TRAVAUX DE DÉFENSE DES TURCS
Un ancien officier allemand, qui a suivi les opérations de l'armée russe en qualité de correspondant d'un journal de Berlin, rapporte l'opinion suivante qu'émit le général de Todleben dans un entretien qu'il eut avec lui en Bulgarie :
« Plevna fournit la preuve indiscutable que la « guerre défensive s'est complètement transformée <x de nos jours et qu'elle présente, comparée à la c< guerre ofiensive, des avantages sérieux. »
Il est certain que jamais l'on n'a tiré un meilleur
parti de la fortification improvisée et de la fortification provisoire (passagère et mixte) que dans cette mémorable guerre, où les retranchements ont rendu d'immenses services non-seulement aux défenseurs des positions, mais encore à ceux qui les attaquaient.
A l'appui de cette opinion nous reproduirons, sous forme d'annexés, divers extraits de rapports officiels et de correspondances, se rapportant à la défense de Plevna et à Tattaque de Lovtcha.
Mais auparavant, nous donnerons un aperçu des travaux de défense de Plevna, qui appartiennent, les uns à la fortification provisoire, les autres à la fortification improvisée.
Un juge compétents qui a visité ces travaux, prétend que les Turcs ont abusé des lignes de défense et que sur plusieurs points où une bonne ligne aurait suffi, ils en avaient construit trois ou quatre.
I-.es ouvrages élevés autour de Plevna se protégeaient, dit-il, les uns les autres, qu'ils fussent occupés par l'infanterie et l'artillerie, ou par l'infanterie seulement.
La position principale se composait d'une ligne de redoutes, précédée d'une série d'ouvrages de dimensions moindres, qui en défendaient l'approche.
Ces ouvrages étaient généralement des tranchées-
* Le correspondant de la OazelU de Cologtie.
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abris communiquant avec les redoutes par deux cheminements en zig-zag dont les débouché se trou* Taient près des extrémités du front de tête\
Ces couloirs permettaient de relever les hommes de service dans les tranchées, et de leur envoyer, au besoin, des renforts.
Les tranchées-abris formaient presque toujours deux ou trois lignes successives de défense. Elles étment disposées de telle sorte que le feu de firont pouvait être exécuté par étages; leurs prolongements, à droite et à gauche, présentaient des saillies affectant plus ou moins la forme d un bastion et permettant de diriger des feux croisés sur le terrain des attaques.
La première ligne de tranchées-abris se trouvait à. une centaine de mètres des redoutes: Quand le terrain permettait d'en construire plusieurs, on les reliait entre elles par des cheminements en zig-zag.
Les redoutes avaient un relief d'environ 2°*50 et des parapets d'une épaisseur suflSsante pour résister au tir prolongé de l'artillerie de campagne. Les fossés étaient peu larges mais très-profonds. La nature du terrain avait permis de tailler les talus presque à pic d'escarpe et de contrescarpe. Une rampe débouchait
1 Sans doute dans le chemin couverl de ce front. Nos renseignements ne sont pas précis sur ce point.
RÔLE DE LA FORTIFICATION IMPROYlSËlâ 3Ô&
dans le fossé de la gorge. Nous donnerons plus loin la description de quelques-unes de ces redoutes.
A proximité des bouches à feu, les Turcs avaient pratiqué, dans l'épaisseur du rempart, des magasins de munitions à l'épreuve des obus.
Grâce à des traverses habilement disposées, les hommes de service étaient seuls exposés aux atteintes des projectiles ennemis.
Pour mettre les défenseurs autant que possible à l'abri du tir des shrapnels, les assiégés avaient construit des abris dans l'épaisseur des traverses et des remparts. A la fin, ces abris étaient assez nombreux et assez vastes pour contenir toute la garnison.
Les tranchées-abris en avant de$ redoutes étaient généralement larges et profondes, afin que les hommes de service pussent s'y mouvoir facilement et que l'assaillant éprouvât de sérieuses difficultés à les franchir.
Pour mettre les hommes à l'abri des éclats des obus et des balles des shrapnels, et aussi pour leur permettre de se chauffer, de faire la cuisine et de (iormir en sécurité, on avait construit dans ces tranchées des logements analogues à ceux qui existaient dans les redoutes.
Les tranchées furent amenées graduellement à ce degré de perfection, et c'est seulement au début du
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siège qu elles eurent le caractère des retranchements improvisés du champ de bataille.
Sur les côtés des redoutes il y avait des tranchées d'un profil moindre et des emplacements pour pièces de campagne. Ces pièces, qui ne se montraient qu'au moment de l'attaque (jusque-là on les tenait cachées), balayai^it de leui*s projectiles tout l'espace compris entre les redoutes.
Bien que nous n'ayons pas encore tous les renseignements nécessaires pour porter un jugement définitif sur les ouvrages fermés des Turcs, nous croyons pouvoir afiSrmer que, sous le rapport du tracé, du profil et des détails, ils n'ofirent rien de bien nouveau, mais qu'on doit admirer la façon dont ces ouvrages ont été appliqués au terrain, et surtout l'habileté, le couragte et l'opiniâtreté avec lesquels ils ont été défendus.
Lorsque l'on compare l'héroïque défense des redoutes provisoires de Plevna à la courte résistance des forts permanents de Kars, on reconnaît la vérité de ce vieil adage : Tant vaut Vhomme tant vaut la place, et. la nécessité de tenir compte, daos l'appréciation de la force d'une position retranchée, des éléments principaux, des éléments vivants de toute défense : la troupe qui combat et le chef qui commande.