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CHAPITRE V

LES FRERES, LA REFORME DU DUC DE CHOISEUL ET LA VIE MUNICIPALE EN ARTOIS

Les édits de 1764 et de 1765. Leur application en Artois. Protestations de Quarré de Chelers, mayeur d'Arras et du f-. Bacler.

Les édits de 1771 et 1773. Retour en arriére. La représentation des RE sans. Les Etats d'Artois défenseurs des priviléges de la province.

Conflit entre le Conseil d'Artois et les Etats, au sujet de la suppression des sonneries des cloches aux funérailles des gens de qualité. Les macons de l'un et de l'autre corps épousent les querelles de celui auquel ils appartiennent.

Le f-. Blin de Bourdon, mayeur d'Hesdin. Création du bureau dé charité. -

Les ff. du Quesnoy, Grimbert, Fruleux de Souchez et Lesage à l'Echevinage d'Arras. L'instruction des enfants pauvres.

Le f.. de Locher, mayeur d'Hesdin. La question des prisons.

La malheureuse guerre de Sept ans vient de se terminer par le traité de Paris (1763), qui est l'occasion de grandes réjouissances à Arras, au passage du duc de Bedfort, ambassadeur d'Angleterre. Louis XV se dispose à régénérer le royaume dans l'ordre, à défaut de la gloire. Les édits d'aoüt 1764 et mai 1765 établissent un nouveau statut municipal ; ils consacrent un réveil de l'esprit public contre le maintien des fonctions échevinales dans ces familles devenues une « caste d'aristocratie bourgecise » (1) et à qui des places, gratuites en principe, procurent d'illégales rémunérations (2). Ces édits vont donner lieu à maintes contestations en Artois.

Depuis quinze ans, les ville et cité d'Arras se trouvent réunies ;

(1) Cf. Henry Cochin, UNE TÉNÉBREUSE AFFAIRE ; ANNALES DU COMITÉ FLAMAND, "EUXXVILL p: 397.

(2) Antérieurement à la promulgation de l'édit de 1765, une enquéte fut faite, en Artois, sur les appointements des officiers municipaux ; d'une lettre adressée au Ministre par le f.. Carpentier, d'Hesdin, le 1er septembre 1764, nous extrayons le passage suivant : « On tire des appointements sur différents objets tels que sur l'auberge des toiles, mesurages sur les grains, marques des cuirs, bestiaux, en général, conduits à la. boucherie, consommation de marée. Chaque échevin, au nombre de 6, se trouve payé de 150 livres, le mayeur qui est à leur téte un peu plus et quand ces perceptions de-droit ne sont point suffisantes pour remplir ce qui se trouve fixé à un chacun, on m'a fait entendre que c'était l'argentier ou receveur de la ville qui satisfesoit ; je ne peux parlez plus positivement à moins que les comptes de la ville ne soient percus. » Arch. dép. du P.-de-C., série C. (Etats d'Artois, Municipalités).

Le f.. Carpentier ne figure pas sur les tableaux de la FIDÉLITÉ, mais il signe par deux traits et deux points.

A Arras, le produit de la charge de mayeur consistait en droits de robe et autres s'élevant à environ 800 livres.

les habitants sont soumis à la coutume locale et à la juridiction des maire et échevins de la ville, tant au civil qu’au criminel (1).

Le corps échevinal se compose du grand-bailli, du mayeur, de deux conseillers pensionnaires, d’un procureur, d’un substitut, d’un greffier, d’un argentier et d’un lieutenant de bailli ; plusieurs de ces fonctions sont érigées en offices ; quant aux échevins, deux gentilshommes, cinq avocats et deux notables, ils sont désignés par le

Parmi les premiers titulaires, plusieurs appartiennent a des familles ot l'Art Royal n’est pas inconnu : Ansart et P. Galhaut sont nommés conseillers pensionnaires ; H.-A.-L. Deslions et A. Le Ducq figurent parmi les échevins. Les deux premiers comptent parmi les partisans les plus zélés de l'édit de réunion, contre lequel le clergé — Mgr Baglion de la Salle en téte — entretient une agitation aussi véhémente que stérile ; trois chanoines sont méme l'objet de poursuites pour avoir publié contre eux des écrits diffamatoires.

