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LA FRANC-MACONNERIE ARTÉSIENNE ÉT LES AUTORITÉS

Les condamnations pontificales. Attitude de la franc-maconnerie à l'égard de l'Eglise. Le f~. Spitallier de Seillans, prêtre de l'Oratoire, vénérable de l'Amitié.

L'affaire des Parlements. Le f-. Pelé. .

L'armée et les loges. Inspection des régiments possédant des ateliers.

Correspondance des Secrétaires d'Etat et des Intendants, au sujet des . loges maçonniques.

Louis XVI, Marie-Antoinette et la franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie artésienne, au fur et à mesure qu’elle prend conscience d’elle-même et que s’affirme son autorité, entre en relations de plus en plus intimes avec le clergé, la magistrature et l’armée.

La double condamnation pontificale a un résultat contraire à celui qu’en attendent ses auteurs ; à aucun moment, les ecclésiastiques de toutes robes n’ont mis plus d’empressement à se presser au seuil des temples mystérieux : les ordres non soumis à la clôture apportent leur contingent à la maçonnerie, qui compte parmi ses membres, des Dominicains, des Oratoriens, des Récollets, des Minimes, etc..., seuls les Jésuites se montrent réfractaires et cependant les frères viennent de collaborer à leur défense. Certaines loges, comme le Tendre Accueil de Glenfeuil, ne se composent que de prêtres (1).

Il y a des couvents qui se convertissent presque au complet, en ateliers (2) ; la Triple Unité de Fécamp, dont l’un des dignitaires, dom Broucqsault, vient visiter les frères de la Fidélité d'Hesdin, est

(1) Nous relevons les noms suivants sur le Tableau de la L.. du « TENDRE ACCUEIL », DE GLENFEUIL, à l'O... d'Angers (année 1773). Parmi les-officiers : vén:. Legrand, prieur de l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire ; 1er surv.., Wiot, chanoine de la cathédrale d'Angers, official ; 2° surv.., Davy, bénédictin, procureur de l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire ; orateur, Waillant de la Motte, chanoine de la cathédrale d'Angers, théologal ; secrétaire, Paillard Auguste, porcureur de la maison d'Angers ; 2e expert, Grappet Augustin, prieur à Angers ; fr.. terrible, Bachelier, chanoine de la Collégiale de Saint-Pierre: d'Angers ; et parmi les membres : Boulnoy, chanoine de la cathédrale d'Angers, promoteur ; Dupin, bénédictin, procureur de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur; Terrion d'Epinoy, chanoine de la Collégiale royale de Saint-Martin d'Angers ; de Perricard, bénédictin, sous-prieur de l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire ; Daburon de Mautelon, chanoine de Saint-Pierre ; Aubry, chanoine de Saint- Martin : Boissier, archidiacre d'Angers ; Limousin de Vermondeau, prieur de Balac : Lenoir, 'chanoine de. l'église d'Angers ; Le Coursonnays, bénédictin ; Blinon, Wd AUR 5 5 :

LS) Ne ne et Cl. Janet, LES Socrérés SECRÈTES ET LA RÉVOLUTION, tome III, 1883, pp. 43 et 45. d

fondée en 1778, par neuf religieux bénédictins, un prêtre, trois chantres de l’abbaye et sept personnes de la meilleure société de la ville.

Ce dom Broucqsault est aussi précoce pour faire sa profession de religieux qué pour préter son obligation de macon ; aprés avoir été admis chez les Bénédictins de Saint-Maur, il est reçu à la loge, dans les premiers mois de 1780, alors qu'il n'est ágé que de vingt-et-un ans (1).

Le couvent des Minimes de Lille posséde sa loge. On rencontre des ecclésiastiques à la téte de l'Ordre, tels l'abbé Pingré, de l'Acamie des Sciences, l'abbé du Rouzeau, qui pousse le zéle jusqu'à réunir les députés des ateliers de province, pour venir pécuniairement en aide au G-- O-. (2), et combien d'autres! (3).

. Les francs-maçons, à qui le père Beurrier, prêtre missionnaire de, la Congrégation des Eudistes, reproche de constituer une association

(1) Antoine-Joseph Broucqsault était né dans le’ diocèse de Saint-Omer ; il fit sa profession à Jumièges, le 26 juin 1780. Il avait reçu le matricule N° 8347.

(2) Livres d'architecture de la L.. de « LA FIDÉLITÉ », tenue du 1° mars 1771.

(3) Liste des ecclésiastiques f.. m~., tirée de quelques loges existant avant la Révolution ; J.-B. Clavel, HISTOIRE PITTORESQUE DE LA F.. M... Cité, ACACIA, ' 1904, pp. 222 et 223 ; nous avons complété cette liste en maints endroits :

— L.. de l'AMITIÉ, Orient d'Aix-en-Provence (1778) : Augustin de Bonet de la Baume, prévót du chapitre de Lorgues, vicaire général de Sénez, conseiller au Parlement d'Aix-en-Provence. ‘

— Même loge (1784) : infirmier Génant, prêtre bénéficier de l'Eglise métropolitaine. MAITRES : abbé de Pradines, aumônier de Mme la Comtesse d'Artois ; abbé Sisteron, prêtre, chapelain de l'Eglise métropolitaine. COMPAGNONS : abbé de la Beaume, conseiller clerc au Parlement d'Aix ; abbé Ravel, chapelain de l'Eglise métropolitaine. APPRENTI : abbé Chausse, maître de pension. HARMO- NIE : basse taille, abbé Chausse ; violon, abhé Sisteron ; basse, abbé Ravel ; basson, abbé Génant.

- —-Loge de LA SINCÉRITÉ, O.. de Besancon (1778) : abbé de Verchamp, membre né, trésorier adjoint, aumônier, prêtre ; abbé de Charmoille, chanoine à la Métropole, conseiller clerc au Parlement de Besancon, membre né, préparateur adjoint.

