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CHAPITRE IX

REDOUTES DE CHAMP DE BATAILLE.— CONDITIONS AUXQUELLES ELLES DOIVENT SATISFAIRE. — DIMENSIONS, — TRACÉ. — MODE d'exécution. — CALCUL DES GARNISONS. — TYPES DIVERS.

On est généralement d'avis que les redoutes intercalées dans la ligne de bataille et celles qui se trouvent en avant de cette ligne, sous la protection efficace de la mousqueterie, ne doivent pas avoir une gorge terrassée, c'est-à-dire pourvue d'un parapet.

On justifie cette opinion en faisant observer que l'ennemi, après s'être emparé d'une redoute avec front de gorge terrassé, s'en servira pour tirer contre la ligne de bataille. Mais le faible avantage que lui procurera ce feu à couvert, ne doit pas,

selon nous, faire renoncer à la propriété qu'ont l(*s redoutes à gorge terrassée, surtout celles armées de canons, de menacer en flanc et à revers les assaillants qui les dépassent. Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, si ces ouvrages sont ouverts à la gorge, l'ennemi pourra très-souvent se dispenser de les prendre avant d'aborder les troupes qu'ils protègent.

Les redoutes armées de canons doivent donc avoir un front de gorge terrassé.

Pour les redoutes défendues seulement par des troupes d'infanterie, on peut admettre une goi^e non terrassée, pourvu qu elle soit mise à l'abri d'une attaque d'emblée par des abatis, un réseau de fils de fer ou d'autres défenses accessoires.

Cette oi^anisation du front de gorge permet aux troupes déployées en arrière de la redoute, de tirer sur l'ennemi dès qu'il s'est emparé de l'ouvrage et qu'il en a chassé la garnison; mais elle permet aussi aux tirailleurs ennemis qui débordent la redoute pendant l'attaque, de tirer dans le dos des défenseurs des fronts principaux, au moment même où ils sont attaqués directement.

D'un autre côté, une goi^e protégée par des défenses accessoires, oppose aux retours offensifs à peu .près les mêmes difficultés qu'une gorge terrassée.

Pour ces divers motifs, nous croyons qu'il est utile lie terrasser, dans tous les cas, le front de goi^e des redoutes.

Parmi les faits de guerre qui témoignent en faveur de cette opinion, nous citerons les batailles de Pultawa, de Jemmapes, de Caldiero, de Boro- «lino, de Toulouse, et celles livrées récemment en Bulgarie.

La première condition à laquelle doivent satisfaire les redoutes, est d'offrir une grande résistance a l'attaque de vive force. On ne remplît pas cette condition en doxmant au parapet des redoutes un commandement de 1^30 sur la campagne, et aux fossés une profondeur de 1°*00, comme le proposent ({uelques ingénieurs.

Quand le parapet n'a que 1^30 de commandement, l'ennemi peut donner des coups plongeants dans l'intérieur de l'ouvrage, et quand le fossé n'a que 1"*00 de profondeur, il ne constitue pas à proprement parler un obstacle. Ce n'est plus alors qu'une exca^ vaHon où l'on prend la terre nécessaire pour compléter le parapet.

En revanche, lorsque le parapet est très-élevé, les redoutes sont fort exposées au feu de l'ennemi, exigent beaucoup de temps et de main-d'œuvre et donnent des feux de salve moins raisants.

Pour que les défenseurs ne soient pas trop fortement plongés, et que Tobstacle du fossé et du parapet ne soit pas trop facile à franchir, nous admettrons comme relief minimum du parapet, 1°^70, et comme profondeur minimum du fossé, S'^OO.

Si Ton n'a pas assez de temps pour atteindre ces deux minima, on doit renoncer à construire des redoutes.

La nécessité de donner à ces ouvrages un fossé profond et escarpé a été contestée par quelques ingénieurs. Le capitaine Girard, professeur à l'École militaire de Bruxelles, dans son Traité des applica- Hong tactiques de la fortification^ s'exprime comme suit : <t Le fossé qui précède un ouvrage de cam- «r pagne n'est en réalité un obstacle que sur le « papier ; loin de jouir de cette propriété, il facilite c( souvent la prise de l'ouvrage en offrant aux ce colonnes d'assaut un couvert où elles peuvent se ce reformer et s'étendre à droite et à gauche sous « la protection des tirailleurs qui couronnent la <c crête de la contrescarpe, pour gravir avec ensema ble le talus incliné à 4S^ qui les sépare du parace pet". »

ce Si cela n'était pas, dit-il, les tranchées-abris

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« seraient sans valeur. » Il remplace le fossé par des ce défenses accessoires, telles que trous de loup, dont <c l'exécution est rapide et qui n'offrent pas Tincon- « veulent de servir d'abri aux colonnes d'assaut. »

Cette opinion, quoiqu'elle soit partagée par un certain nombre d'ingénieurs, nous semble inadmissible.

