CH. ANDRÉ
NIHELLE, 1er Surv. Ecossais, M. ad vitam ;
LEDOUX, Sublime Ecossais, Comm. d'O:, M. ad vitam, Ch. K. ;
DE RAUCH, 2e Surv. Ecossais, M. ad vitam ; :
LECOMTE, Ch. K.
(Archives municipales d'Hesdin).
(2) Arch. du G~. O-. , tableau de la L.. de la FIDÉLITÉ, pour 1759. (3) Arch. municipales d'Hesdin, tableau de la L.. de la.FIDÉLITÉ, pour 1769.
(4) Voir, pour chacun des noms, nos notes biographiques, en annexe de notre ouvrage : LIVRES D'ARCHITECTURE DE LA L.. DE LA. FIDÉLITÉ, A L'O.”. D'HESDIN.
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nouveau local, situé au fond d’une ruelle, non loin du marché. C’est là que se tiennent leurs assemblées, plus nombreuses chaque jour (1).
Cependant les travaux de la loge ne présentent que peu d'intérét 2) ; les francs-maçons paraissent surtout occupés à se décerner Tom CE tous les grades de l'Ecossisme (3) ; cordons et bijoux sont distribués sans examen et sans mesure ; les titres les plus emphatiques sont inventés pour satisfaire un vain orgueil. L'atelier devient une véritable foire aux vanités.
Ces pratiques ne nuisent à personne ; au plus, pourrait-on s'étonner de voir des gens, dont l'esprit s'éléve au-dessus de la commune mesure, rechercher les attributs d'une distinction aussi éphémère.
Les travaux du chapitre de la Fidélité ne présentent guère plus d'intérét ; ils consistent en des tenues ordinaires dans lesquelles on s'occupe de la collation des grades et en cinq assemblées d'obligation au Jeudi saint, à Paques, à la Pentecóte, à la Toussaint et à la Noël. Les frères s'assemblent sous la présidence du Trés Sage. Dans la premiére de ces réunions, ils procédent à la céne, puis au renouvellement des officiers (4). Un banquet suit, auquel les fréres de la loge symbolique sont conviés.
Les maçons imitent les confréries et les corporations ; à Hesdin, drapiers et chirurgiens, bouchers et taileurs, menuisiers et musiciens, organisent annuellement de fraternelles agapes ; comme eux,
.les fréres choisissent un vénérable, dont les pouvoirs correspondent à ceux du doyen et du syndic de la corporation, qui veillent à l'observation des réglements.
Mais les membres de la Fidélité ne s'en tiennent pas là ; ils sortent, peu à peu, de la retraite, cause de leur faiblesse, et entrent en relations avec les loges voisines, au fur et à mesure qu'elles se cons tituent. Ces liens se resserreront progressivement pour devenir bientôt l'assoczatzom libre (5); en vertu de cet accord, les collègues de deux ateliers sont reçus dans la loge amie, au méme titre que ses propres membres.
La Fidélité va s'associer d'abord à la Parfaite Union de Montreuilsur-Mer, puis à la Parfazte Harmonie d' Abbeville.
La premiére de ces loges est née d'un besoin de mutuelle assis-
(1) L'ancienne rue du Marché, au lieu dénommé aujourd'hui rue du Général Tripier, comportait jadis deux ruelles. disparues depuis longtemps, dont l'une s'appelait ruelle des Francs-Macons ; il est trés probable, sinon certain, que c'est dans cette rue qu'avaient lieu leurs réunions, dans la seconde partie du XVIIIe siècle ; les comptes ne relèvent aucune dépense de location.
(2) A noter une interruption dans les travaux, du 24 janvier 1772 au 9 mars 1273:
(3) L'Ecossisme était l'abus des hauts grades, mis en honneur par les loges écossaises ; il commence au 4 degré et va jusqu'au 15.
e Voir aux épreuves pour la réception d'un Rose-Croix, la description de la cene.
