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CHAMPS DE BATAILLE

Indépendamment des tranchées-abris, des embuscades pour tirailleurs, des épaulements pour Tartillerie et des masses couvrantes pour les avant-trains, la fortification improvisée comporte :

1^ La mise en état de défense des bois, des défilés et des localités (villages, groupes de maisons ou bâtiments isolés) ;

'ip La construction d ouvrages ouverts à la gorge ou fermés, destinés à renforcer les points importants du champ de bataille;

3^ L'ouverture de chemins pour les colonnes ;

4^ L'établissement et la destruction de ponts, pour favoriser l'oflensive ou la défensive ;

118 LA FORTIFICATION UPROYISËE

5* L'appropriation du terrain en avant de la position, par la destruction des couverts et par le comblement des excavations nuisibles à la défense.

Généralement ces travaux doivent être exécutés pendant le temps qui s'écoule entre la fin d'une marcbe et le commencement du combat ou de la batedlle à livrer le lendemain.

L'auteur qui a le premier et le mieux exposé les principes auxquels doit satisfaire la fortification improvisée, est le général Rogniat\

« n n'est pas douteux, dit-il, que les retranchements en usage aujourd'hui ne demandent trop de temps pour leur exécution ; ils sont rarement en état de défense lorsqu'on en a besoin. Qu'une armée arrive, se campe en face de l'ennemi et travaille aussitôt à se fortifier, si les retranchements qu'elle commence le soir ne peuvent pas être terminés dans la nuit, ils sont presque toujours inutiles, parce que, dès le lendemain, l'ennemi l'attaque, ou bien la force, par ses mouvements et ses manœuvres, à changer de position. Il est donc nécessaire d'adopter, pour fortifier les positions, une espèce de retranchement qui ne demande pas plus d'une nuit de travail. Ces retranchements, il est vrai, ne seront pas à

^ Cansidératimi sur l'art de la guerre^ 4817.

l'épreuve du boulet de canon ; mais qu'importe 1 l'essentiel est qu'ils mettent à l'abri de la mitraille, des balles, du sabre et de la baïonnette, moyens de destruction cent fois plus dangereux que le boulet. Considérons que le canon est bien moins meurtrier que les petites armes, et nous nous convaincrons enfin que la chose importante est de nous garantir des efiets de celles-ci. Les pieux des Romains n'étaient pas à l'épreuve des catapultes, et cependant ils ne négligeaient jamais d'entourer chaque soir leur camp de cette espèce de retranchement...

oc II est important d'éviter de nous renfermer dans des lignes continues, qui ralentiraient l'élan des troupes en les forçant à défiler par des barrîmes étroites, sous le canon de l'assaillant, lorsqu'après l'avoir repoussé, elles veulent s'élancer à sa pour^ suite; il ne faut gêner ni leurs mouvements, ni leur sortie. Turenne, qui négligeait rarement de fortifier son camp, ne formait point de retranchements continus ; il le couvrait seulement de plusieurs redans, précéda de quelques abatis. Ces ouvrages, qui n'étaient que des tranchées pour mettre à couvert l'infanterie de sa première ligne, étaient terminés en quelques heures de temps. Les outils dont il se servait, tels que pelles, pioches et haches, étaient portés en trousse par ses dragons.

120 LA FOmmCATION DfPMTlSÉE

« Voici l'espèce de retranchements qne nous proposons pour fortifier, dans Fespace d'une nuit, le front et les flancs d'un camp ou d'une position, (f^oir fig. 4, pL IL)

« Toute l'étendue du firont sera couyerte de redoutes bastionnées, espacées de cent vingt toises de saillant en saillant. Ainsi un front de mille toises, nécessaire pour le camp d'un corps d'armée de trente mille hommes, exige huit à neuf redoutes. En donnant à chacun de ces ouvrages des faces de vingtcinq toises et des flancs de dix-huit, perpendiculaires à la ligne de défense, on obtiendra des bastions détachés de quatre-vingt-six toises de développement, flanqués entre eux à bonne portée de mousqueterie et séparés par des intervalles de soixante toises. On aura soin, dans les détails de leur construction, que la crête intérieure du parapet s'élève de six pieds au-dessus du sol, afin de bien couvrir les défenseurs ; que la banquette, à quatre pieds audessous de la crête, ait trois à quatre pieds de large ; que le parapet ait quatre ou cinq pieds d'épaisseur au sommet et un pied de plongée, et que le fossé ait environ six pieds de profondeur.

« Nous supprimerons toutes les barbettes ou platesformes de l'artillerie qui exigent de si grands travaux dans la construction des redoutes ordinaires .

Nos redoutes ne sont destinées à recevoir que de Tinfanterie ; quant à l'artillerie, nous la placerons hors de nos bastions, derrière des épaulements élevés en guise de courtine au point d'intersection de leurs lignes de défense, position où elle sera parfaitement protégée et défendue par le feu de mousqueterie des bastions latéraux. Cet emplacement est beaucoup plus avantageux sous tous les rapports que Tintérieur des redoutes. Premièrement, les pièces y sont plus en sûreté, puisque lennemi ne peut pas parvenir à ces batteries rentrantes sans se rendre maître des redoutes latérales ; car, comment braverait-il impunément les feux croisés de mousqueterie de leurs flancs à trente toises de distance? Secondement, elles défendent mieux les redoutes, qu'elles flanquent à une très-petite portée de mitraille, par des feux rasants qui frappent tout ce qui se présente ; au lieu que des canons, placés sur les faces des ouvrages, cessent d'apercevoir l'assaillant dès que celui-ci est parvenu sur le bord, et surtout dans le fond du fossé ; troisièmement, elles détournent et éloignent des redoutes le feu des batteries ennemies en l'attirant sur elles, de sorte que nos ouvrages ainsi que leurs défenseurs se conserveront intacts jusqu'au dernier moment, quelque faible que soit leur profil; quatrièmement enfin, ce qui est capital

à la guerre, ces sortes de batteries n'exigent que très^peu de temps de travail pour leur construction. Le sol lui-même servant de plate-forme aux pièces, l'on û'e^ pas oblige de donner plus de deux pieds et demi de hauteur à leurs épaulements, sur huit à neuf d'épaisseur. Mais, comme il est important de mettre À couvert les canonniers aussitôt qu'ils ont chargé, on fait à côté de chaque pièce, perpendiculairement à l'épaulement, de petites tranchées transversales de deux pieds et demi de profondeur, destinées à leur servir d'asile, méthode usitée par les Russes et les Prussiens pour leurs épaulements de campagne...

« Les redoutes seront unies entre elles par une tranchée avec banquette, semblable à une parallèle de si^e, qui s'étendra des extrémités des flancs au point d'intersection des lignes de défense, en forme de courtine brisée, afin de défendre les redoutes le plus directement possible, sans masquer leurs feux de flancs. On laissera, entre ces parallèles et les flancs, des passages de cinq toises consacrés aux sorties de l'artillerie et de la cavalerie. Quant à l'infanterie, on pourra la faire sortir en bataille, en la faisant passer par-dessus le parapet de la tranchée, qu'on garnira à cet effet de quelques gradins intérieurs faits avec des fascines.

