CHAPITRE XIII
rôle de la fortification improvisée dans la guerre
d'orient de 1877.
Bien que les travaux de défense exécutés par les Turcs, à Plevna, n'appartiennent pas tous à la fortification improvisée, nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs les renseignements que nous avons pu recueillir sur ces travaux qui ont si vivement excité l'intérêt et la curiosité des ingénieurs.
Nous les devons, pour la plupart, à l'obligeance de l'illustre général à qui la Russie est redevable de ses deux plus grands succès militaires contemporains : la défense de Sébastopol et la prise de Plevna.
Avant de jeter un coup d'œil sur ce dernier fait d'armes, rappelons brièvement comment Plevna a été convertie en camp retranché.
Le général de Kradeoer, commandant le 9® corps, s'empara de Nicopolis le 16 juillet, au moment où Osman pacha, à la tête de l'armée de Widdin, s'établissait sur le Vid. Trois bataillons échappés à la capitulation de Nicopolis, se réfugièrent à Plevna, où ils furent rejoints, le 18, par 25 bataillons d'Osman. Ces troupes creusèrent aussitôt plusieurs rangées de tranchées-abris au nord et à l'est de la place.
Soit qu'il ne connût pas l'effectif réel de la garnison, soit qu'il se méprît sur les qualités militaires de celle-ci, le général de Kriidener donna à la 5® division, commandée par le général Schilder- Schuldner, l'ordre d'attaquer Plevna. Cette attaque eut lieu, le 20, avec 9 bataillons d'infanterie, 3 régiments de cavalerie et 5 batteries de campagne. Mal préparée, mal conduite et faite avec des forces insuffisantes, elle échoua complètement. Les Russes perdirent 74 officiers et 2,771 soldats, sur un effectif de 7,000 hommes. Les 2/3 des officiers furent mis hors de combat.
Voulant réparer cet échec, le général de Krûdener dirigea en personne, le 30 juillet, une seconde attaque contre Plevna, avec 36 bataillons, 4 régiments de cavalerie et 22 batteries, dont 3 à cheval (30,000 hommes). Les forces d'Osman pacha, grâce aux
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secours venus de Widdin, de Rahova et de Sopbia, s'élevaient aloi*s à 45 ou 48 mille combattants. Le général turc avait mis le temps à profit pour élever de puissantes redoutes sur les positions qui constituaient son camp retranché.
Ces circonstances défavorables aux Russes, et la faute qu'ils commirent d'attaquer avant que l'artillerie, forte de 170 bouches à feu, n eût produit l'effet voulu, expliquent la sanglante défaite qu'Osman infligea pour la seconde fois au corps de de Krûdener^
De nouveaux renforts arrivèrent peu de temps après. Une division roumaine prit position à l'est de la place, et 30 canons de siège furent établis sur les points culminants du terrain.
Le 11 septembre, après quatre jours de bombarment, 50,000 Russes et Roiunains firent une troisième attaque contre les 60,000 hommes*, parfaitement retranchés, de l'armée d'Osman pacha. Il était à prévoir que cette attaque échouerait comme les précédentes. Le général Skobelew prit deux redoutes*, qu'il dut évacuer le lendemain, après avoir
* 168 officiers et 7,i67 soldats furent mis hors de combat.
* Jusqu'au 24 octobre, Osman pacha reçut constamment des renforts de Sophia et d'autres localités.
> Ces redoutes furent construites après Tattaque du 30 juillet, pendant laquelle Skobelew avait pu avancer, de ce côté, jusqu'aux portes de Plevna.
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repoussé quatre assauts, et les Roumains pénétrèrent dans la grsinde redoute de Grévitsa, où ils purent se maintenir. Partout ailleurs l'attaque fut repoussée. C'était encore un échec et même un échec sanglant, puisque les pertes faites ce jour-là, jointes à celles qu'avait éprouvées l'armée le 20 et 30 juillet, forment im total de 30,000 hommes.