(5) On dit aussi : AFFILIATION ENTRE ATELIERS.
tance. Montreuil, au milieu du XVIII’ ciècle, a perdu sa prospérité d'antan. Jadis, des vaisseaux emportaient vers les pays lointains des cargaisons de serges et de draps, fabriqués par ses ouvriers, des cuirs, tannés, des grains réputés, et certains de ses habitants s’enrichissaient dans la vente du poisson. Hélas ! les sièges qu’elle eut à subir des Anglais et des Espagnols (1), suivis de pillage et d'incendie, les ravages de la peste, enlevant plus de la moitié de sa population (2), enfin, la concurrence des cités voisines, mieux placées pour la lutte commerciale (3), ont tari peu à peu ses sources de richesse.
La ville, qui compta plus de 16.000 habitants, est réduite à 4.000 ames. Les habiles artisans d'autrefois ont laissé ce sol inhospitalier, qui ne les nourrit plus. Ils ont été remplacés par les moines de huit communautés religieuses et par sept confréries. Aux gais refrains des ouvriers au travail ont succédé les chants liturgiques des Matines et des Laudes. La voix aigre des cloches anime un peu ces solitudes, mais elle n’invite plus qu’à la prière Carmes et Capucins, Bénédictins de Saint-Saulve et Chanoines de Saint-Firmin, Augustines, Sœurs grises et Franciscaines (4).
Les gent:Iskommes qui possèdent en ville leur hôtel, préfèrent à ce séjour d'une monotone tristesse la vie active des champs et n'y viennent guère que pendant les mois d'hiver. Les bourgeois et les gens du peuple luttent contre la misére. Les religieux vivent dans l'aisance, du produit de leurs biens, mais ils n'apportent pas l'opulence. Montreuil est pauvre et les fonctions publiques n'y sont point recherchées (5).
Entre ces habitants, qui forment autant de castes fermées, la loge maconnique devient un lien sócial d'une incontestable utilité.
Nous connaissons les origines militaires de la Parfaite Union, sous le maillet du vicomte du Tertre se groupent bientót quelques officiers nobles, les ff-. d'Hodicq, de la Haye, de Lacombe, de Bergues, de Torcy, de Rougeat, de la Chaussée et de Mamonier; la plupart d'entre eux appartiennent à des familles du pays et quelques noms se sont perpé-
(1) Sièges de 1537, par le comte de Bures, Floris d'Egmont, lieut. général de Charles-Quint, et de 1544, par les Anglais du duc de Norfolk.
(2) La peste qui ravagea ce pays, en 1596, coüta la vie aux trois cinquièmes des habitants.
(3) Montreuil vit prospérer les ports voisins; de plus, à cause de l'exiguité de ses bâtiments militaires, elle n'eüt jamais qu'une faible garnison ; le voisinage d'Hesdin, avec ses vastes casernes, lui nuisait, à ce point de vue.
(4) Au total, cent-vingt-quatre religieux et religieuses qui avaient cent-dixhuit domestiques et pensionnaires. (LA LOGE MACONNIQUE DE MONTREUIL-SUR-MER (1761-1809), par E. Charpentier; 1 plaq. 12 p. 1894).
(B) « L'on sait, lisons-nous dans une délibération des Echevins de Moníreuil de Novembre 1780, que la ville n'est composée, pour. la plus grande partie, que d'ecclésiastiques, gentilshommes, officiers militaires ou de justice ; que le peuple y est d'autant moins nombreux et d'autant plus pauvre qu'elle n'est susceptible d'aucune espéce de commerce; les prisons et l'hótel-de-ville menacent ruine, le pavé est à renouveler, la cloche du beffroi est à refondre ; il faut » 150.000 livres... » (Cité par E. Charpentier, p. 1).
tués. Le Tiers est représenté par Robert et Regnard, bourgeois de la ville; l'administration, par Jassaud de la Lande, directeur des aidés, et Bucquet, l’un de ses contrôléurs; enfin, deux pères capucins, Jean Damascène et Fidèle, ont franchi, sous leur robe de bure, le seuil du temple mystérieux.
La loge choisit le vocable de la Parfaite Union, rarement titre fut mieux porté : elle réunira et, pendant plus de trente ans, maintiendra dans les liens de la plus étroite sympathie, les représentants de trois ordres que divisent d'ordinaire rivalités et privileges.
:Les relations des frères d'Hesdin et de Montreuil se bornent, à l'origine, à de mutuelles visites. Les Livres d'architecture mentionnent, à plusieurs reprises, la présence aux tenues de la Fidélité du vén-. f~. vicomte du Tertre.