FORTIFICATION DES CHAMPS DE fiATAILLE 123

« Il faut, comme nous Favons vu, huit à neuf redoutes pour couvrir le front d'un camp ordinaire de trente mille hommes. On élèvera, de plus, deux autres redoutes sur les flancs de la seconde ligne, afin de renforcer ces parties faihles de la position.

« Tels sont nos retranchements ; voici maintenant nos dispositions pour leur défense : Nous plaçons quinze pièces dans l'intervalle des deux redoutes de droite, et autant à gauche, de sorte que ces deux intervalles se trouvent entièrement consacrés à recevoir de fortes batteries destinées à protéger les flancs du camp. Les trente autres pièces du corps d'armée restent en réserve, ou sont réparties dans les autres intervalles des redoutes, au point d'intersection des lignes de défense. »

Le général Rogniat plaçait un bataillon dans chacune des neuf redoutes et un dans chacune des six tranchées qui n'étaient pas occupées par l'artillerie. Il couvrait ainsi les quinze bataillons de la première ligne; les quinze bataillons de la seconde ligne éiaient en colonnes avec intervalles de déploiement.

Les compagnies de voltigeurs des bataillons placés dans les redoutes étaient déployées en tirailleurs. En cas d'attaque, elles se réfugiaient dans les fossés des redoutes, dont elles se servaient comme d'un

chemin couvert. Une petite banquette pratiquée dans la contre-escarpe permettait aux hommes de faire feu.

Les compagnies du centre bordaient le parapet de chaque redoute sur deux rangs, tandis que la compagnie de grenadiers formait une petite réserve au milieu de l'ouvrage, prête à se jeter sur les assaillants qui parviendraient à escalader les retranchements.

Les bataillons placés dans les tranchées entre les redoutes faisaient un feu d'autant plus assuré et plus vif, qu'ils ne couraient presque aucun danger en tirant à couvert contre un ennemi exposé des pieds à la tête.

Si, nonobstant ces précautions, une partie du camp était forcée, les troupes de la seconde ligne et celles de la réserve jouaient leur rôle accoutumé; elles marchaient en avant, reprenaient les redoutes enlevées, en les attaquant par la gorge laissée ouverte à cet effet, et en chassaient aisément l'assaillant qu'elles surprenaient dans le premier désordre, inséparable d'une attaque vive et meurtrière.

L'ennemi était-il repoussé, les voltigeurs s'élançaient hors du fossé et couraient sur les fuyards; les bataillons des tranchées sortaient aussitôt, en bataille, pour les soutenir; ils étaient suivis des

FORTinCATION DES CHAMPS DE BATAILLE * 125

bataillons des redoutes, qui, après avoir quitté ces ouvrages pour passer par-dessus les tranchées, pressaient le pas, afin de se remettre en ligne; la cavalerie et l'êu^tillerie se servaient des passages laissés près des flancs des redoutes ; et toutes les troupes débouchaient ainsi du camp sans éprouver de retard.

Voici comment le général Rogniat calculait le temps et le nombre de travailleurs nécessaires pour la construction dei retranchements d'un corps d'armée de 30,000 hommes.

« L'expérience, dit-il, apprend aux officiers du génie qu'un homme peut remuer une toise cube de terre (3,344*°'00) en six ou huit heures de travail^ deux travailleurs soulèveront donc en six ou huit heiu'es deux toises cubes de terre par toise courante d'ouvrage, remblai plus que sufiîsani pour la construction de nos retranchements, d'après le profil que nous leur donnons. En plaçant, de plus, deux hommes pour piocher la terre que les premiers doivent soulever, et deux autres pour terrasser, former et façonner le parapet à mesure que la terre est jetée hors du fossé ^ chaque toise courante de retranche-

1 L*exécution des retranchements autres que les tranchées-abris exige, indépendamment des hommes à la fouille, un certain nombre d^hoipmes pour remanier les terres, les régaler et les damer. Chaque

ment sera terminée en moins de huit heures. Multiplions maintenant les quatre-*vingt*six toises de développement d'une redoute, par six, nous trouverons qu'il faut 516 travailleurs pour la construire en six ou huit heures de temps. Les tranchées et les épaulements n'exigeront que deux hommes par toise courante, pour être terminés dans le même espace de temps. Qr, le camp proposé ayant environ neuf cents toises de retranchements et cinq cents toises de tranchées ou de batteries» il est aisé de calculer que six mille travailleurs, ou le cinquième de Tarmée, pourront le terminer ^sèment d'ans la nuit. En supposant qu'on emploie un cinquième des troupes pour la garde du camp et pour les détachements, chacun des autres cinquièmes, travaillant par tour aux retranchements pendant une heure et demie ou deux heures, fera le quart de la besogne, et Touvrage sera fini six ou huit heures après avoir été commencé.

a Lorsqu'on conserve le même camp plusieurs jours de suite, on peut renforcer les redoutes par un rang de palissades, ou par des abatis plantés au

atelier de ii^OO de longueur comptera donc, en terrain ordinaire, S pelUieurs et i jriocheur à la fouille, â pellsteurs pour remanier la terre, 1 régaleur et 1 dameur pour former et foçonner le parapet, le glacis, etc.

FORTinCATION DES CHAMPS DE BATAILLE 127

fond du fossé, à la manière de C&ar au blocus d'Alésie. »

Les lignes bastionnées à batteries détachées^, décrites dans V Aide-mémoire de Laisné, diffèreat peu des retranchements de Rogniat. {Foir fig. S, pi. VI.)

Ces lignes sont formées de bastions, destina à recevoir de l'infanterie, et de courtines, en forme de tranchées, disposées pour le franchissement; au milieu de chaque courtine est un redan armé de canons, qui bat les faces des bastions adjacents, et aux extrémités se trouvent des passages de f 0^00 qui permettent à la cavalerie de se porter en avant.

436 travailleurs relevés de deux en deux, ou tout au plus de quatre en quatre heures, peuvent construire SM'^OO de ces lignes en une seule nuit et couvrir, par conséquent, un bataillon de 400 files.

Le profil A B du bastion exige par mètre courant un déblai de 4,990°»'00, le profil C D de la courtine, un déblai de 2,400°'^00 et le profil a 6 de la batterie, un déblai de 2,560"'^0.

Le développement de deux demi-bastions est de 17S1"^00; il exige 344 hommes, dont 172 pour remanier partiellement et r^aler les terres. La courtine, dont la longueur est de 92*^00, n'exige que 92 hommes, employés tous à la fouille.

128 LA FORTinCATION IMPROVISÉE

Les courtines aux extrémités de la ligne retranchée sont armées chacune de 15 bouches à feu, celles des fronts du centre en ont au plus 3.

Dans le profil a 6 de la batterie, la ligne e d t indique de petites tranchées (rigoles) de i "^30 de largeur, creusées entre les pièces, pour mettre les canonniers à couvert dès qu'ils ont chai^. Devant ces rigoles le parapet reste le même, mais le profil du fossé est réduit aux dimensions de celui de la fig. 6.

ce Ces lignes, dit Laisné, jouissent à la fois des avantages des lignes continues et de celles à intervalles. »

Selon nous, elles ne pourraient ser\âr qu a une armée obligée de s'enfermer dans un camp après un grave échec. Frédéric II se trouva dans cette situation lorsqu'il fortifia, en quatre ou cinq jours, le camp de Buntzelwitz, situé à portée de canon de la place de Schweidnitz.