Peu de jours après arriva le général de Todleben* Une reconnaissance détaillée qu'il fit de la place lui donna la conviction qu'elle était imprenable de vive force et qu'il fallait désormais s'attacher à l'investir étroitement pour obliger Osman pacha à se rendre par famine ou à tenter une sortie dans des conditions défavorables pour lui.
Ce sage avis fut partagé par l'empereur, qui chargea le général de Todleben de la haute direction du siège. Dès lors la guerre entra dans une phase nouvelle, qui devait lentement mais sûrement aboutir à de brillants succès .
Le camp retranché de Plevna présentait plusieurs positions naturellement fortes, qui avaient été rendues en quelque sorte inexpugnables par des retranchements adaptés au terrain avec beaucoup d'art. La grande résistance que ces retranchements opposèrent aux attaques de vive force tient moins cependant à leur valeur intrinsèque qu'à la manière
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dont les Turcs les défendirent. Chaque homme^ dans les tranchées ou dans les ouvrages, avait 100 cartouches sur lui et 5()0 placées dans une caisse à côté de lui. Pourvus de cet énorme approvisionnement, les Turcs, dès que l'ennemi était à portée de leurs retranchements, tiraient sans interruption et même sans viser. Ils lançaient ainsi sur les Russes une véritable grêle de plomb dont les effets meurtriers se faisaient sentir jusqu'à 2,000 mètres. Un petit nombre seulement de tirailleurs habiles ménageaient leurs munitions et visaient les officiers ^
Les positions des Turcs avaient cet avantage, qu'étant profondes, on pouvait mettre les réserves à l'abri des feux de l'artillerie ennemie. D'un autre côté, comme Plevna se trouve au point de jonction des ravins et des vallons qui divisent en plusieurs accès le terrain environnant, ces réserves pouvaient se porter directement et rapidement aux points où
1 Cet emploi de la mousqueterie, la grande profondeur des tranchées et la manière dont les Turcs tiraient, expliquent ce fait, attesté dans plusieurs rapports russes, que le feu des retranchements, redoutable aui grandes distances, produisait peu d*effet dès que les assaillants étaient arrivés à 600 pas. Le tir des Russes, au contraire, ne commençait à devenir dangereux qu*à cette distance, parce qu'ils s'abstenaient d'ouvrir le feu de loin et qu'ils visaient avec soin. Dans une circonstance où ils attendirent pour tirer que l'ennemi fût à iOO pas, le morne silence de leurs lignes produisit un si grand effet moral sur les Turcs, que ceux-ci décampèrent avant d'avoir essuyé une seule décharge.
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leur présence était nécesseiire, tandis que les réserves russes étaient entravées dans leurs mouvements par ces mêmes dépressions du sol qui allaient en s'élai^issant à mesure qu'on s'éloignait de la ville et qui, à la hauteur des lignes d'investissement, formaient des goi^es profondes dont quelques-unes, à parois rocheuses, étaient infranchissables.
Les travaux de défense, commencés après la bataille du 20 juillet, sous la direction du chef d'état-major Tevfik pacha, furent renforcés graduellement pendant toute la durée du siège.
Disposant de peu d'artillerie, les Turcs organisèrent leurs retranchements de manière à pouvoir tirer le plus grand parti possible de la mousqueterie. L'on peut dire que jamais jusqu'ici le feu de l'infanterie n*av6dt produit autant d'eflFet et n'avait conduit à des résultats aussi remarquables. Ce feu était, en effet, d'une violence telle, que, dans les journées du 30 juillet et du 11 septembre, il y eut des divisions de 10,000 hommes qui se trouvèrent réduites à un effectif de 4 à 5 mille combattants.
Quand, après l'assaut du 1 i septembre, le général de Todleben arriva au quartier général, il y avait devant Plevna 12,000 Russes du 9« corps (Krûdener), 18,000 du 4« corps (Zotow) et 25,000 Roumains; total : 55,000 à 60,000 hommes.
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La garnison turque comptait alors 60,000 à 70,000 hommes'. Elle avait des communications libres avec Sophia et Rahova, sur la rive gauche du Vid, et avec Lovtcha, sur la rive droite.
