CHAPITRE V
ABRIS POUR l'artillerie ET POUR LA CAVALERIE.
Abris pour V artillerie.
Quelques artilleurs sont encore d'avis que l'artillerie de campagne ne doit pas s'établir derrière des épaulemeûts.
Leur principal argument est celui-ci :
« Les projectiles explosifs qui frappent la crête de l'épaulement, entre deux pièces, produisent des éclats dangereux. Ces mêmes projectiles, si Tépaulement n'existait pas, passeraient à côté des pièces et n'éclateraient qu'au moment où ils toucheraient le sol. Le danger serait donc moindre dans ce cas. »
Mais l'inconvénient que présente, sous ce rapport, l'épaulement, est plus que compensé par la protection e£Scace qu'il assure aux pièces et aux servants, dans les premiers moments de la lutte. Il a été
constaté, en effet, à Vienne, par un tir de 240 coups exécuté contre une batterie analogue à celles de Sadowa, que 49 p. c. des projectiles atteignent la masse couvrante.
Dans les terrains unis et découverts, les batteries doivent être complétées par des abris pour les avant-trains et pour les détachements de cavalerie servant de soutien.
L'artillerie rayée n'est plus astreinte, comme Tétait l'artillerie lisse, à changer fréquemment de position sur le champ de bataille, soit pour concentrer ses feux, soit pour suivre les mouvements des troupes amies ou ennemies. On peut donc, dans bien des cas, établir les pièces derrière des épaulements à l'épreuve des obus, ou derrière de simples bourrelets en terre, à l'épreuve de la balle, des shr^nels et des éclats d'obus.
En thèse générale, cependant, on retranchera seulement les batteries qui sont trop exposées, soit parce que le terrain manque d'abris naturels, soit parce qu'on peut en approcher de trop près, à couvert.
Autrefois, on donnait aux batteries le profil fig. 5, pi. II (partie pointiUée). Les servants étaient alors à Tabri des feux directs quand, après le chargement, ils se retiraient derrière les pièces.
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Mais ce profil exigeait trop de temps et trop de terrassiers. On y a substitué avantageusement le profil p, pi. Il, qui s'exécute rapidement et assure néanmoins une protection suffisante aux servants, quand ceux-ci, après le chai^ement, se retirent sur le côté des pièces, dans des rigoles construites à cet effet.
A Sadowa, l'artillerie autrichienne abrita une partie de ses pièces derrière des épaulements masqués par des branches plantées sur la plongée et sur le talus extérieur. (Fig. 8, pi. I.)
Les pièces tiraient à barbette et étaient protégées contre les feux d'écharpe par des merlons qui servaient, en même temps, à couvrir de petits magasins à munitions.
Les merlons couvraient les servants sur 1"^50 de hauteur, lorsqu'ils étaient près des pièces, et sur 2I"40, lorsqu'ils étaient dans les rigoles.
Les petits magasins facilitent le service, préservent les munitions de l'humidité et les mettent à l'abri des coups de hasard auxquels elles sont exposées dans le transport à travers champs. Us permettent d'établir les avant-trains à une plus grande distance des batteries et de profiter ainsi des abris ou des couverts que présente le terrain, pour les soustraire aux vues ou aux feux de Tennemi.
Quelques artilleurs condamnent les merlons, parce qu'ils restreignent le champ de tir des pièces et facilitent le pointage des contre-batteries.
On peut remédier à ces inconvénients en espaçant davantage les pièces ^ et en masquant les embrasures. A Sadowa, une batterie du 10* corps déroba complètement ses pièces à la vue, au moyen de branches d'arbres plantées sur le parapet.
« Une autre batterie, dit le colonel de PidoU, et les abris de tirailleurs établis à côté, furent si bien dissimulés avec du colza étendu sur le parapet, que moi-même, qui connaissais parfaitement leur position, je m'approchai à 20 ou 30 pas sans les remarquer. »
Du reste, lorsque les merlons gênent le tir, on peut les déblayer en tout ou en partie dans l'espace de quelques minutes.
Ceux qui demandent la suppression des merlons ne considèrent que les feux de front ; or, souvent une batterie est exposée à des feux d'écharpe. Dans ce cas, les merlons procurent aux servants un couvert de 1™50 de hauteur. Ils sont très-utiles aussi contre les
Derrière un parapet en ligne droite, les pièces ont nn champ de tir maximum de 60 degrés. On peut obtenir ce môme champ de tir avec des merlons convenablement espacés et tracés.