Pour retrancher un champ de bataille, nous préférons la disposition préconisée par le colonel de PidoU, dans la Oesterreichische militarische Zeitschrift de 1868, disposition qui se rapproche beaucoup de celle de Rogniat, et dont une application partielle a été faite à Sadovea. [Fuir fig. 1, pi. IL)

Les idées du colonel autrichien peuvent se résumer comme suit :

FORTinCATION DES CHAMPS DE BATAILLE 129

La configuration du terrain et la disposition des troupes ennemies déterminent le choix des positions de l'artillerie. En avant de ces positions et en dehors du champ de tir des pièces, il doit y avoir des emplacements pour l'infanterie.

On satisfait à cette condition au moyen d'un retranchement hastionné dont la courtine est occupée par l'artillerie et dont les bastions servent à abriter les troupes de soutien.

Les faces des bastions ont 50 à 60 pas de longueur et les flancs 25 à 30 pas, pour que chaque bastion puisse recevoir une compagnie de 150 à 180 hommes (placés sur un rcmg et à un pas d'intervalle).

En arrière de chaque bastion se trouve un abri ayant le même profil et environ 70 pas de longueur. Son fossé intérieur est occupé par une compagnie destinée : 1® à relever les tireurs de la 1*^ ligne (faces et flancs) ; ^ à renforcer le feu (au moyen de groupes de tirailleurs) sur les parties de terrain qui ne sont pas suffisamment battues par le bastion; 3^ à former une ligne de tirailleurs sur les flancs extérieurs ; 4*^ à servir de soutien, et à détacher de petites colonnes sur les ailes de la batterie ; 5® à exécuter des feux de salves quand la première ligne est prise, et à défendre la 2® ligne (c'est-à-dire le retran-

chement qu'elle occupe) quand les secours ne sont pas trop éloignés.

Ces travaux peuvent s'exécuter dans l'espace d'une nuit, comme ceux de Rogniat. Les avantages qu'ils présentent sont les suivants : ils ne gênent pas les mouvements des troupes ; on peut les renforcer graduellement ; ils n'assurent pas une supériorité marquée à l'ennemi lorsqu'il s'en est emparé ; les tireurs placés dans les bastions préservent l'artillerie du feu des tirailleurs ennemis et sont eux-mêmes protégés par le feu des pièces.

Cette disposition, de même que celle de Rogniat, a l'inconvénienf d'astreindre les redoutes à des conditions de tracé qui donnent naissance à quelques-uns des défauts du front bastionné.

Le but serait mieux atteint si les deux faces de chaque bastion étaient remplacées par une seule ligne, droite ou courbe, joignant lés angles d'épaule (fig. 2, pi. II). Cette ligne, en effet, donnerait plus de feux dans la direction par laquelle les troupes ennemies doivent attaquer les bastions. Les faces assurent une protection plus efficace à la zone qui précède la batterie, mais ce n'est point par cette zone que les assaillants se porteront en avant. Il est conforme aux principes de la tactique d'attaquer les batteries en flanc et à revers, pendant que des

tirailleurs, convenablement abrités ou cachés, diri» gent contre elles un feu de front. Or les attaques de flanc et de revers ne peuvent réussir qu'après la prise des bastions. On doit donc battre le plus efficacement possible le terrain en avant de ces ouvrages.

Nous ferons remarquer, en outre, que les bastions ne sont pas assez éloignés des batteries pour recevoir utilement les troupes de soutien. Ces troupes, en eflTet, doivent se trouver sur les côtés et à une distance assez grande, en avant de la batterie, pour que les tirailleurs ennemis ne puissent pas ouvrir le feu à bonne portée des servants.

Les batteries intercalées dans la première ligne de bataille, ou placées à une petite distance du front ou des ailes de la position, n'ont pas de soutien spécial. La disposition recommandée par le colonel de PidoU ne leur est donc pas applicable. Quand ces batteries sont attaquées, les troupes les plus rapprochées déploient des compagnies en tirailleurs pour les soutenir, et ces compagnies ou bien s'abritent derrière des couverts naturels, ou bien se créent des couverts artificiels, à 300 ou 400 pas, en avant et sur les côtés des pièces.

Aucune des trois dispositions que nous venons de décrire (Rogniat, Laisné, de Pidoll) ne réunit donc

les conditions nécessaires pour la fortification des champs de bataille, dans l'état actuel de l'art de la guerre. Les redoutes et les bastions qui forment la base de ces dispositions, ne valent pas, sous le rapport de l'efficacité des feux de front, les tranchées-abris construites dans de bonnes conditions; d'un autre côté, comme points d'appui d'une ligne de bataille, des ouvrages ouverts à la goi^ sont inférieurs à des redoutes avec gorge défensive. C'est un point qui n'est plus guère contesté aujourd'hui. La discussion ne reste ouverte que sur la question de savoir dans quelle proportion les redoutes doivent être employées, quelles dimensions il convient de leur donner et sur quels éléments doit reposer leur défense.

Un certain nombre de tacticiens sont d'avis que l'emploi des redoutes n'est à conseiller que pour appuyer le flanc découvert d'une ligne de bataille ; d'autres jugent utile d'en établir sur le front de la position; presque tous soutiennent, avec Rogniat, que l'artillerie doit être placée hors des redoutes; un petit nombre seulement prétendent qu'il faut admettre quelques exceptions à cette règle; enfin, l'on est à peu près d'accord que les dimensions des redoutes doivent être calculées dans l'hypothèse que les fronts exposés aux attaques seront défendus par

deux rangs de fusiliers, et les autres fronts par un rang seulement; que la réserve intérieure, destinée à combler les vides et à renforcer au moment décisif la défense des points faibles, doit être égale à 1/6 de la force qui garnit le parapet en cas d'attaque, et que chaque redoute doit avoir pour garnison une unité tactique constituée, au minimum la compagnie de 200 soldats ^ et au maximum le bataillon de 800 soldats.

Quelque opinion que Ton ait sur l'emploi des redoutes, on doit reconnaître qu'elles ne sauraient constituer des points d'appui solides lorsque leur gorge n'est pas fortifiée. Il suffirait, en eflTet, que l'ennemi poussât ses troupes au delà de la ligne qu'occupent les redoutes pour que les défenseurs de celles-ci les abandonnassent, de crainte d'être coupés et faits prisonniers.

Or, c'est dans ce moment surtout qu'elles pourraient rendre de grands services en dirigeant des feux de flanc et de revers sut les troupes qui avanceraient dans leurs intervalles*.

^ Les compagnies, dont la force organique est de 250 hommes, sousofficiers compris, n*ont que rarement 200 soldats présents sons les armes. G*est donc un effectif maximum.

* 11 est incontestable, pour ne citer qu^un fait, que si la redoute qui se trouvait au sud du bois de Barry, à Fontenoy, avait été ouverte à la gorge, elle n'eût pas servi de point d'appui à toutes les attaques que le maréchal de Saxe dirigea contre la colonne anglaise, qui fut sur

134 LA FORTinCÂTlON IMPROVISÉE

De là découle ce principe : qu'il est nécessaire de fermer complètement les ouvrages qui servent de points d appui principaux à une ligne de bataille, et d'en confier la défense à des troupes d'élite, soutenues par une réserve extérieure.

Cette réserve se tiendra en arrière de la redoute, abritée par un couvert naturel ou artificiel; elle aura pour mission de tomber à propos sur les flancs ou sur les derrières de l'assaillant. A défaut d'abris, elle se couchera par terre.