Le général de Todleben ayant déclaré que, pour investir la place, l'armée devait être renforcée, on fît venir 3 divisions de la Garde impériale. Toutes les positions de la rive droite du Vid furent aussitôt occupées par l'infanterie et fortifiées avec soin. On donna aux batteries un champ de tir de 100 à 120 d^rés, pour pouvoir concentrer et envoyer à rimproviste, dans les redoutes ennemies, des salves de 60 coups de canon. Les tranchées furent renforcées par des lunettes et des redoutes et, sur toute la ligne, on commença à s'approcher des retranchements turcs au moyen de cheminements et de logements.
Les Russes avaient 300 bouches à feu^ dont 40 de siège. Les Turcs n'en avaient qu'une centaine, qu'ils employèrent avec une extrême circonspection. La plupart étaient cachées. Celles qui ne pouvaient pas
* De ce nombre 7,000 furent faits prisonniers du 24 au 28 octobre k Gomi-Dubnik et à Telis et 44,000, le 10 décembre, jour de la reddition, non compris 6,000 hommes qui ce jour-là avaient été mis hors de combat. On trouva dans les hôpitaux 4,000 malades et blessés. Le reste représente les blessés et les malades évacués avant le 24 octobre, et les hommes tués pendant Tinvestissement.
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Têtre changeaient fréquemment de place pour dérouter les pointeurs ennemis. Ni les unes ni les autres, du reste, ne produisirent de grands effets. Beaucoup d'obus n'éclataient pas. On peut dire que, dans la défense comme dans l'attaque de Plevna, le premier rôle a été joué par l'infanterie.
Cependant les salves de l'artillerie russe, dirigées tantôt sur une redoute, tantôt sur une autre, produisirent dans les premiers temps un grand effet moral. Elles empêchèrent les Turcs de continuer leurs travaux, après le lever du soleil, et elles mirent journellement 50 à 60 hommes hors de combat.
Pour diminuer ces pertes, les Turcs retirèrent les garnisons des redoutes et les placèrent dans des tranchées, à une petite distance des ouvrages. Les fossés profonds et étroits restèrent seuls occupés.
Les réserves étaient cachées dans des plis de terrain, ou établies hors de la portée de l'artillerie russe.
Le camp retranché de Plevna avait, au moment de la reddition, une étendue de 36 kilomètres.
Les fortifications se composaient de plusieurs lignes de défense, bien appliquées au terrain.
Les réserves se tenaient à 4 ou 5 kilomètres de la circonférence, au centre de l'éventail que forment les hauteurs dont Plevna est entourée.
Après avoir fait avec la cavalerie des reconnaissances sur la rive gauche du Vid, vers Telis et Gorni- Dubnik, le général de Todleben ordonna au général Gourko d'occuper la chaussée de Sophia, et aux Roumains de passw la rivière en aval de Plevna pour couper les communications de l'ennemi avec Rahova.
Le SI4 octobre, Gourko passa le Vid et attaqua Telis et Gorni-Dubnik, avec â divisions et 1 brigade de tirailleurs de la Garde.
En même temps, les batteries de la rive droite ouvrirent le feu contre le camp retranché et l'entretinrent pendant toute la journée.
Trois divisions, concentrées près de la route de Lovtcha, simulèrent une attaque des positions russes, pour empêcher Osman pacha de soutenir les garnisons isolées de Telis et de Gorni-Dubnik au moyen de ses réserves.
Ces deux villages étaient fortifiés par des redoutes et des tranchées, armées de canons. Le bombardement commença à 9 heures du matin. Gomi-Dubnik se rendit à 8 heures du soir. Sa défense fut trèsremarquable. Le village était entouré de 80 canons qui dirigaient sur lui un feu des plus vi&. La Garde l'attaqua plusieurs fois avec une impétuosité sans pareille. Dans ces divers assauts, elle perdit
4,000 hommes, chiffre ^al à celui des défenseurs qui furent faits prisonniers.
Telis résista le premier jour. Il ne se rendit que le 28 (avec 3,000 hommeà), après quelques heures de bombardement.
Depuis le 24, le blocus était complet. Jusqu'à cette date, les Turcs avaient reçu constamment des munitions et des vivres de Sophia, et évacué, sur cette ville, leurs malades et leurs blessés.
