EXTENSION DU MOUVEMENT MAGONNIQUE EN ARTOIS
Saint-Omer : La Parfaite Union, à l'O. du régiment de Vivarais (1772). La Parfaite Union, à l'O. du régiment de Flandre (1774).
Hesdin: La Parfaite Union, à l'O. du régiment de Royal-Roussillon (1774). L'Amitié à VEpreuve, à FO:. du régiment d'Orléans-Dragons (1779).
Calais : Saint-Charles des Amis Réunis, à YO-. du régiment de Saintonge (1774).
Bapaume : La Parfaite Egalité, à l'O. du régiment de Walsh-Irlandois (1777). | Aire : L'Intimilé, à l'O. du régiment d'Orléans-Infanterie (1780). Arras : Sophie-Magdeleine, reine de Suéde (1783). Les Amis Réunis (1785). `
Hesdin : La Parfaite Union, à l'O. du régiment de Royal-Champagne (1785).
L'avènement du roi Louis XVI, correspondant avec la fondation du G..-O-., marque le début d'une période particulièrement brillante pour la franc-maçonnerie artésienne.
L'exemple est d'autant plus contagieux qu'il vient de haut : des membres éminents du clergé, de la noblesse entrante aux Etats et de la bourgeoisie intellectuelle fréquentent les temples mystérieux; le lieutenant général de la gouvernance d’Arras y sympathise avec les conseillers du roi (1) ; un prince du sang est le protecteur et le Grand Maitre de cet ordre. Le souverain lui-même compte parmi ses affiliés (2). Enfin, parmi ses sujets, ceux qui tiennent de lui leur autorité, officiers, magistrats, fonctionnaires, s'honorent de s'y voir admis.
Avant 1774, l'Art Royal n'était qu'une curiosité. Par la force de l'exemple, par l'attrait du mystére, la maconnerie artésienne va se transformer dans son esprit et son recrutement; née d'un besoin d'association, assez vague et mal défini, tel celui qui unissait les membres des confréries et des corporations, elle va devenir une société puissante, unie et forte, tenue dans les liens d'une solidarité chaque jour plus étroite.
(1) Cauwet de Baly, membre de la L-. de L'AMITIÉ, à l'O. d'Arras.
(2) Le roi Louis XVI était franc-macon.; il avait fondé, le-1° août 1775, pour lui et pour les comtes de Provence et d'Artois, une loge qui recut le nom de LA MILITAIRE DES TROIS FRÈRES UNIS, à l'O. de la Cour. On ne saurait dire ce qui attira le plus le monarque ; comprit-il le caractère philanthropique de cette institution, ou fut-il gagné par l'exemple, par les exhortations de son cousin le duc de Chartres ou méme par l'attrait du mystére ? C. f. Louis Amiable, UNE LOGE MAÇONNIQUE D'AVANT 1789 : LA R.. L.. DES NEUF SŒURS, Alcan, 1897, p. 96.
Fait curieux à noter, les officiers qui, jadis, imtièrent les premiers frères aux attraits de l'Art Royal, vont continuer leur propagande en Artois et, de 1774 à 1780, ce sont presque exclusivement des ateliers militaires qui seront constitués dans la province.
A la Pa*faite Union du régiment de Vivarais, le colonel Lemps résilie ses fonctions de vénérable au profit du f~. Dupred, sous-lieutenant, qui, en 1775, détient le premier maillet (1); à l'avenir, des officiers d'un grade inférieur vont parfois tenir sous leur autorité les chefs à qui ils e. obéissance sous les armes. Dupred est un ancien; il a comniencé à servir au régiment en qualité de simple soldat et a eagné successivement tous ses grades; il vient d'étre nommé porte- "drapeau (2). Pendant le séjour du régiment à Saint-Omer (3), le chevalier de Roux, capitaine commandant, est secrétaire de la loge; « c'est, dit M. de Montaretz, lors de son inspection de septembre 1776, un bon sujet, ca-
(1).M. Bord écrit Lanps (p. 493) ; c'est Lemps qu'il faut lire.
Le Vivarais fut successivement sous les ordres du vicomte de Puységur (Barth. Hercule de Chastenet), 30 novembre 1761; du comte de Cossé-Brissac (Fr.-Artus), 13 avril 1780 ; du marquis de Courtarvel de Pezé (L.-Fr.-R.), 10 mars 1788 ; de Wittinghof (Frédéric-Fernand-Charles), 5 avril 1792.
(2) Archives du G.. O.. : les tableaux portent Dupied, au lieu de Dupred.
Dupred Pierre est « vigoureux » ; il possède les états de service suivants : Soldat au Régiment de Vivarais, 1753 ; Sergent, le 96 février 1760 ; Fourrier, le 1er septembre 1764 ; Porte-drapeau, le 25 avril 1774.
(Archives historiques du Ministére de la Guerre. Carton du Régiment de Vivarais (1763-1790).
(3).Les régiments suivants tinrent garnison à Saint- Omer :
1746, prins 1779, Artois.
1749, 1784, 1788, Royal-Vaisseaux. 1780, Béarn.
1757, Partie de Picardie. 1781, Partie de Limousin.
1761, Talaru (Guyenne). 1782, Limousin Inf.
1764, Poitou. 1783, Limousin Inf.
1765, 1767, Alsace. 1784, Picardie, Diesbach, Aunis.
1766, Conti-Dragons. 1785, Aunis Inf.
1767, 1776, 1788, Vivarais. 1785, Royal-Vaisseaux Inf.
1768, 1769, Artois. 1786, Angouléme.
1768, Partie de Piémont. 1787, Provence, Angouléme.
1769, Berry. 1788, Provence-inf., Angouléme-Inf. 1769, Guyenne. f 1788, Vintimille, 1 Cie de Royal-Drag. 1770, Foix. 1788, Cie Royal-Champagne, Cie Berry. 1771, 1774, 1778, 1791, Régt de Flandre. 1788, Boulonnais, Diesbach et Dillon. 1774, Normandie. 1789, Armagnac.