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tirailleurs qui prennent les pièces en flanc, pendant que l'artillerie les attaque de front.
Les rigoles entre les pièces doivent être creusées en pente et aboutir à un tonneau ou à un gabion enterré (faisant ofiSce de puits) recouvert de planches ou de claies.
Des batteries semblables à celles de Sadowa (fig. 8, pi. I), dit le colonel de Pidoll, peuvent être construites en 3 ou 4 heures, dans un terrain favorable, par 160 hommes d'infanterie et un peloton de troupes du génie ou d'artillerie (pour diriger le travail), chaque homme déblayant par heure 13 ou 17 pieds cubes.
Les sept batteries de Salney furent exécutées par un bataillon du 1®' régiment du génie, dont la moitié arriva le 29 juin, à midi, l'autre moitié à 4 heures. Le 30, dans la matinée, toutes ces batteries étaient achevées et prêtes à ouvrir le feu.
Le même bataillon fit à Sadowa quatre batteries dans la matinée du 2 juillet. Deux furent terminées erT^ heures, nonobstant les racines d'arbres qui ralentissaient le déblai.
Dans les exercices du génie, qui eurent lieu à Vienne, en 1867, on exécuta des batteries semblables en 2 1/2 heures, et même en 2 heures, en renforçant le nombre de travailleurs et en imposant à
108 LA FORTinCATION IMPROVISÉE
chaque homme une tftche de S6 pieds cubes par heures
Le colonel de PidoU nous apprend que sur 10 commandants de batteries qui firent usage des épaulements décrits plus haut (à Salney et à Sadowa) deux reconnurent à ces batteries un mérite particulier^ six les trouvèrent bonnes et deux se prononr^ent contre leur emploi.
Quatre des dix commandante ont déclaré qu'après plusieurs heures de combat ils n'avaient pas perdu un seul homme; les autres n'ont accusé que des pertes insignifiantes.
Des types de batteries analogues et d'autres plus simples ont été expérimentés et définitivement adoptés en Autriche, en Allemagne et en France. Nous les ferons connaître plus loin.
Lorsque le terrain le permet, on établit les pièces de campagne à 15°*00 l'une de l'autre, pour que les balles des shrapnels et les éclate des obus tirés contre une pièce, n'atteignent pas les pièces voisines^. Dans ces conditions on construit pour chaque
1 MiUheUungen ûber Oegenstônde der Ingénieur und Kriegswiisenschaftm. 4869.
178 hommes exéculèrent une batterie pour 8 pièces en 2 1/2 heures.
210 hommes firent la même batterie en 2 heures.
* Ce résultat est obtenu encore lorsque les intervalles sont réduits à 10«00 (von Brunner).
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pièce un abri séparé. (Fig. 15 et 16, pi. III.) On établit, au contraire, toutes les pièces d une batterie derrière un épaulement unique, lorsqu'on est obligé de réduire les intervalles à 10^00.
Avant de déterminer le profil de la masse couvrante, il importe de constater que, dans la guerre de campagne, très-peu de pièces sont démontées par le choc direct des obus. En 1866, les Prussiens n'eurent que 5 canons mis hors de service de cette manière, et dans la campagne de 1870- 1871, il n'y en eut que 14. En revanche, les chevaux et les servants furent atteints fréquemment par les éclats d'obus, les projectiles des shrapnels et les balles des tirailleiurs. Il suffît donc, dans la plupart des cas, d'élever rapidement, en avant des pièces, des bourrelets en terre qui les miettent à l'abri d'une partie de ces projectiles.
La fig. 12, pi. III, représente l'abri le plus simple employé par l'artillerie autrichienne, et la fig. 15, l'abri le plus simple employé par l'artillerie allemande \
Les batteries enterrées françaises ont, d'après
1 Avec 6 oa 10 hommes, on construit cet abri en i/2 ou i heure.
L^abri français, représenté par la fig. 9, pi II, est construit en i 1/2 heure par 6 hommes et en 40 minutes par 12 hommes, (auxquels on donne, en terrain ordinaire, 1 pioche pour 2 pelles).
