‹ La foule criminelleChapitre 17 sur 23 · ARRÊT DU TRIBUNAL DE BARI · texte numérisé non relu

ARRÊT DU TRIBUNAL DE BARI

et il a été le premier à affirmer la théorie de la secte criminelle par l'arrêt du 14 juillet 1897 que je vais résumer.

Daas la ville de Gravina, les socialistes avaient fondé un cercle, et le 19 mars 1897 un de leurs chefs devait y faire une conférence. Aux premiers mots de Torateur, le chef de la police crut devoir l'inviter à se taire par raison d'ordre public, et il invita aussi la foule à circuler. Mais la foule n'obéit pas : on cria : A bas la police! vive le socialisme! On lança des pierres contre les agents de la sûreté, dont trois furent blessés. Ce fut l'arrivée des gendarmes qui put mettre fin au tumulte.

On arrêta 24 individus : et Tarrêt du tribunal qui les condamna à différentes peines affirme : « que, dans le cas en question, ce n'était pas une foule mais une secte (la secte socialiste) qui avait agi ; et que s'il est juste que les délits commis par la foule aient droit à une diminution de la responsabilité individuelle, on ne peut dire la même chose pour les délits commis par une secte, c'est-à-dire par une foule qui a agi avec préméditation dans un but déterminé. »

Gomme on le voit, cet arrêt confirme — quoique incidemment — la théorie de la foule criminelle, et croit pouvoir appliquer la théorie de la secte criminelle. J'ai exposé ailleurs (voyez ma brochure- : Foule criminelle et secte criminelle dans la Scuola PosHiva, VII, 1897, 8® livraison), les raisons pour lesquelles je ne crois pas que dans la rébellion de Gravina il se soit agi d'une secte criminelle. Ici, il m'a suffi de noter cette adhésion du tribunal de Bari à ma théorie sur la foule criminelle *.

• (l) Voyez aussi à ce sujet : Gammarota. Folla o setta delinquente dans la Rivista dimed. leg. e di giurispv. med., f. 2«, p. 330, 1887.

ARRET DE LA COUR D APPEL DE VENISE (28 mai 1897.)

Dans la commune de Limana il y avait depuis plusieurs années un grave débat à propos de certains prés et bois qui étaient loués à des particuliers et que la population au contraire voulait distribuer aux citoyens en parties égales.

Le 8 mars 1897 il y avait séance à la mairie pour prendre une décision à ce sujet. Tous les conseillers municipaux — à l'exception d'un seul, un notaire, M. Cesare Mori, — furent d'accord pour approuver la distribution des biens aux citoyens.

A peine la foule, qui attendait en bas, sur la place, la décision du Conseil municipal, eut-elle su que le notaire avait émis un vote contraire — qu'elle commença à crier contre lui : Canaille ! tu bois le sang des pauvres ! lu passeras parmi nous pour sortir! nous allons te faire voir s il est bon de voter contre 7ious!

M. Mori n'osait pas quitter la mairie. Le tumulte continuait : on lançait des pierres. M. Mori se décida à signer la rétractation de son vote. Il espérait, de la sorte, qu'on le laisserait retourner chez lui. Mais il dut attendre encore deux heures, parce que le maire, et le brigadier de gendarmerie lui déconseillaient de traverser la foule hurlante et menaçante. Enfin, il sortit de la mairie entouré des gendarmes qui le protégeaient et suivi par les hurlements de la populace. Au moment où il montait en voiture, une pierre tomba à ses pieds. Il fut sauvé par miracle.

On arrêta 18 paysans sous l'inculpation d'outrages et de menaces. Le tribunal de Bellune, par son arrêt du 12 avril 1897

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en condamna 17 à un an et huit mois de réclusion, sans tenir compte de ce fait que le délit avait été comtois par une foule surexcitée. Mais la Cour de Venise — à laquelle avait fait appel un des défenseurs des accusés, Tavocat R. Protti — rectifia Tarrèt du tribunal de Bellune, et condamna les 17 accusés à neuf mois de réclusion seulement, appliquant l'article 47 du Code pénal (demi-responsabilité), parce que les délits avaient été déterminés par une impulsion collective qui avait obscurci la raison des accusés, des paysans honnêtes, très loués et estimés par tous les témoins et qui n'auraient certainement rien commis de pareil dans un état d'esprit normal.

Avant-propos

I. Application à la sociologie d'une loi biologique d'Herbert Spencer.

— Analogie de cette loi avec les idées de A. Comte et de A. Schopenhauer. — La société est un organisme ? 1

II. Exceptions à la loi d'Herbert Spencer. — Le jury. — Les com-

missions artistiques, scientifiques, industrielles. — Les assemblées politiques. — Observations de Vogue, de Gabelli, de Maupassant, de Max Nordau, de Enrico Ferri. — La psychologie collective. — Les agrégats humains inorganiques et hétérogènes. — La foule 8

II L Qu'est-ce que c'est que la psychologie collective. — Résumé et « conclusion. — Plan de l'ouvrage 19

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