1777, Saintonge. 1791, Conti.
1778, Noailles-Dragons. 1792, 22° Régt d'Inf., Ex-Viennois. 1778, Hussards Esterhasy (39 huss.). 1796, Aquitaine.
1778, Provence, Flandre. 1800, Cie du 102 de lig. (Gard. Franc.) 1778, Monsieur Dragons, la Couronne. 1808, 1804, Flandre (53).
1779, 10° chasseurs à cheval. 1804, 1805, 3* de ligne.
(ALMANACHS D'ARTOIS, 1757-1792 ; Général Susane, HISTOIRE DE L'INFANTERIE FRANCAISE, HISTOIRE DE LA CAVALERIE FRANCAISE; Archives départementales du Pas-de-Calais, série.C, Intendance).
pable de son emploi et qui acquiert tous les jours » (1) ; parmi les frères, nous relevons les noms des capitaines d'Auffrery, « remarquable par son intelligence », de Borda, « bon officier en tous points » (2), de Laroque, chev. de Montel et de Saint-Just, « sujets instruits et distingués »; les autres officiers sont appréciés pour « leur conduite et leurs talents » (3).
Au mois d'avril 1774, le régiment de Flandre remplace, à Saint- Omer, celui de Vivarais; son atelier porte le méme titre distinctif : la Parfaite Union ; à son tableau figurent de nombreux gentilshommes : des Villers au Tertre, des de Vienne, des de Beaumont (4).
Deux ans plus tard, la loge compte vingt-six membres, placés sous le maillet du capitaine Massé, puis du lieutenant de Brem, vénérables (5). ;
La plupart de ces officiers sont appréciés de leurs chefs pour leur zele et leur conduite, le marquis de Lugeac reconnait que « M. de la Blachette, qui est le plus valeureux des hommes et qui mérite les gráces du Roi, figurerait mieux comme maréchal de camp que comme second colonel » (61, MM. de Rougé et de Capdeville sont notés comme d' « excellents officiers »; le chevalier de Saguarigue et ses collégues sont « pleins de zéle et d'exactitude » (7)
(1) Archives historiques du Ministére de la Guerre ; carton du Régiment de Vivarais (1763-1790).
(9) Borda (Jean-Joseph. chevalier de). né à Dax, en Gascogne, le 2 juillet 1729. Soldat au Régiment de la Marine, 1756-1759. Lieut. en second au Régiment de Vivarais, 17 nov. 1761. (Archives historiques du Ministère de la Guerre ; carton du Régiment de Vivarais, 1763-1790). .
(3) Archives historicues du Ministére de la Guerre ; carton du Régiment de Vivarais (1763-1790).
Comme la plupart des ateliers militaires, la PARFAITE UNION, qui avait connu un demi-sommeil pendant la Révolution, ne survécut pas à la réorganisation do l'armée : le 22 septembre 1794. le 1er bataillon de Vivarais entra dans la formation de la 131° demi-brigade, qui devint plus tard le fer de ligne ; le deuxième bataillon fut incorporé; le 5 avril 1794, à la 132° demi-brigade, souche du 29e de ligne actuel. :
(4) Sous l'Empire, deux loges militaires seront fondées à Saint-Omer : 19 LA RÉUNION DÉSTRÉE de la fre division des Gardes Nationales d'élite (3e j. du fer mois 5807). En 1807. le f.. de Basserode, capitaine, est vén.. de la loge, aui s'affilie. en 1811. aux AMIS RÉUNIS de Lille. Adresse : M. Aréne de Niri, chez M. le Sénateur Rampon. Saint-Omer ; — 2° IFS ENFANTS DE LA VICTOIRE. du 8? Régiment du Corps impérial d'artillerie ; cette loge est en travail en 1806 et en 1807.
(5) Promu capitaine en 1784.
De 1779 à 1789, on nrocéde à de nombreuses initiations ; parmi les nouveaux frères fieurent les capitaines Bonneval, Habas, Formigier et Ramé ; les lieutenants Gérard et Joucla-Lenoir ; les sous-lieutenants Joubert, Charmoille, Cantineau, etc. à ;
(C. f. G. Bord, LA FRANC-MACONNERTE EN FRANCE, p. 501).
(6) Archives historiques du Ministére de la Guerre : Notes du marquis de Lugeac, inspection de 1766, carton du Régiment de Flandre (1684-1792).
(7) Ibid., Notes du marquis de Boufflers ; inspection die 1767.
Le succès des idées maçonniques au régiment de Flandre est dû, en grande partie, à l'impulsion que leur donnent les officiers; le comte de Lusignan, qui va remplir les fonctions de colonel, est l'un des plus dévoués apótres de l'Art Royal (1).
L'année 1774 voit l'établissement, en Artois, d'une troisieme loge militaire.
- H existait jadis, deux régiments de Roussillon, l'un d’infanterie, l'autre de cavalerie. Tous "ERA possédaient leur loge maçonnique Celle qui existait à PO~. du premier s'appelait l'Union Fraternelle, (2). La Parfaite Union avait été créée au sein du second.
Le Royal-Roussillon-Cavalerie séjourne à Hesdin de 1772 à 1774.
(1) Cet officier, qui commande le régiment depuis le 1° janvier 1784, se trouvera encore à sa téte lorsqu'en 1789 ce corps sera appelé de Douai à Versailles. Arrivé dans cette ville, il recut de la bourgeoisie un sympathique accueil, mais la Cour apprit bientót qu'elle ne pourrait guére compter sur le loyalisme de ses soldats ; elle s'adressa alors aux officiers que l’on présenta à la famille royale et que les gardes du Roi invitèrent au repas de corps qu'ils donnaient à leurs collègues des différents régiments de la garnison.