Une réserve extérieure toutefois n'est indispensable que lorsque la redoute est trop éloignée de la ligne de bataille pour être soutenue efficacement par celle-ci.

Les redoutes pourvues de canons ont évidemment plus d'importance que les autres ; mais leur construction exige beaucoup de temps et la défense perd pour chaque pièce une longueur de ligne de feu de 10°^00, représentant la place de 16 files de tireurs. Or, les partisans de l'emploi exclusif de la mousqueterie dans les redoutes prétendent qu'au

le point de percer sa gauche. Pour la faire évacuer par le bataillon qui l'occupait, il eût suffi aux Anglais de la prendre à revers.

On est d*accord aussi que la grande batterie qui se trouvait au centre de la position des Russes à Borodino, n'aurait pas été prise si elle avait été fermée à la gorge. Or, la chute de cet ouvrage décida du sort de la journée.

FORTIFICATION DïSS CHÂASPS D£ BATAILLE 135

moment de Fattaque, 32 fusils feront plus d'effet qu'une bouche à feu tirant à mitraille.

Cela est vrai; mais le canon produit, indépendamment de son effet matériel, un grand effet moral dont il faut tenir compte. Quoi qu'on en dise, les fantassins qui défendront une redoute armée de canons auront le moral plus ferme et tiendront plus longtemps que ceux qui défendront une redoute sans artillerie. Pour atténuer l'importance de cette considération on a fait le raisonnement que voici ^ :

« Il est à craindre que les canons seront démontés un à un, si l'on ne suit pas le principe, admis jadis pour les pièces lisses, de retirer l'artillerie des barbettes dès que l'ennemi est parvenu à tirer avec précision contre elle. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous croyons qu'au lieu d'accroître le moral de l'infanterie de la défense, l'artillerie contribuerait à l'affaiblir. L'effet utile des pièces serait d'ailleurs fort restreint si elles ne prenaient part à la lutte d'artillerie qu'en lançant quelques obus et si, à la fin du combat, elles n'envoyaient qu'un petit nombre de décharges de mitraille contre les troupes d'assaut. * »

^ Leçons sur l'emploi tactique de la fortification de campagne, par Cari Popp, capitaine d'état-major bavarois.

^ On lit dans l'ouvrage d*un officier d^artillerie prussien {Die Cemirung von Metz, par G. Paulus) :

« L*artillerie de campagne montrait en général peu d*empressement

Ce raisonnement serait fondé si les partisans de l'emploi de lartillerie dans les redoutes soutenaient que ces ouvrages doivent prendre part à la lutte éloignée d'artillerie contre artillerie qui marque le début des batailles modernes. Mais tel n'est pas, selon nous, le rôle qui doit être assigné aux bouches à feu dans les ouvrages fermés du champ de bataille. En effet, ces ouvrages, offrant à l'artillerie ennemie un but plus visible et plus facile à atteindre qu'une batterie ordinaire enterrée ou établie sur le terrain naturel, leurs canons seraient bientôt réduits au silence s'ils dirigeaient leur tir contre les grandes batteries de l'attaque.

Ils ne doivent donc contr ébattre l'artillerie ennemie que dans le cas où ils peuvent le faire avantageusement. Ce cas se présente dans les pays

k entrer dans les redoutes construites autour de Metz, parce qu'elle devait se séparer de ses attelages et de ses voitures. En réalité, cette situation de Tartillerie est peu enviable. Privée de la mobilité, sa princip'ale propriété, il ne lui est possible d'utiliser que très-passagèrement son tir et elle est condamnée le reste du temps à une patiente inaction.

ce Quand Tcnnemi marche contre les redoutes, TartillQrie de celles-ci est bientôt écrasée et démontée par la supériorité du feu de l'assaillant, ou bien elle est obligée de refuser le combat et de se retirer de la banquette aussitôt que l'assaillant a réglé son tir. Quand les colonnes s*avancent, elle peut de nouveau pendant quelques instants utiliser son feu ; or, dans la lutte rapprochée, elle produit de Teffet moral incontestablement, mais sans grande efficacité » (p. 134).

de montagnes lorsque, faute d'espace, l'assaillant se trouve empêché d'établir de fortes batteries contre les ouvrages du défenseur. Les redoutes élevées par les Turcs, à Plevna et dans les défilés des Balkans, ont joué ce rôle avec un plein succès, et il n'est pas à prévoir que cette guerre, si remarquable au point de vue de l'emploi de la fortification, confirme l'opinion de ceux qui préconisent l'emploi exclusif de redoutes pour infanterie et surtout de petites redoutes ne renfermant qu'une compagnie.

Sauf dans le cas indiqué ci-dessus, nous pensons que l'artillerie des redoutes doit commencer le feu lorsque l'ennemi se prépare à donner l'assaut à la position, et le continuer non-seulement pendant toute la durée de l'attaque, mais encore après que les troupes à qui la redoute sert d'appui, auront été repoussées. C'est alors surtout que quelques coups à mitraille, tirés contre le flanc ou dcms le dos des colonnes assaillantes, produiront un grand efiet matériel et morale

Cet effet sera tel, que l'ennemi, sachant qu'on peut le produire, ne se décidera pas à pousser ses

1 Les rédacteurs du manuel du pionnier allemand ne se sont pas rendu compte de cette action des redoutes, puisqu'ils disent : « 11 ce n*est pas nécessaire de rendre la gorge défensive lorsqu'elle est pro-

colonnes au delà des redoutes avant d'avoir pris ces ouvrages ou éteint leur feu. Les redoutes deviendront dès lors des points d'attaque obligés qui augmenteront les difficultés et accroîtront les pertes de l'assaillant. Il n'en serait pas de même si elles n'étaient défendues que par des feux de mousqueterie, car, après avoir subi ce feu pendant cinq ou six minutes, assez pour être hors de la portée efficace des fusils du front de goi^e, l'ennemi n'aurait plus à s'ea préoccuper, tandis que les effets de l'artillerie sont encore redoutables à la distance de 3,000°^00. Sans doute, l'assaillant pourrait également, en se résignant à faire quelques pertes, braver les feux d'artillerie des redoutes et laisser ces ouvrages derrière lui. Mais alors les redoutes rendraient encore à la défense le très-grand service de favoriser l'action des réserves qui, après l'abandon d une position, ont pour mission de la reprendre. Dans ce moment critique où l'infanterie attaquante est généralement désorganisée ou rompue en masses, formées d'unités tactiques confondues, l'appui de quelques

« longée latéralement par des obstacles sérieux, ou bien si de fortes « réserves postées en arrière, ou Texistence d'autres ouvrages, écartent « tout danger d*étre attaqué de ce côté. »

Nous sommes d*avis, pour les raisons exposées plus haut, que même dans ce cas, les gorges des redoutes doivent être fermées et pounrues d*un parapet.

ouvrages fermés pourvus de canons peut encore exercer une influence décisive.

Nous en concluons qu'il serait fort utile de créer, dans les grandes redoutes, quelques emplacements pour pièces l^res, non-seulement sur le front de tête et les fronts latéraux, mais encore sur le front de gorge, et de creuser à côté de ces emplacements des tranchées ou rigoles dans lesquelles on abriterait les pièces jusqu'au moment où elles devraient entrer en action.

