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LA RÉFORME DU CRAND ORIENT

Le duc de Chartres nommé Grand-Maitre (1773). Son installation. Statuts de l'ordre royal de la Franc-Maconnerie en France.

Création et organisation du nouveau parlement maconnique. Ses premiers travaux. Son influence en Artois.

Les députés des loges artésiennes au G~. O-.. Délivrance de certificats.

Statuts et règlements de la Fidélité et de l'Amitié, approuvés par le 'G-. O~.. Attributions du vénérable et des principaux officiers.

Le progrés des idées philosophiques, le mysticisme des Ames simples ou l’attrait du mystère font rechercher, selon les milieux, les réunions des groupes fraternels que sont les loges maçonniques. On s'entretient, dans certains ateliers, des plus graves próblémes ou de ceux qu'on croit tels: le docteur Mesmer fait des expériences de fluide magnétique (1) et crée l'ordre de Harmonie Universelle. Cagliostro vend un élixir qui doit procurer l'immortalité (2); il prevent prolonger la vie à l’aide de la pierre philosophale.

Pendant que d’indignes charlatans s’efforcent de frapper les esprits simples, ce ne sont, dans l’ordre, que déchirements et que-

(1) Le docteur Mesmer (1734-1815).

(2) Joseph Basalmo, né en Sicile en 1743, était connu sous différents noms ; il se faisait appeler comte de Saint-Germain, comte de Cagliostro, à Paris, et marquis de Pellegrini à Venise ; il vendait une eau et une pommade de Jouvence qui effacaient les traces de la vieillesse. :

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relles (1). Différentes autorités se prétendent dépositaires de connaissances supérieures, s'attribuent une sorte de suprématie sur le monde maconnique et empiétent sur les droits de la Grande Loge de France ; celle-ci, méme sur la question des hauts grades, est divisée en fractions rivales. La plupart des atehers parisiens sont devenus des sortes de fiefs, concédés à quelques ambitieux. On signale des trafics d'influence.

Des maitres de loge battent monnaie avec leur titre : deux d'entre eux se réunissent et, moyennant quelques livres, en imitient un troisieme (2).

La G: L- comprend le danger de telles pratiques et tente d'y porter remède, en élaborant, en 1762, des reglements nouveaux (3) ; mais elle ne peut vaincre l'indifférence ambiante : toute l'activité maconnique est renfermée en maints endroits, comme en Artois, dans un certain nombre d'ateliers qui vivents 1solés, indépendants les uns un certain nombre d'ateliers qui vivent isolés, indépendants les uns des autres ou réunis en de petites fédérations (4).

(1).Les premieres difficultés datent, en Angleterre, de 1734. Elles naquirent à l'occasion d'un changement introduit dans les rituels de la G.. L-. de Londres ; plusieurs ateliers se placèrent sous la juridiction de sa rivale la G.. L.. d'York ; quelques années plus tard, la LOGE DE L'ANTIQUITÉ est blàmée pour avoir organisé une procession en corps ; elie en appelle également aux Grandes Loges d'York, d'Ecosse et d'Irlande ; ce n'est que le 24 juin 1790 qu'eut lieu la réconciliation générale, grace aux efforts des ducs de Cumberland, d'York et de Clarence.

(2) Dans une circulaire du 21 février 1776 (Etat du G-. O.. de France, tome I, 1re partie), ces griefs sont signalés ; nous en donnons un extrait, en remarquant, toutefois, qu'à ce moment la lutte est trés vive entre les deux puissances maconniques rivales : « Vicieuse dans ses principes, dangereuse dans leurs conséquences, l'ancienne administration avait ébranlé notre ordre jusque dans ses fondements. L'inamovibilité, ce droit de présider continuellement ses ff... avait détruit les titres les plus chers aux vrais macons. La liberté n'était qu'un vain mot et l'égalité disparaissait devant un maitre inamovible, qui disposait à son gré des délibérations. C'est alors qu'on yit de faux macons croire que l'on pouvait acheter le droit d'étre maitre de L.., pour faire un trafic honteux de nos mystères. Alors s'élèvent les ateliers prétendus maçonniques, qui bientot usurperent le titre de L.. Quels ateliers ! où l'on mapercoit ni proportion dans les états, ni convenance dans les mœurs, ni délicatesse dans le choix des ouvriers. ;

~ « Les vrais maçons gémirent du scandale donné par des hommes qui publiquement osaient se dire leurs ff.. et cherchèrent à se dérober aux yeux de la multitude. Les vraies LL.. affectaient d'être isolées et craignaient d'être con. nues. Les autres ne l'étaient que trop, et le mépris public, qui ne voyait qu'elles, retombait sur notre ordre respectable. »

(3) Le f~. Amiable, dans son discours du 16 juillet 1889, cité plus haut, écrit que ces reglements n'ont janrais été imprimés ; c'est là une erreur; mous avons eu entre les mains la traduction hollandaise de ces statuts, qui fut publiée em 1762, s. 1.

