‹ La fortification du champ de batailleChapitre 38 sur 40 · AUTRES REDOUTES DE PLEVNA · texte numérisé non relu

AUTRES REDOUTES DE PLEVNA

La description que nous venons de faire de la redoute n® 1 nous permet d'abréger celle de trois autres redoutes dont les plans, levés par des officiers du génie russes, nous ont été communiqués.

La première est la redoute Blasigas. Elle a la forme d'un pentagone ; trois de ses côtés ont 2S"°00 de longueur et les deux autres, 30 à 34"^00. Un des saillants est pourvu de deux embrasures entre lesquelles et sur les côtés desquelles se trouvent des bonnettes revêtues en claies {voir le profil fig. 26w, passant par la directrice de lune des embrasures). L'efttrée de la redoute, pratiquée dans l'un des saillants du front de gorge, est protégée par une espèce de bastionnet qui flanque les fronts contigus. (Fig. 2, pL XIX.)

Aucun des fronts n'est pourvu de traverses.

Le terre-plein intérieur est occupé par des levées de terre servant à couvrir les abris en charpente de la garnison et à protéger certaines faces contre les coups de revers. Ces levées de terre sont pourvues de banquettes sur lesquelles les hommes de service s'asseyent, pour se mettre à l'abri des feux,

et d OÙ ils peuvent aussi tirer contre les assaillants aux grandes distances et au moment où ils montent sur la plongée.

La deuxième redoute est celle de Krischin. Elle a la forme d'un trapèze. Ses côtés ont de 60 à 70°^00 de longueur.

Les quatre saillants sont disposés pour recevoir

chacun 3 bouches à feu. Des bonnettes, établies sur la plongée du front de tête, limitent les embrasures des saillants de ce front (fig. 3, pi. XIX).

L'entrée est défendue par une flèche (fig. 4).

La redoute n'a que trois traverses, placées Tune au milieu du front de tête, les deux autres aux extrémités de ce front.

Des levées de terre, en forme de croix, occupent l'intérieur de l'ouvrage. Ces levées diffèrent de celles de la redoute (fig. 1, pi. XVI), eu ce que deux des branches sont profilées comme l'indique la fig. 5 (coupe passant par l'escalier qui conduit à la banquette de l'une des branches).

A quelque distance de la redoute Krischin, et faisant système avec elle, se trouve une lunette dont la fig. 6, pi. XIX, fait connaître le tracé et les profils.

La troisième redoute occupe une hauteur vis-à-vis de Radischow.l^oiV fig. 2, pi. XVII.) Elle a la forme

d'un hexagone aplati (fig. 1, pi. XIX). Le front de tête et les deux fronts latéraux de gauche sont armés de 5 canons, dont 4 tirent par des embrasures peu profondes. Entre ces derniers, il y a trois traverses ; le 5® canon est protégé en flanc par deux traverses plus minces.

Sur la droite de la redoute se trouvent plusieurs rangs de tranchées, communiquant entre elles par des 2ig-zags et, avec Touvrage principal, par le chemin couvert du front de gorge.

Les plans et les profils de cette redoute sont assez complets pour que nous puissions nous dispenser d'en donner une description détaillée.

RETRANCHEMENTS DES RISSES.

Pour donner une idée de la façon dont les Russes ont organisé leur ligne d'investissement, nous avons représenté, fig. 1, pi. XVII, la partie de cette ligne qui fut attaquée par Osman pacha le 4 décembre

Dans cette partie, la ligne d'investissement s'éloignait à plus de 3 kilomètres des ouvrages turcs, construits sur les hauteurs d'OItchevats.

A Test et au sud, entre Grivitsa et le Yid, la ligne se

rapprochait jusqu'à 2 kilomètres des redoutes. Dans cette partie elle était plus fortement constituée. Outre les tranchées, les batteries et les lunettes, il y avait des redoutes. Celles-ci occupaient les points culminants, (f^oir fig. 2, pi. XVII.) En avant se trouvait généralement une ligne de batteries, précédée d'une ou de deux lignes de tranchées, espèces de parallèles» avançant vers les ouvrages turcs, jusqu'à quelques centaines de mètres de ces ouvrages, pour éloigner autant que possible des batteries le feu de mousqueterie de l'assiégé. La dernière ligne était précédée de logements a a a pour tirailleurs.