.— Loge de LA CONCORDE, O.. de Colmar (1787) : abbé Zénobie de Müller, chanoine, maitre; abbé B. Grégoire Boyet, procureur de l'abbaye de Münster, maitre.

— Loge BIENFAISANCE ET EGALITÉ, O.. de Grenoble (1785-1786), frère agrégé, membre ordinaire de la Loge, abbé de Barral, vicaire général du diocese de Sens, tous les grades ; FRERES ASSOCIÉS LIBRES : abbé de Barral, doyen de Kayrac, vicaire général du diocése de Troyes, maitre écossais ; abbé de Pira, vicaire général du diocése du Puy, maitre écossais.

— Loge L'AucUSTE FIDÉLITÉ, O.. de Nancy (1777) : abbé Anthoine, chanoine de la cathédrale et conseiller au Parlement.

— Loge R40UL, O.. de Pavilly, prés Rouen (1785) : abbé N. A. Anquetil, trésorier, prince Rose Croix, curé de Pavilly ; abbé f.. Mauger, maître, curé de Varvanne ; abbé J.-F. Blanche, maitre, curé de Saint-Germain.

— Loge LE BERCEAU D'HENRI IV, O.. de Pau (1786) : son vén.. était un ecclésiastique, prébendé royal, ce qui ne rassura pas la haute magistrature béarnaise.

— Loge La SAGESSE, O.. de Toulouse (1786) : abbé d’Aufréry, conseiller au Parlement de Toulouse ; Joseph Lalaury, moine Augustin, orateur ; le révérend -P. Monatz, docteur et professeur en théologie, de l’ordre des Mineurs supérieurs du Puy-en-Velay ; le P. Terrey et le P. Azerat, religieux de la Merci ;

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contraire à la religion, à l’état et à la raison, sans, du reste, donner la preuve de ce qu'il avance (1), lui répondent : la maçonnerie n'est pas contraire à la religion, puisque les frères prêtent serment sur l’Evangile, lors de leur réception ; « c'est reconnaitre, disent-ils, que nous professons le christianisme ; comment donc peut-on nous comparer aux Gnostiques, aux Manichéens, aux Albigeois ? ». -— Mais le pape a condamné, à deux reprises, la maçonnerie et il a excommunié ses membres. — « Cette apostrophe, mon révérend père, répond un frère, peut embarrasser, et faire une peur terrible à toutes les femmes et à toutes les chamibriéres, qui assistaient a votre sermon ». Et après avoir plaisanté de la sorte, il ajoute : « Mais discutons un peu la légalité des bulles du pape ; le pape est-il à la fois un souverain spirituel

les abbés Coraze, Chambriére, Cément, Legris, Aurignac, R. P. Augustins ; Cipière, religieux Augustin, professeur de théologie ; Maillet et Candelon, de l’ordre des Carmes ; Brdndelac, chanoine régulier de la Trinité ; l'abbé Dubourg, chanoine de l'église cathédrale Saint-Etienne ; Itey et Saint-Romain, professeurs au Collège royal ; dom Létang, professeur à la Faculté de théologie de l'Université de Toulouse.

— LA FRANCAISE, O.. de Toulouse (1785), l'abbé Baron, prétre, qui recoit tous les grades à la méme séance, « vu son état et connaissance de ses vie et mceurs ».

— Loge L4 PARFAITE AMITIÉ, O.. de Toulouse (1786, infirmier, abbé de Sempé, chanoine de Saint-Jean; abbé de Saint-Romain, chanoine de Montauban, maitre ; abbé de Pouget, curé de Saint-Thibery, maitre ; abbé de Solage, vicaire général de Nantes, maitre.

— Loge de SAINT-JEAN-DE-JÉRUSALEM, O.. de Lyon (1785) : Perrodon, chanoine de l'église de Fourvières, Ecossais, et, parmi les membres : l'abbé de Pernon, prêtre conventuel de l'ordre de Malte ; Roche, curé du diocèse ; du Bouchet, chanoine du Temple, à Paris; l'abbé de Sieyes, chanoine du chapitre royal de Pignans, en Provence. é :

— Loge de SAINT-JEAN-D'ECOSSE DU PATRIOTISME, O.. de Lyon (1786) : l'abbé Guy et Sezy, religieux bénédictin.

— Loge de LA BIENVEILLANCE, O.. de Lyon (1786) : Claude Ferriol, prêtre perpétuel de l'Eglise de Lyon, Ecossais, maitre des cérémonies ; Henri Beyle, prétre, maitre et membre de la Loge.

— Loge de LA SINCERE UNION, O.. de Lyon (1787) : J.-B. Bouteille, bénéficier de l’église de Saint-Paul, garde des sceaux ; J.-B. Boisset, bénéficier de l’église de Saint-Jean, subst. du surv.., tous les grades ; Pierre Revel, bénéficier de l'église de Fourvières, chev.. d'O.. ; Morel, curé de Varennes, maitre, etc.

— Loge de LA Paix, de Lyon (1787) : Roure, chanoine de Saint-Nizier (1789) ; Perrot, prêtre ; Charpin, prêtre, orateur du chapitre ; Bozonnet, religieux.

— Loge du PARFAIT ACCORD, de Villefranche (1789) : vénérable, t..c..f.. Périn, chanoine à Villefranche.

— Loge de LA BIENFAISANCE, O.. de Lyon (1790) : l'abbé Renaud, prêtre, dignitaire du directoire général; l'abbé Rozier, prieur ; l'abbé Franchet, curé de Sainte-Foy ; comte de Castellas, doyen ; comte de Cerdon, précenseur de: l’église.

