‹ La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe SiècleChapitre 23 sur 71 · NIE · texte numérisé non relu

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(2) Livres d'arch. de la L-. de la FIDÉLITÉ, tenues des 13 mars 1779 et 6 février 1782.

(3) Nous avons pu établir une liste de la plupart des régiments qui tinrent garnison à Montreuil. La voici :

1708, Partie du Régiment Royal-Cavalerie ; 1763, Régiment Royal-Lorraine Cavalerie ; 1777, Partie du Régiment Royal-Comtois Inf. ; 1779, Partie du Régiment Angouléme-Dragons ; 1/80, Régiment d’Orléans-Dragons ; 1782, Partie du Royal-Corse Inf. ; 1792, 2° Bataillon des Volontaires de la Somme ; 1802, 2 Compagnies du Bourbonnais-Inf. ; 1804, 1 Compagnie du Bourbonnais-Inf. ; 1804 et 1805 (camp), Hussards d’Esterhasy ; 1805, 1807 (camp), 39° Régiment du Consulat. (Almanachs d’Artois, 1763-1791 ; Général Susane, Histoire de la Cavalerie Francaise, Paris, Ed. Hetzel, 1874, 2 vol. ; Histoire de l'Inf. Franç., Paris, Dumaine, 1875, 5 vol. Arch. départementales du P.-de-C., série C, Intendance).

(4) D’apres le tableau de 1788, il convient d'ajouter les « AMIS-RÉUNIS » et l’« ETOILE POLAIRE », à Paris ; le « PARFAIT SILENCE », à Strasbourg ; la « PAR- FAITE HARMONIE », à Abbeville; les « FRERES D'ARMES » du Régiment de Berry- Cavalerie. La correspondance est adressée sous le couvert de l'anagramme Pefrat Noinu. WS :

(5) « SAINT-LOUIS DES AMIS-RÉUNIS » et « LA PARFAITE UNION » de Calais, précédemment pressqnties, avaient décliné l'invitation et le refus de la première de ces loges est d'autant plus explicable que le f.. Pigault de Grammont et plusieurs de ses collègues les plus distingués avaient appuyé la demande de Constitutions des Membres de « SAINT-FRÉDÉRICK ».

Cette requête, datée du 28° jour du 3 mois 1788, était signée de Le Riche de

ses deux surveillants, Dupuis de Rame et le chevalier de Cossette, le même qui, comme page, se distingua, quarante ans plus tôt, à la bataille de Fontenoy (1).

Dans son discours, le délégué de la Parfaite Union définit le rôle du nouvel atelier : « Il va, dit-il, unir par des nœuds indissolubles une société respectable d'hommes vertueux qui, désormais, vont uniquement s'occuper du bonheur de l'humanité » ; et, aprés avoir montré à ses fréres toute l'étendue de leurs devoirs, il termine son allocution par une invocation au Grand Architecte de l'Univers qui ne manquera pas « de mettre en leurs mains le compas de sa sagesse et de les placer toujours au niveau du bonheur ».

Le f-. Mariette, avocat, lui répond, au nom de la loge de Boulogne, dont il est l'orateur ; il le fait avec autorité, car le monde des Arcanes est pour lui sans mystére : Mariette-bey, son petit-fils, étudiera l'architecture des monuments de l'Orient, lui se contente de décrire, avec un grand luxe d'imagination, P CE du temple de

Salotnon (2).

La Fidélité vit également en association libre avec la Parfaite Harmonie d' Abbeville.

Le tableau de cette loge, pour l'année 1775, nous révéle les noms des ff-. Anselme Collenot, marchand drapter, qui, à ses instants de loisir, est bibliomane, J.-B. Homasset, célébre teinturier-chef des Gobelins, devenu fabricant de velours d'Utrecht, et Samuel van Robais, dont l'établissement industriel a été fondé en 1665, sur l'initiative de Colbert ; ses cent métiers confectionnent des draps façon de Hollande ; lui-méme est un philanthrope : il a fait construire auprés de son usine, un bátiment commun pour y loger ses ouvriers.

Le maillet de vénérable est successivement détenu, à la Parfaite Harmonie, par les ff-. de Latre, l'ainé, négociant et d'Hervey, ancien officier. L'atelier groupe une élite. intellectuelle et crée, le 24 mars 1785, un chapitre, où sont admis les adhérents de la loge de l'Ezoz/e Polaire, qu'il vient de fonder. Ce fait trés significatif mérite d'étre signalé, car l'on a rarement l'occasion de constater, entre les ateliers

Bergues, procureur de la Sénéchaussée ; Mariette, avocat ; Ducrocq de Bancres, vénérable ; Redpeath et Claude Becquerel, négociants ; Green et Dorrington, écuyers ; Francois Delastre de Mepas, gentilhomme ; Gaillard, oratorien, etc. La Loge Boulonnaise était également patronnée par les ff.. Leblanc, Carré, Devot, de la « PARFAITE UNION » de Montreuil (Archives du G.. O.. ; planche à tracer du 28¢ jour du 3° mois de l'année 5788).

