‹ La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe SiècleChapitre 10 sur 71 · FONDATION DE LA CRANDE LOCE DE FRANCE · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA CRANDE LOCE DE FRANCE

Premières tentatives d'unification, premières rivalités. Adhésion de plusieurs loges artésiennes. Lettres de Constitution. Le f~.

Labady.

La G-. L.. de France a peu d'influence en Artois.

Les Jacobites sont découragés par d'incessants revers. L'échec de l'expédition de Charles-Edouard a porté un coup fatal à leur cause et cependant c'est vers les loges fondées en France, à leur instigation, que continuent de se porter les grands personnages de la cour et les gens distingués de la ville. ;

En Angleterre, leurs adversaires vont utiliser les précieuses qualités des francs-maçons, pour former le cadre d’une association qui défendra le trône encore mal assuré de la maison d’Orange (1).

Désaguliers, physicien, mathématicien et naturaliste qui, bien que

(1) Ce qui tend à confirmer cette hypothèse, c'est que, dés ce moment, il existe à Londres d'autres loges que celles qui répondent à l'invitation de Désaguliers et d'Anderson et que ces loges jacobites refusent d'entrer dans la nouvelle organisation ; il en est de méme de la plupart des loges de province et de toutes celles d'Ecosse. Les habitants de ce pays sont, par patriotisme, en majorité jacobites, quoique protestants ; vingt ans plus tard, en 1737, le prince de Galles, futur Georges III, membre de la famille de Hanovre substituée à celle d'Orange, se fait à son tour initier à la franc-maconnerie.

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né en France, n'a que du ressentiment pour son ancienne patrie (1), s'est adjoint un pasteur protestant, James Anderson, et les principaux dignitaires de quatre loges de Londres. Réunis, un jour de février 1717, à la Taverne du Pommier, dans Charles Street, ils ont rédigé des Constitutions et pris le titre de Grande Loge d'Angleterre.

Cette première loi maçonnique s'affirme par un certain libéralisme ; autrefois, les frères devaient professer la religion dominante. Cette règle est abolie : ils auront, à l'avenir, à suivre celle sur laquelle tous sont d'accord, « c'est-à-dire à étre des hommes bons et sincéres, des hommes d'honneur et de probité ». La liberté de pensée leur est reconnue; « on laisse à chacun ses opinions particulières... » Puis les fondateurs précisent le caractère d'universalité qu'aura l'institution noùvelle : « Nous sommes, disent-ils, de toutes les nations, de toutes les langues, de toutes les familles ».

Enfin, les Constitutions définissent la mission que les fréres auront à remplir : « Vous cultiverez l'amcur fraternel qui est le fondement et ia maitresse pierre, le ciment et la gloire de cette ancienne confraternité » (2). j

À ces sages principes, nobles et bourgeois artésiens préfèrent les

(1) Né à La Rochelle en 1683, d'un pasteur protestant que la Révocation de Edit de Nantes devait chasser deux ans plus tard ; il mourut le 29 février 1744.

Dans un discours qu'il prononce, le 16 juillet 1889, en séance du Congrés maconnique international, le f.. Louis Amiable s'exprime ainsi :

« L'un des principaux parmi ces fondateurs de la franc-maconnerie moderne fut Jean-Théophile Désaguliers... Elève, collaborateur et ami de Newton, il avait comme savant une renommée européenne. La part importante qu'il prit à l'oeuvre de rénovation est démontrée par ce fait qu'il fut, en 1719, à l’âge de trente-six ans, le troisième Grand-Maitre de la Grande Loge d'Angleterre. Par lui, LA FRANC-MACONNERIE A RECU, DES L'ORIGINE, L'EMPREINTE DU GÉNIE FRANCAIS, »

Nous estimons, avec le f.. Amiable, que le rôle de Désaguliers fut considérable dans la fondation de la franc-maçonnerie spéculative ; mais nous ne saurions admettre qu'il ait gardé quelque sympathie pour son ancienne patrie ; pendant toute sa vie, il en fut l'ennemi acharné, et son fils, Thomas, combattit à Fontenoy dans les rangs anglais. Nous avons cherché en vain quelle a bien pu étre cette « empreinte du génie francais » ? L'auteur, le premier, eüt été sans doute fort géné pour nous l'indiquer.

(2) « Though in ancient times masons were charged in every country to be of the religion of that country or nation, whatever it was, yet'tis now thought more expedient only to oblige them tó that religion in which all men agree leaving their particular opinions to themselves ; that is to be good men and true, or men of honour and honesty, by whatever denominations or persuasions they may be distinguished ; whereby masonry becomes the centure of union, and the means of conciliating true friendship among persons that must have remained at a perpetua] distance. »

Ce passage et les deux autres transcrits ci-aprés sont extraits de la partie du livre intitulée THE CHARGES OF A FREE MASON, extracted from the ancient records of lodges beyond sea and these of England, Scotland! and Ireland, for the use of the Lodges in London.

