CHAPITRE V
La joie fut grande au Palais-Royal. La duchesse d'Orléans s'empressa d'envoyer ses remerciements au duc de Bourbon et par-dessus sa lete, fort indécemment, à la véritable bienfaitrice de la famille.
Je ne puis différer un seul instant, Monsieur, à vous témoigner toute ma reconnaissance de ce que Monsieur le duc m.on mari m'apprend que vous venés de faire pour mes enfants. J'aurais voulu parlir tout de suite et me rendre au Falais-Bourbon pour vous voir et vous remercier moi-même ; mois d'un côté, je suis attendue à Saint-Cloud, et de l'autre, j'apprends que vous serés déjà reparti pour Chantilly. Il faut donc, à mon grand regret, que je remette jusqu'à mon retour de Randan la satisfaction de vous exprimer tous les sentiments dont mon cojur maternel est pénétré. Très pressée et au moment de partir, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage ; je vous prie seulement de vouloir bien vous charger de dire de ma part à Mme de F'euchèrcs combien je suis sensible à tout ce qu'elle a [ait dans cette circonstance et combien il me tarde de le kii témoigner moi-même. Croyés. Monsieur, que c'est de tout mon cœur que je vous exprime ces senti mens et que je vous renouvelle l'assurancce de la bien vive et bien sincère anutié que je vous ai vouée pour la vie,
AL de Broval est envoyé en outre porter spécialement à la dame les témoignages de reconnaissance ({u'elle a si justement mérités.
La uénéî'cuse baronne accepte avec une louable modestie les éloges et les remerciements de ses nobles obligés. Elle ne néglige pas cependant de rappeler, avec une non moins louable discrétion, le salaire promis. Mais qu'on ne croie pas qu'il s'agit
1G8 LA FORTUNE DES d'oRLÉANS.
d'un salaire en argent ! li donc ! « L'argent n'est rien ; l'honneur est tout », déclarait-elle fièrement devant ses juges. Et c'était vrai : cela était devenu vrai. Sa fortune largement assurée, elle ne voulait plus que l'honneur ; l'honneur d'être relevée de la sentence qui lui fermait la porte des Tuileries.
Voici la lettre qu'elle adressait à la duchesse d'Orléans :
Chantilly, le 3 septembre 1829.
Madame,
Je n(- puis résister au désir que j'éprouve de témoigner à V. A. R. ma vivo reconnaissance pour toutes les expressions de bonté pour moi dans sa lettre à notre prince, ainsi que pour celle^s que M. de Broval vient de me transmettre de la part de Votre Altesse ; quoique j'ai été fort peinée de n'avoir pas eu le bonheur de voir V. A. R. avant son dàpart, comme fen avais eu Vcsprrance^ je l'aurais été bien davantage de son voyage pour moi.
A lef^ard du service que je suis assez heureuse d'avoir rendu à la iamiUe de \'otre Aliesse, je n'ai fait que remplir un devoir sacré <i'ie je m'étais ÎFnpciSé. ot je n'ai vraiment d'autre mérite que d'avoir eu le courage de mettre beaucoup de persévérance à obtenir la conclusion d'une affaire aussi importante que nécessaire ; et coiume je l'avais prévu d'avance, j'ai, maintenant qu'elle est terminée, le bonheur de voir notre bien-aimé piince heureux et tranquille. J'ai ou Tbonncur do dire h Son Vitesse Royale. Monseigneur le duc d*Or]éan«. que je serais bien henreuse si la famille r(»yale daignait m'accorder leur bienveillance pour ce faible service rendu à leur famille, et qu'elle ne voie pas avec défaveur une personne qui n'a «l'autre désir que de consacrer tous ses instants à adoucir 1rs vieux jours de leur parent, sans pour cela laisser à sa propre [amille une nom déshonorant : mais voilà une digression dont je dois demander mille pardons à Votre Altesse : je ne voulais pas l'importuner, je désirais seulement lui dire combien j'étais heureuse d'avoir pu lui être agréal*le en contribuant au bien-être de ses enfants. Mais je ne voudrais pas pour cela mettre V. A. R. ni son auguste sœur dans une position embarrassante. Je prie V. A. R. de mettre mes respects aux pieds de toute sa famille et de daigner agréer l'expression de mon entier dévouement.
Je suis. Madame.
De Votre Altesse Royale, r>a très humble et très obéissante ser\-ante,
S. D. Baronne de Feuchères.
Elle met le comble à la perfection de son attitude en obligeant son malheureux esclave à témoigner sa satisfaction de la violence qui lui a été faite. Elle seule a pu dicter cette lettre du duc de Bourbon à la duchesse d'Orléans : (1)
Chantilly, ce 3 septembre 1829.
Madame
J'éprouve une véritable satisfaction des choses aimables que vous me dites à l'occasion des dispositions que j'ai faites en faveur de vos enfants. Mon cœur et mon amitié I)our toute votre famille me les ont dictées ; et je serai très empressé de vous les répéter, lorsque j'aurai le plaisir de vous voir.
Mme de Fcuchores me charge de vous témoigner combien clic est sensible à votre bonté pour elle ; il est vrai qu'elle a mis dans cette affaire une chaleur qui m'a (ail vaincre des difficultés que je rencontrais pour la terminer aussi prompte ment.
Je peux vous confier. Madame, qu'elle mérite votre intérêt par les sentiments purs, nobles et désintéressés qui la caractérisent.
C'est toujours avec empressement. Madame, que je vous renouvelle l'assurance du tendre attachement et de la sincère amitié que je vous ai vouée pour la vie.