. (1) Le chevalier de Cossette était né à Montreuil le 12 juin 1728 ; il avait donc 17 ans lorsqu'il prit part à la bataille de Fontenoy ; en 1788, il était offi- . Cier au régiment Colonel-général d'infanterie francaise étrangère.

(2) Le procés-verbal de l'installation solennelle porte la date du 27e jour du 9e mois 5788, et la signature du f.. Gama. (Archives du G.. O..).

d'une méme ville, des sentiments aussi fraternels (1). Est-ce pour resserrer encore ces liens de sympathie qu'en 1785, la Parfaite Harmonie choisit le méme député au G“ O~. (2).

Celui-ci est précisément Pioger, futur mayeur d'Abbeville, qui, avec quelques amis, a constitué la loge aristocratique de l'Etoile Polaire. Le lieutenant au présidial de Groux, quelques avocats au Parlement, dont maitres de Florival et d'Avrincourt, deux rapporteurs du point d'honneur, Douville de Picalle, Wignier d'Avesnes, et quelques officiers y forment un petit groupe fraternel. Robert Blondin, religieux de Cluny, prieur de Saint-Jean du Vivier, et Charles Buteux, avocat au Parlement, représentent seuls les gens de roture. C'est à la Fidélité que songent naturellement ces fréres pour obtenir des Constitutions du G“ O-. (3). Le 17 décembre 1779, Pioger écrit dans ce but à Videlenne, avocat à Hesdin, et l'un des dignitaires de. cette loge (4) ; il lui demande les conditions pécuniaires mises à la réception d'un profane. Il avoue que ses collégues et lui voudraient limiter les frais au strict minimum. Mais il n'en attend pas moins une réponse favorable, car il est convaincu que « l'intérét est le moindre souci de la maçonnerie ».

En cela, Pioger fait preuve de naiveté. Il est bientót rappelé à la réalité. Videlenne lui répond qu'on le recevra volontiers, lui et ses amis, et que le prix de chaque réception est fixé à la somme de soixante livres par initié et de six seulement pour les fréres servants, plus douze livres pour frais ce loge.

La. dépense parut trop lourde aux postulants ; mais tel était leur désir de régulariser leurs travaux que, ne pouvant accepter ces conditions, ils s’adressérent à la Parfaite Harmonie ; celle-ci, avec un désintéressement louable, s'employa à leur faire obtenir satisfaction, y réussit, et procéda elle-méme à l'installation de leur atelier : avec

(1) Nous savons que la PARFAITE HARMONIE avait recu, du comte de Clermont, des Constitutions de la G.. L.. le 31 janvier 1764 ; elles étaient adressées à d'Herny, vénérable, Claude Patin, 1er surv.., et Charles Gaffé, 2° surv.'. ; elles portaient deux sceaux, l'un de la G,. L.. des Maîtres de l'O. de Paris, l'autre de la L.. régulière d'Abbeville (Archives du G.. O.:.) ; elles avaient été renouvelées par le G.. O.., le 11 janvier 1775 ; la correspondance était adressée à Jean-Marie Trophat, anagramme de PARFAITE HARMONIE ; le député était de Corrégio.

(2) Eugène-François-André de Pioger, seigneur de Rétonval, chev. de St- Lazare et du Mont-Carmel, né à Rétonva] (Aumale), le 6 juillet 1750 ; il fut également conservateur de la bibliothéque d'Abbeville et secrétaire de la Soc. d'Emulation.

(3) La PARFAITE HARMONIE fut réinstallée en 1807, par les soins de la PARFAITE SINCÉRITÉ, d'Amiens ; le Souv.. Chap.. d'Abbeville fut inauguré le 30 schevet (juillet 1809) par les députés de la FIDÉLITÉ ; le bref avait été délivré par le G.. O.., le 2 janvier précédent.

Le f. Baron, contróleur des contributions indirectes, fut vénérable de 1808 à 1810 ; le f.. Darcourt en 1813 ; le f.. Hecquet, notaire, en 1814; son député au G.. O.. fut, de 1808 à 1814, le f.. Delaunay.

(4) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 17 décembre 1779.

de Pioger, les ff. Douville de Maillefeu et du Maisniel de Saveuse en furent les premières lumières (1).