Les adversaires de l'emploi de l'artillerie dans les redoutes du champ de bataille ont fait valoir encore l'objection suivante :

ce Lorsque l'artillerie des redoutes est en action, l'infanterie est inutilement exposée aux coups de l'artillerie ennemie, et quand l'infanterie entre en action, c'est au tour de l'artillerie d'être exposée sans utilité pour la défense. »

Cette objection, selon nous, est plus spécieuse que réelle.

Il arrivera très-rarement, en effet, que l'artillerie sera seule en action, puisque le but des redoutes n'est pas de prendre part à la lutte éloignée. Au moment décisif — pendant l'assaut — les deux armes agiront simultanément et, dans ce cas, aucune ne fera de sacrifices inutiles.

140 LA FOETIFICATION IMPROVISÉE

Lorsque, par exception, une redoute devra combattre des batteries éloignées qui ne pourront pas, à cause de la nature du terrain, prendre sur elle un ascendant marqué, on y construira des abris pour rinfanterie, ou bien Ton établira celle-ci dans des tranchées, creusées à droite et à gauche de la redoute (fig. 3 pi. IV), tranchées qu'elle occupera jusqu'à ce qu'elle doive rentrer dans l'ouvrage pour prendre part à sa défense.

Ce concours des deux armes, au moment de l'as-? saut, est de nature à produire les meilleurs résultats. Sous ce rapport, nous ne trouvons pas les mêmes garanties dans la combinciison suivante, recom? mandée par quelques ingénieurs autrichiens :

Admettant le principe qu'une redoute de champ de bataille ne doit être pourvue de canons que lorsqu'elle occupe un point resserré où il est nécessaire d'établir de l'artillerie, et à proximité duquel il n'y a pas d'autre emplacement favorable, ces ingénieurs prétendent que dans ce cas, la redoute ne doit contenir que de l'artillerie.

L'infanterie nécessaire à sa défense, au lieu de se tenir dans les tranchées ou sous les abris de la redoute, occupera des tranchées-abris en avant, sur

les côtés de l'ouvrage, et la réserve intérieure des tranchées-abris, en arrière, sur les côtés.

Nous croyons qu'il sermt facile à rennemi de feire évacuer ces tranchées en les débordant; or, de ce moment, la redoute, privée de l'appui de l'infanterie, ne pourrait plus repousser l'assaut, qui suivrait de près la retraite des soutiens.

La défense extérieure d'une redoute doit être confiée non pas à sa garnison d'infanterie et à sa réserve intérieure, mais à la réserve extérieure, toujours nécessaire, à moins que l'ouvrage ne se trouve si rapproché de la ligne de bataille que les troupes de celles-ci en tiennent lieu.

Pour combattre l'emploi des bouches à feu dans les postes fermés, on a prétendu qu'on ne peut pas les retirer à temps de ces postes et qu'on ne peut pas non plus y mettre à couvert les attelages et les avant-trains. « L'artillerie, dit le capitaine Popp, renonce alors à la mobilité qui lui permet de se multiplier dans son emploi et est obligée de faire chômer ses attelages. D'un autre côté, les unités tactiques sont dispersées, parce qu'on n'emploie généralement que des sections, rarement des batteries entières dans les redoutes. »

On est sans doute exposé à perdre l'artillerie des redoutes, puisque rennemi doit s'emparer de ces ouvrages avant de poursuivre son attaque; mais dans les batteries et dans les ouvrages ouverts à la

142 LA FORTIFICATION IMPROVISËB

gorçe, Fartillerie est également exposée à être prise OU détruite, à moins qu'elle ne se décide à battre en retraite avant qu'elle ne se trouve dans la zone des feux de mousqueterie, ce qui réduirait considérablement son influence et son action. C'est en effet un aphorisme d'artilleur qu'une batterie est perdue lorsqu'elle attend, pour se retirer, que l'infanterie soit arrivée à 600 ou 700 pas .

Dans les ouvrages fermés, l'artillerie a sous ce rapport plus de sécurité. Sa retraite toutefois sera souvent compromise, mais lorsqu'on ne met dans les redoutes qu'un petit nombre de pièces, il n'y a pas lieu de se préoccuper des pertes qu'on fera au moment de la prise de ces ouvrages. Pour atteindre un but important, il est permis de sacrifier des batteries entières. L'artillerie autrichienne perdit à Sadowa plus de cent canons, en cherchant à protéger la retraite jusqu'au dernier moment, et sa conduite a été unanimement louée.

L'inconvénient de ne pouvoir abriter les avanttrains, les caissons et les attelages existe au même degré dans les ouvrages ouverts à la gorge, lorsqu'il ne se trouve pas h proximité soit des plis de terrain, soit des couverts pour masquer les voitures et les chevaux.

L'objection que les bouches à feu dans les ouvrages

FORTinCATION DES CHAMPS DE BATAILLE 143

fermés perdent l'avantage de la mobilité n'a plus d'importance depuis que Tartillerie , à cause de l'énorme portée de ses projectiles et de son emploi en grandes masses, a renoncé aux fréquents déplacements qui étaient une des nécessités de l'artillerie ancienne.

Les redoutes sont sans doute plus difficiles à reprendre par des retours offensifs que les ouvrages ouverts à la gorge, mais ce défaut est laidement compensé par la résistance plus grande qu'elles opposent à l'attaque. Pour obliger les défenseurs à abandonner un ouvrage ouvert à la gorge, il suffit, neuf fois sur dix, de le déborder avec une colonne de troupes.

Plus sérieux est l'inconvénient qu'ont surtout les petites redoutes * de scinder les unités tactiques de l'artillerie et de laisser sans emploi une partie de ses attelages; cet inconvénient et la crainte devoir les pièces des redoutes tomber au pouvoir de l'ennemi, expliquent la répugnance presque générale des artilleurs à employer les pièces attelées dans des ouvrages fermés.

Il y a lieu de tenir compte de cette répugnance*,

1 Celles dans lesquelles on ne met que â, 3 ou 4 canons. Nous sommes d'avis quMl faut placer dans les redoutes ordinaires une batterie complète (6 canons).

* Il convient de faire remarquer que plusieurs ingénieurs ont sur ce point donné raison aux artilleurs. Ainsi le capitaine du génie

bien qii elle soit exagérée et qu'elle procède du inéme sentiment qui a fait dédaigner si longtemps par les troupes d'infanterie l'usage de la pelle sur le champ de bataille.

Aussi pensons-nous que l'emploi de l'artillerie dans les redoutes doit être limité aux cas suivants :

1° Lorsque la redoute occupe un point important à proximité duquel l'artillerie ne peut pas trouver un emplacement convenable pour ses batteries;

9P Lorsqu'elle sert d'appui à une aile de la position et qu'elle découvre bien le terrain sur lequel l'ennemi doit s'avancer pour attaquer ou tourner cette aile ;

3® Lorsqu'elle est établie à la queue ou sur le flanc d'un village important, qui doit être défendu pied à pied.