Choiseul va, par une réforme hardie bien qu'imparfaite, transformer ces différentes institutions ; l'édit du mois d'aoüt 1764 établit, pour toute dépense des deniers patrimoniaux, un contróle du corps échevinal et décide qu'à l'avenir les notables é/zvont au scrutin le maire, les officiers municipaux, dont le nombre sera proportionné à la population, et les receveurs des deniers communs.

Dans certaines villes de province, l'opposition du Magistrat à cet édit est assez vive : à Arras, on craint de sourdes menées et Choiseul écrit, le 15 octobre 1764, à Caumartin, Intendant de Flandre et d'Artois : « Le Roi n'a rien vu, dans son édit du mois d’août dernier, qui doive faire excepter l'Artois de l'exécution de cette loi. Sa Majesté est persuadée que le choix qui sera fait en conséquence par les villes et communautés, de leurs officiers municipaux, animera de plus en plus la confiance et ne produira qu'un bon effet pour son service et pour l'avantage de la province ».

Il n'en est malheureusement pas ainsi ; « aprés des difficultés et des lenteurs trés répréhensibles en elles-mémes, et dont il est aisé de pénétrer le motif », l'assemblée des notables est convoquée pour le 8 novembre 1764, en des termes tels que les intéressés peuvent ne pas comprendre le but de la réunion projetée. Choiseul rend compte au roi de ces agissements et il tance d' importance M. de Briois, président du Conseil d'Artois : « Sa Majesté m'a chargé de vous écrire que sa volonté est expressément que l'assemblée indiquée au 8 ne se sépare pas, sans que le renouvellement général des officiers municipaux, désigné dans ma lettre du 15 octobre, soit entiérement fait (2).

(1) Edit d'octobre 1749.

(2) Lettre de Choiseul à Briois, Ms. Mouton, T. I., p. 29-30, cité par M. le chanoine Looten, LA RÉFORME MUNICIPALE DU DUC DE CHOISEUL ET SON ÉCHEC DANS - LA FLANDRE MARITIME, Lille 1919, p. 25.

Cette lettre et plusieurs autres ayant trait au méme- objet ont été publiées par M. Guesnon, INVENTAIRE CHRONOLOGIQUE DES CHARTES DE LA VILLE D'ARRAS, pp. 483 et suiv. (Arch. mun. d'Arras, A.A., 29 et 30).

Le. 145 ik

Le Magistrat est renouvelé, selon les prescriptions de l'édit ; les membres réfractaires sont réprimandés par le f-. duc de Chaulnes et des lettres de cachet les éloignent de l'assemblée nouvelle (1)

A Saint-Omer, la réforme est appliquée, sans donner lieu à une résistance sérieuse ; l'opposition a son origine dans quelques amourspropres froissés (2).

A Hesdin, le Magistrat avait été précédemment renouvelé le 10

. Juillet 1764, et, à cette occasion, le Subdélégué avait envoyé à l’Intendant de Flandre et d'Artois, une liste de candidats, placés par ordre de préférence ; nous y trouvons des francs-macons, dont certains sont l'objet de remarques plus ou moins désobligeantes ; c'est ainsi que nous apprenons que le f~- Playoult, médecin, « n'est pas travailleur », et que le f-. Jouve est « très pauvre et a une mauvaise tête » ; dans ce dossier figurent des recommandations émanées de francs-maçons : le f- de Chevreuse s'intéresse à la nomination du f-. de Bonne, marchand drapier, et le f duc d'Havré et de Croy, à celle du f-- Jouve : ni l’un ni l'autre ne sont désignés (3).

Sitót que l'on apprend, en Artois, que plusieurs dispositions de Pédit de 1764 vont être modifiées, les Etats chargent le f-- Camp, député du tiers à la Cour, de suivre de prés cette « grande affaire de la municipahté ».