Remarquons d'abord que le profil d'une redoute doit oflFrir plus de résistance à l'assaut que celui d'une tranchée-abri, dont le but principal, unique même, est de préserver l'infanterie déployée d'une partie des balles et des éclats d'obus qui l'atteindraient si elle était à découvert.

Or, le fossé est certainement un obstacle sérieux, lorsqu'il a au moins ^"'OO de profondeur, car nonseulement il augmente d'autant la hauteur du talus à franchir, mais il empêche encore les assaillants de se retirer lorsque l'attaque a échoué.

Pour empêcher que l'ennemi n'y reforme ses rangs et ne s'étende à droite et à gauche, avant de gravir le talus, il suflSt de supprimer le fond du fossé comme le faisaient les Romains (fig. 4, pi. VI), ou de réduire sa largeur à 0"^50, ou d'y planter soit des piquets, soit de grosses branches, soit des têtes d'arbres taillées en sifflet (fig. 2, pi. VI).

Il ne faut pas non plus exagérer le défaut reproché

aux fossés des redoutes « d'offrir aux colonnes d'assaut un couvert où elles peuvent se reformer y>, car si, au moment de l'attaque, les défenseurs montent sur la plongée, comme le firent les Turcs à Silistrie, en 1854, et les Russes à Sébastopol, lors du premier assaut, les assaillants, massés dans le fossé, seront exposés aux coups directs et à bout portant des tireurs déployés le long de la crête extérieure.

On évitera de donner au fossé plus de i^SO de profondeur, parce que si Ion descendait plus bas, les hommes ne pourraient plus jeter les terres à la pelle sur le bord du fossé.* On devrait alors les déposer à mi-hauteur et les reprendre, ce qui, en termes d'art, s'appelle remanier les terres, opération qui fait perdre du temps et exige un renfort de terrassiers.

Après l'achèvement du parapet, on recoupera le talus d'escarpe de Façon à faire disparaître la berme, et l'on jettera les terres qui en proviendront au delà de la contrescarpe. Ces terres seront disposées en glacis, pour qu'elles ne fournissent pas un abri aux tirailleurs qui doivent préparer l'attaque en tirant sur les défenseurs du parapet.

^ Pour jeter les terres & cette hauteur il faut des terrassiers exercés, travaillant avec la pelle à long manche. Lorsqu'on emploie la pelle Linnemann il est nécessaire d'établir un relais intermédiaire.

Lorsque Touvrage a un faible relief, le glacis de contrescarpe est nuisible, parce qu'il permet aux tirailleurs qui s'arrêtent momentanément sur sa crête (pendant que le gros descend dans le fossé) de diriger des coups plongeants sur le terre-plein intérieur.

Autrefois on donnait aux redoutes un profil tel que toutes les terres devaient être extraites du fossé (voir fig. 5, pi. II). Ce profil avait l'inconvénient d'exiger beaucoup de temps, puisque la tâche de chaque atelier de l'^OO de largeur consistait à fouiller 10 1/3 mètres cubes de terre.

Le même défaut est inhérent au profil fig. 3, pi. VI, mais celui-ci a une propriété importante que ne possède pas l'autre, à savoir que le fossé est battu, en grande partie par les tireurs placés sur la banquette, ot, complètement, par les tireurs montés sur la plongée. On ne pourra toutefois l'employer avec avantage que lorsqu'on aura le temps et les ressources nécessaires pour garnir d'abatis le talus d escarpe, dont l'inclinaison est de 1/3.

Aujourd'hui on donne la préférence aux profils qui permettent l'emploi d'un nombre double de travailleurs, fouillant les uns le fossé, les autres une tranchée intérieure (voir fig. 3 et 4, pi. V).

Les parapets des fronts exposés à l'artillerie doi-

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vent avoir 3°O0 d'épaisseur» s'ils sont en terre sablon* neuse, 4"00, s'ils sont en terre v^jétale et 6™00 s'ils sont en terre argileuse.

Les parapets exposés seulement à la mousqueterie (les fronts de gorge des redoutes sont dans ce cas) doivent avoir 0™40 d'épaisseur, d'après les instructions données aux troupes du génie en Autriche, et l^'SO, d'après le manuel du pionnier allemand.