— We are of all nations, tongues, kindred and languages.

— Finally, all the charges you are to observe, and also those that shall be communicated to you in another way ; cultivating brotherlylove, the fondation and cape stone, the cement and glory of this ancient fraternity.

Dans l'édition de 1738, dans laquelle Anderson figure comme auteur, le premier paragraphe transcrit a été remanié, et l'on ne retrouve pas les deux autres passages cités.

satisfactions d'amour-propre que leur procure la franc-maçonnerie jacobite, dans laquelle Ramsay vient d’introduire une série de hauts grades, aux pornpeuses appellations, aux orgueilleux attributs.

Les patentes du f-. Patin avaient, selon la légende, une origine Jacobite et quand, dans les derniers mois de l'année 1743, la Grande Loge orangistc de Londres constitua, avec l'appui de quelques ateliers parisiens, une filiale en France, celle-ci n’obtint aucun concours des ateliers artésiens.

Les temps étaient peu favorables, du reste, au développement dans cette province d'une institution dont le Grand Maitre était Anglais. Depuis 1741, la guerre de la succession d’Autriche mettait aux prises les armées des deux nations et l'Artois avait été maintes fois dévasté.

Les francs-mäçons, pour faire disparaître leurs origines étrangères et pour obtenir la protection de Louis XV, agirent en fins politiques; ils proposèrent la grande maitrise au comte de Clermont. Ce prince accepta et remplaça le duc d'Antin qui venait de mourir; enfin, comprenant les raisons du peu de succes de sa propagande, la Grande Loge anglaise décida, en 1756, de prendre, à l'avenir, le nom de Grande Loge de France, rompant ainsi les faibles liens qui la rattachaient encore à son centre administratif.

La question jacobite va passer au second plan; les ateliers écossais qui, à l'origine, se sont montrés favorables à la cause des Stuarts, ne continuent plus une agitation jugée stérile. Ils se contentent de témoigner d'un loyalisme éprouvé vis-à-vis du roi de France, dont les ministres, aprés Fleury, tolérent l'exercice de leurs pratiques. Rien ne semble donc s'opposer à ce que les loges artésiennes se rangent dans la nouvelle obédience. à

La lutte, à présent, va étre circonscrite, non plus entre deux tendances politiques, mais entre deux régimes.

Dans une premiére période, ce sont les loges écossaises jacobites qui conservent l'avantage : de 1743 à 1755, la Grande Loge Anglaise de France ne constitue que trois ateliers à Paris, et aucun en Artois, tandis que ses rivaux en établissent une vingtaine, dont un au moins fonctionne dans cette province : la Fidélité d'Hesdin.

A partir de 1755, la proportion change : les ateliers artésiens vont successivement s’affilier à la G-- L~. de France : la Parfaite Harmonte d'Abbeville recevra ses Constitutions le 31 janvier et la Parfaite Union de Montreuil, le 16 juin 1764 (1); ce n'est que huit ans plus tard que la Fidélité imitera leur exemple —

Quelles sont les causes de ce peu d’empressement, d’autant plus inexplicable que cet atelier avait, depuis longtemps, cessé d’étre en rapport avec la mére-loge jacobite de Londres, si tant est qu'il le fut jamais ?

(1) Abbeville et Montreuil appartenaient, nous le savons, à la Picardie et non à l’Artois, mais la Loge de la première de ces villes avait été fondée par la FIDÉLITÉ, et celle de la seconde vivait en « association libre » avec cette derniére.

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La Fidélité, dans les premières années de son existence, mène une vie assez retirée du monde maçonnique (1); elle ne recherche pas plus a obtenir certaines protections, qu’a étendre le cercle de ses relations; les frères ont appris à se suffire à eux-mêmes. [ls tiennent, avant tout, à conserver intact l’héritage des puérilités pompeuses, que condamne la Grande Loge de France.

Le même esprit règne à la Constance qui se considère comme mèreloge et, à ce titre, delivre des constitutions, mais n’en sollicite pas; elle n'abdiquera une indépendance, dont elle se montre jalouse, que quinze ans plus tard, au profit du Grand Orient.

* * ck

Rien de ce qui peut frapper les esprits n'attire les freres à la Grande i.oge; ses assemblées ne sont entourées d'aucun apparat. Elles ont lieu au domicile de l’un de ses officiers, chez le secrétaire ou le garde des sceaux. Pendant plusieurs années, on s'assemble rue de la Sourdiere, à l'hótel de Charras, qu'habite Brest de la Chaussée (2). Ce n'est qu'à partir de 1774 que se développe le goüt des imposantes cérémonies, dans les salles splendidement décorées, tandis qu'un orchestre invisible répand ses flots d'harmonie.

En quelles relations les ateliers artésiens vivent-ils avec leur centre d'administration ? Le premier soin de la G~. L~- est de délivrer aux loges qui lui en adressent la demande, des Lettres de constitution. En voici les termes :

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