La ligne d'investissement avait une étendue de 70 kilomètres.
Les Russes cherchaient moins à se rendre maîtres de Plevna qu'à empêcher Osman pacha de percer leur ligne avec les 50,000 hommes de troupes d'élite qu'il commandait et qui pouvaient fournir des cadres pour la formation d'une nouvelle armée.
Le moral de la garnison resta excellent jusqu'à la fin, et sa vigilance ne fut jamais en défaut. A toutes les attaques partielles des Russes elle opposa un feu roulant de mousqueterie, d'une efficacité dont il n'y a pas d'exemple dans l'histoire, et que le général Skobelew qualifia de « feu d'enfer' ».
Après l'arrivée des réserves russes (vers le milieu du mois de novembre), l'armée d'investissement
^ Dans un rapport daté du 15 septembre, où il rend compte de la troisième attaque contre Plevna (du 7 au H septembre).
était composée du 4® corps, du 9® corps, du corps de grenadiers, de la 3* division de la Garde (soit 8 divisions de 10,000 hommes), de 4 divisions roumaines fortes de 5,000 hommes chacune, de 48 batteries russes à 8 pièces, de 16 batteries roumaines à 6 pièces et de 5 batteries à cheval à 6 pièces ; ce qui portait 1 effectif total à 110,000 combattants et à 500 bouches à feu.
Mais l'hiver approchait et l'impatience commençait à gagner les esprits, fortement surexcités par la nouvelle de la prise de vive force du camp retranché de Kars (18 novembre). On proposa Tayaut comme l'unique moyen d'en finir. Le général de Todleben s'y opposa avec toute l'énergie de ses convictions. En agissant ainsi, il avait pour but non-seulement d'obliger Osman pacha à se rendre avec toute la garnison, mais encore de conserver l'armée assiégeante, afin de pouvoir l'employer après la chute de la place, pour soutenir les autres armées, qui manquaient de réserves, et pour prendre ensuite une offensive vigoureuse.
Il savait, par l'expérience des guerres antérieures, que la résistance des Turcs s'afiaiblit beaucoup et cesse même promptement après la perte des positions stratégiques, dans la défense desquelles ils épuisent toute leur énergie. Ainsi, en
1828-29, Silistrie et le camp retranché de Schoumia arrêtèrent tous les efforts de Tarmée russe pendant plus d'une année. Après la prise de Varna et de Silistrie, Tisolement de Schoumia et la première bataille gagnée en rase campagne à Koulevtchi, la panique s'empara des Turcs et la résistance cessa. Le feld-maréchal Diebitsch, nonobstant les forces supérieures de l'ennemi, passa les Balkans et occupa sans difficulté Andrinople, avec 16,000 hommes, restes de quatre corps d'armée décimés par la maladie.
Le général de Todleben ne s'était pas trompé dans ses prévisions, car les choses se sont à peu près passées en 1877 comme en 1829.
En effet, quatre jours après la chute de Plevna,les troupes d'investissement quittèrent leurs positions pour soutenir les opérations du général Gourko sur la route de Sophia, et celles du général Radetzki vers Schipka et Kazanlyk.
L'armée de Suleyman fut battue et dispersée aux environs de Philippopolis; les 32,000 honmies de l'armée turque de Schipka déposèrent les armes, et Andrinople ouvrit ses portes aux Russes le 20 janvier.
Si le général de Todleben avait eu le commandement de l'armée de l'Est, au début de la guerre, il
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aurait sans doute, tenant compte de la ténacité que montrent les troupes turques dans la défense des positions fortifiées, renoncé aux attaques de vive force, qui n'ont servi qu'à mettre en évidence, une fois de plus, la bravoure et la solidité des troupes russes. Par cette tactique prudente, fondée sur une appréciation vraie du caractère et des aptitudes de l'ennemi, il eût épai^é à la Russie quelques graves échecs et la vie de plusieurs milliers de braves soldats, tombés sans profit, mais non sans honneur, devant les redoutes et les tranchées de Plevna.
