LA FORMULE DE WIDAL ET RAVAUT
Le 30 juin 1900, MM. Widal et Ravaut faisaient . paraître à la Société de Biologie, un article dans lequel ils proposaient un nouveau moyen de diagnostic des épanchements de la séreuse pleurale, basé sur l'étude des éléments cellulaires trouvés dans ces liquides.
Ils s’appuyaient sur le principe suivant : en présence d’une irritation, quelle qu'elle soit, les tissus réagissent, et cette réaction générale constitue l’inflammation. Cette inflammation est soumise à des lois, et dans des conditions données, présente toujours la même physionomie. Cette spécificité réactionnelle se retrouve dans l'examen histologique des tissus. Or, les principaux éléments de cette réaction sont, d’après Metchnikoff, les globules blancs qui se retrouvent dans les espaces séreux qui sont enflammés. On peut donc recueillir ces cellules dans le liquide séreux épanché et leur étude constitue le CYroDrAGNOSTIC.
Partant de ce principe, ils ont montré qu’on peut, dans chaque affection déterminée, essayer de donner
EL ee
une formule des éléments contenus dans le liquide exsudé et en tirer des applications pratiques.
Leur manuel opératoire était le suivant :
1° Ponction de 15 à 20 centimètres cubes;
o* Défibrination du liquide.
Dans sa thèse, Ravaut distingue deux cas, ou bien on défibrine immédiatement après la ponction, où bien on défibrine tardivement. Dans ce second cas, le coagulum fibrineux formé englobe les éléments cellulaires qu'on mel facilement en hberté, en agitant le tout pendant une dizaine de minutes, avec des perles de verre.
Nous montrerons en détail au chapitre IV l’inconvénient de la défibrination précoce ou tardive;
3° Le liquide défibriné est centrifugé pendant un temps plus où moins long. Ravaut n'attachait pas d'importance à la durée de la centrifugation. MM. Barjon et Cade croient également qu’elle ne modifie pas sensiblement les résultats.
4° Le liquide est décanté, et le culot étalé sur une lame de verre est coloré et examiné. Telle est la technique simple employée par Widal et Ravaut. Nous n'insisterons pas davantage sur les détails d'exécution de cette technique qu’on pourra trouver exposée tout au long dans la thèse de Ravaut, et dont la critique est faite dans la thèse de notre ami le D' Chevrant.
Quels sont les résultats obtenus par cesauteurs? Dans leurs premières communications de juin, ils étudient successivement les pleurésies mécaniques, cardiaques, expérimentales, infectieuses, et enfin les pleurésies tuberculeuses qui seules nous intéressent ici. Ils concluent à ce moment que la pleurésie dite a frigore dont
Et Landouzy à montré la nature tuberculeuse, est caractérisée par la présence presque exclusive de petits Iymphocytes associés à quelques globules rouges et à quelques gros mononucléaires.
Ils font aussi remarquer que, dans deux épanchements étudiés du premier au neuvième jour, dans le premier casils trouvent :
1 polynucléare pour 9 lymphocytes; trois jours après lymphocytose absolue ;
Dans le deuxième cas, ils trouvent :
1 gros mononucléaire pour 200 lymphocytes; cinq Jours après, plus que des lymphocytes.
Is signalaient donc déjà, mais d’une façon purement accidentelle, la présence de l'élément polynucléaire au début de l'affection.
Pour ce qui est des gros mononucléaires, nous verrons au chapitre IV que ces auteurs en ont peut-être fait un usage trop exclusif, car MM. Barjon et Cade ont montré qu'ils étaient très facilement confondus avecles cellules endothéliales qui, elles, sont très fréquentes au début des pleurésies tuberculeuses et qui cependant, sont assez peu souvent signalées par Ravaut.
Quoi qu'il en soit, dès leurs premières communications, Widal et Ravaut divisaient les pleurésies tuberculeuses en deux groupes el montraient par des examens comparatifs, que le liquide des pleurésies dévoloppées chez les tuberculeux avérés, atteints de lésions caséeuses ou ulcéreuses des poumons, ainsi que le liquide de l’hydro-pneumothorax tuberculeux a une formule eytologique différente de celle des pleurésies tuberculeuses proprement dites.
Re
Dans 1 cassur 8, les éléments figurés restaient rares; on ne trouvait presque pas de lymphocytes, mais des polynucléaires vieillis, déformés, à noyau divisé, à granulations neutrophiles, quelquefois même des masses amorphes semblant dériver de l’endothélium.
Ravaut a repris avec plus de détails dans sa thèse la formule des pleurésies tuberculeuses. Il les divise en deux groupes :
1° Les pleuro-luberculoses primitives, « aussi bien individualisées au point de vue cytologique qu'au point de vue anatomique et clinique ».
Leur formule est, pendant toute l’évolution de la maladie, nettement lymphocytaire. « Si, dit-il, on a l'occasion d’examiner le liquide dans les premiers jours de sa formation, on pourra retrouver au milieu des lymphocytes quelques rares polynucléaires. » Il signale aussiquelquefois de gros éléments mononucléés, et se colorant mal.
>* Pleuro-luberculoses secondaires, ou pleurésies provenant chez des individus porteurs de lésions tuberculeuses du poumon, avant le début de la pleurésie.
« Dans ce cas, dit-il, les éléments figurés sont rares et les cellules retrouvées sont altérées. » La formule générale serait, pour cet auteur, une polynucléose manifeste du début, suivie bientôt d'une lymphocytose normale dans le cas où la maladie évolue vers la guérison. |
Tels sont résumés aussi succinctement que possible, les résultats obtenus par Ravaut dans l’examen cytologique des pleurésies tuberculeuses.
Beaucoup d'auteurs sont venus après lui confirmer
SE res
d’une manière généraleses résullats, mais aucun n'avait “contrôlé la formule. Ce sont MM. Barjon et Cade qui ont les premiers repris la question et ont montré dans une série de communications, que si la formule de Ravaut était exacte en soi, 1l fallait néanmoins lui faire subir quelques modifications et l’étudier de plus près, surtout au point de vue de ces variations.
Si en effet, Ravaut a bien montré que d’une manière générale, la Ilymphocytose était caractéristique de la tuberculose, 1l a passé très rapidement sur la présence des cellules polynucléaires et des élémentsendothéliaux. Il ne les a jamais recherchés d’une façon systématique, surtout dans les cas de pleuro-tuberculose primitive. Il a rarement pratiqué plusieurs ponctions successives chez le même malade, et n'a par conséquent pas eu l'attention particulièrement attirée sur les variations que présente la formule cytologique au cours de la pleurésie tuberculeuse.
Aussi, MM. Barjon et Cade ont-ils notablement élargi le champ des recherches, en montrant que le principal intérêt de la cytologie consistait justement dans la recherche de ces variations, qui traduisent en somme-les différentes phases d'évolution de la maladie.
Si l’on admet que la formule leucocytaire est le témoin des réactions de l’organisme contre un agent infectieux, il est évident que la maladie, passant par des phases successives, produira des réactions différentes suivant les moments. Si la formule cytologique traduit fidèlement ces réactions, on voit donc tout l'intérêt qu'il y a à la rechercher le plus de fois possible au cours d’une même affection. C’est pourquoi
Le P,