‹ La fortune des d'Orléans: origine et accroissementChapitre 21 sur 51 · L.-IT.-J. de Bourbon prince de Condé · texte numérisé non relu

L.-IT.-J. de Bourbon prince de Condé

P. S. Je demande à être enterré à Vincennes prés de mon infortimé fils.

rotlo pièce ainsi reconstituée tant l)ien que mal, on voulut y voir un adieu et par conséquent un

aveu du suicide. « Mais mille et mille preuves, — constate un historien, — vinrent bientôt démontrer que ce système ne saurait prévaloir » : En effet, — ajoute-t-il, — « si le prince avait tenu à laisser un mot sur son suicide, il était loyal, il l'aurait fait en termes précis et non équivoques ». Mais surtout, il aurait nécessairement laissé le papier en évidence et on ne l'aurait pas retrouvé en morceaux.

Il était donc évident au premier abord que ces fragments n'étaient pas ceux d'un écrit rédigé en vue d'un suicide.

Un témoin d'ailleurs a fait connaître à quel moment et dans quelles circonstances il avait pu être fait. M. Hoslein, dentiste du duc de Bourbon, qui lui témoignait beaucoup de confiance, a affirmé que, dix jours auparavant, le prince, mis en inquiétude sur sa sûreté par l'annonce, qui du reste était fausse, de mouvements hostiles dans la commune, avait eu l'idée de préparer un avis pour recommander le respect de ses propriétés et qu'il lui avait alors montré et lu ce papier. Cette explication répondait à tout et faisait comprendre comment la crainte du danger ayant disparu, l'écrit avait dû être déchiré.

Mais il y avait bien des circonstances qui devaient immédiatement attirer l'attention dans un autre sens et faire naître les plus graves soupçons.

Pendant toute la journée du 27, la chambre mortuaire avait été visitée et examinée en tous sens par les officiers, les gens de service, les magistrats municipaux, le juge de paix, les membres du parquet et leurs médecins, les envoyés privés de Louis-Philippe, les représentants de la Chambre des Pairs. Quelles que pussent être leurs préoccupations diverses, il n'était certainement pas un de ces visiteurs dont l'esprit ne fût tendu à rechercher les moindres indices propres à éclaircir le mystère de

la caîaslrophe ; et aucun d'eux n'avait aperçu ces fragments tranchant par leur blancheur sur le fond sonil)re de la cheminée, où l'on avait remarqué, le malin, une bouirie non encore éteinte. Plusieurs témoins, M. de Choulot, Manoury, Tabbé Pélîer ont déclaré y avoir spécialement regardé et n'y avoir lien vu. Le valet de pied, Romanzo, lui-même, qui avait été charc^é, le 27, de se mettre dans la cheminée pour voir si elle n'a\ait pu donner passage à un assassin, n'avait rien aperçu de ces papiers qu'on lui faisait retrouver le 28.

T.a découverte des autres fragments était plus extraordinaire encore. Tl était certes inexplicable qu'ils eussent échappé à l'attention de celui qui avait la veille, recueilli les premiers morceaux. Mais de plus, il a été établi « qu'on a^ait fait du feu pendant la nuit du 27 au 28 dan^^^ la chambre funèbre pour les gens qui veillaient (déposition de M. de Belzunce). Or, comment ce feu, enfrelenu pendant toute la nuit, aurait-il épargné les fragments (cinq ou six) trouvés le lendemain, 28. par le témoin Romanzo ? C'est \h un mystère dont je demande l'explication à celui qui a le don de les expliquer. Qu'il ne dise pas que M. Guillaume a déposé (fu'il en avait rejeté le 27 au soir dans la cheminée du salon, — mais non dans celle de la chambre. Or ces cinq ou six fragments découverts le 28, en ohfempérant, dit le témoin, au désir de M. de Rumignn, avaient été incombustibles pendant la nuit, ou ils ont été jetés sur l'âtre dans la journée du 28, avant que M. de Eumigny exprimât le défiir au* on en fît la reeherehe 0). »

Le dilemme est forcé, en effet.

En raison des circonstances, il était impossible

(1) A])bé P(^lior do lo Croix. Assassinat du dernier des Condé, p. 48.

que ces morceaux n'eussent pas été rapportés depuis la mort et môme depuis les premières recherches.

Et alors par qui ? Et pourquoi ?

Il sautait aux yeux que c'était de ce côté que devait être dirigée l'enquête et qu'elle ne pouvait manquer d'aboutir immédiatement à l'explication de tout le mystère.

« Là était la vérité » : le mot du procureur générai était juste. Tout le monde en eut à l'instant le sentiment ; mais tout le monde vit avec stupeur et indignation celui qui avait prononcé ce mot replier en sens inverse le fil si manifestement iiidiqué pour conduire à la vérité.

Aujourd'hui que les lettres de M. Pasquier et de M. de Rumigny sont connues ; aujourd'hui qu'on sait que l'absence de tous papiers avait été constatée par eux et que le suicide leur paraissait inadmissible, ce n'est plus seulement de négligence ou d'aveuglement qu'on peut taxer les agents du roi Louis- Philippe. 11 n'est plus possible de supposer que la supercherie des papiers rapportés leur ait échappé. Et quand on voit que c'est Lecomte qui retrouve les premiers fragments et le général de Rumigny qui fait cherchor les autres là où normalement ils ne pouvaient se trouver, il est impossible d'éluder cette effrayante conclusion que la supercherie était concertée avec eux et qu'ils allaient jusqu'à faire le jeu de ceux à qui elle était nécessaire.

Tant il était « important qu'on ne puisse accuser personne en qui le testament vienne {aire accueillir des soupçons ».

Sans doute, pour ces consciences, tout cela était justifié et commandé par une certaine conception de la raison d'État.

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