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CHAPITRE IV

MODE d'exécution DE LA TRANCHÉE-ABRI.

Nous avons vu plus haut (chap. II) que le capir taine du génie Richard proposa d'exécuter la tranchée-abri française en formant des ateliers de 2 pelleteurs et de 1 piocheur, et en assignant à chaque atelier une tâche de 2?^60 de longueur.

Cette répartition des travailleurs était défectueuse en ce que, dans la plupart des cas, le piocheur n'aurait eu rien ou presque rien à faire, la profondeur des tranchées-abris n'excédant généralement pas l'épaisseur de la couche de terre végétale que la bêche ou la charrue retourne chaque année.

D'après ÏÉcole de fortification de campagne^ la tranchée-abri s'exécute actuellement en France de la manière suivante :

ce Un officier, aidé d'un sous-officier, place des

jalonneurs (clairons pu tambours) à 30 ou 40^^00 de distance les uns des autres, sur la ligne qui limite l'excavation du côté de lennemi. S'il en a le temps, il fait ensuite tracer les bords de la tranchée par deux rainures à la pioche, la première entre les jalonneurs, la seconde à l^'dO (longueur totale de la pelle) de la première.

« Pendant que s'exécute le tracé, les travailleurs se forment sur un rang et se dirigent vers l'une des extrémités de la tranchée, en passant près du dépôt des outils où, sur trois hommes consécutifs, le premier reçoit une pioche et les deux suivants chacun une pelle.

« Les travailleurs se développent ensuite le long du tracé de la berme, face à l'ennemi, et couchent leurs outils sur la rainure qui figure le tracé, les pelles bout à bout et le fer de la pioche sur le même alignement; ils déposent leur fusil et leur sac sur le terrain en arrière. Deux pelles et une pioche, ainsi déposées, occupent une longueur de*3"^00, correspondant précisément à la tâche d'un atelier de trois hommes. Aussitôt que la longueur de l'atelier se trouve ainsi limitée, le piocheur marque les extrémités du déblai par des rainures, d'abord latéralement, puis en arrière, si ce dernier tracé n'a pas été fait préalablement.

MODE d'exécution DE LA TRANCHÉE-ABRI 95

« Les officiers et les sous- officiers surveillent le placement de leurs hommes, leur indiquent le travail à faire, s'assurent que tous ont bien compris, et font commencer le déblai aussitôt que chacun des ateliers a marqué ses limites par des rainures à la

pioche.

« Us recommandent aux hommes de jeter les terres de manière à augmenter simultanément répaisseur et le relief de la masse couvrante, et à construire ainsi un abri qui puisse servir en cas d'attaque soudaine. Un parapet inachevé, et n'ayant encore qu'une hauteur totale de 0°*65, peut en effet, garantir des tireurs à genoux dans la tranchée.

« Les piocheurs s'enfoncent aussi à pic que possible, le long des rainures parallèles qui limitent le déblai, sans s'attacher à donner aux petits talus une forme régulière; dans les terres légères, où ils ont moins à faire, ils changent de temps en temps d'outil avec l'un des pelleteurs.

« L'expérience a démontré qu'une tranchée-abri du profil indiqué (fîg. 7, pi. VI) pouvait être exécutée par des travailleurs d'infanterie, en 25 minutes dans le terrain ordinaire et en 35 minutes dans une terre très-forte et engazonnée. »

96 LA FORÎinCATION IMPROVISÉE

Le mode d'exécution proposé par le colonel de Pidoll exige deux hommes pour 3 pieds courants de tranchée-abri. Il a rinconvénient de rendre le tra* vail diflScile, parce que les hommes sont trop serrés, et que lliomme du second rang est obligé de se tenir derrière celui du premier.

Le manuel du pionnier allemand prescrit aux travailleurs de se placer sur un rang à i^iQ, l'un de l'autre. Les hommes ôtent le sac et le déposent avec le fusil sur le revers de la tranchée.

Le tracé est fait par les officiers et indiqué au moyeu de piquets ou de jalonneurs. Comme il est très-important que la tranchée occupe des points d'où l'on puisse bien battre le terrain en avant, on ne s'attachera pas à ce qu'elle soit rectiligne sur toute l'étendue d'un bataillon ou d'un r^iment.