La première épaisseur est suffisante pour protéger les défenseurs du front de goi^e contre les balles et les éclats d'obus; la seconde les met paiement à l'abri des projectiles de l'artillerie, aussi longtemps que deux obus n'atteignent pas le même point.

Ceux qui donnent la préférence à l'épcdsseur minimum soutiennent qu'elle facilite la reprise des redoutes en permettant à l'artillerie, chaînée de préparer le retour offensif, de détruire le front de gorge ou d'en chasser les défenseurs. Mais nous leur ferons observer que si ce front n'avait qu'un parapet de 0"*40 d'épaisseur, rartillerie ennemie pourrait, en le débordant, rendre la redoute inhabitable, ce qui serait un défaut grave.

La condition principale à laquelle les redoutes doivent satisfaire, est de bien battre le terrain. Le défilement horizontal, contre le feu d'enfilade, a peu d'importance, parce que la garnison ne monte sur la

REDOUTES DE CHAMP DE BATAnXE 221

banquette que lorsque les troupes assaillantes sont assez rapprochées pour que Fartillerie ennemie doive interrompre son tir.

Quant au défilement vertical, le tir plongeant des obus et des shrapnels lui ôte toute valeur. Désormais, dérober le terre-plein intérieur des redoutes aux vues de l'ennemi est imuflîsant, et le dérober aux coups, impossible.

Le tir le plus dangereux pour les ouvrages de campagne est le tir à shrapnels. Il atteint même les hommes assis sur les gradins par lesquels on monte à la banquette. Témoin Texpérience suivante, faite à Tegel en 1876.

A 1,500""00 de distance, avec la pièce lourde de campagne (modèle de 1873) on tira 16 obus et 33 shrapnels contre ime tranchée dans laquelle 60 hommes occupaient la banquette et 42 étaient assis sur un gradin à 0°^S0 plus bas. 39 hommes debout et 6 hommes assis furent atteints.

On évitera donc de construire des ouvrages fermés sur des points où ils seraient exposés à des feux plongeants ou à des feux enveloppants et, quand cela ne se pourra pas, on atténuera le mal au moyen de parados, de traverses, et d'abris en corps d'arbres.

Les redoutes doivent être profilées de manière que les défenseurs puissent s'asseoir sur les gradins de

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la tremchée intérieure, sans avoir à craindre les obus qui, rasant la crête et tirés perpendiculairement à la ligne de feu, atteignent le sol sous un angle de chute de J5^, correspondant Tinclinaison de 1/4 \

Pour juger du degré de sécurité qu*oflErent les divers fronts d'une redoute, il importe de connaître les angles de chute des canons rayés de campagne, tirés avec la charge de guerre. Ces angles ne sont pas les mêmes pour tous les systèmes de canons. Comme évaluation moyenne, on pourra adopter les données suivantes qui se rapportent au canon rayé autrichien de 0°^09, système Uchatius :

Distances.

Angles de chute.

1,500 mètres.

4"»ir

Avec la charge réduite, l'angle de chute, à 2,500'"00, est de 230.

Ce tableau montre qu'en profilant les retranche-

1 L*aDgle de chute d'une balle étant de i® à 600 pas, on peut considérer la trajectoire des fusils comme rectiligne jusqu'à cette distance.

ments et les redoutes de manière à mettre les défensem*s (assis sur les gradins) à l'abri des projectiles dont l'angle de chute est de 15^, on satisfait largement à toutes les nécessités.

Dans ce cas cependant les hommes peuvent encore être atteints par des balles de shrapnels. En effets on lit p. 245 de V Artillerie Lehre, par Wille (édition de 1875) :

« L'angle mort en arrière de la masse couvrante « est plus petit pour le shrapnel que pour l'obus. Cer- « tains éclats ou balles de shrapnels ont un angle de « chute maximum del2 1/2^ à environ TSO'^OO, de 15^ « à environ 1 ,4 00^00, et de 16® à environ 1 , 500°KK). »

Si l'on construit d'après ces données une épure, on voit que la tangente à l'angle de chute est comprise entre le 1/3 et le 1/4 pour les tirs à 1,1O0«"OO et à 1,500°»00. Le défilement au 1/3 (voir fîg. 11, pL VI), offre donc toutes les garanties désirables. On pourra même se contenter, dans la pratique, du défilement au 1/4, puisque tout shrapnel qui éclatera au-dessous ou au-dessus de la ligne x y donnera des éclats et des balles à angle de chute maximum, dont la trajectoire atteindra le parapet ou passera au-dessus de sa crête. Seuls les projectiles qui feront explosion sur cette ligne produiront des éclats dont la trajectoire rasera la crête sous un angle de 1/4 à 1/3.

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