Les prévisions de l'illustre défenseur de Sébastopai furent complètement réalisées par l'action qui marqua la fin de la belle résistance d'Osman pachâ.
Grâce à la force des lignes d'investissement russes, à la disposition judicieuse des réserves et à la vigueur incomparable des troupes contre lesquelles vinrent se heurter les Turcs dans la sortie du 10 décembre, Osman pacha dut se rendre à discrétion et livrer à l'ennemi 10 pachas, 128 oflSciers supérieurs, 2,000 officiers subalternes, 40,000 soldats d'infanterie et d'artillerie, 1,200 de cavalerie, 77 canons et une grande quantité de munitions, surtout de cartouches.
Les Turcs perdirent dans cette journée 6,000 hommes. Les Russes n'eurent que 2 officiers supérieurs, 2 officiers subalternes et 409 soldats tués;
1 général^ 3 officiers supérieurs, 47 oflBciers subalternes et 1/263 soldats blessés.
Jamais aussi grand résultat n'a été obtenu au prix de sacrifices aussi minimes. On ne peut comparer à cette victoire de la tactique prudente du général de Todleben, que celle de la tactique audacieuse du commandant en chef de Tarmée du Caucase qui, en une seule nuit, s'empara de Kars, une des actions les plus extraordinaires dont l'histoire fasse mention.
La ville de Kars est entourée de ISI forts, occupant une circonférence de 18 kilomètres. Bien que leurs escarpes et leurs contrescarpes ne soient pas revêtues en maçonnerie, ces forts appartiennent à la fortification permanente, puisqu'ils ont un profil respectable, des magasins à l'épreuve de la bombe et des casernes casematées.
Les forts n'étant éloignés de la citadelle que de 2 à 3 kilomètres, les assiégeants pouvaient bombarder la ville et atteindre les réserves qui s'y trouvaient massées.
On croyait que la place ne renfermait qu'une garnison de 8,000 hommes, trop faible pour défendre une pareille étendue d'ouvrages.
L'attaque commença le 17 novembre, à 8 J/2 h. du soir, par un beau clair de lune; 28 bataillons se
portèrent contre les 5 forts de la rive droite du Kars- Tchaï. Neuf autres bataillons firent de sérieuses démonstrations contre les 7 forts de la rive gauche. A Taube du jour, tous les forts de la rive droite étaient au pouvoir des Russes, ainsi que la ville. Une partie de la garnison des forts, principalement sur la rive gauche, essaya de se frayer un passage dans la direction d'Erzeroum, mais elle fut arrêtée, refoulée et forcée de mettre bas les armes . On fit 17,000 prisonniers, plus du double du chiffre supposé de la garnison. Celle-ci se composait, en réalité, de 3â balaillons^ On trouva dans la place 303 canons et de grands approvisionnements. Environ 2,500 cadavres jonchaient le sol et il y avait dans les hôpitaux 4,500 malades et blessés.
Les pertes faites par les Russes, dans cette nuit mémorable, s'élevèrent à 487 tués, dont 1 général et 17 ofiiciers, et à 1,784 blessés, dont 1 général et 58 officiers.
Sans vouloir en rien diminuer le mérite des généraux et la bravoure des troupes qui prirent part à cette attaque, on peut soutenir que l'assaut de Kars eût abouti à im échec sanglant, si leç défenseurs de cette place avaient valu ceux de Plevna, et
* Rapport du commandant en chef de Tarmée du Caucause, inséré dans \e Journal de Saint-Pétersbourg du 30 décembre 1877.
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s'ils n'avaient été démoralisés par la défaite qu'avait essuyée l'armée de Mouktar pacha, peu de jours auparavant.
Ceci prouve qu'on peut obtenir des résultats identiques par l'emploi de moyens différents, lorsque ces moyens sont justifiés par une appréciation judicieuse des conditions physiques et morales des troupes et des généraux en présence. Confirmation nouvelle de cette vérité, que la guerre n*est pas une science exacte^ mais un art, dont l'exercice exige des aptitudes naturelles que le travail féconde et que l'expérience mûrit.