Les gens en place se démènent ; le maire d'Arras, M. de Chelers, ne quitte pas M. de Canchy, second député à la Cour : « Il prétend, écrit Camp, le 18 avril 1765, que la mairie d'Arras étant un fief de propriété héréditaire, on n'a pu le destituer » ; quant au second, il affirme hautement que « l'office de procureur-syndic est inhérent à la juridiction purement de judicature et inamovible, sans une procédure réguliére pour la destitution » (4), Camp rassure ses concitoyens : le maire restera électif et en exercice pour trois ans, « mais à raison de trois sujets dont le roi nommera un »; d'autre part, 1l n'y aura que quatre échevins, le nombre des électeurs sera réduit et ils seront pris dans chaque ordre ; les procureurs du roi rempliront « les fonctions juridiques des échevinages, au lieu du grand-bailli ». En vain s'est-il opposé à cette méconnaissance des priviléges de la province; on lui a répondu en invoquant les principes...

Sur ces différents points, l'édit de mai 1765 va consacrer un retour en arrière.

La nouvelle déclaration laisse, en effet, subsister maints abus : le cumul dans le corps échevinal des fonctions administratives et judiciaires, l'absence de représentation pour les artisans, la superposi-

(1) Looten, loc. cit., p. 44.

(2) Ibid., pp. 44-57.

(3) Arch. dép. du P.-de-C., série C. 478. (Intendance).

(4) Extrait d'une lettre écrite au Magistrat d'Arras par M. Camp, député à la Cour pour le Corps du Tiers-Etat des Etats d'Artois ; Arch. dép. du P.-de-C., série C. (Etats d'Artois, Municipalités).

tion des administrations ecclésiastique, seigneuriale et communale ; enfin, la réforme n’est pas applicable aux villages.

Son premier résultat est d’amener la suppression d’un certain nombre d’offices : en principe, les titres acquis doivent étre remboursés, à partir du 1° juillet 1765 (1). Mais le Trésor est vide et de nouvelles. réclamations ne tardent pas a éclater ; les unes ont trait aux nécessités administratives, sans mettre en cause l’édit lui-même; les autres tendent a la restriction de la représentation des artisans ; d’autres enfin émanent des gens dépossédés, auxquels on a omis de restituer le prix de leur office.

L’élection des notables a lieu sans incident, a Arras; le 3 sudiet 1765, après que les députés des ditférents corps eurent prêté serment de donner leurs suffrages « suivant les lumières de leur conscience » ; cependant, avant de se séparer, les membres de l'Assemblée signent un procès-verbal pour protester — mais avec combien de réticences et de circonlocutions — contre l'insuffisance de quatre échevins, pour assurer les services qui leur incombent (2). Choiseul ne leur en tient pas rigueur et, le 20 aoüt suivant, il vient visiter Arras. Selon le nouvel ordre de choses, il est harangué, non plus par le conseiller pensionnaire, hier encore le personnage le plus important de l'Echevinage, mais par Lefebvre de Gouy qui remplace le mayeur absent.

Le 8 octobre suivant, à 9 heures du matin, les officiers municipaux et les notables de la ville d'Arras, dont plusieurs appartiennent à la L- de l'Azmzzé, se réunissent en l'hótel commun « après le son de cloche »; le Premier Président du Conseil provincial d'Artois et le Procureur Général ne s'étant pas rendus à la convocation qui leur a été adressée, les membres de l'assemblée demandent que le nombre des ' échevins soit porté à neuf et qu’ « aucuns conseillers, ni austres officlers » ne puissent faire partie du corps municipal; ainsi s'explique l'abstention des magistrats.

Parmi les signataires de ces représentations au roi, certains appartiennent à la loge, ou y comptent des parents, tels, par exemple, les ff-- Lesoing, Bon Lallart, Forgeois, etc... (3).

En vain font-ils appel au concours du corps échevinal d'autres villes de l'Artois; le 18 avril 1766, ils s'adressent au Magistrat d'Hesdin, pour lors en majorité composé de francs-magons ,et ils le prient

(1) EDIT DU ROI CONTENANT REGLEMENT POUR L'EXÉCUTION DE CELUI DU MOIS D'AOUT 1764 DANS LES VILLES ET BOURGS DU ROYAUME ; à Marly, du mois de mai 1765. Registré le 17 mai 1765, Paris, chez P.-J. Simon, 1765, in-4° 6 p.

(2) Procés-verbal de la nomination des notables, 3 juillet 1765. Cf. pere blées des Notables des 24 et 25 juillet 1766. Arch. dép. du P.-de-C., série C. (Etats d Artois, Municipalités).