Les maçons d'Abbeville nourrissent, eux aussi, des sympathies à l'égard de leurs collègues; ils échangent avec eux une correspondance suivie et lorsqu'ils décideront, dans quelques années, de s’affilier au G O~, ils demenderont l'appui de la loge d'Hesdin
En 1765, la Parfaite Harmonie compte uné trentaine de membres -dont un célèbre graveur én taille-douce, Danzel, et un ancien officier, :d'Herny, l'un de ses fondateurs. Celui-ci, dans une curieuse lettre adressée au f^ Jorel, vén-- de la loge du Havre de Grâce, nous renseigne sur le mouvement maçonnique à cette époque : il signale l'existence de loges plus ou moins régulières, à Boulogne, à Hesdin, à Arras et à Amiens; plus de deux cents maçons les fréquentent; lui-même avoue qué, depuis dix-huit ans, il pratique l'Art Royal (1).
Certes, les relations d'atelier à atelier ne revétent pas encore ce caractère d'intimité, de solidarité étroite qu'elles auront par la suite; tout $e borne, pour l'instant, à des politesses, à l'échange de marques de courtoisie et de déférence; les fréres croient avoir fait tout leur devoir, quand ils ont réservé un bienveillant accueil au délégué d'une loge voisine. Les questions de personnes tiennent la première place dans les tenues, ce n'est que plus tard que les maçons reconnaitront la nécessité d'une entente plus compléte, qui donnera à leurs groupements une force collective inconnue jusque là.
'^ Le vénérable est le maitre de la loge; quand il n'a pas l'autorité voulue pour faire cesser les petites rivalités, des schismes se produisent infailliblement : la discipline n'existe guère, car nul pouvoir maçonnique n'est assez fort pour imposer sa volonté souveraine. * * *
A Arras, Amitié a été constituée, le 7 juillet 1764, par quelques dissidents de la Constance. Dans les années qui suivent, d'autres frères viennent se joindre à eux; les exigences et les infirmités du f-- Lucet, alors vénérable, les ont éloignés de l'ancienne loge arrageoise. Nous
(1) Arch. du G.. O-., planche à tracer du 17 mai 1767.
ignorons cé que furent les débuts du nouvel atelier, qui s'installe d'a- ‘bord ‘dans une maison de la rue des Capucins, puis au numéro 5 de la -place Quincaille (1). Par la suite, le G^. O- le reconnut avec son rang d'ancienneté (2). La date de sa fondation n'a jamais été contestée.
L'Anitié.est fréquentée par des hommes instruits et distingués. On la considére comme l'atelier aristocratique de la ville et la noblesse y vient nombreuse.
Pendant de longues années, la lutte se poursuit, entre les seigneurs de la rue des Capucins et les bourgeois de la rue de la Madeleine; les premiers ont l'avantage de la fortune et de la considération, qui s'attache aux gens en place; les seconds ont pour eux une ténacité et une volonté de vivre, qui jamais ne se dément. :
Ces deux ateliers conservent leur indépendance et ne sollicitent pas l’aide morale de la G-- L- de France. Le 17 juin 1769, la Constance qui semble, au début, conserver l'avantage sur sa rivale, fonde, avec le concours de plusieurs vénérables, un chapitre à la vallée de Faris, sous le titre de Premier Souv: Chap. de France.
Ce centre maconnique se développe rapidement, acquiert une certaine infiuence et diverses loges lui demandent des capitulaires ; il en délivre d'abord pour les vallées de Tulle, Bordeaux, Lyon, Amiens et Paris. ;
Parallèlement à ce Premier Souv:. Chap-. de France, le chap-: d'Arras, l'Ecosse Jacobite, continue à subsister ; ses membres se placent sous l’égide de Charles-Edouard qui ne protesta jamais contre lusage que l'on faisait de son nom. Peut-être l'ignorait-il. Ces deux groupements ne reconnaissent pas l'autorité de la G-- L-. de France, aux destinées de laquelle le comte de Clermont préside, sans. conviction : le Grand Maitre est plus occupé, du reste, des charmes de Mlle Le Ducq que des mystéres de l'Art Royal.