Dans ce dernier cas, si les redoutes ne renfermaient que de l'infanterie, elles ne pourraient pas empêcher l'ennemi de traverser le village ou de s'y établir. La présence de S ou 3 bouches à feu dans un ouvrage fermé obligera donc l'assaillant à s'emparer de cet ouvrage avant d'aller plus loin, ce qui augmentera sensiblement les difficultés et la durée de l'action;

Gœtze, dans son livre intitulé : Les opérations du corps du génie tUlemand, dit, 1. 1, p. 474 : u On ne doit jamais placer d^artillerie dans les ouvrages de campagne. ^

kP Quand une redoute devra être établie loin de la ligne de bataille, soit pour battre un pli de terrain ou un accès important, soit pour garder un défilé (pont ou débouché de chemin encaissé), soit pour flanquer une pente que les troupes assaillantes doivent franchir avant d aborder la position ;

5** Très-souvent aussi il sera utile d'établir quelques bouches à feu dans les redoutes servant de points d'appui à la partie de la position que l'ennemi a le plus d'intérêt à forcer (soit parce qu'elle domine le champ de bataille, soit parce que de là on prend en flanc ou à revers les troupes déployées à droite et à gauche.)

En dehors de ces cas, on s'abstiendra d'établir les bouches à feu dans les ouvrages fermés, non-seulement parce qu'on pourra les employer plus utilement ailleurs, mais encore parce que la construction et les dispositions intérieures se compliquent lorsqu'un ouvrage doit être organisé pour l'infanterie et pour l'artillerie. II arrivera souvent, du reste, qu'on n'aura pas assez de temps pour donner aux redoutes le profil et les accessoires (traverses, magasins de munitions, etc.) nécessaires pour que leur artillerie soit bien servie et convenablement protégée.

Notre opinion sur l'utilité des redoutes mixtes, pour infanterie et artillerie, est contraire à celle

qu'ont émise récemment des ingénieurs et des tacticiens distingués y mais qui» selon nous, ont mal apprécié certains faits des dernières guerres et perdu de vue ce point important, que jusqu'ici l'expérience a été constamment favorable à l'emploi des redoutes armées de canons.

Parmi les ouvrages fermés, défendus exclusivement par l'infanterie, on ne peut guère citer avec éloge que les sept grandes redoutes dont Pierre le Grand couvrit le front de son armée à Pultawa, en 1709.

Or, il est à remarquer d'abord que ces redoutes étaient occupées car 2 bataiUons chacune, qu'eUes avaient des fossés profonds et qu'elles étaient renforcées par des fraises et des palissades ^ Il est à remarquer ensuite que le maréchal de Saxe, quoiqu'il reconnaisse que ces l'edoutes empêchèrent l'armée russe d'être écrasée par Charles XII, recommande d'établir sur le front de toute armée en position, des ouvrages fermés qui, dans sa pensée, ne devaient pas être exclusivement occupés par l'infanterie, puisqu'il dit : o II n'y a pas d'apparence que l'ennemi passe entre deux, ^t elles sont munies dartilleriej quand elles seraient à 2,000 pas l'une de l'autre*. »

^ Pierre le Grand avait prescril de les constituer ainsi. Trois seulement furent prises. Voir Mes rêveries, T. II, p. i26, édition de n57. « Mes rêveries. T. II, p. 432.

Nous n'avons considéré jusqu'ici que les redoutes à construire sur des champs de bataille qui doivent être préparés dans l'espace de quelques heures.

Lorsque les positions sont de telle nature que rennemi ne peut éviter, dans certaines éventualités, de les attaquer, on aura généralement assez de temps pour construire des redoutes d un profil respectable, pourvues de tous les accessoires nécessaires à une bonne défense. Telles sont les positions voisines d'une forteresse que l'ennemi doit assiéger ou bloquer avant d'atteindre le but objectif. On peut citer comme exemples, la position que Frédéric II retrancha près de Schweidnitz, celle que Soult défendit contre le duc de Wellington en avant de Toulouse, celle que le prince Charles occupa à Caldiero et celle que le général von Werder oi^anisa sur les bords de la Lisaine, pour arrêter l'année de Bourbaki, chargée de faire lever le siège de Belfort.

Dans ces conditions, ce n'est plus à la fortification improvisée que l'on doit recourir, mais bien à la fortification provisoire (passagère ou mixte). L'on n'est plus obligé non plus de faire exécuter le travail exclusivement par la troupe. On y emploiera de préférence des ouvriers civils, engagés volontairement ou réquisitionnés dans les localités environnantes. Enfin, ce n'est plus à l'artillerie de campagne qu'incombera le

soin de défendre les redoutes. On les armera de canons de 12 et de 15 centimètres, sur affût de siège exhaussé, fournis par le grand parc ou tirés d'une place voisine ^ On obtiendra ainsi des effets plus puissants et on évitera que la prise des redoutes ne procure à l'ennemi un matériel dont il puisse tirer parti en rase campagne.

Pour fortifier sa position sur la Lisaine, le général von Werder eut 4 jours (les 11, 12, 13 et 14 janvier 1871) et disposa d'une partie des bouches à feu qui se trouvaient en batterie devant Belfort. Le 14, veille de l'attaque, il y avait dans les différentes batteries de la Lisaine 34 canons de siège de 12 et de 15 centimètres. Ces canons ouvrirent le feu à 3,600°^00 et firent beaucoup de mal aux colonnes françaises, qui à cette distance n auraient pu être attaquées efficacement par l'artillerie de campagne '.

Après avoir indiqué la nature des ouvrages à construire sur un champ de bataille, nous fixerons

1 II n*est pas impossible qu'avant peu, à cause de Timportaoce que prennent les retranchements dans la guerre de campagne, les parcs des armées ne soient pourvus d'un certain nombre de canons courts de siège de i2<^™ ou de 45^'", pour armer les redoutes ou pour les attaquer. Ce serait à plusieurs points de vue un progrès réel.

* Voir la relation du siège de Belfort, par le capitaine du génie WolfiT (pages 26^263 de Tédition allemande).

les idées sur les emplacements qu'il convient d'assigner à chaque espèce de retranchements.

Il n'entre pas dans notre programme d'exposer ici les conditions stratégiques et tactiques auxquelles les positions doivent satisfaire. Nous nous bornerons à faire connaître comment on utilisera les couverts et les obstacles naturels que présentent les positions^ comment on y suppléera s'ils n existent pas, et comment on les complétera s'ils sont insufiîsants.

Les villages situés sur les ailes ou sur le front d'une position doivent être retranchés, à moins qu'ils ne se trouvent au pied ou sur le versant d'une hauteur occupée par l'ennemî, ou que l'ennemi occupera au moment de l'attaque. On s'abstiendra paiement de retrancher les villages avancés ou intercalés qu'il serait facile d'incendier. Ceux-là on les rasera ou l'on y mettra le feu, au moment où l'ennemi se préparera à les attaquer.

Les mêmes prescriptions sont applicables aux groupes de maisons, aux fermes, aux châteaux et aux autres bâtiments de quelque importance qui se troufvent en avant de la 1" ligne, ou qui sont intercalés dans cette ligne. On ne retranchera donc que ceux qui offrent une incontestable utilité comme points d'appui ou comme centres de résistance. Les autres seront démolis ou incendiés, pour qu'ils ne servent

150 LA FORTinCATION IMPROVISÉE

pas de couverts ou de points d'appui à l'assaillant.

Ce serait une erreur de croire que, pour favoriser l'action de la mousqueterie et de l'artillerie de la défense, il faut débarrasser le terrain extérieur de tous les couverts et obstacles qu'il présente.