V École de fortification de campagne^ O'°40 à^ profondeur et 0°*40 de hauteur au-dessus du sol (fig. 9, pi. II). On compte 3 à 4p^00 par pièce ^ et le fond de la tranchée, lai^ de 3°*50, est relié au sol naturel par une rampe en pente douce qui amortit le recul.
Des batteries de ce genre furent exécutées pendant la défense de Paris. Toutefois, le bourrelet de terre avait 0™80 de hauteur sur toute son étendue, excepté devant la pièce, où il était réduit à 0°*40 de hauteur pour former une embrasure. (Voir le trait pointillé du profil CD, fig. 9, pi. II.)
Le règlement français admet aussi des batteries enterrées de 0™25 de profondeur (fig. 11, pi. II); dans ce cas, le bourrelet de terre a 0™55 de relief.
Ce type, et le type autrichien fig. 12, pi. III, n'exigeant qu'une profondeur de fouille de 0°^25, sont plus faciles à construire que le type fig. 15,* dont la fouille a 0°^50 de profondeur ; mais celui-ci protège mieux les servants contre les feux directs, d'écharpe et d'enfilade de l'artillerie. Toutefois, il peut y avoir des cas où les pièces doivent occuper une position d'où elles découvriraient et battraient imparfaitement le terrain si on les établissait à 0°^50 sous le soP. Dans ces cas, on donnera la préfé-
^ Cet intervalle est évidemment trop faible.
* Les batteries enterrées exigent moins de travail que les batteries
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rence au type autrichien ou aux types fig. iO, pL II, fig. mis et fig. 21, pi. III, qui (fifierent du précédent en ce que la terre pour la masse couvrante est prise dans un fossé preusé en avants
Le 2r type autrichien, pour abri de pièces isolées, est représenté par la fig. 14. Il se distingue du premier par une bonnette qui donne à la masse couvrante 1°^35 de hauteur, et par deux rigoles pour servants, creusées à 0™3S sous le terre-plein ; les hommes dans ces rigoles sont couverts sur 1°^70 de hauteur.
Le 2® type allemand est représenté par la fig. 16, Pour les positions dominantes, qui comportent des batteries enterrées, ce type est préférable au 2® type autrichien. Il est plus complet aussi en ce
sur le sol, et elles offrent moins de prise à Tartillerie ennemie, mais on doit les rejeter :
i^ Lorsqu'en enterrant les pièces, on ne découvre pas assez le terrain à battre ;
2o Quand le terrain est trop dur pour qu'on puisse Tentamer à la pelle ;
3<» Quand le terrain étant humide, et le temps pluvieux, on peut craindre que la fouille se remplisse d'eau.
1 La fig. 10, pi. II, est tirée de YÉcole de fortification de campagne. Elle a, comme toutes les batteries non enterrées, cet avantage que les roues de la pièce portent généralement sur un sol dur. Sa construction ne demande qu'une heure et quart, en y employant 2 hommes par mètre courant de crête.
qu'il a deux niches avec boîtes en planches a a, dans lesquelles on peut abriter quelques charges. (Voir fig. 15 et 16, profil CD, fig. 16 et profil / m fig. 18.)
Lorsqu'on ne peut pas donner aux pièces d'une batterie les intervalles ordinaires de combat (15°K)0 ou SIO pas), on les place derrière un abri continu. La batterie offre alors un but assez favorable à Fartillerie ennemie, pour qu'il soit utile de renforcer la masse couvrante et de la mettre à 1 épreuve des obus.
On a adopté pour ce cas, en Autriche, le type fig. 13, quand la batterie est établie sur le sol, et le type fig. 22, quand elle est enterrée.
Le type allemand est représenté par la fig. 18. On peut augmenter sa valeur en garnissant la plongée d'une bonnette, analogue à celle des batteries autrichiennes.
Dans l'un et l'autre type, il y a des excavations S, S', où se tiennent les servants, et dans lesquelles on fait descendre également les bouches à feu, quand le tir est momentanément suspendu.
Il arrive souvent qu'une batterie importante est exposée à des feux d'écharpe. Ce cas se présente notamment lorsqu'il est nécessaire d'établir de l'ar-
^ Les Allemands appellent ces excavations Schulzgraben.