Ajoutons, à cette liste forcément incomplète, le f.. Maret, curé de Saint- Savinien, lequel est vénérable de LA CONCORDE, de Sens ; une loge fut fondée vers 1778, à Auxerre ; elle comprenait vingt ecclésiastiques. (LES SOCIÉTÉS SF- CRETES ET LA RÉVOLUTION, par N. Deschamp et Cl. Jannet, tome III, p. 70). :

(1) « Lettre à M. Beurrier, prêtre missionnaire de la Congrégation des Eudistes, sur le sermon qu’il a prêché contre la société des Francs-Macons, dans l'église de la Trinité, à Falaise, le samedi 1e" décembre 1770 », par un franc: maçon ; à Falaise, le 8 décembre 1770 ; broch. de 8 p., signée : Le Maitre de la Loge de SAINT-AUGUSTIN DE LA PARFAITE UNION de Falaise. De cet atelier faisaient partie plusieurs religieux Prémontrés et Cordeliers.

et un souverain temporel ? Prince spirituel, ses lois ne sont recues en France que si elles ont été revétues de Lettres patentes et registrées en Parlement. Ce n’est pas le cas. Les bulles en question n’ont de force que dans les limites des Etats du Pape ». Aprés avoir rassuré ainsi Sa conscience, l’auteur recherche quelle hérésie ont commise les francs-maçons : « Nous sommes bons français et surtout fermes gallicans et nous nous rions des maximes ultramontaines, qui ne s’accordent pas avec les lois et les libertés du Royaume Gallican. Entendez-vous, monsieur ? Ces bulles du pape n'étant point reçues en France, nous ne sommes donc point excommuniés de fait ! ». Et le vénérable fait également justice des autres griefs du pére Beurrier.

Ce n'est pas sans raison que les francs-macons repoussent le reproche d'anticléricalisme, que leurs adversaires leur adressent déjà ; la plus indigne calomnie est, selon eux, de prétendre qu'ils enseignent l'athéisme et l'irréligion (1). Au convent général de Willemsbad, en 1782, les fréres adoptent des régles qui ne laissent aucun doute sur leurs intentions ; Willermoz les recoit en qualité de délégué français. Or, l'article premier définit les devoirs envers Dieu et la religion : « Professe en tous lieux la divine religion du Christ et ne rougis pas de lui appartenir... L’Evangile est la base de nos obligations ; si tu n'v croyais pas, tu cesserais d’être maçon... Ton âme immortelle seule, émanée du sein de la divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point... Voila ton vrai titre de noblesse... ». Dans l’article trois sont exposés les devoirs envers le souverain « Homme sensible ! Tu révères tes parents ; honore de même les pères de l'Etat et prie pour leur conservation. Iis sont les représentants de la Divinité sur cette terre ; s'ils s'égarent, ils en répondront au juge des rois ; mais ton propre sentiment peut te tromper et jamais te dispenser d’obéir ; si tu manquais à ce devoir sacré, si ton cœur ne tressaillait pas au doux nom de Patrie et de ton souverain, la maconnerie te repousserait de son sein comme réfractaire à l'ordre public ». Ces régles, dont on ne saurait méconnaitre la beauté morale et qu'au surplus, Bossuet n'eut pas désavouées, se terminent par une admirable maxime : « Pardonne à ton ennemi et ne t'en venge que par des bienfaits » (2).

Le clergé artésien compte des francs-macons. Ne nous en étonnons pas (3). L'évéque d'Arras n'a pas cru damner son ame en pré-

(1) C. f. L'EGALITÉ ET LA LIBERTÉ DANS LA FRANC-MACONNERIE ; p. 23, nous lisons en note : « Quelques calomniateurs ignorants ont comparé les innocentes assemblées des f.. m.. à l'abominable société des Jésuites. Les premiers ne cherchent rien autant que d’être ignorés du reste du genre humain ; l'engagement des Jésuites était de gouverner le monde sous le masque de 1a religion ».

(2) Régle maconnique à l'usage des LL.. réunies et rectifiées, arrétée au Convent Général de Wilhemsbad, 5782, in-16, 24 pages.

(3) La F.. M.. étrangère a conservé les deux dogmes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'àme ; en France, le convent annuel de la deuxième quinzaine de septembre 1877 supprima Vinvocation au Grand Architecte de l'Univers ; beaucoup de maçons spiritualistes quittèrent les loges et, de l'avis méme de ceux qui restérent, ce fut là une scission regrettable.

sidant aux funérailles du Grand Maitre de l'ordre, le comte de Clermont. Ce prélat ne songe pas à sévir contre les meiabres de son clergé qui font partie de la secte (1), et en 1788, il désigne comme échevin noble de la ville d'Arras, le f- de Dion, l'une des lumières de la Constance.

Mgr de Conzié est connu pour ses opinions ultramontaines, comme pour la sympathie qu'il témoigne aux manœuvres secrètes; en 1794, il deviendra, à Londres, le ministre des princes et le principal agent d'un vaste plan de conspiration monarchique et catholique (2).

La Fidélité d'Hesdin ouvre ses portes aux fréres Dubuisson, pere Récollet, Dupin, clerc tonsuré, Ennuyer, chanoine de la Collégiale, Haine, prétre, Joanne, religieux des Bénédictins de Saint-Maür, principal du collége d'Hesdin, Leliévre, aumónier du régiment de Penthièvre-Dragons, Ribeaucourt, curé de Conty, etc., l'Auzore de la Liberté de Béthune à Nicolas Weecksteen, prêtre et au f-- de Montreuil, bénéficier à la Fosse, la Réunion d' Aire au chanoine Locktemberg de la Mairie; parmi les associés libres, nous trouvons : à la Parfazte Union de Montreuil-sur-Mer, les frères Damascène, capucin, qui deviendra prieur des Carmes déchaussés d’Arras, Gay, religieux et Pilain, sous-prieur des Bénédictins, Fidèle, père capucin, Blondin, prieur directeur de Saint- Jean du Vivier d'Abbeville, Playoult, curé d'Ecuires, à ?E¢ozle Polaire, Le Maire, prêtre, et, à Saznt-Frédénck des Amis Choisis, de Boulogne, l'abbé Lambert et Patenaille, gardien des Cordeliers ; enfin le f~. Henry, dignitaire de l’église paroissiale de Saint-Eloy à Dunkerque, préside, en qualité de Trés Sage, aux destinées du Chapitre d'Azzzzé et Fraternité.

