‹ La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe SiècleChapitre 18 sur 71 · SG O · texte numérisé non relu

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(2) Ces statuts, divisés en quatre chapitres, forment une petite brochure in-4° de 35 pages. ;

(3) Voici quelles étaient les attributions, d'après la planche à tracer de l'installation du Très Sérénissime, trés Respectable et trés Cher Frère Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, prince du sang, en qualité de G.. M.. de l'ordre royal de la Franche-Maconnerie en France (93 p. in-4°, Archives mun. d'Hesdin) :

Il est le premier officier de l'ordre ; en cette qualité, il nomme les quinze officiers d'honneur, peut se présenter et présider à toutes les assemblées de l'ordre. Les constitutions de Loges, les provisions de tous ceux qui sont élus par le G.. O.., les lettres des officiers honoraires sont scellées de son sceau et tous les actes du G.. O-. expédiés sous ses auspices. Il est juge du point d'honneur dans l'ordre, avec l'administrateur général, le grand conservateur et les quinze officiers d'honneur.

(4) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 9 mai 1775.

(5) Statuts, Chap. I, section 2, art. 4.

Tous les officiers, sans distinction, doivent étre élus dans la loge ; le gouvernement oligarchique de l’ordre est aboli ; on ne reconnait désormais pour vénérable que le maître, élevé à cette dignité par le libre choix de ses frères; les dignitaires sont soumis, chaque année, à la réélection et ne peuvent remplir les mêmes fonctions pendant plus de trois années consécutives ; enfin, le G-- O~. est divisé en trois chambres dites d'Administration, de Paris et des Provinces. Leurs décisions sont portées, en appel, devant la Loge des conseils (1).

Ce sont là des améliorations sérieuses apportées à l’ancien état d'anarchie; cependant elles nuisent aux droits acquis des, vénérables inamovibles. Le 17 juin 1773, la G-- L-. se réunit à son tour. Elle déclare le G-. O~. subreptice, schismatique, factieux et chasse les commissaires chargés par elle, l'année précédente, de lui faire un rapport sur là situation de l'ordre (2).

Le G’. O-. ne s'émeut pas de ces attaques et s'organise : jusquelà, ses réunions se tenaient chez l'un ou l'autre de ses officiers et les archives, comme le secrétariat, n'avaient pas de siège fixe. Il s'installe au mois d'aoát 1774 dans un local indépendant ; l'ummeuble que les fréres prennent à bail n'est autre que l'ancien noviciat des jésuites, expulsés dix ans plus tôt (3). Instabilité des destinées humaines ! . Voilà les francs-maçons occupant la maison de ceux qui deviendront leurs plus mortels ennemis ! Le vénérable est assis à la place du Pére Griffet ! Le f Voltaire siège dans la salle, où on l'a tant de fois maudit... (4).

(1) En 1789, il y aura : 1° la chambre d'administration ; 2° la chambre symbolique ; 39 la chambre des grades; chaque chambre siégera une fois par se-. maine. Dans l'ancienne organisation, les loges de province ne concouraient pas à l'administration générale; leurs vénérables pouvaient sans doute siéger aux assemblées de la G.. L.., mais c'était là une faculté illusoire, étant donné : la difficulté des communications ; le G.. O.. décide que chaque L.. sera représentée auprès du pouvoir central par un député élu par elle; il crée quatre catégories d'officiers, tous choisis, sauf le G.. M~., parmi les députés ou vénérables, et dont la réunion forme, à proprement parler, le G.. O.. : 1° Trois grands officiers ; 2° Quinze officiers d'honneur; 3° Quarante-cinq officiers en exercice ; 4° Des offlciers honoraires en nombre indéterminé. La premiére catégorie est formée par le G.. M.., l'administrateur et le grand conservateur, qui cesserent, en 1775, d'étre inamovibles (Circ. du 24 juin 1774, p. 3) ; à partir de 1777, les quinze officiers d'honneur, jusque là choisis par le G.. M~., furent élus pour trois ans, comme les autres officiers (Circ. du 3 juillet 1777, Etat du - G.. O-., vol. I, 4 part.). Le G.. O-., ainsi composé, avait d'abord. trois, puis huit assemblées annuelles d'obligation (Statuts, Chap. III, sect. I, art. 1 ; notice précédant le tableau des Loges pour 1785) ; il possédait seul le « droit législatif dans l'ordre » (Statuts, chap. I, sect. 2, art. 3) ; la révision, sur appel des décisions rendues par les chambres, était dévolue à la loge du Conseil, appelée plus tard GRANDE LOGE DU CONSEIL (Statuts, chap. I, sect. III ; notice précédant le tableau des loges pour 1785, p. 9).