(3) Arch. dép. du P.-de-C., série C. TRÈS HUMBLES ET TRÈS RESPECTUEUSES RE- PRÉSENTATIONS des officiers municipaux et notables des ville et cité d'Arras, du 8 octobre 1765.

d’envoyer a Arras, le 5 mai suivant, un délégué avec « pouvoir suffisant » pour « oul Sree sur les AE de la municipalité ».

Les échevins d'Hesdin répondent, le 25 avril, que « n'ayant d'autre intérét que la conservation du corps municipal dans l'état qu'il vient d'étre composé, par ordre de Sa Majesté », ils se soumettent aux précédents édits (1).

Le maire d'Arras, Quarré de Chelers, qui protestait déjà contre celui de 1764, ne reste pas inactif; il prétend posséder à vie cet office tenu de son pére Quarré du Repaire, qui a versé cinquante mille livres pour son acquisition ; un arrét du 17 juin 1738 a défini ses droits ; il entend les conserver : nommé mayeur, il jouit des intéréts de la somme avancée, des honneurs, prérogatives et priviléges de sa charge et il a voix délibérative dans les assemblé@s échevinales. -

Or, le marquis de Beaufort vient d'étre nommé à l'élection, le 11 novembre 1764 ; Chelers a donc cessé d'étre « l'homme commis et desservant le fief de la mairie d'Arras » ; il ne lui reste d'autre espoir que celui de se voir choisi comme maire d'Arras par l'élection légale et libre ; c'est, certes, tout ce qu'il « pourroit et devroit rechercher » (2).

Mais, comme il n’a méme pas de domicile en ville et qu'il continue de résider à Paris, ses chances sont douteuses ; il préfére demander la liquidation de son office.

On ne met aucune diligence à lui répondre; aussi, le 19 avril 1768, renouvelle-t-il sa requéte et se fait-il plus pressant (2).

Les maveur et échevins des ville et cité d’Arras remarquent par l'organe de Delegorgue — père de franc-maçon, s'il ne l'est luiméme — que le défaut d'intérét personnel les « met en garde contre les conséquences qui pourroient en résulter ».

Ils ajoutent assez naivement : « Le remboursement des finances qui lui seroient accordées serviroit de prétexte à plusieurs autres dans un temps oü l'état de notre caisse ne nous permet pas d'y fournir, sans faire manquer le service »

(1) Arch. dép. du P.-de-C., série C. 478.

(2) Ibid., série C, premiere requéte du sieur de Chelers :

« Requéroient à ces causes qu'il plut à Sa Majesté ayant égard à la dite requéte évoquer à roy et à son conseil l'assignation donnée le 30 juillet 1765 au Marquis de Beauffort maire actuel de la dite ville d'Arras, en conséquence de la saisie féodale du fief de la mairie de la dite ville faite à la requéte du Procureur de sa Majesté au bureau des finances de Lille, ce faisant déclarer la dite saisie féodale nulle, décharger la dite ville d'Arras et le maire d'icelle à l'avenir de toute foy et hommage, de prestation de tous devoirs féodaux et du paiement de tous relief et tiers chambellage qui pourroient étre dus pour raison du fief de l'office de Maire électif, en exécution de l'Edit du mois d'août 176; et mai 1755, faire défense à son procureur audit bureau des finances de faire aucune poursuite, ni procédure pour raison dudit fief, et ordonner- que toutes lettres nécessaires seront expédiées sur larrét qui interviendra... »

(3) I demande le remboursement de la finance de l'office de maire, mais il « poursuit, à cet égard, les.intéréts d'un.tiers, puisque cette finance ne luy appartient pas, mais bien à ses cadets », auxquels il en paie annuellement les intérêts. f ; ERUN : 2 SJ EU METRE à

L’infortuné Chelers n’est pas plus heureux dans sa seconde réclamation. Il demande la « qualité de maire honoraire » ; cela, lui répond-on, ne lui donnerait pas un « nouveau lustre », puisqu'il n'a jamais habité Arras ; de plus, ce titre pourrait lui permettre de solliciter des exemptions et l’autoriserait à assister aux assemblées des notables et à prendre connaissance de leurs délibérations.