On commencera par indiquer au moyen de quelques coups de pelle le bord extérieur de la fouille, ))uis l'on ordonnera aux pelleteiœs de s'enfoncer verticalement à 0°*40 de cette ligne et de jeter les terres à 0°^30 au delà, en ayant soin de les miusser r^lièrement pour obtenir un couvert le plus tôt possible. On élargira ensuite successivement la fouille jusqu'à ce qu'on soit arrivé à 0°*40 du bord intérieur indiqué également par des coups de pelle.

MODE d'exécution DE LA TRANCHÉE-ABRI 97

Enfin, on dressera le talus de la fouille, quand celle-ci sera à profondeur sur toute sa largeur, on nettoiera la berme et on égalisera le parapet.

En Autriche, la tranchée-abri s'exécute actuellement de la manière suivante :

« On marque d'abord la ligne de feu, soit avec des pierres ou des branches, soit au moyen de jalonneurs. Après cela, on établit les soldats du second rang, qui sont tous munis de la bêche, à 3 ou 4 pas en arrière de la ligne de feu ; puis, par les commandements : A droite (à gauche, à droite et a gauche). Ouvrez^ on fait desserrer les rangs, de manière que chaque homme soit éloigné de son • voisin de 2 longueurs de bras (1°^50). Si le travail n'est pas exécuté dans le voisinage immédiat de l'ennemi, le soldat dépose près de lui son fusil (ce qu'il doit faire dans tous les cas) et son équipement (Rûstung), soit en totalité, soit en partie seulement, en ayant soin de poser le fusil perpendiculairement à la ligne de feu, la crosse du côté de l'ennemi.

(c Tout en faisant garder aux soldats les distances prises, on les porte jusque sur la ligne de feu, où chacun d eux trace, avec la bêche, la base du talus intérieur du parapet.

98 LA FORTIFICATION IMPROVISËE

<c La tâche de chaque homme embrasse la portion de terrain qui le sépare de son voisin, soit de droite, soit de gauche, selon que la tranchée a été ouverte à droite ou à gauche.

« Ceci fait, les travailleurs s'agenouillent, commencent à creuser le sol en présentant la gauche à l'ennemi, et jettent les terres sur la ligne de feu jusqu'à ce qu'elle ait atteint la hauteur voulue ^ »

Les soldats non employés sont chargés de protéger le travail; ils doivent se tenir prêts à tout événement.

Cette répartition des travailleurs peut convenir pour les tranchées-abris les plus simples, qui s'exécutent en quelques minutes. Elle serait défectueuse, appliquée à des retranchements plus importants, parce qu'elle assigne à chaque homme une tâche plus grande qu'il n'est nécessaire pour que les travailleurs ne se gênent pas.

D'un autre côté, si l'on employait à la fouille tous les honmies du second rang, munis de pelles, chaque compagnie exécuterait une longueur de tranchée plus que double de celle du front de la compagnie, formée sur deux rangs.

* Extrait de Tinstruetion autrichienne sur remploi de la pelle d'infanterie.

MODE d'eXÉCUTIOiN DE LA TRANCHÉE- ABRI 99

Le mode d'exécution admis en Autriche ne convient donc que pour les tranchées de tirailleurs, dont la longueur est calculée à raison de 2 pas, ou 1™60, par homme. Quand les soutiens doivent renforcer la ligne de tirainencS) ils viennent se placer dans la tranchée à côté des hommes en action, de façon que chaque tirailleur occupe alors ft™75 de ligne de feu, intervalle minimum nécessaire pour un tir de précision.

Une expérience faite récemment en Autriche, et que nous avons citée plus haut, ayant prouvé que les soldats munis de la pelle Linnemann peuvent travailler sans se gêner, à un pas lun de l'autre, nous sommes d'avis qu'il y a lieu d'adopter cet espacement lorsqu'il s'eigira de couvrir rapidement la troupe, et qu'il sera possible de relever les hommes toutes les vingt minutes.

