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CHAPITRE Vn

EMPLACEMENrr DE L ARTILLERIE SUR LE CHAMP DE BATAILLE.

Les batailles modernes commencent par de grands combats d'artillerie, qui sont entamés par les bouches à feu des avant-gardes \ et continués ensuite par celles de rartillerie divisionnaire et de rartilierie de

corps

1 Chaque corps a son avant-garde. Très-rarement aujourd'hui une armée composée de plusieurs corps formera, pour entamer la bataille, une avant-garde générale.

* Dans la dernière guerre, on a vu des lignes d'artillerie qui avaient 2,500 k 3,000">00 de longueur; exemples : Tartillerie du 5<> corps, à Wœrth (1,700*00 pour 44 batteries), rartillerie de la 1" armée, à Gravelotte (2,300">00 pourra batteries); Tartillerie de Taile droite allemande (3« corps) à Vionville-Mars-la-Tour (2,000™00 pour 18 batteries); la grande batterie qui k Gravelotte entourait Saint-Privat-la-Montagne (plus de 3,000"^0 pour 30 batteries) et celle qui à Sedan canonna le Fond de Givonne (3,000»00 pour 19 batteries).

Ces exemples prouvent combien serait funeste aujourd'hui Fapplication des principes que V Aide-mémoire h Tusage des officiers d'artillerie français formulait en ces termes, il y a vingt ans : « Éviter de réunir un grand nombre de pièces et de placer plusieurs batteries sur

162 LA FORnFTCATION IMPROVISÉE

Cette lutte préliminaire exerçant une influence souvent décisive sur le résultat final, il importe qu'on assigne aux batteries les emplacements les plus favorables et qu'on les répartisse de manière à obtenir les plus grands avantages tactiques.

Les bons emplacements sont ceux d'où l'on peut battre complètement le terrain en avant de la position, enfiler les chemins qui y conduisent, prendre d'écharpe les colonnes arrivant des places de rassemblement, battre les défilés (surtout leurs débouchés) et les endroits où il est probable que l'ennemi établira ses premières batteries. Des points avantageux encore sont ceux d'où Ton peut protéger efficacement les clefs de la position, flanquer les postes avancés de la ligne de bataille, et battre d'enfilade ou d'écharpe les pentes qui conduisent à la position et les plis de terrain qui se trouvent en avant.

Très-souvent ces emplacements favorables sont les parties dominantes du terrain. Les autres armes se règlent sur eux, tout en tenant compte des principes tactiques auxquels doivent satisfaire leurs propres emplacements. C'est ce qui a fait dire au grand état-major prussien, dans sa relation de la guerre

la même ligne. Ne point engager de combat d^artillerie contre artillerie, à moins que les troupes de Tennemi ne soient à couvert et que les vôtres n'aient trop à souffrir de son canon, etc., etc. »

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franco-allemande : « L'artillerie constitue en quelque sorte la charpente fixe de Tordre de bataille ^ • »

Il ne faut jamais oublier que si l'artillerie est aujoudliui Tanne principale au début (dans la défense comma dans Tattaque), Tarme principale, à la fiuj est toujours Hiifanterie. L'une prépare^ assure même la victoire, mais Tantre la décide en refoulant et en culbutant Tennemi et en s'emparant de ses positions.

Si les emplacements de Tartillerie sont tels que Ton puisse cacher longtemps les pièces qui les occupenti ils n'en seront que plus avantageux , parce qu'ils permettront à ces pièces d'agir par surprise contre les batteries et les colonnes ennemies, ce qui doublera leur effet.

Lorsque le manque de couverts ^ ne permet pas d'obtenir ce résultat, on tient les pièces cachées dans un pli de terrain, près de l'emplacement choisi, et Ton attend pour les mettre en batterie que les projets de Tennemi s'annoncent clairement et que le moment d'agir soit proche.

Il importe que Tennemi ne puisse pas enfiler nî

1 La guerre franco-allemande, p. 880.

* Il s'agit évidemment de couverts qu'il est facile de faire disparattfe au moment opportun ou qui ne s'opposent pas à Taction de Tartilleriey tels, par exemple, que les rideaux de broussailles, les bouquets de taillis, les hautes herbes, les haies, etc., etc.

battre d'éch$u:pe les positions dont on aura fait choix pour les grandes batteries .

L'artillerie qui occupe les ailes de la position doit commander le terrain aussi loin que possible, et être très-forte, si l'aile n'est pas appuyée à un obstacle naturel et si des mouvements tournants sont à craindre.

L'on ne doit pas hésiter, lorsque le terrain s'y prête, à étager les batteries, car l'expérience a prouvé que cette disposition ne présente aucun inconvénient et produit souvent de grands effets.

L'artillerie de la défense ayant, comme nous l'avons déjà fait remarquer, un rôle plus varié, et devant occuper plus de points que l'artillerie de l'attaque (laquelle ne cherche d'ordinaire qu'à écraser une aile ou le centre de la position), elle ne pourra pas être employée en masses aussi grandes. La défense ne sait pas, du reste, avant que l'ennemi n'annonce ses projets, quel est le point sur lequel celui-ci portera le gros de ses forces, et cette incertitude l'oblige naturellement à disposer autrement son artillerie que si ce point était connu d'avance. Il n'en résulte au surplus aucun inconvénient, puisque, grâce à l'énorme portée des canons actuels, la concentration des feux est possible, alors même que les batteries sont fort éloignées les imes des autres.