Les deux requêtes de l'ancien mayeur d'Arras sont donc écartées. Le Magistrat qui défend avec tant de zèle ses intérêts matériels et moraux, soit contre l'autorité supérieure, soit contre les anciens titulaires d'offices, fait preuve, à l'égard de ses subordonnés, de rigueur et d'arbitraire ; c'est ainsi que le greffier Bacler, l'un de ses collaborateurs les plus dévoués, — le méme qui sera maitre des postes et membre de l'Amitié -- se voit obligé de résilier ses fonctions, pour avoir publié sa Chronique d'Arras, dans laquelle il n'attaque cependant aucun de ses concitoyens.

Ces petites querelles vont faire place à d'autres débats plus importants. La réforme de Choiseul a le tort de nuire à trop de droits acquis. Les titulaires de charges, qui poursuivent le remboursement de la finance de leur office, sont nombreux et comme on ne peut les satisfaire, ils ménent contre les édits une lutte sans merci. Mais, ils ont contre eux les Etats d'Artois et les municipalités de la province; leur situation parait désespérée.

Au mois de mai 1766, Top, ancien échevin de la ville de Bailleul et l'un des adversaires les plus zélés des priviléges, écrit, de Paris, à Hadou, son collégue de Merville : « La bombe est crevée ; nous verrons bientót renaitre, dans le sein de notre chére patrie, l'union et la tranquillité par l'exécution des édits... » (1).

Le 14 août 1768, le f.. Camp communique aux députés généraux et ordinaires des Etats d'Artois l'arrét du Conseil du roi du 15 juillet 1768, qui consacre le maintien des priviléges de la province ; il leur adresse ses félicitations, pour le succés qu'ils viennent d'obtenir « dans la grande affaire de la municipalité, d'autant plus intéressante pour la province que son indécision continue à nourrir depuis trop longtemps des troubles et des divisions intestines » ; il ajoute qu'il convient de ne pas publier cet arrét avant le renouvellement des échevinages, « c'est, dit-il, le seul moyen de prévenir les intrigues qui pourroient étre mises en usage, pour faire valoir des sollicitations de la part de nos adversaires... » (2).

Ceux-ci, du reste, ne vont pas tarder à triompher ; la réaction contre les édits réformateurs devient de plus en plus forte et la « décrépitude sénile » de Louis XV est un obstacle insurmontable à tout

progrès (3),

(1) Cf. Ms Mouton, T. II, p. 359-360, et chanoine Looten, LA RÉFORME MUNI- CIPALE DU DUC DE CHOISEUL, p. 57.

(2) Arch. dép. du P.-de-C., série C, Etats d'Artois, Municipalités. Lettre du

14 aoüt 1766.

(3) Chanoine Looten, LA RÉFORME MUNICIPALE DU DUC DE CHOISEUL, p. 61.

La chute de Choiseul, en décembre 1770, est suivie d’un premier retour en arrière ; l’édit de novembre 1771 révoque les dispositions précédentes et les offices sont rétablis dans les villes et communautés ou existe un corps municipal.

Les Etats d’Artois non seulement n’ont pas protesté contre cette mesure, mais encore ils ont aidé à la préparer.

Sans doute, ils ne sont pas hostiles au principe électif et à la suppression de la vénalité des charges, mais ils entendent défendre les privilèges de la province et ils réclament la limitation du nombre des députés des artisans, qui « excédoit le nombre des députés des autres corps, excitoit des tumultes dans les assemblées et y dominoit. Dans une constitution telle que celle des villes de l'Artois, il a paru convenable d'écarter des assemblées tout le menu peuple, en lui conservant néanmoins une influence dans les assemblées générales » (1). Or, pour atteindre ce but, ils demandent au roi d'établir, pour les artisans, des élections à deux degrés : Cette décision est prise par l'unanimité des membres des Etats d'Artois et les francsmagons souscrivent à ces mesures antidémocratiques.

L'édit de novembre 1773 revient, en partie, au systéme électif. Nous lisons dans son préambule : « Les Etats et les différents corps des villes de notre province d'Artois Nous ayant réprésenté que les officiers municipaux de cette province n'avoient pas seulement l'administration des biens patrimoniaux, mais qu'ils étoient en méme tems chargés de rendre la justice en notre nom et à notre décharge, tant au civil qu'au criminel, à tous ies habitans desd. villes et banlieues, les offices ne pouvoient pas étre possédés par toutes sortes de personnes indifféremment ». (2).