Malgré les réformes qu'il tente d'introduire dans l'ordre, la confusion et l'anarchie ne cessent d'y régner (3).
(1).En 1822, elle transporte ses pénates au n° 312, rue du Conseil.
(2) 1er jour du 4e mois de l'an de la V.. L.. 5780 ; on trouve aussi 22 jour ge mois 5780 (Archives du G.. O-. de France et Mun. d'Hesdin, tableaux de L'AMITIÉ).
(3) Voici les grandes lignes des réglements de 1756 :
Neuf.vénérables et neuf officiers formaient l'assemblée du conseil, devant lequel les affaires étaient portées en première instance ; la juridiction d'appel était représentée par la Loge de communication de quartier, composée de trente officiers ; les deux assemblées réunies formaient la Grande Loge. L'influence des LL.. de Paris était prépondérante dans ces conseils. La G.. L.. recevait, en principe, un tribut de toutes les loges de son ressort. Lalande explique ainsi son rôle : f
« La Grande Loge était surtout composée de personnes de distinction ; mais la sécheresse et les détails de l'administration de l'Ordre et des affaires qu'on y traitait les écartérent peu à peu. Les maitres de loges qui prirent leurs places n'étaient pas aussi respectés ; le travail de la Grande Loge fut interrompu différentes fois, jusqu'à ce qu'en 1762, il y eut une réunion solennelle. L'on dressa des réglements pour toutes les loges de France. On délivra des constitutions
Les ateliers écossais, nombreux sans doute, ne possédent aucun gioupement fédératif. La G-. L- qui remplit ce rôle, ne jouit que d'une autorité relative et n’est pas reconnue par la majorité des maçons. Bientôt la lutte n’est plus circonscrite entre ces puissances rivales : des schismes se fondent de tous côtés, à l'instigation de quelques ambitieux: le chevalier de Bonneville (1) crée, à Paris, le Chapitre de Clermont et l'installe dans un vaste local, qu'il a fait édifier à cet effet, au faubourg Poissonnière (1754); le régime qu'on y pratique s'inspire de la réforme de Ramsay. Lorsqu'en 1758, ce chapitre tombe en décadence, le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident reprend ses traditions et lui succède ; il admet vingt-cinq grades et multiplie loges, chapitres et collèges. Malgré la défense de la G-. L--, plusieurs de ses membres s'y affilient, entre autres lc prince Camille de Rohan, Chailion de Jonville, etc... Quatre ans plus tard, le f~- Pirlet, tailleur d'habits, ouvie à Paris, avec quelques dissidents, un nouveau chapitre qui prend le nom de Cozsezl des Chevaliers d'Orient; le baron de Tschoudy en rédige les rituels, qui sont fort bien faits; il y dénonce la légende Templiére et l'abus des hauts grades: lui-même institue l'ordre de l'Ezozle Flamboyante dont les réglements s'inspirent de la chevalerie du Moyen-Age ; il prétend faire remonter au temps des Croisades les origines de la franc-magonnerie.
Ces innovations n’obtiennent guère de succès en Artois; si les frères adoptent, deca et dela, un grade nouveau, ils hésitent cependant à se ranger sous l’obédience de ces puissances maçonniques, dont le succès, comme l'existence, est éphémère. `
pour la régularité et l'union des travaux maçonniques et l'on perfectionna le régime de la maçonnerie en France, sous l'autorité de la Grande Loge ». (Discours prononcé par le f.. Louis Amiable en séance du Congrès maçonnique international, le 16 juin 1889.; p. 20).
(1) Le chevalier Christophe de Bonneville, né en 1724, lieutenant au régiment de Royal-Roussillon et membre de la L.. de l'UNION FRATERNELLE, fondée à l'O. de ce régiment ; ne pas le confondre avec Nicolas de Bonneville, né en 1722 et lieutenant-colonel du régiment de Commissaire-Général- Cavalerie, ou avec Nicolas de Bonneville, auteur des JÉSUITES CHASSÉS DE LA MACONNERIE PAR LES MACONS et des JÉSUITES RETROUVES DANS LES TENEBRES ; remarquons que ce dernier était né en 1760 et ne pouvait donc pas fonder, six ans plus tôt, le CHa- PITRE DE CLERMONT,