, avec le degré d’'acuité plus ou moins accentué du processus morbide, et non pas avec la nature de son origine . »

Comme on le voit, il est un peu moins aflirmatif que ses prédécesseurs mais, par contre, il élargit le champ des recherches et tend à préciser la valeur de la méthode

Lg en disant : « Il faut tenir compte, dans l'interprétation des résultats fournis par l'examen cytologique, non seulement des particularités cliniques, mais de l’action des agents secondaires, tels que la ponction, les substances médicamenteuses, ele. »

Après les quelques articles qui précèdent, on ne compte pour ainsi dire plus les nombreuses publications sur la cytologie. Tous les liquides de l'organisme sain ou malade sont analysés, et chacun essaye de donner une formule correspondant à un processus pathologique déterminé.

De nombreux travaux allemands, quelques notes parues dans les journaux anglais et italiens, confirment d’une façon générale les résultats obtenus par MM. Widal et Ravaut. Mais c’est en France, et en parliculier à Lyon, que la question est étudiée de plus près.

Dans le Lyon médical du 11 août 1901, MM. Barjon et Cade, après avoir exposé une méthode nouvelle de recherche des éléments figurés dans les épanchements, publient une série de résultats portant sur des observations de pleurésies tuberculeuses, et confirment les travaux de Widal. Ils avaient déjà, dans un article précédent publié le 17 juillet, établi la formule des pleurésies cardiaques, dont l'étude a été reprise par les mêmes auteurs dans un arlicle des Archives générales de Médecine d'octobre 1902, et par le D' Barège dans une thèse de Lyon de la fin de l’année 1902.

Citons encore la thèse inaugurale de Ravaut, sur le Diagnostic des épanchements de la plévre (cytodiagnostic), où se trouvent développés les travaux cytolo-

giques faits en collaboration avec son maître Widal. Le 4 mars 1902, MM. Barjon et Cade font de nouveau paraître un long article communiqué à la Société médicale des hôpitaux de Lyon, sur l’Interprétalion de la formule cytologique des épanchements dans les séreuses d'après cent examens. Ils font nettement ressorür. Dans ce travail que l'intérêt principal de la formule réside dansles variations de celle-ci, suivant les conditions différentes dans lesquelles le malade se trouve. Il est le point de départ de toute une série d'observations, dont la plupart sont consignées dans ce travail, et dont le but est de montrer que la formule de Widal et Ravaut est trop exclusive et mérite d’être étendue davantage.

Enfin, ces mêmes auteurs, dans le courant d’aoûti902, publient dans les Archives générales de Médecine, un troisième article portant exclusivement sur les pleurésies tuberculeuses, dans lequel nous avons largement puisé au cours de ce travail.

Plus récemment encore, ils font paraître une étude semblable sur les pleurésies chez les cardiaques.

Pendant le cours de ces publications lyonnaises, d’autres articles paraissent un peu partout, tendant généralement à confirmer les premières formules cytologiques établies. On va même plus loin, et l’on étudie par comparaison les leucocytes des séreuses normales. Nobecourt et Bigard (Société de Biologie, 1“ décembre) étudient la formule leucocytaire des séreuses péritonéale, pleurale, péricardique et articulaire du cobaye normal.

Sabrazes et Muratet de Bordeaux, établissent dans

PR 7e une note à la Société de Biologie du 8 décembre 1900 la formule cytologique des liquides séreux contenus dans la plèvre et le péritoine du bœuf.

MM. Arloing et Courmont, dans le Lyon médical du 16 mars 1902, donnent une méthode particulière de recherches, mais confirment d’une façon générale les travaux antérieurs de MM. Widal et Ravaut, Barjon et Cade, etc.

Au même moment, M Paul Courmont de Lyon publie le résultat de ses recherches sur les résultats comparés du cyto-diagnostic et du séro-diagnostic tuberculeux des épanchements des séreuses (Bulletin médical des hôpitaux de Lyon, 17 mars 1902).

Il serait trop long d’énumérer encore ici tous les auteurs qui ont suivi la marche indiquée par leurs prédécesseurs, pour établir une formule leucocytaire des épanchements pathologiques des séreuses. Nous signalerons cependant en terminant, l'excellent travail de M. Descos, interne des hôpitaux de Lyon, sur les Applications cliniques du cytodiagnostic des épanchements dans les séreuses paru dans les numéros de septembre et d'octobre 1902 de la Revue de médecine, et enfin,’ celui de: Wolff qui, comme MM. Barjon et Cade, insiste particulièrement sur les variations de la formule leucocytaire au cours des pleurésies tuberculeuses.

Nous croyons,au moment où nous écrivons ceslignes, que le travail de Wolff est le dernier de quelque importance paru sur la question.

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