Le tableau de 1780 nous montre que tout ce que la noblesse de robe ou d'épée compte de distingué à Abbeville, s'est fait inscrire à la nouvelle loge : voici Gabriel Blondin, seigneur de Bazonville, mayeur de cette ville ; J.-B. de Oueux, lieutenant au présidial ; Charles du Maisniel, seigneur de Belleval, Omatre et autres lieux, naturaliste et botaniste connu, l'un des collaborateurs de l'Encyclopédie, et Charles Béguin de Nampont, conseiller du Roi ; l'armée n'est pas moins bien représentée par les ff-. Lefebvre de Villers, officier de chasseurs à cheval ; Anselme de Sicard et de Combarel, capitaines au Savoye-Carignan ; dés 1786, le baron de Flers, le comte-de Laudun et la plupart des officiers du Régiment de Commissaire-Général-Cavalerie s'y affihent à leur tour (2) ; figurent également aux tableaux de cette loge : Barnewal, vicomte de Kingsland, baron d'Hervey, pair d'Irlande, et, aux côtés de ce très noble personnage, Théophile Van - Robais, banquier, Douville de la Fresnoye et Lefevre du Grosriez, avocats au Parlement ; pour faire bonne figure, certains n'hésitent pas à se parer, à la loge, de titres nobiliaires dont les registres paroissiaux de l'époque ne font aucune mention (3).

Quelques années plus tard, lEzozle Polaire devient un atelier presque exclusivement militaire ; les f“ de Chateauvieu, de Vauquelin de Sacy, du Tertre et de Chaillot de Clausonette, tous officiers, en sont les principales lumières, avec le f.. Le Maire, prêtre, aumónier du Régiment de Commissaire-Général-Cavalerie (4).

ll était dit que la Parfaite Harmonie trouverait toujours à ses côtés un atelier dissident et qu’elle ne parviendrait point à réunir dans son temple l’ensemble des maçons de la ville. La loge de Marie-Louise succéda à l'Ezozle Polaire et reçut des Constitutions du G~. O~. (5). Elle était composée d’artisans, de négociants et de petits bourgeois. Sur son premier tableau, figure un prêtre, Pierre Rabier, indiqué comme ayant été initié au troisième degré, en son couvent des Minimes, à Lille ; d’où nous concluons qu'au XVII” siècle, il existait des loges

(1) Ces deux derniers possédaient des brevets délivrés, en 1773, par le .F.. Bosquillon de Frescheville, maitre de la L.. L'UNION MILITAIRE DE CALAIS (Archives du Grand-Orient ; tableau de 1780).

(2) Archives du G.. O.., tableaux de 1780, 1782 et 1783.

(3) Cette remarque s'applique à la plupart des loges artésiennes et, en particulier, à SAINT-FRÉDÉRICK DES AMIS-CHOISIS, de Boulogne-sur-Mer ; la famille des Le Camus, par exemple, se donne des titres nobiliaires de haute fantaisie. Consulter, sur ce point, nos notes biographiques sur les francs-maçons artésiens. (Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ à l'O... d’Hesdiin, IVe Part.).

(4) Archives du G.. O.. de France, tableau de 1787. L'atelier auquel Marie-Louise avait donné son nom, ne devait pas survivre à l'Empire. I] disparut en 1814 et pour toujours.

(5) En 1810. SUNA a x

maçonniques dans les monastères et les abbayes et que certains religieux n’hésitaient pas a s’y inscrire (1).

La Parfase Harmonie survécut à l’une comme à l'autre de ses rivales. Quand, à son tour, elle tomba en sommeil, le souvenir méme de celles-ci était perdu depuis longtemps (2).

Un demi-siécle aprés sa disparition, elle devait étre remplacée par une loge dont elle eut sans doute répudié les principes philosophiques (3), mieux adaptés cependant à la mentalité des arriéres-petitsfils de ceux qui avaient vu, à Abbeville, la mise en jugement et l'affreux supplice du chevalier de la Barre (4).

(1) Archives du G.. O.., tableau de 1810 ; Pierre Rabier est né à Paris, en 1741 ; c'est vraisemblablement avant la Révolution qu'il fut initié aux mystères de la franc-maconnerie.

(2) L’existence de la « PARFAITE HARMONIE » se prolongea, pendant quelques années encore, avec des alternatives de sommeil et de réveil. C’est ainsi que le 5 mars 1866, cette loge célébra une cérémonie funèbre, en souvenir du f.. Wesignier, son vénérable d'honneur. {Archives du G.. O.. de France). E

(3) « LA SOLIDARITÉ PICARDE », fondée en 1894 et dont l'adresse est 58 bis, rue Marcadé.

(4) Jean-Francois Lefebvre, chevalier de la Barre, né à Abbeville en 1747, mort en 1766 ; faussement accusé d'avoir, dans cette ville, sur le pont de la Somme, mutilé un crucifix, il fut condamné à subir la question, à avoir la langue et la main droite tranchées et à étre brülé vif.

. Le Parlement de Paris permit, par indulgence, qu'il fut décapité avant d'étre livré aux flammes ; La Barre endura avec courage son cruel supplice, qui eut lieu à Abbeville méme.

Voltaire flétrit, comme il le méritait. le fanatisme qui l'avait fait condamner et, en 1793, 1a Conventión Nationale réhabilita sa mémoire,

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