À TAsmi/ié d'Arras viennent s'inscrire Moissenet, Vénière et Spitallier de Seillans, tous trois prêtres de l’Oratoire ; une autre loge de cette

ville, l’Espérance, comptera parmi ses membres le f~- Chéron qui appar-

tient au méme ordre.

Parmi les nouveaux professeurs, auxquels les lettres patentes de juin 1777 confent la direction des colléges de Béthune et d'Arras, Spitallier est l'un des plus distingués.

Doué d'une vive intelligence et d'un jugement droit, il se voit confier des postes importants ; il enseigne successivement la seconde (1779), la logique (1781), la physique 1782), puis, après un an de suppléance, devient préfet des études.

Dans ces fonctions qu'il occupe jusqu'à la Révolution, il acquit une réputation méritée, tant par la sûreté de son enseignement que par la sagesse de son administration; gráce à ses efforts, le collége de l'Ora-

(1) C. f. G. Bord, LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE, p. 172.

(2) Mgr de Conzié l'avoue dans une lettre av cardinal de Bernis ; il était en relations constantes avec le comte d'Artois, qui l'approuvait, et en communication avec les cours allemandes ; mais Pie VI désapprouvait cette coalition.

Aprés le Concordat, il refusa de démissionner comme évéque d'Arras et il con-

tinua de suivre la fortune des Bourbons, jusqu'à sa mort, survenue le 20 dé- 'cembre 1804. : ch v, Né à Grasse en 1752.

we.

toire tut réorganisé et connut des années de prospérité : le nombre des élèves ne cesse de s'accroitre et cette maison d'éducation devient la plus renommée de la province.

Spitallier jouit, auprès des autres maîtres, d’une ircontestable autorité; membre de la loge de l'A;zzzé, il conduit à cet atelier, à défaut de Fouché, qui donne un cours de physique, sans rêver encore à la couronne de duc d’Otrante, plusieurs de ses estimés collègues. La rapidité avec laquelle il conquiert ses grades maçonniques prouve en quelle estime le tiennent ses frères.

. Ala loge, il retrouve les Cochet d'Hattecourt, les Lefévre du Prey, les Lallart; les suffrages de ces hommes distingués l'élévent, dés 1781, à la dignité de vénérable.

es ecclésiastiques s'accommodent fort bien des réglements d'une société qui sanctifie chacune de ses fétes par un service religieux, qui ne manque jamais de faire célébrer un office pour le repos de l'áme de ses membres décédés et termine ses banquets par des actions de grâces à l'Eternel, suivies du baiser de paix.

Les prêtres ne restent pas au simple grade d’appreniz; ils s'élèvent plus haut dans la hiérarchie maçonnique et passent « de l'équerre au compas ».

Dés que l'un d'eux est regu dans une loge artésienne, on lui confie aussitôt la charge d'hospitalier ; ıl visite les pauvres, distribue les aumónes et remplit ainsi l'une des fonctions de son ministère (1) ; quand on fait célébrer un service religieux, soit pour commémorer un événement heureux, la naissance du Dauphin, par exemple (2), soit pour rendre un dernier hommage à un frère défunt, c'est un ecclésiastique de la loge qui officie (3).

Les francs-magons donnent l'exemple d'une édifiante piété : « Leur temple est consacré à l'Eternel », une méme « solidité de foi » les unit et ils sont heureux de se communiquer « les connaissances maçonniques quils ont recues du ciel »; enfin, ils restent « dévoués au Saint des Saints » et leurs ateliers retentissent de ses louanges (4).

Pour les aider à persévérer dans ces bons sentiments, ils reçoivent souvent la visite d'ecclésiastiques qu'ils accueillent avec les honneurs dûs à leurs grades maçonniques : voici le f~- Louis Chalambert, aumónier au Navarre-Infanterie, le f-- Tavernier, chanoine de Meaux, son collégue Ducarme, de l'abbaye de Longvilliers, etc... (5).

Aussi avec quel soin les francs-magons s'intéressent-ils aux choses religieuses! En 1770, les fréres Coffin, Hallette, André, Mabille, Blin, Prévost et Videlenne, membres de la Fidélité, décident le « transfère-

(1) Ainsi, le chanoine Ennuyer fut élu hospitalier en 1787 ; le f.. Lelièvre, aumónier du Royal Penthiévre, l'avait précédé dans ces fonctions.

(2) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 22 décembre 1785.

(3) Ibid., tenue du 24 avril 1784. .

(4) Ibid., tenue du 11 février 1785 ; discours prononcé, à Doullens, par le f.. de Légé.

(5) Ibid, tenue du 12 janvier 1787, date de l'initiation du chanoine Ennuyer.

ment » du chapitre de Saint-Martin dans la chapelle du college de cette ville, qui deviendra, dès lors, l'église collégiale!

De tels sentiments seront de tradiction dans la magonnerie artésienne. Un profane, admis aux épreuves, à l'Azauzié de Boulogne-sur-Mer (1), omettra, dans son examen, de parler des devoirs envers Dieu, grand émoi parmi les frères : on introduit le récipiendaire dans le temple et il déclare ne pas croire à l'existence de l'Étre suprême. Un tolle général accueille sa profession de foi matérialiste et on le fait sortir de l'atelier Un nouveau débat s'ouvre, aprés son départ ; le vénérable est partisan de l'exclusion. I’orateur, le f-- Birlé, dit que la croyance en Dieu n'est pas obligatoire. « Mais, riposte un frére, sur quoi prétera-t-il le serment ? » On envoie une députation au récipiendaire, pour lui demander s'il persévère dans son erreur. Comme il ne modifie pas sa manière de voir, par quarante voix contre dix-sept, il est ajourné indéfiniment. L'orateur veut s'opposer à l'exécution de cette décision, au nom des statuts; mais on passe outre, et le profane est mis hors de la loge.