Au cours de ce banquet qui, par sa somptuosité même, était une injure à la misère publique, fa cocarde tricolore fut foulée aux pieds. Les officiers de Flandre prétendirent ne pas avoir pris part à cet acte inqualifiable ; quant aux soldats, ils répondirent à leur manière à cette provocation : on vit, dans les journées des 5 et 6 octobre, les « habits blancs », comme on les appelait, rester l'arme au pied ; cette attitude passive facilita l'entrée des émeutiers dans le chateau.
Pourquoi agirent-ils ainsi? Leur avait-on narré la scène diu banquet des Gardes, auque] assistaient les grenadiers du régiment ? Une distribution d'argent leur fut-elle faite ? Les sourdes menées des femmes de Paris et de leur escorte, ou l'éloquence de Mirabeau, vinrent-elles à bout de leur loyalisme chancelant ?
Quoiqu'il en soit, ce n'est certainement pas à l'instigation des officiers francs-macons que les soldats décidérent de se prononcer pour le peuple et contre la Cour ; nous savons qu'une troupe mélée à une foule de curieux et dont les officiers manquent d'initiative ou d'ordres précis, se trouve abandonnée à elle-méme et est vouée, d'avance, à l'impuissance.
(2) L'UNION FRATERNELLE, constituée le 21 mai 1765, renouvelée le 25 février 1773 et reconnue par le G.. O.. le 16 novembre 1775 ; de cette loge était membre le chevalier Christophe de Bonneville, né en 1724, lieutenant en second au Régiment de Royal-Roussillon-Infanterie et fondateur du chapitre de Clermont ; M. Bord écrit à tort que le f.. Moreton de Chabrillan fut vén.. de l'UNION FRA- TERNELLE ; il appartint, nous allons le voir, à la PARFAITE UNION, car il servit, en qualité de capitaine, au régiment de Royal-Roussillon-Cavalerie. (G. Son LA FRANC-MACONNERIE, p. 244, note 2).
(2) Les régiments suivants tinrent garnison à Hesdin, dans les quartiers royaux de la Porte-Vieille, Suisse et d'artillerie :
1739, Royal-Cavalerie. - 1779, Partie de Royal-Pologne. 1740, Royal-Champagne. 1773, 1776, Le Roi-Dragons. 1750, La Reine. 1776, Condé-Dragons.
» Noailles-Dragons. 1778, Orléans-Dragons.
1755, Colonel-Vénérable. ». Me de camp général. 1766, Royal-Lorraine. 3 » Cuirassiers du Roi. 1768, Noailles-Dragons. 1780, Partie du Régiment-Royal. 1770, Orléans-Dragons. 1780, 1781, Conti-Dragons.
1772, 1774, Royal-Roussillon. 1781, 1784, Penthiévre-Dragons.
C'est, de l'avis des inspecteurs, un régiment « fort beau en hommes, très bien tenu et parfaitement exercé » (1).
Le marquis de Louvois le commande. Certains officiers, sergents et fourriers se font agréger, avec son consentement, à la loge de la Fidélité, à laquelle il daigne lui-même rendre visite. Ces bonnes relations cessent à l'arrivée du capitaine Moreton de Chabrilian, qui parvient à entrainer à sa suite la plupart de ses collégues du régiment et qui fonde la Parfaite Union, le 2 décembre 1774.
Les premiers dignitaires sont, avec lui, les ff. de Partyer, capitaine, I. de Mérigon, lieutenant, marquis de Virieu, L. Pajot et marquis Ant. de Vichy, capitaines, le marquis Louis de Louvois, colonel, de Saint-Paix, capitaine, J.-B. Durand et S. Zadigue, maréchaux des logis; ces officiers et sergents sont fort bien notés et certains, comme le f-. Tiphaine, possèdent de glorieux états de services.
Dans les mois qui suivent, on trouve un modus vivendi et l’on décide que le temple sera, pour le moment, commun aux deux loges. Les membres de la Fidélité, qui sont sans rancune, acceptent d'autant plus aisément cette invitation, qu'ils n'ont pas encore de nouveau local, pour remplacer celui qu'on vient de leur enlever. Chaque semaine, deux tenues ont lieu auxquelles ils sont conviés. La féte de la Saint-Jean d'été réunit, le 24 juin 1774, les membres de ces ateliers; la journée comrence par le service religieux célébré au couvent des Récollets; puis un banquet fraternel termine cette journée.
Dans les derniers mois de l'année, le régiment de Royal-Roussillon quitte Hesdin (2). !
Les frères de la Parfazte Union laissent un souvenir plutót fâcheux et cependant la destinée veut que cette ville ne posséde que des régiments où les pratiques maçonniques sont en honneur.
L'Orléans-Dragons vient prendre, au début de 1779, la place du Royal-Roussillon, dans la garnison; il y séjournera deux ans avec sa
lege (3).
1784, Régiment du Roi-Cav. à 1792, Royal-Allemand Cav. (40° Régi- 1784, 1786, Royal-Champagne. ment Cav.).
1787, 1788, Régiment du Roi-Cav. 1793, 16° Chasseurs. 1791, 10° Rég. de Cav., ci-devant Cra- » 90e Rég* de Cav. vattes. 1799, 1er. Bat. de la 7e demi-brigade. » 20° Régiment de Cav. 1799, 12€ Hussards.
» 39 Bat. des Gardes Nat. Vol. de | 1818, 8° Dragons (du Rhône). la Somme.
(ALMANACHS D’ARTOIS, 1766-1792 ; Général Susane, HISTOIRE DE L’INFANTERIE FRANÇAISE et HISTOIRE DE LA CAVALERIE FRANÇAISE, loc. cit. Archives départementales du Pas-de-Calais, série C, Intendance).