(2) Un certain nombre de maîtres de loges se tinrent à l'écart de l'organisation nouvelle et prétendirent continuer la Grande Loge de France, sous le nom de GRANDE LOGE DE CLERMONT, du nom du dernier G.. M.. ; cette institution végéta jusqu'en 1799, date à laquelle elle se rallia au G.. O.. de France.

(3) Actuellement, rue Bonaparte. ;

(4) C. f. TABLEAU DE PARIS, chap. CLXXXI (Edition d'Amsterdam, 1782, tome II, p. 262, 63).

Les années qui suivent la constitution du G` O--: peuvent être considérées comme son age d’or. Après quelques mois consacrés à l'organisation intérieure, on cherche à grouper les ateliers restés, jusque-là, sous l'obédience de la G-- L-

Le duc de Chartres ne se ane pas de cet effort. Il eae se plaire aux travaux maçonniques (1). Indépendamment des cérémonies d'apparat qu'il préside, 1l organise des tenues privées, pour lesquelles il a fait disposer, dans les bátiments dépendant du Palais Royal, une petite loge décorée avec le meilleur goût, ornée de peintures dues au pinceau de maîtres en renom (2).

C'est au duc de Luxembourg que revient surtout l'honneur de la prospérité de la franc-maçonnerie à cette époque. Ce « pair et premier bon chrétien de France » donne à lordre une impulsion nouvelle et le nombre des loges augmente rapidement. En 1776, le tableau mentionne cent soixante-quinze constitutions ou reconstitutions (3). Trois ans aprés sa fondation, le G“ O-- compte trente et un ateliers de plus que la G~- L~., aux meilleurs jours de la maîtrise du comte de Clermont.

L'unité réalisée par le G^. O~. ne cache aucune pensée politique. Lacorne et ses amis se sont adressés au duc de Chartres, non à cause de ses idées libérales ou de ses opinions philosophiques, mais parce qu'ils voient en lur un prince du sang, dont la haute protection les mettra à l'abri des persécutions. Le nouveau centre d'administration est constitué par la fusion de deux ateliers militaires, celui du régi-* ment du Hainaut (Montmorency-Luxembourg) et celui des Mousquetaires, avec les Amzs Réunis, loge civile qui pratique le régime des. Philaléthes.

Les opinions les plus diverses y sont representées ; parmi les fondateurs, on compte d'excellents catholiques et des disciples des philosophes ; l'influence prépondérante des uns ou des autres se manifeste dans tel ou tel atelier, sans qu'il soit possible d'en généraliser

(1) Il accomplit, en avril 1776, un voyage dans les provinces méridionales du royaume ; divers ateliers le recoivent solennellement, notamment L4 VRAIE LUMIERE de Poitiers, LA FRANCAISE de Bordeaux, où il pose la première pierre d'un temple ; à Toulouse, il réconcilie les différentes loges de la ville. Au cours d'un séjour qu'il fait en Normandie, son escorte se compose exclusivement de francs-macons ; il est reçu dans une riche abbaye de Bénédictins et la, dans un banquet somptueux, il tient, à la grande stupéfaction des moines, une loge de table; une collecte est faite, à l'issue du repas, en faveur des pauvres du voisinage.