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Cependant, malgré cette propriété de l'artillerie rayée, il faut que l'emploi de petites batteries soit Yexception, dans la défense, et l'emploi de l'artillerie en masse, la règle. Au temps de l'artillerie lisse, il fallait disséminer les bouches à feu sur le front de la position pour balayer tout le terrain en avant. 11 fallait aussi les déplacer souvent, parce qu'il suffisait à la troupe amie qu'elles appuyaient ou à la troupe ennemie qu'elles attaquaient, d'avancer ou de reculer de 300™00 à 400'"00, pour que leur tir cessât d'être efficace ^

Des batteries espacées de 3,000"^00 à 4,000»00 peuvent très-bien battre le front d'une position, et quand il s'agit d'attaquer ou de soutenir des troupes, il importe peu que les bouches à feu se trouvent

^ C*e8t parce que Tarlillerie française était inférieure en portée et en précision de tir à Tartillerie allemande que, dans les divers combats de la campagne de 1870*7i, elle chercha à compenser cette infériorité par de fréquents changements de position. C'est ce que constate notamment la relation de Tétat-major allemand, à propos des combats de Vionville* Mars-la-Tour et de Beaumont (voir pages 587 et 1010 de la traduction française).

Le même fait a été constaté dans plusieurs combats de la guerre d'Orient. Les Turcs ont, dans ces combats, déplacé fréquemment leur artillerie, non parce qu'elle était inférieure à celle des Russes, mais parce qu'ils la soustrayaient ainsi au désastreux effet d*uii tir parfaitement réglé. Il est à remarquer, toutefois, que par ce moyen ils se privaient de la possibilité de bien régler leur propre tir. Nous ne pouvons donc pas recommander cette méthode, qu'il serait dangereux de généraliser.

à 1,400'"00 ou 1,800°^00, les résultats étant à peu près les mêmes à ces deux distances ^

Les batteries qu'il est particulièrement utile de retrancher, sont celles qui entrent les premières en action et qu'aucun abri naturel ne protège ou ne soustrait aux vues de lennemi.

Lorsqu'elles sont très-importantes par le nombre des bouches à feu, il faut prendre de grandes précautions pour les défendre contre les attaques de rinfanterie et delà cavalerie; on y parviendra en organisant sur les côtés des batteries, et de manière à les flanquer efficacement, des points d'appui naturels (villages ou groupes de maisons retranchés) ou des points d'appui artificiels (redoutes ou tranchéesabris) .

On devra, en outre, prendre des mesures pour empêcher les tirailleurs ennemis de tuer prématurément les servants et les attelages. Ces mesures seront appliquées à toutes les batteries, grandes ou petites, retranchées ou non retranchées.

1 Lorsqu'une troupe dlnfanterie avance de front contre une batterie, il est très-difficile, au delà de 2,000™00 (surtout s*il y a de la fumée), de voir si cette troupe est arrêtée ou si elle continue de marcher. Il n*en est pas de même lorsqu'elle avance obliquement ou en présentant le flanc. Dans ce cas, le tir est plus facile à régler et conserve plus longtemps son efficacité, malgré le déplacement du but, parce que ce but a plus d*étendue. Aussi peut-on ouvrir le feu des batteries d'écharpe et d'enfilade à 3,000"00 de Tennemi.

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D'après une instruction allemande de 1875, le bon feu des tirailleurs conunence à 650°^00 contre un but plus grand que l'homme. Il faut donc tenir les tirailleurs ennemis à TOO'^OO au moins des batteries. Or, à 200"*00, le fantassin exercé atteint sûrement un homme isolé. On postera en conséquence à 500^00 de distance, sur les côtés ^ des batteries, une ligne de tirailleurs pour combattre les tirailleurs ennemis. Cette ligne et ses soutiens pourront, dans certains cas, s'établir devant la batterie, si, par exemple, elle est précédée d'un angle mort, et s'abriter alors, sans le moindre inconvénient, dans des tranchées parallèles à la position. Lorsque cette circonstance ne se présente pas, les tranchées des tirailleurs doivent pouvoir être enfilées ou plongées de la position ^ pour que l'ennemi n'y installe pas ses tirailleurs, après qu'il s'en sera emparé; il faut, de plus, que ces tranchées ne puissent pas être prises d'enfilade par l'attaque : deux conditions qui s'excluent souvent.

Les tir£iilleurs qui protègent les batteries doivent

1 Sur les côtés, quand il s^agit d*une batterie occupant une aile, ou placée fort en avant de la ligne de bataille.

* Nous entendons par là que, si elles ne peuvent pas être prises d*enfilade par les troupes voisines de la batterie, leur profil soit tel que Tassaillant n*y trouve aucun abri contre le tir à la mitraille ou a shrapnels. (Voir profil, fig. 23, pi. III.)

168 LA FOATIFICATION IMPROVISÉE

rester en place le plus longtemps possible et suivre, au moment de la retraite, des chemins particuliers, pour qu'ils ne masquent pas le feu de la ligne de bataille.

Lorsque le canon n'avait qu'une portée efficace égale au tiers ou au quart de sa portée actuelle, on devait placer les batteries en avant de la ligne de bataille et quelquefois à une assez grande distance de cette ligne, pour combattre l'artillerie ennemie dans la zone où ses feux n'étaient pas encore redoutables aux défenseurs de la position. Ces emplacements exposaient trop les batteries aux attaques de Tinfani&Ae et de la cavalerie, et nécessitaient (au moment décisif de l'attaque) un mouvement rétrograde qui produisait toujours une impression fâcheuse.

On évitera désormais ces inconvénients en intercalant les batteries dans la première ligne de bataille, ou en les plaçant un peu en arrière, sous la protection efficace de cette ligne. Dans certains cas, on pourra même les reculer de plusieui*s centaines de mètres, par exemple quand le terrain en arrière se relève assez pour permettre de tirer au-dessus des troupes.

On lit dans la Guerre franco-^allemande par le grand état-major prussien : « Partout où les batteries allemandes, emportées en quelque sorte par un

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