(1) Notes d'inspection du 24 septembre 1776 ; archives historiques du Ministere de la Guerre ; carton du Régiment de Royal-Roussillon-Cavalerie.
(2) I1 ne reparait en Artois qu'en 1803 ; il est alors en garnison à Aire, et le colonel Touler le commande; il devient d'abord le 11e, puis le 5e régiment de cuirassiers actuel.
(3) Tinrent garnison à Montreuil : Royal-Lorrain (1763); Royal-Comtois (1777) ; Orléans-Dragons et Régiment d'Angouléme (1780) ; Royal-Corse (1787).;.
mn EEE
Lors de leur arrivée à Hesdin, les frères de lAmztzé a lE preuve sont en instance pour obtenir du G~. O-- des lettres patentes qui, demandées à la fin de 1778, leur seront délivrées le 15 avril suivant. Le f Et. de la Vaux, capitaine, les ff.. de Lescure, et d’Humières, détiennent les trois maillets de la loge (1) ; le premier a la réputation d'un officier instruit et intelligent, « plein de bonne volonté et de zèle »; on reconnait au second « de bonnes mœurs et beaucoup d'activité dans le service »; le dernier, « bien que jeune encore, ne manque ni de conduite, ni d’aptitudes » (2).
La Fidélité est chargée par le G-- O~. d'installer le nouvel udo on féte cet heureux événement.
Le 31 mai 1779, Amitié à VE preuve se réunit EO MEM pour recevoir les ff-- Noizet de Saint-Paul, André et Lœuillet; le premier apporte les lettres de Constitution, qu'il remet, apres en avoir donné lecture.
I] fait prêter ensuite le serment d'usage. Le f-- de Lescure souhaite, en ces termes, la bienvenue aux nouveaux arrivants : « Qu'il est doux, pour moi, dit-il, d'étre l'interpréte de vos sentiments et l'organe de vos cœurs auprès des très chers frères, députés du Grand Orient de France, qui veulent bien, en ce jour, éclairer nos travaux et leur donner la régularité aprés laquelle nous soupirions depuis si longtemps... »
Après que, le genou droit en terre et la main droite sur l'Evangile, chaque frère eût prêté son obligation, au pied du trône, le f~. de Lescure reprit la parole : « La joie et la reconnaissance, mes fréres, sont deux sentiments qui doivent nous animer en ce jour ; nous avons désormais les plaisirs purs et sacrés de l'union la plus intime; l'instant heureux qui devait ajouter le doux nom de frére à celui de camarade est enfin arrivé... » Et l'orateur, en terminant, remercie le Grand Architecte de l'Univers, qui a créé les hommes pour le bonheur (3). Fénelon, avant lui, avait déjà développé cette idée.
Jacquemont du Donjon, au nom de la Fidélité, répond à ces discours. Il le fait avec beaucoup d’a-propos et regrette que cette belle fête de l'amitié soit, en méme temps, une cérémonie d'adieu, car, dans quelques jours, le régiment d'Orléans-Dragons doit quitter Hesdin (4)
2e Bat. des Volontaires de la Somme (1792) ; Hussards Esterhasy (1804) ; Régi- WR du Bourbonnais et 44° Régiment d'Infanterie (1804). (ALMANACHS D'ARTOIS,
1763-1792 ; Général Susane, HISTOIRE DE L'INFANTERIE FRANCAISE ; HISTOIRE DE LA CAVALERIE FRANCAISE, loc. cit. ; ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DU PAS-DE-CALAIS, série C, Intendance).
(1) Nés, le premier à Issy-la-Grande, le 1er mai 1754; ; le second à Strasbourg, le 20 janvier 1752.
. (2) Archives historiques du Ministère de la Guerre ; carton du Régiment d'Orléans-Dragons.
(3) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 26 mai 1779.
DAT Régiment d'Orléans-Dragons devint le 169 Dragons; il fut esse en
Puis l’on se sépare, le cœur partagé entre des sentiments de mélancolie et de joie...
Vers la même époque, le régiment de Saintonge-Infanterie revient à Calais (1); la loge de Saint-Charles des Amis Réunis, qui fonctionne depuis plusieurs années à son Orient, compte vingt-cinq adhérents. Son vénérable est le capitaine de Berlaymont, celui-là même qui, quelques années auparavant, a échappé à la mort dans des circonstances
tragiques (2).
Officiers et sergents figurent parmi les Wienipaites de la loge; son secrétaire est, en 1774, le sergent- major Dupont.
Quelques mois apres le départ, de Calais, du régiment de Saintonge et, partant de la loge de Saznt-Charles des Amis Réunis, Bapaume voit arriver, en ses murs, le Walsh-Irlandois, avec un atelier qui fonctionne a PO~. de ce corps depuis de nombreuses années, depuis 1688, prétendent certains.
En 1777, la Parfaite Egalité est en travail à Bapaume Elle a pour vénérable le capitaine d’Arcy et pour secrétaire (3), le chevalier Walsh gui vient de faire la campagne des Indes (4). —
Un dipléme délivré a Bapaume, le 7 septembre 1777, porte les noms de plusieurs officiers, parmi lesquels figurent Jean O'Brien, qui a fait
(1) Les régiments suivants tinrent garnison à Calais au XVIII siècle O'Gilvy (1756), Champagne (1775), Champagne, Austrasie et Saintonge-Infanterie (1776), Bourgogne (1777), Médoc (1776-1778), Vexin (1778), Conti et Dillon (1788). (Général Susane, HISTOIRE DE L’INFANTERIE FRANÇAISE, HISTOIRE DE LA CAVA- LERIE FRANÇAISE, loc. cit. ; Archives départementales du Pas-de-Calais, série C, Intendiance).