Dès le 28 septembre 1773, un nouvel édit a suspendu l’exécution de celui de novembre 1771, unifiant les formes des élections, dans les différentes cités artésiennes, accordant à Arras dix échevins, quand cette ville n'en réclamait que neuf et décidant que, conformément aux édits de 1764 et 1765, ces derniers seront élus par les notables. La nomination du maire est réservée au roi, sur une liste de trois noms présentée par les Etats. Mais satisfaction est accordée, d’autre part, aux titulaires d’offices, par le rétablissement de certaines charges ; 4 l'avenir, les Etats pourront vendre et aliéner, dans chaque ville, les places de procureur-syndic, de trésorier-receveur et de secrétairegreffier (3); vingt-deux offices héréd'taires sont créés ainsi ; les Etats peuvent en disposer, a charge par eux d'en rembourser le prix aux héritiers des titulaires (a 20).

(1) MOTIFS DU PROJET DE DÉCLARATION, proposé par les Etats d'Artois pour la Constitution Municipale de cette province; Arch. dép. du P.-de-C., série C. Etats d'Artois, Municipalités. i

(2) Arch. dép. du P.-de-C., série B. 701. 72. Edit portant règlement pour la Municipalité des villes d'Artois. Novembre 1773. Enregistré le 20 mars 1773.

(Signé : Demaupeou).

(3) Ibid., série C, (Etats d’Artois, Municipalités).

Cet édit, qui consacre le retour à la vénalité des charges, est aussi bien accueilli en Artois que celui qui la supprimait ; toutes les villes de la province en exécutent, sans protester, les dispositions ; seul, à Arras, le Conseil supérieur y apporte, lors de l'enregistrement, certaines modifications de détail (1).

Quelle est donc la cause de l'échec de la réforme municipale en Artois ? !

Les édits de 1764 et 1765 étaient caractérisés par une tentative d'unification pour la désignation des membres du corps échevinal, par le principe électif remplacant les charges lucratives, enfin par lingérence des autorités royale et parlementaire et la restriction des pouvoirs locaux, surtout en ce qui a trait à la justice.

La province d'Artois admet, en principe, les édits ; mais elle veut les adapter à ses priviléges et à son autonomie ; aussi, les efforts de ses Etats tendent-ils à supprimer l'uniformité, pour tenir compte des aspirations de chaque ville en particulier ; ils acceptent le principe électif, mais ils restreignent ses conséquences démocratiques et n'hésitent pas à étouffer la représentation des artisans.

Sans doute, ils ne combattent pas ouvertement et de front l'immixtion des autorités royale et parlementaire, mais ils demandent le maintien intégral de leur pouvoir juridictionnel ; pour conserver la fonction, ils veulent créer l'organe : les échevins gradués.

villes — obtient bstisfachion ; Parrét du Conseil de 1768 et l'édit de 1773 consacrent les priviléges de la province, mais ce n'est qu'aprés une lutte trés vive due, d'une part, aux intéréts [ésés de Chelers, de Canchy, des titulaires d' offices, et, del’ autre, au conflit des autorités royale, parlementaire et one

Dans la réforme municipale, les membres des Etats ou du Magistrat, qu'ils soient francs-maçons ou non, discuteront moins les droits électoraux accordés à telle ou telle catégorie de suiets, que les privilèges de la province menacée, ici, par une tentative démocratique, là, par une essai de centralisation administrative.

Sous le nouveau régime établi en Artois par l'édit de 1773, de

(1) Sous le régime des édits de 1764 et 1765, les affaires importantes étaient examinées dans une assemblée de la commune, composée des députés des différents ordres ; or, l’on prétendait que « le tumulte qui en résultait nécessairement empéchait qu’elles fussent réglées d'une manière avantageuse ». (Arch. dép. du P.-de-C., série C. Etats d'Artois, Municipalités). Pour remédier à cet inconvénient, lédit de 1773 avait disposé que, pour la discussion des objets importants, tels qu'emprunts, acquisitions, aliénations ou dépenses extraordinaires, les anciens mayeurs et les échevins sortant d'exercice seraient appelés avec voix délibérative ; le Conseil supérieur d'Arras tenta d'augmenter le nombre. d'électeurs, en convoquant à ces assemblées tous les anciens mayeurs et échevins ; les. Etats-s'opposérent à l'exécution de cette-décision et adressèrent des suppliques au roi, pour demander que l'édit de 1778 füt exécuté « dans

sa forme et teneur ».

nombreux membres des loges d Arras et J Hesdin, vont entrer dans les corps échevinaux.