(4) En 1766, la Grande Loge comprendi 164 ateliers, dont 71 à Paris, 85 en province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger, et ? loges ambulantes. Parmi les vénérables, nous relevons les noms des ducs d'Ayen et de Crussol, des marquis de Briqueville et de Malouze, des comtes de Choiseul, de Noailles et de Thiessé, etc. Mais ces beaux noms ne sont qu'une facade qui cache un certain nombre de frères d' origine plus modeste.

(Tableau des LL.. affiliées à la G:. L.. de France seri conservé a la att tacaue d: 0:5) peg c

En vain, la G^ L~. dénonce-t-elle les actes des puissances rivales. Elle se flatte d’arréter, en les signalant au mois d’août 1766, les constitutions illégalement délivrées par les chapitres des hauts grades et les interdit aux ateliers de son régime ; l'indifférence accueille cette mesure qui nuit aux droits acquis, et le mal empire. Elle propose alors de rapporter le décret et de se diviser en plusieurs chapitres, qui administreront séparément les grades symboliques. Cette solution est rejetée par les loges dissidentes dont plusieurs se plaignent de ce que, malgré le versement de leur don gratuit, elles ne figurent pas sur le tableau de 1766 ; c’est, en particulier, le cas de Saint-Jean de Calais (1). Le désordre est à son comble. Alors se produit une nouvelle scission, révolte d’en bas des ateliers de province contre la G` L--. Ce schisme va amener la création d'un centre unique d'administration

Le comte de Clermont a choisi pour substitut un sieur Lacorne, maitre de danse. Tous les historiens, partisans ou adversaires de la maconnerie, le représentent comme un homme sans moralité et remplissant les fonctions de pourvoyeur des amours clandestines du

"Grand Maitre. Ces faits restent à démontrer. La suppression des hauts grades peut n'étre pas étrangére à ces petites infamies (2).

Lacorne a amassé trop de rancunes pour que sa conduite soit appréciée en toute impartialité, par ses contemporains.

Le comte de Clermont accueille les protestaires. I] choisit un autre substitut, Chaillon de Jonville, qui, remarquons-le, ne se joindra jamais aux détracteurs de son prédécesseur. Cette nomination ne rend pas le calme aux esprits. Elle améne une nouvelle scission entre les membres appartenant à la haute société et les officiers dignitaires qu'a fait élire Lacorne. :

Ceux-ci usurpant le titre de Grande Loge, continuent à se réunir. L'anarchie est partout, quand le comte de Clermont meurt, au mois de juin de l'année suivante.

En Artois, le monde maconnique ignore ces dissensions intestines ; les ateliers placés sous l'obédience de la G-. L-. ne sont pas tenus au courant des divisions et des querelles désastreuses. Seuls, les membres de la Fidélité en sont informés par les révélations du f- Partyer, alors en semestre à Paris. Sans doute faut-il attribuer à cette circonstance leur háte de se placer sous l'obédience du G^ O--.

Lacorne et ses amis se procurent accés auprés du duc de Luxem-

(1) Arch. du G.. O.. de France, planche à tracer du 5 mars 1766. (2) « Marchand de flic-flacs », écrit Daruty, après Ragon ; loc. .cit, p. 101.

bourg (1). Ils le prient d’offrir la Grande Maitrise au duc de Chartres, précédemment initié par ses soins (2). De son côté, la G^ L~. réunit, le 24 juin 1771, et s'arréte au méme choix.

Les maîtres des loges de Paris concourent seuls à cette double élection. Le duc de Luxembourg, nommé administrateur, entre immédiatement en fonctions, mais le Grand Maitre réserve sa décision pendant plus d'un an (3). Pourquoi ces atermoiements ? Hésite-t-il a prendre le pouvoir dans un moment de crise aiguë ? Ne peut-il se décider entre les deux groupes rivaux ? A-t-il compris qu'il lui sera difficile d'entreprendre la réforme de l'ordre maçonnique avec les éléments dont dispose alors la Grande Loge de France ? x |

Quelqu’ait été sa pensée, il voulut gagner du temps, rallia autour de lui les plus notables maçons de Paris et de province et fit élaborer un plan de réformes. Pour le faire discuter par une assemblée compétente, le duc de Luxembourg convoqua, en juillet 1772, non pas la G-- L-, mais les maîtres parisiens qui nommèrent une commission de huit, puis de quatorze membres, avec mission de rédi-

ger de nouveaux réglements.

Le travail préliminaire dura environ six mois. Quand il fut ache-

vé, l'administrateur réunit à nouveau les membres de ce parlement maconnique et leur soumit le projet de statuts (4). Les députés tinrent conseil, au début de mars 1773, à l'hótel de Chaulnes, sa résidence habituelle. Ils ratifiérent son élection, ainsi que celle du duc de Chartres ; puis ils prononcérent, d'accord avec les huit commis-

(1) Anne-Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, alors agé de trente-trois ans, était brigadier des armées du roi; dès 1762, colonel du régiment de Hainaut-Infanterie, il avait fondé dans ce corps une loge qui pru son nom et dont il resta vénérable.