L'autorité diocésaine ne songe point à déférer à l'official, ceux de ses membres qui cultivent l'Art Royal, puisque l'Eglise semble oublier ses condamnations ef n'insiste pas pour en obtenir l'application du bras séculier (2) ; quant à la franc-maçonnerie, elle ne peut être considérée comme une association anti-religieuse : ces deux puissances vivent, en Artois, de concessions réciproques.

Les frères comptent les mêmes sympathies dans l'armée ; ceux d'entre eux qui exercent le métier militaire n'apportent pas, au régiment, un ferment d’indiscipline et de discorde. -

Pour nous en convaincre, il suffit de parcourir, dans les feuilles d'inspection, les notes données aux différents corps qui possédent des ateliers; le marquis de Lugeac visite, en 1766, le régiment de Flandre, qui tient garnison à Saint-Omer; il y rencontre le f. de Rougé, colonel, «un serviteur plein de bonne volonté », le f-- dela Blachette, lieutenantcolonel, qui, « trés brave à la guerre, est en état de conduire une division »; quant au duc d'Havré, qui fait également partie de cet atelier, c'est un sujet remarquable qui portera un jour les galons de lieutenant général; le régiment lui fait une excellente impression. Les fréres de l'Amztié à l'Ebreuve d'Orléans-Dragons sont d'excellents chefs : le f~ de Lavaux, capitaine et vénérable, est « trés instruit, trés intelligent, actif et plein de bonne volonté »; ses collègues et lui maintiennent une bonne discipline dans la troupe. Le régiment de Vivarais est en garnison à Saint-Omer cn 1777; dans les « observations sur les talens et les mœurs » des officiers, nous remarquons que ceux qui fréquentent la loge

(1) Livres d'architecture de la L.. de AMITIÉ, tenue du 23 avril 1841.

(2) Arch. dép. du P.-de-C, série G, évéché d'Arras, registres de l'officialité ; nous avons parcouru en vain les décisions qui y sont conservées ; ces registres s'arrétent à 1750.

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sont des mieux notés : le f-- Dupred, porte-drapeau et vénérable, « est un serviteur plein de zéle et de dévoüment »; le lieutenant de Borda a la réputation « d'un bon officier en tous points »; le chev-- de Montel est un « sujet d’élite qui promet beaucoup et qui est instruit ». Au régiment de Royal-Roussillon-Cavalerie, qui séjourne à Hesdin, mémes éloges flatteurs pour les frères ; le marquis de Langeron les distingue, lors de son inspection de 1775 : les ff. de Partiet, de Vichy, Tiphaine, de Mérigon, Damoiseau, de Jessé et de Villexon sont « d'excellents ofhciers, très attachés à leur service »; le chev-- de Virieu est « homme de qualité et mérite les gráces du roi » (1).

Le régiment est « fort beau en hommes, trés bien tenu et parfaitement exercé », écrit le marquis de Langeron, lors de son inspection du 24 septembre 1776; Walsh-Irlandois est un corps magnifique, au plus pourrait-on reprocher à son chef d'étre « trop entier dans ses sentiments et trop décidé », ce qui est plutót une qualité qu'un défaut; au Royal- Champagne, l'instruction de la troupe, qui laissait à désirer à Calais, est remise au point par le f~. vicomte de Clermont- Tonnerre, depuis l'arrivée de ce régiment à Hesdin (2); au Penthiévre-Dragons, c'est à deux francs-maçons que l'on confie le soin de réparer certaines défectuosités du service; « le régiment est rétabli sur presque tous les points, atteste le marquis de Lambert, dans ses feuilles d'inspection du 18 août 1784; 1l est bien monté, bien habillé; la tenue a encore quelque chose à acquérir; il est bien en hommes; mais l'instruction des officiers n’est pas encore au point; les instructeurs y travailleront tous les jours; M. de Chambonas s’en occupera et sera aidé par M. de Pellan ».

Les autres corps tenant garnison en Artois et dont les officiers battent maillets, méritent également tous éloges ; ceux-ci font de constants efforts pour gagner l'estime de leurs chefs. Le travail en commun des loges ne diminue pas l’autorité du commandement.

Piusieurs francs-maçons appartiennent au monde de la judicature. D’aucuns siègent dans les tribunaux inférieurs, certains même au Conseil d'Artois; lorsque ce corps se voit menacé dans ses prérogatives, à la suite de l'affaire des Jésuites, nous savons que les fréres, en place à Paris ou à Versailles, s'efforcérent de leur venir en aide.

Lors de lexil des Parlementaires, le f-. Pelé, procureur à Paris, tint à s'associer à leur fortune et le G“ O~. signala à la Fidélité cet excellent frére, qui n'avait pas craint de suivre le « sort des honnétes gens ».

Aussi ne nous étonnons pas de voir les magistrats répugner à toute

(1) Arch. hist. et adm. du Min. de la Guerre ; cartons des régiments indiqués ci-dessus, contrôles des officiers : chronologie des maréchaux de France, lieutenants généraux, maréchaux dle camp, ancienne monarchie (1705-1792).

(2) Arch. hist. du Min. de la Guerre ; carton du régiment de Royal-Champagne. Inspection du marquis de Lambert, 15 juillet 1785.

intervention contre la franc-maçonnerie. Comme le 2 mai 1744, un procureur du Roi au Présidial d'Orléans signalait au chancelier d'Aguesseau que les frères se réunissaient dans cette ville et que leurs « assemblées pouvaient devenir un jour criminelles... », le ministre en référa au procureur général près le Parlement de Paris, qui répondit sans s'émouvoir : « On dit que cette secte serait née en Palestine, parmi les juifs.. Le pape l'a condamnée par un Bref qui n'a pas été, à la vérité, reçu en France » (1). Et l'affaire n'eut pas de suites.