Il est intéressant de les suivre dans la carrière qu'ils y ont suivie et de connaitre leur administration.

Parmi les premiers échevins élus à Arras se trouve le f-. Delegorgue, avocat; le f- Grimbert, son collègue du barreau, est secrétaire du Magistrat, et le f-. Le Sage remplit les fonctions de Lieute-

nant-Baili ; ils ne tardent pas à entrer en lutte ouverte avec le Conseil Supérieur d' Arras (1), où siègent les ff. Thiébaut et Vaillant, membres, comme eux, de la loge de l'Azzzzzé.

La question qui les divise ne présente pas une bien grande importance : le corps échevinal a supprimé la sonnerie des cloches, aux enterrements des gens de qualité; les carillons, en effet, y déchirent les airs sans la moindre mesure. Le Conseil Supérieur décide que ce réglement ne lui est point applicable et, l'un de ses membres étant . décédé, il permet de sonner les cloches à toute volée. Saisi de ce différend, le Conseil du Roi donne gain de cause aux échevins.

Vaincus dans ce conflit, les magistrats cherchent à obtenir une eclatante revanche sur le terrain des préséances ; lors des cérémonies publiques, ils pénètrent à la cathédrale par la grande porte, tandis que les-officiers municipaux n'ont accès à l'édifice que par les entrées latérales (2) : à la loge de 'Azzz£zé, nul ne tente de rétablir l'accord entre ces fréres ennemis, tant les corps constitués sont jaloux de leurs prérogatives.

A Hesdin, le f- Claude-Joseph Blin de Bourdon, qui a tenu, à quatre reprises, le maillet de vénérable à la Fidélité (3), zst nommé mayeur en 1778.

A son initiative est dû l'établissement d'un bureau d'adzunistration contre la mendicité, dont les membres gèrent la bourse des pauvres, alimentée par les dons et les subventions.

= Cette mesure présente une incontestable utilité et l'on ne s'étonne pas de la voir réalisée par un franc-maçon ; à cette époque, en effet, de nombreux indigents parcourent Hesdin et sa banlieue et sont souvent une cause de trouble ; aux ruines qu'accumulérent les . guerres récentes, est dû ce lamentable état de choses ; la nomination, — trois ans plus tôt, d'un halebardier, pour chasser les mendiants, n'a - pas tari la source du mal ; il vaut mieux secourir que punir.

Le 17 mai, d'accord avec les chanoines de la Collégiale, le corps échevinal d'Hesdin décide la création d'un bureau d'administration de charité ; les fi^ Pecqueur, Térouanne, Hallette, Saint-Martin- et Jacquemont du Donjon en deviennent, avec le mayeur, les premiers membres (4).

(1) Le Conseil Supérieur d'Arras remplaça, le 39 février 1771,-à la suite de la réforme de Maupeou, le Conseil Provincial d'Artois SUREN:

(2) C. f. E. Lecesne, Histoire d'Arras, t. II, p. 646. . -.

(3) En 1770, 1773, 1774, 1776 ; il sera encore vénérable en 1779.

(4) Arch. mun. d'Hesdin, procès- -verbal du 17 mai 1778.

L'année suivante, les échevins d’Arras, parmi lesquels figurent quatre francs-maçons, les ff Du Quesnoy et Grimbert, avocats, Fruleux de Souchez et Le Sage, lieutenant-bailli, tous affiliés à l'Amitié, décident de mettre l'instruction à la portée des enfants pauvres.