Parmi ces obstacles et ces couverts, il peut s'en trouver qui soient nuisibles seulement à Tassaillant. Si, par exemple, il y avait des haies, des murailles, des clôtures en bois, des rideaux ou des bouquets d'arbres qui pussent être battus suivant leur longueur d'un des points de la position, il serait utile de les laisser debout, parce qu'ils entraveraient la marche de l'ennemi.

Il y a des cas où Ton doit retrancher un village, un groupe de maisons ou une ferme situés en arrière de la 4** ligne de bataille ^ Par exemple, lorsque le poste dont il s'agit se trouve près du point sur lequel l'ennemi fera vraisemblablement son plus grand effort. Alors, en effet, il ne suffira pas, pour déterminer la retraite du défenseur, que l'assaillant repousse les troupes accumulées sur ce point; il faudra, en outre, qu'il s'empare du village fortifié, pour assurer ses flancs, opération qui laissera à son adversaire le

1 Dans ces conditions se trouvaient le village d*Amanvillers, situé en arrière du centre droit des Français à Gravelotte, et le village de Rézonville, situé en arrière de la gauche de la deuxième position des Français, à Mars-la-Tour (46 août 4870).

temps de reformer ses rangs et d'occuper une nouvelle position dont le village sera le poste avancé.

Autrefois, on appuyait souvent les ailes d'une armée à de grands bois, parce que les tacticiens assimilaient ces obstacles aux terrains impraticables; mais depuis que l'infanterie est exercée au combat en ordre dispersé, et que la défense et l'attaque des bois font partie de l'instruction tactique des troupes, il a été reconnu que les grands bois sont de mauvais points d'appui, en ce sens qu'ils exigent pour leur défense trop de travaux et trop d'hommes et que l'occupant perd tous les avantages d'une position couverte, avec un champ libre de tir en avant, dès que l'assaillant est parvenu à s'emparer de la lisière.

En revanche, on pourra souvent tirer un excellent parti des petits bois situés en avant du front ou du flanc d'une position, ou sur son alignement. Il suffira pour cela de rendre défensives les lisières exposées aux attaques de l'ennemi,, en y faisant des abatis et en les défendant par une ligne épaisse de tirailleurs avec soutiens * et réserves *. Si le temps

1 Us sont généralement couchés.

* Ne jamais les établir sur des routes où elles peuvent être vues de Tennemi.

fait défauts on se bornera à établir des abatis devant les saillants, qui sont des points d'attaque.

<c En abattant des arbres que Ton couchera le long de la lisière, et en faisant par-ci par-là une légère levée de terre, on protégera mieux les hommes, dit le capitaine Popp, qu'avec des tranchées- abris continues, dont l'exécution sera difficile à cause des racines des arbres. »

Dans les bois touffus, on coupera les taillis sur une dizaine de mètres de profondeur, en arrière de la lisière, pour qu'on puisse surveiller et diriger les tirailleurs. On y créera aussi des lignes de communication et des lignes d'orientation poiu* faciliter la défense.

Si le bois est sif;ué en avant de la position, on formera un abatis sur sa lisière postérieure et on obstruera les routes qui débouchent de cette lisière, pour que l'ennemi ne puisse pas s'en servir.

Sur la lisière antérieure et les lisières latérales, il sera souvent utile de laisser les routes libres, pour faciliter les retours offensifs ou les contre-attaques. Dans ce cas, on défendra les débouchés de ces routes par des redans a, 6 (voir fig. 5 et 8, pi. V), couverts d'abatis, ou par des habitations transformées en postes fortifiés.

Si l'on juge utile d'établir de l'artillerie à la lisière

d'un bois, on devra lui assigner des points d où elle puisse se retirer facilement et promptement.

Quelquefois on créera à l'intérieur du bois une seconde ligne de défense * parallèle à la lisière, en utilisant les clairières, les laides routes transversales et les maisons qui bordent ces routes.

Cette ligne, appelée retranchement ou coupure, sera défendue par les réserves spéciales. On y ménagera des ouvertures pour assurer la retraite des tirailleurs et des soutiens.

Quelquefois aussi on pourra créer à Tintérieur du bois des embuscades, vers lesquelles on cherchera à attirer l'assaillant, après qu'il se sera emparé de la lisière.

Lorsqu'im point important de la position est dépourvu d'obstacles naturels pouvant être convertis en postes fortifiés, on créera sur ce point des groupes de batteries et de tranchées, renforcés par des défenses accessoires, ou mieux encore l'on y construira une bonne redoute.

Quand cette redoute se trouvera à plus d'une portée de fusil de la ligne de bataille, on lui donnera une réserve extérieure, qui se placera en arrière, dans un pli de terrain, si c'est possible, ou dans des tranchéesabris. On creusera ces tranchées sur les côtés de la redoute, en a et 6 ou en a' et 6' (fig. 28, pi. V). Dans

154 LA FORTIFICATION IMPROVISËK

la première position, la réserve sera moins exposée ; dans laseconde, elle pourra diriger des feux eflScaees contre les troupes qui se porteront à Tassant de la redoute. Mais alors aussi elle sera dans de moins bonnes conditions pour agir comme réserve, c'est-àdire pour attaquer en flanc les troupes assaillantes ou tenter un retour offensif contre l'ouvrage, au moment de sa prise.

Comme il est de règle que tout retour offensif de ce genre soit préparé par des feux d'artillerie, la meilleure disposition pour appuyer une redoute avancée sera celle qui consiste à établir l'artillerie en c et la réserve extérieure en a et 6 (fig. 28, pl.V).

Si la redoute n'est défendue que par de l'infanterie, et qu'il soit utile d'avoir à proximité quelques bouches à feu pour battre le terrain en avant ou sur les côtés, on établira ces pièces soit derrière les tranchées a et 6, que l'on rapprochera de la redoute, si la disposition des lieux l'exige (fig. 30, pi. V), soit sur les côtés ou sur l'un des côtés de la redoute, qui sera alors reliée à la batterie au moyen de tranchées {fig. 31, pl.V).

Dans le premier cas, les tranchées a, bj situées en avant de la batterie, devront être profilées de manière qu'elles ne fournissent pas de couvert aux tirail-

leurs ennemis, après que les défenseurs les auront évacuées.

Lorsque la redoute occupe un mamelon à fortes pentes, on augmentera de beaucoup sa résistance en creusant sur ces pentes plusieurs lignes de tranchées-abris.

Les feux étages qui partiront de ces lignes causeront de grandes pertes à l'assaillant ^ et les obstacles que les excavations et les levées de terre opposeront à sa marche seront tels, que s'il parvient à les vaincre, il arrivera sur le bord de la contrescarpe en désordre et harassé de fatigue.

Toutefois, pour que les tranchées creusées en avant

1 On pourra également, dans ce cas, tirer aux grandes distances contre les troupes assaillantes en faisant usage des feux de salves avec hausses différentes, qui ont été récemment préconisés en Allemagne et essayés avec succès dans les polygones. Ils s*exécutent comme suit : Une troupe ennemie est supposée à lyiOO'^OO d'une compagnie. Celle-ci ordonne au i*' peloton de prendre la hausse de 900"K)0, au 2* de prendre la hausse de 1,100">00 et au 3* de prendre la hausse de 1,300""00. Tirant alors par salves, ces trois pelotons produiront une gerbe de balles qui atteindra la troupe ennemie alors même qu'elle serait en marche et qu'on aurait mal jugé la distance.