(2) Berlaymont s'était embarqué pour la Guyane, en.1781, à la suite de son, régiment ; une tempête épouvantable assaillit le navire qu'il montait et qui sombra bientôt, engloutissant plusieurs compagnies ; lui-même resta pendant quatre jours, avec quelques hommes, attaché à une épave en pleine mer ; il fut recueilli épuisé et presque mort de faim.
(3) De 1777 à 1789, les vénérables sont le sergent-major Gardel (1777-1785), le lieutenant de Reste (1786), le porte-drapeau Duperrier (1789).
Pendant cette période, figurent, sur les tableaux, les capitaines Desbiéres, de Courvol, de James, Dolomieu, de Marguerite, du Rozel et Villefranche ; les lieutenants Champtiers, Denis, Desprès, Dejames et Tassin ; les sous-lieutenants Cabassoles-Ducluseau, Duponceau, Dupont, Lafferre et Lecomte.
(C. f. G. Bord, LA FRANC-MACONNERIE, p. 496).
SAINT CHARLES DES AMIS REUNIS disparut en méme temps que le régiment de Saintonge, dont le 1er bataillon forma, le 21 novembre 1796, le 81° régiment du Directoire, puis, en 1803, le 81° de ligne ; son 2° bataillon devint, le 16 mars 1796, le 75° régiment de ligne de l'armée d'Italie, souche du 2? de ligne actuel.
(4) Il demande une pension de retraite, lors de l'inspection du comte de Cely (Ile d'Oléron, 8 aoüt 1785), en raison de deux campagnes faites dans l'Inde et l'Amérique. (Archives historiques du Ministère de la Guerre : carton du Régiment de Walsh-Serrant (1770-1790).
la guerre en Allemagne, et trois campagnes sur mer ; le chevalier O’Connor, un « très joli sujet » et Shield qui « promet beaucoup » (1).
Nagle se montre « exact, intelligent et zélé, « Plunkett et Nugent font bien leur service », quoique celui-c1 soit d’une santé précaire (2),
Le séjour de ces gentilshommes jacobites, dans la petite ville artésienne, est de courte durée; en juillet 1778, ils se rendent à Quimper; le régiment est alors commandé par Georges de Kendall, qui remplace le comte de Walsh-Serrant.
Ces officiers continuent de battre maillets dans les différentes garnisons qu'occupe leur régiment. Ils choisissent successivement pour vénérables le f. Hennery, sous-lieutenant (1785), et le f-- Walsh» (1787- 1789). Le 26 juillet 1787, le f^. Nicolas-Frangois Deladerriere se présente à la Fidélité d'Hesdin, pourvu de patentes du régiment de Walsh- Irlandois (3). C'est donc que la loge fonctionne encore à cette époque; ce visiteur est admis et assiste à l’initiation du profane André de ia Bodiniére de Beaumont, capitaine au régiment de Roy-Cavalerie (4).
Le régiment d'Orléans-Infanterie, sous le colonel comte de Brabangon, tient lui aussi garnison en Artois : nous le trouvons successivement à Aire, à Saint-Venant, à Béthune et à Arras, en 1780 (5).
C'est un beau spectacle que de voir défiler, au son des fifres, dans les rues étroites des vieilles cités artésiennes, ces soldats sanglés dans leur habit blanc au collet rouge, le chapeau galonné de jaune (6).
. Sous le titre distinctif de l'7zzigté, une loge fonctionne à PO~. de l'Orléans-Infanterie ; un jeune officier, dont le nom deviendra illustre, en est l'une des premières lumières : le 1* août 1778, le f~de Musset adresse, d'Aire, une-requéte au G-- O-. ; tous ses camarades sont en Amérique et il ne peut obtenir son diplóme de macon, bien qu'il ait été initié en 1774, à la L^ de la Concorde, à l'O-- de régiment d'Auvergne ; 11 demande donc qu'une démarche soit faite
(1) Il demeure à Paris, rue Neuve-des-Bons-Enfants. Le 14 octobre 1777, Buttler légalise, à Bapaume, la signature de Bousquet, chirurgien-major, attestant les maladies de Richard Haly, capitaine, qui demande sa retraite. A l'inspection de 1775, ce lieutenant-colonel est ainsi noté : « Excellent sujet, qui a de l'intelligence et de la bonne volonté ». (Archives historiques du Ministére de la Guerre, carton du Régiment de Walsh-Serrant (1770-1790).
(2) Arch. hist. du Ministére de la Guerre, Note de l'Inspection de 1775, carton du Régiment de Walsh-Serrant (1770-1790).
(3) Livres d'architecture de la L-. de LA FIDÉLITÉ, tenue du 26 juillet 1787.
(4) Que devient la PARFAITE EGALITÉ pendant la Révolution ? Sombra-t-elle dans la tourmente qui emportait toutes les loges civiles, le G.. O.. et la Go. L.. de France? Fut-elle plus heureuse et poursuivit-elle ses travaux, se contentant de grouper autour d'elle quelques fréres zélés ? Il y a tout lieu de croire qu'elle suivit la destinée du régiment et qu'elle disparut avec lui.
(5) Le régiment reviendra, en février 1792, dans la capitale de l'Artois. Pendant ces différents séjours, il changea plusieurs fois de colonel ; au comte de Brabancon succédèrent le comte de Vauban, le ch. de la Chateigneraie de Ste- Foix, enfin M. de la Grange. :
(6) Etat militaire de France, pour l'année 1771, p. 215.
auprès des frères de l'ImZzfé, pour qu'ils l'acceptent parmi eux (1). Deux ans plus tard, le f-. Bontemps, voulant se faire agréger à la L~. d'Hesdin (2), établit qu'il a été précédemment reçu à la L“. d'Orléans-Infanterie, connue sous le nom de I’Jutimité, par M. de Brabancon, colonel du dit régiment (3).
Nous avons tout lieu de croire que le récipiendaire devait étre Artésien, car nous le retrouvons, trois ans plus tard, affilié à la L-. de Sophie-Magdeleine, reine de Suède, à 'O-. d'Arras (4). Il se voit méme chargé d'annoncer aux loges de la correspondance l'installation de ce nouvel atelier.