Jusqu’alors, les personnes aisées peuvent seules envoyer leurs rcjetons à l’une des écoles — aussi mal tenues qu'insuffisamment surveillées — qui fonctionnent dans la ville ; maîtres et maîtresses y professent trop souvent un enseignement qu'ils ignorent eux-mêmes; les fils d’indigents ne reçoivent aucune instruction, et les riches bourgeois, seigneurs ou curés de paroisse ne s'intéressent que fort peu à leur sort. `

Les officiers municipaux d’Arras exposent au roi la nécessité de fonder des écoles publiques « où puissent être gratuitement instruits les enfants mâles de cette ville ». Le souverain fait droit à leur demande et, par lettres-patentes du 7 septembre 1770, il affecte aux nouveaux établissements le produit de la vente des biens « des prétendues » confréries de Saint-Vindicien ou des Arbalétriers et des pélerins de Saint-Jacques : ces fonds pouvaient être moins bien employés (1).

L'une des premières tentatives en faveur de l'instruction gratuite est donc due, à Arras, au corps échevinal qui compte, à l’époque, quatre francs-maçons (2).

Deux ans plus tard, le f-- de Locher remplace le f-- Blin de Bourdon, en qualité de mayeur d’Hesdin (3) ; d’intéressantes initiatives sont prises sous son administration : tout un quartier de la ville est assaini et l’on démolit les maisons construites sur pilotis, au bord de la Canche, qui sont un refuge dangereux et malsain pour tous les miséreux (4).

Là ne s'arréte point la sollicitude de ce magistrat : les prisons, dans leur état actuel, sont insuffisantes, « de sorte que les personnes des deux sexes y sont pour ainsi dire enfermées péle-méle, ce qui est contre le bon ordre et la décence » (5); les individus détenus pour dettes sont « confondus avec les criminels » ; le corps échevinal décide d'augmenter l'étendue des bâtiments, afin d'éviter, à l'avenir, des promiscuités de ce genre.

Au f` de Locher succède, le 20 décembre 1787, le f-. Gaspard Blin, membre, lui aussi, de la Fidélité ; un incident marque son entrée

(1) Arch. dép. du P.-de-C., série C. Lettres patentes du roi, 7 septembre 1779.

(2) Il semble que la gratuité de l'enseignement remonte au XVII siècle ; lire les débats du récent Congrés des Sociétés Savantes, de Paris. (JOURNAL OFFICIEL, 19 avril 1914).

(3) De Locher est nommé le 8 janvier 1781 pour trois années, mais ses pouvoirs lui sont renouvelés.

(4) Arch. mun. d'Hesdin, décision du 23 mai 178%, sanctionnée par un arrété .du Conseil d'Etat du roi du 10 septembre 1785.

(5) Arch. mun. d'Hesdin, décision du 25 mai 1784.

en fonctions; M. de Salperwick, grand Bailli d'épée, veut lui faire prêter serment entre les mains des officiers du bailliage; Blin s’y refuse, et, en vue de son installation, il s'adresse au Secrétaire d'Etat Brienne qui, le 7 février 1788, lui donne satisfaction (1).

Les francs-maçons artésiens marquent donc leur passage dans nos assemblées mnuicipales par une série de mesures utiles, telles la gratuité de l'instruction, l'assistance aux pauvres, l'amélioration du régime

des prisons; ils sont les premiers à veiller au maintien de leurs prérogatives (2).

(1) Lettre adressée par Brienne à Salperwick :

« Vous voulez, Monsieur, assujettir le Sr Blin père, que le roy a nommé mayeur d'Hesdin à l'obligation de prêter serment en présence des officiers du bailliage de cette ville et de présenter une requête au siège pour être admis à remplir cette formalité. Cette prétention est absolument contraire à l'article 13 de l'édit de novembre 1773, concernant les municipalites d'Artois. Il porte que, dans toutes les villes de cette province autres que celle d’Arras, les maires presteront serment entre les mains du grand Bailly et en son absence, en celles du lieutenant général, l'intention de Sa Majesté est que vous vous conformiez ponctuellement à cette disposition. » (Arch. mun, d'Hesdin).

(2) Survient Ja loi du 14 décembre 1789, qui supprime les municipalités alors ` en exercice ; à la date du 8 février 1790, nous relevons cette mention sur le livre où furent transcrites, pendant tant d'années, les décisions sages ou critiquables, mais toujours autocratiques de l'échevinage d'Arras : « Le présent registre a été clos aujourd'hui, attendu la formation de la nouvelle municipalité.»

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