Nous avons parcouru les Registres d’audiences et les Memoriada du Conseil d’Artois ; à aucune époque, les membres de nos loges ne furent inquiétés; les ff. Thiébaut et Vaillant, qui faisaient partie de ce tribunal, ne furent jamais contraints, de par leurs fonctioris, a sévir contre leurs collégues d’atelier.

Les autorités administratives montrent également une tolérance bienveillante au regard de la franc-maçonnerie. |

Le temps est loin où, sur le rapport de M° Jean de Lespinay, commissaire du Roi, le Châtelet renouvelait ses défenses, contre les sociétés de « Freys-Macons » qui s’assemblaient chez Chapelot, marchand de vin à la Rapée, et condamnait le sieur Leroy qui devait servir le dîner des frères, à l’hôtel de Soissons (2).

Toute persécution a cessé contre les fils de la veuve. La police ne les tracasse plus (3).

Dans la volumineuse correspondance échangée entre les Intendants de là province et le pouvoir central, aucune allusion n’est faite. à l'existence de loges maçonniques (4), alors qu'à chaque page se manifeste l’hostilité du pouvoir, à l'égard de toutes les associations : le 1% août 1782, le Secrétaire d'Etat de la maison du Roi écrit à d’Agay, Intendant de Picardie, au sujet d’une demande de confirmation de privilèges, adressée par les maîtres compagnons arquebusiers de la ville de Montreuil-sur-Mer (5) : « Je crois n’avoir pas besoin de vous prévenir qu’en général, le Roi est peu disposé à favoriser ces sortes d’établissements, qui sont bien rarement utiles et souvent sujets à inconvéniens » (6). :

(1) Gérin, REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES, Paris, 1875, pp. 549-551. G. Bord, loc. cit., pp. 233-234.

(2) HISTOIRE DE LA FONDATION DU G.. O.., pp. 317-318 ; le premier événement se passait le 14. septembre 1737, le second le 12 juin 1745.

(3) Arch. dép. du P.-de-C., série C, Etats d'Artois (1750-1789). Correspondance relative à la police. Nous n'avons trouvé qu'une suite de lettres ou de rapports relatifs à la mendicité, à l'hygiène publique, aux épidémies, etc.

(4) L'Artois dépend, jusqu'en 1754, au point de vue administratif, de Ia Pi- - cardie ; comme cette province, il est rattaché au Secrétariat d’Etat de la Maison du Roi.

(5) Francois MANG Bruno, comte d’Agay, seigneur de Villers, Brémond et autres lieux, Intendant d'Amiens (1771-1790).

(6) Arch. Nat. O£-478, année 1782... zt : fase ÉTAT Ste

uS n

Quatre ans plus tard, pareil refus est opposé a la requéte, formée par la compagnie de l'Arc, de Doullens; on accepte de la laisser subsister, tant qu’elle ne causera aucun RSS (1).

DAY le 8 avril 1780, le Ministre répond à d'Agay, au sujet d'une demande d'établissement, à Amiens, d'une Société d'utilité publique, qui pourrait bien cacher une loge maconnique, que « la loi ne permet pas d’autoriser ouvertement ces sortes d’ associations, mais que sa Majesté ne refuse pas de les tolérer, lorsqu’il n’en sé aite aucun inconvénient » (2).

L'Artois, entre 1754 et 1789, est rattaché à la Flandre et; titre, dépend: comme province frontière, du Secrétaire d'Etat Core

Nous avons consulté les registres conservés aux Archives Nationales et qui vont dé 1709 à 1779, puis les documents existant aux „ Archives historiques du Ministère de la guerre, pour la période qui s'étend de 1779 à 1780 ; aucune lettre n'a trait à l'existence de loges maçonniques (3).

Dans la correspondance adressée a Caumartin, Intendant de Flandre et d’Artois, résidant à Lille, nous remarquons le même souci de n’autoriser qu’avec grande circonspection les confréries, ou même les sociétés littéraires. Le 26 mai 1759, le secrétaire d'Etat demande l'avis motivé du prince de Soubise, pour l'établissement d’une association de ce genre a Lille et, le 8 novembre suivant, il écrit au Maréchal d’Ysenghien, pour l’informer que « l’affaire » concernant l’établissement d’une société littéraire à Arras, a été rapportée au Conseil des dépêches et que sa Majesté n'a pas jugé à propos « d’accorder des lettres patentes à ce sujet » (4).

Ainsi, corporations, confréries et sociétés académiques se voient refuser l'autorisation de fonctionner au grand jour.

Il en est de méme des loges maçonniques.

Dans une première période, qui va des origines aux environs de

1750, elles sont tolérées, mais, lorsqu'un évêque zélé se plaint de ce que les frères se réunissent, l'autorité administrative avertit les intéressés d'avoir à cesser leurs assemblées ; cette notification est paternelle et l'on évite d'employer des moyens de coercition. X La première dépêche que nous rencontrons porte la date du 2 mai 1745; elle est adressée par le comte de Saint-Florentin, secrétaire d'Etat de la Maison du Roi (5), à M. de la Tour de Glené, premier Président et Intendant de Provence :

ce

à ` à la

(1) Arch. Nat. O2 487, année 1786.

(2) Ibid., 486, 6 premiers mois de l’année 1789. d

(3) Ibid., E. 1711-1781. Ministère de la Guerre, Archives historiques, inventaire des vieilles archives de 1631 à 1789 ; nous n'avons trouvé, en ce qüi concerne lArtois et dans la période 1779-1789, que des documents ayant trait au desséchement des marais.

(4) Arch. Nat. E. 2775. 1758-1759. 26 mai 1759. Ibid. 8 novembre 1759.

