VIII AVANT-PROPOS
qui vit au jour le jour et n'a eu, depuis sept cents ans, d'autre ambition chaque année que d'en joindre les deux bouts?
Ce sort, après tant de vicissitudes, a-t-il en définitive empiré aujourd'hui, ou s'est-il amélioré? Et dans quelles limites, sous l'action de quelles causes? La masse de notre temps est-elle plus heureuse que la plèbe des temps qui l'ont précédé? Plus heureuse économiquement, bien entendu, puisqu'il y a plusieurs sortes de bonheurs : le bonheur prêché par les religions, qui consiste à se résigner à la volonté de Dieu, à regarder la vie présente comme une épreuve, pour obtenir après la mort une félicité parfaite ; le bonheur philosophique, qui réside dans le contentement de ce qu'on a, même quand on n'a rien ou très peu de chose, dans la restriction de ses désirs à la faculté de les satisfaire. Il est aussi un bonheur moral, celui qui résulte des affections partagées, des succès obtenus, de tout ce qui flatte et réjouit l'esprit ou le cœur.
La question de savoir quel est le « souverain bien » de l'homme est agitée depuis que notre