Ces feux commencent à GOOi^OO et sont efficaces encore à lyGOO^^OO. Malgré Tengouement de beaucoup de militaires pour cette nouvelle manière d'utiliser la grande portée du fusil moderne, nous croyons que les feux de salves à triple hausse ne seront vraiment utiles qu'à la défense, qui connaît en général mieux les distances que ne les cou* naît l'attaque. Celle-ci obtiendra rarement de bons résultats en commençant k tirer à plus de dOO^^OO sur les masses et à plus de 300"K)0 sur les hommes isolés ou sur les petits groupes.

156 LA FORTinCATION IMPROVISÉE

d'une redoute ne présentent pas d'inconvénient, il faut les profiler de manière que Tassaillant n'y puisse pas trouver un couvert après qu'il s'en sera emparé. Sinon il établirait dans ces tranchées d'épaisses lignes de tirailleurs, qui dirigeraient sur la redoute des feux convergents et forceraient ainsi les défenseurs à quitter la banquette. On atteindra le but en donnant au parapet de la tranchée la forme d'un glacis, et en adoucissant le talus intérieur de la tranchée comme l'indique lafîg. 23, pi. IIP.

Ainsi profilées, les tranchées pour tirailleurs peuvent être établies utilement même devant des redoutes construites en terrain plat ou sur des mamelons à pente douce. Ce supplément de défense sera surtout nécessaire aux redoutes qui n'auront point d'artillerie et dont les fossés ne seront pas assez profonds pour constituer un obstacle sérieux.

On pourra également appliquer à ces ouvrages l'idée de Rogniat, qui consiste à tailler dans le talus de contrescarpe des redoutes, une banquette, pour que les tirailleurs établis en avant puissent se retirer au besoin dans les fossés et s'en servir comme d'un chemin couvert.

^ Le profil garni de hachures est dispose pour des tirailleurs faisant feu à genoux, et le profil en traits pointillés, pour des tirailleurs faisant feu debout.

Lorsque — ce qui nous semble préférable — le fossé forme une excavation profonde, dont l'accès est rendu difficile par des défenses accessoires, établies sur la contrescarpe, les tirailleurs postés dans les tranchées doivent se retirer latéralement, pour démasquer la redoute, et se reformer ensuite derrière l'ouvrage ou près de la réserve extérieure, si celle-ci n'est pas encore engagée.

Les redoutes devant servir principalement à repousser l'assaut contre les lignes de troupes qu'elles appuient, il n'est pas nécessaire qu'il y ait en avant un champ de tir très-étendu. On peut donc les masquer derrière des couverts, situés à plus d'une bonne portée de fiisil, et les placer même sur des déclivités de terrain, qui les mettent à l'abri des grandes batteries d'attaque (lesquelles ouvrent généralement leur feu à 2,000M)0 ou 2,500°^00).

Les positions dominantes du champ de bataille doivent être réservées pour les principales batteries de la défense. Les redoutes et, en général, tous les postes avancés de la position peuvent se trouver dans des parties basses, pourvu qu'il n'y ait pas de point dominant à portée de fusil, qu'ils découvrent bien le terrain dans un rayon d'au moins 300™00, et qu'ils flanquent et protègent efficacement la ligne de bataille.

Lorsqu'une partie du front de la position doit être défendue par des redoutes sans artillerie, on peut les espacer de 1,300"^0> le tir de l'infanterie étant encore redoutable à 650™00,

Mais, placées à cette distance Tune de l'autre, les redoutes n'ont pas assez de feux pour résister au tir concentrique des tirailleurs ennemis. Il faut alors établir sur leurs côtés des tranchées-abris (fig. 3, pi. IV).

Lorsque les groupes d'ouvrages ainsi constitués peuvent être soutenus pçr de l'artillerie, il est permis de les espacer de 2,500'"00 à 3,000°»00.

Cette artillerie se placera tantôt dans les intervalles des redoutes et sur leur alignement, en  (fig. 4, pi. IV), tantôt en arrière de cet alignement, en B (fig. 3, pi. IV). Le premier emplacement assure aux pièces un champ de tir plus étendu et leur permet de protéger plus efficacement les redoutes. Mais le second est moins exposé aux attaques de l'infanterie et permet de continuer le feu après que la position a été forcée. L'artillerie s'y trouve, en outre, dans de bonnes conditions pour préparer et appuyer les retours offensifs que Ton devra tenter contre les redoutes aussitôt que l'assaillant s'en sera emparé.

Mais on ne pourra appliquer ce dispositif que dans le cas très-exceptionnel où des redoutes seraient

FORTinCATION DES CHAMPS DE BATAILLE 159

plaoées à quelques centaines de mètres en avant de la ligne de bataille.

On l'appliquerait encore si le terrain se relevait assez en arrière d une partie du front pour qu'on pût de là tirer au-dessus de la l'^ ligne de bataille contre les troupes ennemies, pendant l'attaque décisive et jusqu'au moment où ces troupes seraient arrivées dans la zone des feux efficaces de mousqueterie (650°*00).

L'expérience a prouvé que le tir au-dessus de lignes de troupes, même rapprochées, peut produire d'excellents effets et ne cause aucune impression nuisible. C'est à peine si, dans la chaleur de l'action, les soldats s'aperçoivent que l'on tire au-dessus de leurs têtes. A la bataille de Wœrth, l'artillerie allemande, postée sur la rive gauche de la Sauer, tira avec succès au-dessus des troupes qui gravissaient le versant oriental des hauteurs de Froeschwiller * . Au lieu de placer l'artillerie en dehors des groupes 1, 2 et 3, fig. 3 et 4, pi. IV (en A ou en B), on peut, dans certains cas, l'établir dans les groupes mêmes (en C et D, fig. S, pL IV), à l'extrémité des tranchéesabris qui débordent les redoutes à droite et à gauche (voir paiement fig. 31, pi. V), L'artillerie, dans ces emplacements, a un champ de

1 Voir la Ouerre franco-allemande, p. 272.

tir plus restreint; mais, en revanche, elle est mieux protégée, le voisinage des redoutes lui assurant un flanquement efficace de mousqueterie.

Toutefois, si elle ne se retire pas lorsque le gros des troupes d'attaque est arrivé à 600 pas de la redoute, ses pièces seront fort exposées à être prises ou détruites (plus, à coup sûr, que si elles étaient dans la redoute). C'est ce que nous avons déjà fait remarquer plus haut en combattant les arguments des ingénieurs et des tacticiens qui condamnent d'une manière absolue les redoutes à canons.

La mise en état de défense d'une position comporte, outre les postes d'appui (localités retranchées ou redoutes) et les tranchées-abris, l'exécution d'épaulements pour l'artillerie ; l'ouverture de communications, pour faciliter les mouvements et assurer la retraite des défenseurs; l'établissement et la destruction de ponts et de barrages; la mise hors de service de routes et de défilés qui ne peuvent être utiles qu'à l'ennemi, etc.

Nous n'avons pas à nous occuper de ces derniers travaux, qui rentrent dans la spécialité des troupes du génie; quant aux épaulements des batteries, nous ferons connaître, dans le chapitre suivant, comment on les construit et à quelles conditions tactiques leurs emplacements doivent satisfaire.

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