Quand les circonstances permettront de travailler avec moins de rapidité, on placera les hommes à 1™00 (ou 2 longueurs de pelle) l'un de l'autre et on ne les relèvera que deux fois par heure.

Ces prescriptions concernant la durée du travail ne sont pas applicables aux retranchements exécutés avec les pelles ordinaires à long manche, qui fatiguent moins les hommes et leur permettent de produire davantage.

D'après ce qui précède, nous proposons de con-

struire la tranchée-abri de deux manières, selon les circonstances :

Lorsque le travail doit s'exécuter si près de l'ennemi qu'il faille le couvrir d'une ligne de tireiilleurs, on établira à 5 pas en arrière de l'emplacement de la tranchée, deux pelotons par compagnie ; le troisième peloton sera chargé de les prot^er.

Les hommes des pelotons de travailleurs, après avoir ouvert les rangs et fait demi-tour, déposeront leurs armes, leur sac et leur campement. Les pelleteurs s'avanceront ensuite jusque près du bord extérieiu» de la tranchée, marqué par des pierres, des piquets, des branches ou des jalonneurs. On leur assignera les intervalles nécessaires pour que la longueur de tranchée soit égale au front de la compagnie, formée en ligne, sur deux rangs/

Ces intervalles serpnt de 0™90 \ mais on les portera à 1°^00 (deux longueurs de pelle) pour rendre disponibles quelques hommes munis de peUes, de haches et de serpes, dont la tâche sera indiquée plus loin.

On commandera ensuite : Haut les braSj et tous les pelleteurs entameront la fouille en même temps.

1 Les pelleteurs de deux pelotons formant le tiers de Teffectif de la compagnie, il faudra que chaque pelleteur exécute une longueur de parapet suffisante pour couvrir 1 i/S file, soit 0»90.

MODE d'exécution DE LA TRANCHÉE-ABRI 101

Le iracé sera fait par les officiers, assistés des sousofficiers ^ Les officiers dirigeront les travailleurs, les sous-officiers surveiUeront les détails.

Les hommes destinés à relever les travailleurs se coucheront entre la ligne des armes et le bord intérieur de la tranchée.

Les hommes disponibles, munis de pelles, de haches et de serpes iront, sous la conduite des caporaux, couper des gazons, des branches, des broussailles, etc., etc., pour masquer les tranchées après leur achèvement et les soustraire ainsi aux vues de l'ennemi le plus longtemps possible*.

Si la tranchée peut s'exécuter sans qu'il soit nécessaire d'établir en avant une ligne de tirailleurs, on y emploiera les trois pelotons de chaque compagnie et on espacera les pelleteurs de 0°^75. La tranchée se fera alors plus promptement et il y aura un

1 En terrain plat et découvert, les traces seront en général rectilignes. Les extrémités de chaque tranchée-abri seront légèrement infléchies en dedans pour donner des feux croisés en avant des intervalles. Toutes les fois qu*on le pourra, on appuiera les tranchées aux maisons, aux villages, aux bois, à tous les couverts de nature à les protéger contre Tenfîiade. Cette prescription s'applique surtout aux tranchées pour tirailleurs, construites à quelques centaines de mètres en avant d'une position ou d'un poste fortifié.

* En temps de neige, c'est avec de la neige qu'il faudra recouvrir le talus extérieur. Si la tranchée est construite dans un labour sans verdure, on revêtira le talus extérieur d'une couche de terre ayant la même teinte que celle de la surface.

plus grand nombre d'hommes disponibles pour les travaux accessoires.

Afin que les tranchées ne soient pas rendues impraticables par les pluies^ on conduira les eaux dans de petites rigoles aboutissant à des puits perdus ou à un canal d'écoulement (voir fig. 11 et 17, pi. V). Si le terrain est glissemt, on couvrira le fond des tranchées de branchages, d'herbes sèches, de paille, etc.

Les tranchées-abris qui peuvent être débordées par des groupes de tirailleurs (celles, par exemple, qui protègent la réserve d'un poste avancé de la ligne de bataille) seront terminées par dès crochets (voir pi. VIII, la ferme C, servant de point d'appui au centre de la position).

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