(2) Besuchet, PRÉCIS HISTORIQUE DE LA FRANC-MACONNERIE, pp. 47 et 48, 2 vol. in-8°, Paris, Rapilly, 1829.

(3) Louis-Philippe-Joseph d'Orléans avait vingt-quatre ans lorsqu'il fut investi de la Grande Maîtrise ; il se désintéressa bientôt des travaux de l'ordre et il n'hésita pas, en 1793, à publier une lettre de démission qui, dans les circonstances ou elle était écrite, constituait une mauvaise action, presque une lacheté. ;

(4) Daruty prétend que les délégués de la province étaient sans mandat régulier ; la pièce suivante réfute son opinion sur ce point :

« Les instructions délibérées ce jour (18 décembre 1772), pour être transmises aux ff... Bacon de la Chevalerie et abbé Rozier, se composent de 15 articles dont voici la substance : 1° Reconnaissance de la G.. L.. des Maîtres Réguliers de Lyon ; 2° de celle de la BONNE FOI ; 3° du Duc de Chartres, comme G-. M.. ; 4° RÉFORME DE LA G.. L-. de France ; 5° Grands surveillants, comme intermédiair es ; 6° LES CONSTITUTIONS, LES MÉMES POUR TOUTES LES L.. DE FRANCE: 7e Ces constitutions pour les L-. et non pour les maîtres ; 89 Que les députés des provinces soient autorisés à s'opposer. au renouvellement des L-. constituées dans leur O.., sans l'aveu des loges anciennes, comme nous autorisons nos chers ff.. représentants à s'opposer à celui de la L.. du Choix des Hommes libres, constituée en cet O.. malgré les oppositions de la G.. L.. des Maîtres réguliers (1766) ; 9° Qu'au lieu de 181 L.., Paris n’en ait que 30; 100 Qu'il soit construit ou loué dans la capitale des emplacements convenables pardasG E. de France et pour chaque L.. particuliére ; 119 S'opposer à l'établissement des inspecteurs pcovinciaux, mais réclamer une Grande Mére Loge provinciale

saires parisiens, la déchéance de la G- L-, décidant qu'à l'avenir i] n'existerait plus qu'un seul et unique Tribunal de l'ordre, sous le titre distinctif de Grande Loge Nationale de France, en qui se trouvait réunie, en ce moment, « la plénitude des pouvoirs de l'Ordre » (1).

Les « Statuts de l'ordre royal de la Franc-Maçonnerie en France » (2), enfin rédigés, furent présentés au duc de Chartres qui en approuva le texte, accepta définitivement le titre de Grand Maitre et fixa au 22 octobre 1773 la date de son installation-(3). Celle-ci eut lieu en grande pompe, dans une maison appartenant au prince et. qu'on appelait « la Folie Titon ». L’assemblée se tint dans une vaste salle, tendue de rouge, dont la voûte azurée était constellée d'étoiles. Trente et un frères étaient présents. Le Grand Maitre fut introduit. Il prêta son obligation entre les mains du duc de Luxembourg, qui lui donna le baiser de paix, l'installa dans sa charge, et prêta, à son tour, serment entre ses mains. Un banquet suivit, au cours duquel le mot de reconnaissance, appelé #07 de semestre, fut donné pour la première fois.

Les frais de cette féte s'élevérent à six mille livres, que l'association naissante fut seule à supporter. Son budget s'en trouva lourdement obéré et, pour solder la dépense, on fit appel aux loges de - province ; le 29 avril 1775, le f-. Carbonnel de Canisy écrivit en ce sens ala Fzdélité d’Hesdin (4),

Ces premiers statuts du G-. O-. se distinguaient par deux réformes capitales : l'établissement du régime représentatif et la suppression de l'inamovibilité du maitre de loge (5)

dans chaque province ; 12° Que l'impôt par tête soit remplacé par un don gratuit à la G.. L.. de France; 13° Suppression de la prodigieuse quantité de grades, bijoux et cordons qui, depuis quelques années, font paraître la Mac.. tout autre qu'elle est véritablement ; 14° Fixation uniforme des signes, mots, attouchements, etc. ; 15° Ne point s’écarter des instructions ci-énoncées. (Vacheron, EPHEMERIDES DES LOGES MAÇONNIQUES DE LYON, p. 50).

(1) Cet exposé est le résumé de renseignements puisés aux sources suivantes : Circulaire du G... O.. de France du 26 juin 1773 (7 pages in-4°) et annexes (pp. 9 à 32) : 1° Extraits des procès-verbaux des assemblées tenues a partir du 5 mars jusqu'au 26 juin; 2° Tableau des officiers du G.. O.. (Archives du

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