Derrière la redoute, sur la déclivité du terrain, se trouvaient des logements 6 6 pour la réserve ou pour une partie de la garnison *.

Le dispositif que représente la fig. 2 est celui de la portion de ligne d'investissement située en avant et sur la gauche de Radischow.

Au sud de Plevna, en arrière de Brestowetz, il y avait une seconde ligne de défense de 5 kilomètres de longueur, établie au minimum à 1 1/2 kilomètre et au maximum à 3 kilomètres de la première Ijgne.

Une autre portion de seconde ligne, de 3 kilo-

* Lorsque le feu de rennemi devenait trop dangereux, les Turcs faisaient sortir des redoutes une partie de la garnison et rabrilaient momentanément dans des tranchées, situées soit sur les côtés, soit en arrière,à petite distance des ouvrages.

mètres d'étendue, se trouvait à Si kilomètres environ de l'extrémité de la ligne d'investissement qui s'appuyait au Vid, près du village de Lesievitsa.

Enfin, une troisième portion de seconde ligne, de 3 kilomètres de longueur, se trouvait à l'ouest de Radischow, à 1 1/2 kilomètre environ de la première ligne.

Ces portions de seconde ligne se composaient de redoutes, de lunettes, de batteries et de tranchées, précédées de logements pour tirailleurs.

Pour compléter leurs lignes, les Russes avaient construit de bonnes routes entre les positions qu'ils occupaient, jeté des ponts sur les ruisseaux, établi des poteaux indicateurs en plusieurs endroits, posé un télégraphe le long du cercle d'investissement et divisé ce cercle en 6 secteurs, pour faciliter la surveillance et la concentration des troupes en cas de sortie.

Voici comment furent attaquées, le 10 décembre, les positions occupées par la Garde, entre Dolni-Netropol et Dolni-Dubnik.

Ces positions formaient le 6® secteur (rive gauche du Vid) dont la défense était confiée au général Ganetsky, commandant du corps des grenadiers. Dans les logements se trouvaient le S^ de Kiew, et le 9^ des grenadiers dé Sibérie. Ces régiments étaient

soutenus par le 6* des grenadiers de Tauride et le 10^ des grenadiers de Petite-Russie, qui formaient la réserve et se trouvaient, avec les pièces de 4, à 5 kilomètres en arrière, près de Gomi-Netropol et de Dolni-Dubnik.

LéCS logements et la lunette au nord de Dolni- Netropol, ainsi que le village de ce nom, étaient occupés par un régiment de la 5^ division et par 2 batteries roumaines. L'autre régiment de la même brigade, avec S batteries, se tenait près de là et formait la réserve.

Toutes les pièces de 9 occupaient les batteries de la ligne de défense, (f^oir fig. 1, pi. XVII.)

Les Tui'cs, après avoir massé pendant la nuit et dans la matinée, à la faveur du brouillard, toutes leurs forces en face de ces positions, ouvrirent le feu des pièces qu'ils avaient établies sur les hauteurs près du pont et en aval de celui-ci, le long du Vid. Une partie des troupes se trouvaient déjà sur la rive gauche quand, à 7 4/2 heures du matin. Tordre fut donné d'attaquer les logements de la 3^ division de grenadiers.

« Le mouvement offensif, dit le général de Todlében (dans son rapport du 28 décembre), dirigé contre les logements de la 3® division de grenadiers , a été effectué avec une impétuosité remarquable.

Une chaîne continue de tirailleurs ouvrait la marche, elle était suivie par les troupes de soutien formant une seconde chaîne, puis venaient les réserves. L'artillerie accompagnait la chaîne des tirailleurs et avançait ainsi avec rapidité, ne s'arrêtant que pour tirer une fois; elle rejoignait ensuite la chaîne. »

Après trois quarts d'heure de marche, commença une vive fusillade qui mit hors de comhat la plupart des défenseurs de la ligne d'investissement. Les assaillants franchirent les intervalles de cette ligne, mais bientôt ils furent arrêtés par la réserve, qui entra en action vers 10 heures. Les Russes reprirent alors les logements avancés, où déjà les Turcs s'étaient in* stalles, et dès ce moment, ils pouvaient espérer que la lutte aurait pour eux une issue favorable.