(5) Il demeure rue de la Madeleine, fembourg ee (Almanach Royal, année MD.CC.LI,, p. 127. j EOS

M. de Glené - frimaçons

« Je suis informé, Mr, qu'il y a en Provence et principalement à Toulon, des Frimaçons qui tiennent loges et se multiplient en recevant toutes sortes de personnes. Sa Majesté n'approuvant pas ces sortes d'assemblées, je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour les empécher » (1).

Trois ans plus tard, c'est au tour de l'évéque de Limoges de sémouvoir ; une inda Loge Ecossaise s'est constituée à cet Orient (2) et le prélat s'en ouvre au comte de Saint-Florentin ; celui-ci écrit, le 2 septembre 1748, à M. de la Chataigneraie, Intendant de Limoges : /

Francs-Macons,

« On se plaint (3), M., qu'il se tient à Brive des assemblées de Francs-Magons. Quoique ces sortes de sociétés n'ayent aucun objet contraire à l'ordre, cependant comme il est irrégulier qu'il se fasse (4) des assemblées de quelque nature qu'elles puissent étre, vous voudrez bien, s'il vous plait, faire avertir sans éclat les personnes (5) qui tiennent les Loges d'avoir à s'en abstenir » (6).

Ainsi, le pouvoir royal ne reproche aux francs-maçons, ni leurs pratiques condamnées par Rome, ni leurs groupements qui sont illicites et qui devraient, comme tels, étre dissous, il leur fait seulement grief de s'assembler et l'on remarquera qu'il a soin de recommander de les avertir « sans éclat » ; le ministre rassure en ces termes et à la méme date, son correspondant :

M. l'évéque de Limoges à Morlaix

« J'ay recu la lettre que vous avés pris la peine de m'écrire au sujet des assemblées de Francs-Maçons qui se tiennent à Brive.

« J'écris à M. l'Intendant de prendre sans éclat les mesures nécessaires pour les faire cesser » (7). |

L’évéque de Marseille imite le zèle de son collègue de Limoges ; aussi, le 23 juin 1750, Saint-Florentin écrit-il à M. de la Tour de Glené, Intendant de Provence :

A M. de la Tour

« M. l’évêque de Marseille, Monsieur, a fait informer le Roy que

les Frimaçons s'assemblent publiquement dans cette ville et qu'ils

(1) Arch. Nat. O> 441, p. 96. M. G. Bord note l'existence, à Toulon, de la L.. de SAINT JEAN DE JÉRUSALEM, fondée, le 12 mars 1750, par une puissance inconnue ; il faut ou admettre que cet atelier fonctionnait cinq ans plus tôt, ou qu’une autre loge avait été précédemment constitute à cet O.. (HISTOIRE DE LA FRANC- MAÇONNERIE EN FRANCE, p. 480).

(2) D’après M. G. Bord, cette fondation ne remonterait qu’à 1750; le document que nous publions démontre que cet atelier — ou un autre — fonctionnait déjà en 1748. (HISTOIRE DE LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE, p. 470). i

(3) Trois mots effacés : Il m'est...

(4) Deux mots effacés : se tienne.

(5) Sept mots effacés : principales qui tiennent les loges de qui...

-(6) Ibid. O1 444, p. 183.

(7) Ibid. O* 444, p. 183.

sont méme en marché d’une maison, où ils se proposent de tenir leur loge. Sa Majesté me charge de vous écrire d’ employer votre autorité pour faire cesser ces assemblées et pour ôter à ceux qui les tiennent tous les moyens de les continuer » (1).

Nous avons lieu de croire que, méme pendant cette premiere période, les ordres des Secrétaires d'Etat n'étaient pas suivis et qu'on ne tenait guére la main à leur exécution.

Remarquons, d'abord, que Saint-Florentin était lui-méme francmaçon ; dix ans plus tôt, il assistait, à l'hótel de Bussy, à une assemblée de l'ordre, oà de nombreux gentilshommes anglais et francais se trouvaient réunis ; aussi l'honorable « Secrétaire d'Etat de sa Majesté Très Chrétienne » ne devait-il agir que bien mollement contre ses fréres (2).

De plus, ses lettres ne donnent lieu à aucun commentaire, de part ou d'autre ; l'Intendant ne lui répond pas que ses ordres sont exécutés ; Saint-Florentin n'insiste pas pour qu'il en soit tenu compte ; il semble que cette correspondance n'ait eu pour but que de permettre au Secrétaire d'Etat de donner aux évéques une satisfaction toute platonique.

Dans l'épiscopat francais, ceux-ci ne sont, du reste, qu'une infme minorité : de 1748 à 1750, au lendemain du Ministére Fleury, l'adversaire des francs-macons, trois préltas réclament auprés du roi, contre la constitution de loges dans certaines villes de leur diocése ; puis, ils ne protestent plus.

L'Art Royal se développe cependant et compte des adeptes de plus en plus nombreux.

Devant le peu de succés de leurs réclamations, certains évéques se taisent ; d'autres sont plutót favorables à la franc- RESO SES eb de ce ub est Mgr de Conzié, évéque d'Arras.

De 1750 à 1789, que l'Artois ait été rattaché à l'Intendance de Picardie ou à celle de Flandre, aucune protestation n'est adressée au gouvernement royal contre les francs-macons. On les tolére au méme titre que les membres des confréries et des corporations et ils ont la sagesse de ne pas manifester trop bruyamment leur existence.

Les instructions données, en ce qui les concerne, aux Intendants de la province, sont, à n'en pas douter, semblables à celles qui ont trait aux autres associations ; la loi, comme l'écrit à d'Agay le Secrétaire d'Etat de la Maison du Roi, « ne permet pas de les autoriser ouvertement », mais le roi les tolére « lorsqu'il n'en résulte aucun inconvénient » (3).

Comment, du reste, en serait-il autrement ? A Louis XV, en qui

le f-- abbé Pingré voit un frére (4), vient de succéder Louis XVI ; ce

(1) Arch. Nat. O* 446, p. 152.