* ** Parmi les souverains qui, au XVIII. siècle, accordérent leur protection à la franc-maçonnerie naissante, il convient de citer Caroline de Naples et Sophie-Magdeleine de Suède. Toutes deux donnèrent
leur nom à différentes loges (5).
La première n’est cependant pas recommandable par ses mœurs.
(1) Lettre du 1° août 1778, Arch. du G.. O..
(2) Livres d'architecture de la FIDÉLITÉ, tenue du 1er jour du 69 mois 1780.
(3) Quant au régiment lui-méme, il fut disloqué lors de la réforme militaire : son premier bataillon forma, en 1796, la 87e demi-brigade de Sambre-et- Meuse ; le. second bataillon fut embarqué, la méme année, pour les Antilles. A cette époque, croyons-nous, l’INTIMITE était, depuis longtemps, en sommeil.
(4) bes. régiments suivants tinrent garnison à Arras :
737, Cuirassiers du Roi. 1782, 1787, Chartres-Dragons. B Réèt de Marsan. 1783, La Couronne.
1739, Rég* de Marsan. » Royal-Corse.
1749, Royal-Cravattes. 1778, Cháteau-Vieux-Infanterie. 1750, 1751, Noailles-Dragons. 1779, Cuirassiers du Roi. 1755, M* de camp général-Dragons. » Rouergue. 1761, 1763, Bourbon. 1780, Royal-Normandie.
1763, Diesbach. » fr Bat. du Régt de Picardie. » Régt du Berry. 1782, Rég* d'Angouléme.
» La Couronne. 1782, 1787, Chartres-Dragons.
» Vintimille. 1783, La Couronne.
» Berry. » Royal-Corse et Anjou.
1763, 1766, Noailles-Dragons. 1784, Regt d’Angouléme. 1769, Régt du Berry. 1785, 1788, Royal-Vaisseaux. » Salis-Samadie. » Royal-Champagne.
» Vigier. 1788, 1790, Diesbach.
1772, 1773, Royal-Roussillon. 1789, 1792, Régt de Bourbon. 1773, Royal, La Reine. 1791, 2e Bat. de Beauce (consigné Ci- - 1774, Condé-Dragons. tadelle Juillet). > 1775, 1776, Soissonnais. » Régt Cuirassiers. 1776, Régt du Maine. 1792, Partie d’Orléans.
» Viennois. » 1escad. du Régt de Champagne.
» Royal-Normandie. » Reinach.
1777, Régt du Dauphin et Beauce. ; » - Orléans. 1778, Régt de Touraine. 1802, 22° Demi-Brigade. » Régt d'Orléans. 1814, 15° et 20° Dragons.
» M. de camp général. :
(ALMANACHS D'ARTOIS, 1761-1792 ; Général Susane, HISTOIRE DE L'INFANTERIE
FRANCAISE, HISTOIRE DE LA CAVALERIE FRANÇAISE ; Archives départementales du Pas-de-Calais, série C, Intendance), 1 (5) Citons, entr'autres, SOPHIE-MAGDELEINE, à l'O. d'Arpajon.
L'un de ses favoris dirige sa politique si néfaste à son pays. La seconde a épousé Gustave III. Ce prince vient de périr, victime d’un complot fomenté par les nobles, dont il a méconnu les privilèges ; il laisse le souvenir d’un monarque juste et éclairé. Sa mémoire est vénérée et l’on associe son épouse a sa gloire (1).
La loge, qui se place sous le vocable de cette princesse, s’éta-. blit à Arras le 10 juin 1783. La relation de son installation est heureusement parvenue jusqu'à nous. Le père Spitallier de Seillans, de l'Oratoire, le méme qui, deux ans plus tard, tiendra le premier maillet de Amitié, remplit les fonctions de vénérable ; les frères Prévost d'Antrceil, seigneur de Wailly, et Pierre Soubirous, aide-major; celles de premier et second surveillants. Au jour fixé, les députés du G^ O-sont introduits en loge par le f.. de Campan, maitre des cérémonies; la délégation est conduite par le f-. Colin, procureur près le Conseil d'Artois et vénérable de l'Azzzzé ; de nombreux membres de cet atelier l'accompagnent. Les Loges du voisinage ont envoyé plusieurs députés pour assister à cette fête : la Parfaite Union de Douai est représentée par les ff-. H. Defroom, receveur, F. Bis, graveur royal, et P. Dubois, docteur agrégé en droit, l’Awzfié et Fraternité de Dunkerque par le f^. F. Beauverger, comte de Montgon, lieutenant-colonel du régiment d'Anjou, l'Ezozle Polaire d' Abbeville par le f~. J.-P. Combarel de Verneze, lieutenant au régiment de Savoye-Carignan, et la Farfaite Union de Montreuil par les ff. A. de Sicard et J.-B. d'Assas, capitaines ; enfin, le f-. F. Pantaléon, chevalier d’Argceuvres, brigadier des armées du Roi, est délégué par la loge de l'Azzzzé de Strasbourg.
Après que les ff. de Campan, Verdier, de Duremont, de Louverval et Darthaud eurent remis les gants aux visiteurs, en signe de bienvenue, et que le vén-- Spitallier de Seillans leur eut présenté, sur un coussin orné de pur métal et chargé d'une équerre, les trois maillets de la loge (2), lecture fut donnée de la planche à tracer du f-comte de Scheffer, ancien Grand Maitre des loges de Suéde ; il s'exprimait ainsi :
Stockholm, 2 mai 1783.