Vers midi, les Turcs se retirent lentement dans la direction du Yid, sans cesser de tirer. Leurs masses s'entassèrent en désordre, près du pont, sur un terrain qu'encombrait la colonne de voitures qui devait, en cas de succès, suivre la sortie. Jugeant qu'il serait impossible de les ramener au feu, Osman pacha se décida à capituler. En ce moment, d'ailleurs, les troupes des autres secteurs d'investissement avaient pris possession des redoutes évacuées de la rive droite du Vid, et lancé leurs tirailleurs jusque dans la ville.

Traiichées-abriê .

Les tranchées-abris et les logements construits par les Russes pendant la guerre d'Orient, particulièrement devant Plevna, avaient le profil de la fig. 5, pi. XVIII.

Les avantages de ces tranchées sont les suivants :

1^ Les défenseurs en peuvent franchir aisément la masse couvrante, pour prendre l'offensive;

S^ Elles n'opposent aucune entrave à la marche des colonnes d'infanterie ;

3^ Elles n'ofirent pas de couvert à l'assaillant, qui y reste exposé au feu des redoutes ou des batteries en avant desquelles elles se trouvent.

Abris pour les réserves.

La fig. 3, pi. XVIII/fait connaître les dispositions générales et les détails d'un abri pour les réserves.

Cet abri est destiné à recevoir un bataillon placé comme soutien derrière les tranchées d'une ligne d'investissement. On l'emploie également pour abriter.

sur le champ de bataille, des réserves qui auraient trop à souffrir des feux de reanemi. Il se compose de 4 tranchées de 45"*00 de longueur environ, pouvant contenir chacune une compagnie formée sur 4 rangs.

Il serait avantageux, croyons-nous, de construire, dans ces tranchées, des gradins sur lesquels deux rangs pourraient s'asseoir, pendant que les deux autres rangs se tiendraient debout ou couchés au fond de la tranchée.

Batteries russes.

La fig. 4, pi. XVIII, représente un type de batterie non enterrée, pour pièces de campagne.

Ce type se distingue des types allemands, français

et autrichiens, que nous avons décrits dans le chapitre V, en ce que la batterie proprement dite est précédée d'une tranchée pour infanterie, qui permet, ou bien de diriger simultanément sur les assaillants des feux de mousqueterie et d'artillerie, ou bien de substituer le feu d'une ligne complète d'infanterie au feu de la batterie, lorsque celle-ci est obligée ou juge utile d'interrompre son tir.

Ce couloir extérieur, pour fusiliers, contourne les barbettes et communique avec un couloir semblable!

(voir le profil n® H) longeant le bord intérieur de la batterie.

Des gradins ( ( permettent aux servants de descendre dans les couloirs et de remonter sur les barbettes.

On communique avec le couloir intérieur de la batterie par les rampes u u qui débouchent vis-à-vis des traverses T T. Ces traverses ont 0™90 de hauteur au-dessus du sol. Il y aurait, dans certfidns cas, avantage à les faire plus hautes, pour soustraire, en partie, les servants et les pièces aux coups d'enfilade et d'écharpe.

On construit dans les traverses et, vis-à-vis, dans le parapet du couloir extérieur, de petits magasins m m pour munitions .

Le profil n^ il prouve que Ton doit employer des poutrelles ou faire une manœuvre de force pour amener les canons sur les barbettes X, Y, Z, et pour les en retirer. Ce léger inconvénient est compensé par de très-sérieux avantages, au nombre desquels nous signalerons la possibilité de créer rapidement des abris pour les servants des pièces et pour les défenseurs du couloir, en établissant des corps d'arbres, des madriers ou des poutrelles sur les traverses d'une part et, de l'autre, sur le parapet du couloir extérieur .

Lunette renfef*mant une tranchée pour abriter la

réserve intérieure.

Le tracé normal d'une lunette de cette espèce est indiqué par la fig. 6, pi. XVIII.

Plusieurs lunettes semblables ont été construites autour de Plevna, pour renforcer et flanquer certaines parties de la ligne d'investissement. [Foir pi. XVII.)

Le profil n^ 7 fait connaître l'organisation intérieure de la lunette. On remarquera que le fossé a plus de 2^00 de profondeur et que la berme est réduite à la largeur minimum de O'^SO. On remarquera aussi que la tranchée intérieure n'est peis assez profonde, et que les gradins ne sont pas assez rapprochés de la masse couvrante, pour mettre à Tabri des éclats et des balles des shrapnels, les défenseurs qui s'asseyeraient sur ces gradins. Sous ce rapport, le profil du retranchement m n est préférable.