(2) Saint James Evening Post, 20 Sus 1735.

(3) Arch. Nat. O? 486.

(4) Bibl. Sainte Geneviève, 2484.

monarque compte parmi les membres de la franc-maçonnerie, dont un prince du sang a accepté d’étre le Grand-Maitre (1); quant a la reine Marie-Antoinette, elle nourrit des sympathies pour cette association.

Dans une lettre adressée, le 26 février 1781, à sa sœur Marie- Christine, elle s’exprime ainsi :

Je crois que vous vous frappez beaucoup trop de la Franc-Maçonnerie pour ce qui regarde la France ; elle est bien loin d’avoir ici l'importance qu’elle peut avoir en d'autres parties de l'Europe, par la raison que tout le monde en est ; on sait ainsi tout ce qui s'y passe ; où donc est le danger ? On aurait raison de s'en alarmer, si c'était une société secréte de politique ; l'art du gouvernement est, au contraire, de la laisser s'étendre, et ce n'est plus que ce que c'est en réalité, une société de bienfaisance et de plaisir ; on y mange beaucoup et l'on y parle, et l'on y chante, ce qui fait dire au roi que les gens qui chantent et qui boivent ne conspirent pas ; ce n'est nullement une société d'athées déclarés, puisque, m'a-t-on dit, Dieu y est dans toutes les bouches ; on y fait beaucoup de charités, on éléve les enfants des membres pauvres ou décédés, on marie leurs filles ; il n'y a pas de mal à tout cela. Ces jours derniers, la princesse de Lamballe a été nommée Grande Maitresse dans une loge ; elle m'a raconté toutes les jolies choses qu'on lui a dites, mais on y a vidé plus de verres qu'on y à chanté de couplets ; on doit prochainement doter deux filles; je crois, apres tout, qu'on pourrait faire du bien sans tant de cérémonies, mais il faut laisser à chacun sa maniére ; pourvu qu'on fasse le bien, qu'importe ! Adieu, je vous embrasse en sceur » (2).

~ L’authenticité de ce document a été mise en doute, il est vrai (3); mais voici une autre lettre écrite, à la méme époque, à la princesse de Lamballe et qui refléte des sentiments identiques :

J'ai lu avec intérét ce qui se fait dans les loges maconniques qye vous avez présidées au commencement de l’année et dont vous m’avez tant amusée ; je vois qu’on n’y fait pas que de jolies chansons et qu’on y fait aussi du bien. Vos loges ont été sur nos brisées en délivrant des prisonniers et mariant des filles ; cela ne nous empêche pas

(1) Nous savons que Louis XVI avait fondé, de concert avec ses deux fréres, une loge à l'O.. de la Cour.

(2) CORRESPONDANCE INÉDITE DE MARIE-ANTOINETTE, publiée sur les documents originaux, par M. le comte Paul Vogt d’Hunolstein, in-8°, 1864, p. 95. 1

(3) Toutes les lettres de Marie-Antoinette à Marie-Christine seraient apocryphes ; en dehors des raisons tirées du style et du caractére graphique, elles seraient d'une écriture que la reine n'adopta que postérieurement à 1781 ; on fait remarquer aussi le manque d'intimité existant entre les deux sceurs. Cette correspondance aurait été achetée 85.000 francs, par le comte d'Hunolstein, à Jaeques Charavay. Le premier répondit à ces critiques, dans son édition de 1868 : « On n'invente pas, on ne refait pas après coup une semblable correspondance. » (LETTRES DE MARIE-ANTOINETTE, RECUEIL DE LETTRES AUTHENTIQUES DE LA REINE, publié pour la Soc. d'Hist. Contemp., par M. de la. Rocheterie et le mar. quis de Beaucourt. Tome I. Introduction, pp. XI, XXIV, XLVIII).

eee 107 as.

de doter les nôtres et de placer um enfants qui sont sur notre liste... » (1). :

Cependant, la reine n'ignore pas que la franc- magonnerie est, à cette époque, dans la main du duc de Chartres qui ne nourrit point pour elle une bien vive amitié.

Folles illusions, dira-t-on ! Manque de perspicacité, affirmeront les autres ! Non ; Mate Autoitefte voit juste ; la franc-maçonnerie, en 1781, n'a rien de redoutable. Sans doute, depuis la: réforme du G^ O~, ses divisions intestines ont cessé sur plus d'un point; et, en Artors, en particulier, d'intéressants efforts sont faits vers l'unification.

Cependant, elle n'est pas encore devenue un corps organisé avec lequel le gouvernement doit compter.

Chaque jour, elle va progresser dans la voie de l'entente et de la cohésion ; lorsqu'éclateront les événements de 1789, la Royauté trouvera devant elle, non pas des sociétés fragmentées, déchirées et rivales, mais une association unie et puissante, placée entre les mains d'un prince du sang acquis aux réformes et la secte comprendra nombre d'individus intelligents, ayant fait l'apprentissage de l'effort en commun et mürs pour la discussion publique des problémes sociaux.

Si la franc-maconnerie n'est pas préparée, par l'unité de doctrine, à l'unité d'action, du moins ses membres ont-ils gagné, aux entretiens de l'atelier, une tournure d'esprit et une mentalité qui les préparent à jouer un rôle dans les événements qui vont se succéder.

Et cela, ni Louis XVI, ni Marie-Antoinette, ni leurs Ministres, ni leurs Intendants ne l'avaient prévu.

(1) Cité par MM. de Goncourt, HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, Paris 1863, pp. 131-133 ; reproduit ensuite par Ernest Gegout, LE TÉLÉGRAMME DE TOULOUSE, 14 janvier 1904, puis par Louis Dasté, MARIE- Ludo -ET LE COMPLOT MAÇON- NIQUE, Paris, La Renaissance. Francaise, 1910.

CHAPITR ENT

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