(2) C'est dans ce local qu'apres la tourmente révolutionnaire, plusieurs ateliers reprirent leurs travaux. Cf. HISTOIRE PITTORESQUE DE LAF... M.., par F.T.B. Clavel, Paris 1844, p. 233 et suiv,

(3) Tableau pour 1776, broch, de 28 p., grand in-4°.

la tendance (1). Sans doute, le G-- O+ poursuivant son œuvre d’unification, la franc-maçonnerie deviendra un corps, à l'instar du clergé ou des parlements, mais cette tâche difficile s'accomplira progressiment et avec une certaine lenteur ; ce n’est guère qu'à l'instant ou éclatera la Révolution de 1789 que l’on notera avec précision les résultats acquis dans ce sens.

On pourrait croire que les loges artésiennes vont applaudir avec enthousiasme à la réforme du G- O~. ; il n'en est rien : une seule lui demande des lettres de reconstitution : la Fidélité d' Hesdin reçoit ses nouvelles patentes le 11 août 1774; mais la Parfazte Harmonie d'Abbeville ne se rallie que le 11 Janvier 1776; puis viennent successivement la Parfaite Union de Montreuil, le 25 novembre 1770, Amitié d’Arras, le 1" juin 1780, la Constance, le 1°" février 1787, la Réunion d'Aire, en 1790; en cette méme année, l'Auzore de la Liberté de Béthune fera, à son tour, des démarches en vue de la délivrance de constitutions ; mais la Révolution viendra interrompre les pourparlers. En téte de ses statuts, chaque loge déclare qu'elle entend rester attachée au G- O~- et qu'elle ne reconnait comme loges régulières que celles qui ont été constituées par lui. Un député, en résidence à Paris, représente l'atelier. I! défend les intéréts de ses commettants et les tient au courant de toutes les questions de nature à les intéresser.

La Fidélité a successivement pour députés : Carbonnel de Canisy, avocat au Parlement (1775-1777); Bruneteau (1777-1781); de Lafillard, procureur (1781-1782) ; Dominique de Lafillard, argentier du duc d'Angoléme (1782-1787), et Leroy de Frontigny, ancien écuyer du roi (1787- 1789).

La Constance, venue plus tard dans le giron du G~- O-., est représentée en 1787 par le f-. d'Auptain, receveur des Loteries; l'Azzzzzé a pour député le f-- Carbonnel de Canisy, qui, nous le savons, a également obtenu la conhance des membres de la Fidélité; les ff. Canonge, Reettiers de Montaleau et de Montalond sont successivement les mandataires de la Parjaite Union de Montreuil ; le f-- de Pioger, ancien chevauléger, représente la Parfaite Harmonie d’Abbeville. Les loges militaires ont également leur représentant auprès du pouvoir central : l’abbé Pingré est choisi par les frères de Sazut-Charles des Amis Réunis, du régiment de Saintonge, et Woulf, officier d'infanterie (1774) par ceux de la Parfaite Egalité du Walsh-Irlandois (1777); la mission de ces députés n'offre pas de sérieuses difficultés ; il leur suffit d'assister régulièrement aux assemblées du G-- O~. et d'assurer l'envoi des circulaires aux loges affiliées. La quatriéme Chambre est chargée de cette correspondance, elle active le versement des cotisations et dons gratuits, opére la révi-

(1) Le f^. Amiable écrit : « L'expression d'Ordre Royal, consacrée tout d'abord par les statuts, ne tarda pas à étre écartée, comme en désaccord avec le principe d'égalité... » et il ajoute que cette décision fut prise en 1777 ; M. Bernardin dit la méme chose de l'Art Royal ; or, ces expressions sont encore couramment employées en 1789, dans les circulaires du G.. O.. ; à vouloir trop prouver, on ne prouve rien. (Discours du f.. Amiable, loc. cit. p. 25).

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