Le profil n® 8 est celui des tranchées auxquelles la lunette sert d'appui et de dispositif flanquant. Ce même profil est donné au retranchement m n^ derrière lequel s'abrite la réserve intérieure.

La traverse en capitale de la lunette préserve des feux d'écharpe une partie du terre-plein intérieur et

372 LA FORTIFICAHON IMPROVISÉE

couvre complètement 1 ou 2 rangs de soldats se tenant assis ou couchés dans les tranchées p p. (Foir le profil n^ 9.)

Redoute pour infanterie.

La fig. 1, pi. XVIII, représente une redoute-type pour infanterie.

Le front de tête et les fronts latéraux ont un commandement de 1"^80, et le front de goi^e, de 1"^30.

Il n y a pas de différence entre les profils des trois premiers fronts et celui de la lunette décrite précédemment. Le parapet a 3™00 d'épaisseur, lorsque la terre est de consistance moyenne^ il n'a, dans les mômes conditions, que 1^50 d'épaisseur sur le front de gorge. Ce dernier front est flanqué par une espèce de bfistion auquel on substitue souvent une partie arrondie, semblable à celle de la fig. %

L'entrée a 6°^00 de largeur; elle est défendue par un retranchement à double banquette [voir le profil n^ 3) permettant de tirer dans le passage et vers le front de tète. Une disposition analogue existe dans nos types de redoutes. (PI. IV.)

Il eût été utile de donner aux extrémités du front de gorge un parados semblable à celui qui se trouve aux extrémités du front de goi^e de la redoute fig. 2*

Redoute pour infanterie et artillerie.

Ce type de redoute (fig. 2, pi. XVIII) diffère du précédent en ce que le commandement du front de tête et des fronts latéraux est porté à 2"10, en ce que le front de gorge est pourvu d'un parados, et en ce que les fronts principaux ont un chemin couvert coupé dont l'avant-fossé est flanqué par des bastionnets arrondis. Ce chemin couvert permet l'emploi simultané de deux étages de feux; il est emprunté à l'école des princes de Nassau et est conforme aux idées du général Rogniat. (Foir ch. VI, p. 123.)

Le profil de la redoute présente encore d'autres particularités que n a pas celui du type fig. 1.

La tranchée intérieure a O'^OO de profondeur; elle est pourvue d'un gradin sur lequel les hommes s'asseyent pour être à l'abri des éclats d'obus et des balles de shrapnels.

La berme a une largeur double de celle du premier type de redoute, ce qui a permis de donner plus de raideur au talus de l'escarpe. Mais nous doutons que cet avantage compense l'inconvénient qu'a toute berme large d'offrir un lieu d'arrêt et de rassemblement aux troupes assaillantes.

La contrescarpe est interrompue par une banquette

de 0°^0 de largeur, sur laquelle on monte par un talus doux, dont le pied est au niveau du plafond du fossé.

Le chemin couvert a un parapet de 1"*80 d'épaisseur en crête, précédé d'un avant-fossé de 2™10 de largeur et d'autant de profondeur. Le plafond de cet avant-fossé est creusé en cunette et muni de petits piquets. (Voir profil n** 4.) Il augmente de beaucoup les di£5cultés de lattaque.

La barbette, au saillant du front de tète, est disposée pour 2 pièces; les barbettes aux angles d'épaule n'en peuvent recevoir qu'une.

Il eût été avantageux de construire sur les côtés de ces barbettes, des paliers ou des excavations, pour y mettre les pièces à l'abri, quand elles doivent momentanément interrompre leur tir. (roir U et T, fig. 13, pi. IV.)

L'entrée de la redoute a, comme celle du premier type, 6°*00 de laideur, et elle est protégée de la même manière. Cette disposition favorise les retours oflTensifs, mais lorsque les redoutes peuvent être attaquées par la gorge — ce qui arrive souvent, — elle n'offre pas assez de sécurité aux défenseurs. Dans ce cas spécial, les ingénieurs russes ont probablement recours aux moyens de fermeture et aux précautions que nous avons indiqués en décrivant un de nos types de redoutes, (f^oir chapitre IX, p. 244.)

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