« A ma.L- de Saint-Jean, établie à Arras, sous le titre. de Sophie-Magdcleinz, Reine de Suède. »
Fy foie: Prospérité. Salut. T+ RR et Te CC TE”,
« Si j'ai un peu tardé à répondre a votre lettre fraternelle qui
m’est parvenue il y a environ un mois, ce n’a été que pour mieux
th)” ADOLPHE-F RÉDÉRIC, duc de Holstein Gottorp, élu au tróne de Suéde en 1751, mort en 1771. GUSTAVE III, GUSTAVE IV, ADOLPHE, (1771-1792) roi en 1792, déposé en 1809.
épouse SOPHIE-MAGDELEINE ~ CHARLES XIII, ge de Danemark. duc de Sudermanie, `` (2) Installation de la loge de Saint-Jean, établie à l'O... d’Arras, sous le titre distinctif de « SOPHIE-MAGDELEINE, reine de Suéde ». (V.M.DCCLXXXIII ; 1 plaq. 38 p. in-89, Arch. du Pas-de-Calais, bibliothèque départementale).
justifier votre confiance, en m’assurant du succés de la commission que vous avez bien voulu me donner. Maintenant, je suis en état de vous annoncer ce succès, la Reine m’ayant autorisé de vous dire que Sa Majesté approuve l’idée que vous avez de faire porter son Nom à la Nouvelle L~. qui va être établie à Arras, et de donner à cette L-., pour timbre et pour sceau, le chiffre et les armes de Sa Majesté. Je m'estime fort heureux d'avoir pu vous servir ainsi, TT.. RR“. et TT- CC-. FF-., au gré de vos souhaits et d’avoir eu le plaisir de vous donner cette légère preuve de l’attachement que j’ai voué pour toujours à mes FF: ».
Jai la F` d’être avec tous les sentiments de la plus sincère
; Fraternité, ir RRs: ls. Cem RES
Votre trés affectionné et très dévoué F..
Signé : Charles Comte de Scheffer.
— Les députés féliciterent les membres de la loge de la « faveur si distinguée » qu'ils venaient d'obtenir ; le f-- Colin retraça, dans un discours, les devoirs des nouveaux macons ; le f-. Deleville donna lecture de la « commission » du G-- O~. et de lacte de nomination des députés ; le f-- Lesage lui succéda et fit connaitre les Lettres de Constitution (1) ; enfin, le vén.: f-- de Seillans prononça un vif éloge
(1) Lettres de constitution de la R.. L.. de SOPHIE-MAGDELEINE, à l'O.. d'Arras : « Sur la demande présentée le vingt-septième jour du onzième mois de l'an de la V.. L.. cing mil sept cent quatre vingt deux par les ff.. composans la L.. de SOPHIE-MAGDELEINE, reine de Suéde, à l'O.. d'Arras, à l'effet d'obtenir des Constitutions pour leur L.. sous ledit titre ; vu la décision de la Chambre des Provinces du sixiéme jour du douzieme mois de la présente année, nous avons constitué et constituons à perpétuité par ces présentes, à roO.. d'Arras, une loge de Saint-Jean sous le titre distinctif de Sophie Magdeleine, Reine de Suède, pour ladite L.. commencer à se livrer aux travaux de l'Art Royal, à la charge par elle de se conformer exactement aux status et Réglemens faits et à faire en notre G.. O.., et être inscrite sur le tableau des LL.. réguliéres de France, à la date du vingt septiéme jour du dixiéme mois de l'an de la V.. L.. cinq mil sept cent quatre vingt deux, époque de la demande, approuvons et régularisons, en tant que besoin, les travaux ci-devant faits de bonne foi. En foi de quoi nous lui avons délivré ces présentes qui ont été expédiées au G.. O.. de France, scellées et Timbrées des Sceaux et Timbre de l'Ordre, signées de nous et contre signées par notre secrétaire général, le vingt quatrième jour du douzième mois de l'an de la V.. L.. cing mil sept cent quatre vingt deux. » Signés : le due de Luxembourg, f.. de la Rochefoucault- Bayets, G.. M.. des C.. du G.. O.. ; f-. duc de Gévres et Savalette de Langes, Grand Orateur d'honneur. à
..En marge est écrit : Enregistré sur le Livre d'architecture de la R.. L.. de Saint-Jean, sous le titre distinctif de l'AMITIÉ, à VO... ; oui et ce requérant le f.. orateur, conformément à l'arrêté de ce jour, etc. Fait à rO.. d'Arras, dans la L.. de l'AMITIÉ, les travaux régulièrement ouverts, le dixième jour du second mois 5782. Signés : Colin, Cauwet de Baly, Beke, Le Sage, Cot, Cauwet, J. Izambard, Scribe, Dambrinnes, le Soing, Dewamin, J. M. Francois Mury, Delepouve, Gamant flls, Moissenet, Fruleux de Souchez, Denain, Hurtrel, Caron, le marquis de Louverval, Brassart, A. Duquesnoy, Renard, N. Duquesnoy ; et par Mandement de la R.. L-. de l'AMITIÉ, Deleville, sec.. ; à côté, timbré et scellé par nous garde des scel et timbre de la R-- L.. de l'AMITIÉ. Signé, Havet. Timbré et scellé. (Installation de la L.. de Saint-Jean, etc., p. 17)... —
de l'Amitié, la loge sœur. « C'est, dit-il, en marchant sur ses traces que nous jouirons du précicux avantage qui suivra la pratique des devoirs des macons, l'exercice constant des qualités sociales, le respect pour les droits de l'humanité, la satisfaction pure et intime qui en résulte... ». Il se souvint, en terminant, de sa qualité sacerdotale : « Daigne le Grand Architecte de l'Univers protéger toujours les Ouvriers de Paix que je vois réunis pour la construction de ce Temple, répandre sur eux la prospérité dont la véritable source est en lui, fortifier notre zèle, échauffer leur cœur, animer leur esprit, soutenir leur courage et éclairer leurs succés » (1). Deux mois plus tard, les membres de Sophie-Magdeleine sont invités, au même titre que leurs collègues de Amitié, à participer aux travaux de la Fidélité d'Hesdin, à « les éclairer et à les embellir par leur présence ».
Ils déléguent trois d'entre eux pour répondre à ce gracieux appel : les ff. Beaussart de Durmont, de Campan, et de Saint-Macaire. ;
L'accueil le plus flatteur est réservé aux visiteurs ; le f~. de Saint- Martin, vénérable en exercice, les complimente. Le secrétaire de la loge rend compte, en ces termes, de cette tenue mémorable : « Sensibles à cette faveur distinguée de leur part, nous les avons reçus aprés les avoir reconnus, avec tous les honneurs à eux dûs et par tous les nombres mystérieux à eux connus, avec les acclamations les plus vives, pour leur témoigner notre joie et notre reconnaissance de les posséder, dans un moment d'allégresse générale pour toute la Loge. Les ff-- membres et députés de la Loge de Sophie-Magdeleine, reine de Suède, ont été instamment priés d’être l'interpréte de nos sentiments pour leur loge et du désir ardent et sincére que nous avons d'entretenir avec cette R-. L- une correspondance semblable à celle que nous avons avec la R^ L-. de l'A;zzzé, à l'O-- d'Arras, sous le titre de sceur » (2).
Mais, en méme temps qu'entre certains ateliers se resserrent les liens de la sympathie, un nouveau schisme apparait à Arras.
* Comme l'Azzzzé l'a fait, quelques années plus tôt, les Amis Réunis se séparent de la Constance pour fonder un atelier distinct.
En 1785, les fréres dissidents ont réussi à détacher la plus grande partie des adhérents de cette loge et trois ans plus tard, ils sollicitent des lettres patentes du G`- O-- qui s'adresse, comme il a coutume de le faire, à la Fidélité d'Hesdin pour obtenir des renseignements sur la régularité de leurs travaux.
- (1) Installation de la loge de Saint-Jean, etc., p. 23.
(2) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 6 aoüt 1783.
Lorsque, le 30 avril 1790, là RÉUNION, d'Aire, demanda des lettres de Constitution au G.. O.., le tableau qu'elle fournit à l'appui de sa requête était visé par la FIDÉLITÉ, d'Hesdin, et par SOPHIE-MAGDELEINE, d'Arras ; ce fut la dernière manifestation de vitalité de cette dernière loge. (Archives du G.. OR):
Pendant les années qui suivirent, ces trois loges sombrérent dans la tourmente révolutionnaire ; la FIDÉLITÉ et l’AMITIE survécurent à ces rudes assauts ; SOPHIE-MAGDELEINE fut moins heureuse : son sommeil devait étre éternel.
Mais, les membres de cette loge sont en relations trop cordiales avec leurs frères de l'Amzfié et dé Sophie-Magdeleine d'Arras pour approuver l'établissement d'un nouvel atelier qui, avec la Constance, serait le quatrième de cette ville; ils donnent un avis défavorable à la demande de constitution de cette « prétendue loge » (1).
En outre des Amis Réunis qui battent maillet dans la capitale de l'Artois, cette année 1785 voit naître, à Hesdin, un nouvel atelier au sein du régiment de Royal-Champagne; par ailleurs, las de la tutelle de la Fidélité, les Cœurs Choisis de Doullens réclament leur autonomie.
Le Royal-Champagne est un corps d’élite (2) ; le prince de Robecq et le marquis de Lambert ne tarissent pas d’éloges sur cette troupe et sur les officiers qui en ont le commandement : « L’espéce des hommes est belle et fort élevée, déclare le premier ; l’espèce des chevaux est très bonne et bien choisie ; les dragons ont de la bonne volonté ; ils se conduisent très sagement » (3).
Alors que beaucoup de régiments changent souvent de garnison, le Royal-Champagne est privilégié : il demeure plusieurs années à Hesdin. Des relations cordiales s’établissent entre civils et militaires et la création d’une loge vient les resserrer encore.
Celle-ci porte le titre distinctif de la Parfaite Union. Elle s'est constituée, dès l’arrivée du régiment. Ne disposant alors d’aucun local, elle emprunte celui de la Æzdélité, dont les membres, malgré plusieurs expériences fâcheuses, sont toujours prêts à obliger leurs frères. Aux banquets de la Saint-Jean, aux tenues extraordinaires, les deux loges se réunissent ; aucun nuage ne trouble le ciel de leur amitié (4).
Quelles sont les causes de cet engouement pour l’Art Royal ? Ne les cherchons ni dans un dessein politique de certains agitateurs, ni dans la bienveillance des pouvoirs publics, qui se contentent de laisser faire et qui veulent ignorer l'existence des temples mystérieux ; cet entraînement est dû au dévouement de maçons zélés, tels le marquis de Milly, à Doullens, et le comte de Clermont-Tonnerre, à Hesdin (5).
(1) Livres d'archit. de la L.. de la FIDÉLITÉ, d'Hesdin, tenue du 1°% mai 1788.
(2) Un tableau, conservé dans lune des salles de l'Hótel-de-Ville d'Hesdin et dont*nous donnons la reproduction, représente une revue du Royal-Champagne, sur la place de cette ville.
(3) Arch. hist. du Min. de la Guerre ; inspection du 13 septembre 1777 ; carton du régiment de Royal-Champagne.
(4) Le régiment séjourna à Hesdin, une première fois de 1735 au 25 septembre 1741, puis de 1784 à 1787 ; il vint ensuite successivement à Béthune et à Arras en 1787, et à Saint-Omer en 1788 ; il retourna enfin à Hesdin.
(B) Le cachet que nous reproduisons à la fin de ce chapitre est celui qui scelle la. lettre adressée d'Aire, le 1er aoüt 1778, RE le f.. L.-A.-M. de Musset, au G.. O..