LES INITIATIONS
Coup d'œil rétrospectif. :
Apprentif. Compagnon. Maitre. Rose-Croix.
Apprentive. Compagnonne. Maitresse.
Nous possédons peu de renseignements sur l'initiation des premiers maçons artésiens. Comment recurent-ils la lumiére ? Selon quels rites la transmirent-ils a leurs adeptes ? Ce sont la autant de questions auxquelles il est difficile de répondre, en l’absence de rituels.
Ces cérémonies furent sans doute trés simples; la disposition méme des lieux ne permettait aucun apparat. Les frères de la Fidélité ne possedent, au Pavillon Doré, qu'une pièce, d’où suppression de l'antichambre, que des portes séparent du monde profane, du cabinet de réflexion et du parvis qui donne acces au temple.
Dans cette unique salle, on dessine à la craie, sur le sol, le ¢ableau de la loge, qui représente l'un ou l'autre dispositif, selon que l'on recoit un apprenti, un compagnon ou un maitre.
Le temple est éclairé par trois flambeaux posés sur le sol.
Les moyens employés pour s'assurer du courage et du sang-froid des candidats sont nécessairement simplifiés; on remplace les voyages compliqués, à travers tous les éléments, par un jet de poudre ou de résine sur les flambeaux ; les comptes d'une loge de Bruxelles, les Vzazs Amzs de l'Union, nous font savoir qu'à chaque initiation, on fait emplette d'un certain nombre de vessies qui, en éclatant, font un bruit tel que certains néophytes en sont impressionnés (1). A l'Orient, on place une table qui porte le maillet et l'Evangile selon Saint-Jean, ou une Bible; le serment est, en effet, une cérémonie essentielle, qui existe dés l'erigine.
Un procés-verbal de saisie, rédigé le 2 mars 1743, par les agents de la police, au local de la loge des 7ozs Canons, énumère, par le détail, les objets trouvés ; ce sont : un compas, une équerre, un ruban, un drapeau, une pierre brute, un glaive, un sac de sable, deux bourses avec des billes d'ivoire et quelques tabliers (2).
Nous pouvons en déduire qu'à cette époque, les épreuves, pour l'initiation du grade de maitre, se font déjà suivant les mémes rites : le récipiendaire est étendu sur le sol et le sac de sable sert à lui relever la téte
ou à un autre usage.
(1) Paul Duchaine, LA FRANC-MACONNERIE BELGE AU XVIIIe SIÈCLE, p. 123. (2) Ibid., p. 124 ; la Loge des TROIS-CANONS existait à Vienne.
Le véritable ornement du maçon est le tablier; les rubans qui devraient être un simple accessoire, prennent une importance considérable sous le régime de la G-. L- de France; enfin, il y a tout lieu de croire que la remise des gants blancs, symbolisant la pureté des actes du macon, avait lieu, dès l'origine.
Ces gants sont portés par le frère à la dame qu'il « estime » le plus; celle-ci « peut être la femme du récipiendaire, ou lui appartenir d'une autre façon; on n'a point d'inquiétude là-dessus... » (1).
Telles furent, selon toute vraisemblance, les cérémonies initiatiques chez les premiers magons artésiens.
La découverte des rituels en usage, depuis la réforme du G- O~., à la loge de la Fidélité d'Hesdin, va nous permettre de préciser ce qu'elles deviennent par la suite.
Apprentif (2)
Le 3 avril 1784, le profane Jean-Nicolas-André Despommare, âgé de 22 ans, officier au régiment de Penthiévre-Dragons, est regu apprenti. Le f-- de Chambonas a présenté sa candidature lors de la dernière tenue (3) et elle a rallié tous les suffrages.
Les fréres sont assemblés dans la loge tendue de bleu; en outre du tablier dont chacun est revêtu, les Elus portent le cordon moiré noir et la ceinture verte; les Chevaliers d'Orient ont une écharpe vert d'eau, parsemée de tétes de mort, les Rose-Croix, un sautoir ponceau et les Ecossais, un cordon cramoisi; le maitre des cérémonies tient à la main une canne sur le pommeau de laquelle est reproduit le portrait du Roi; les officiers sont à leurs places respectives ; 11s ont au cou un cordon de couleur blue qui soutient leurs attributs (4); les lumières, sur la table, sont disposées en triangle.
(1) L'ORDRE DES FRANCS-MACONS TRAHIS ET LE SECRET DES MOPSES RÉVÉLÉ. A Amsterdam, M.D.CCLVIII, p. 65.
(2) Arch. mun. d'Hesdin, rituel pour le grade d'apprentif, d'une écriture du XVIIIe siècle. Nous plaçons l'origine de cé document entre 1774 et 1789. Même remarque pour les rituels des autres grades, qui font partie de la méme collection.
(3) Le chevalier de Chambonas était certainement apparenté à Scipion- Louis-Joseph de la Garde, marquis de Chambonas, brigadier et lieutenant du roi en Languedoc, qui mourut à Paris, le 27 février 1765. Il était père de Scipion de Chambonas, célèbre par ses demélés conjugaux, qui fonda l'association peu recommandable des FELICITAIRES ou Hermaphrodites. Les manceuvres auxquelles on se livrait, dans ce « sublime ordre », étaient cachées sous une terminologie empruntée aux exercices de la marine ; les mémoires du temps se contentent de les qualifier de « singulières ». Pour plus de détails, on consultera les SOUVENIRS D'UN HOMME DE COUR, Paris 1805, 2 vol. in-8°, p. 268, et aussi : QUELQUES NOTES HISTORIQUES SUR LA FRANC-MACONNERIE DANS L'ARDECHE, par le Dr Francus, Privas 1896, im-16, p. 33. :
(4) Au bas de celui du vénérable pend un soleil et une équerre ; à celui du ler surveillant, un compas; celui du 2 surveillant est orné de la ligne d'aplomb ; le trésorier porte deux clés en sautoir, le secrétaire deux plumes et l'orateur une médaille.
Le f-- de Chambonas conduit le récipiendaire dans une première salle obscure. C'est le cabinet de réflexion. [atelier proprement dit, qui lui fait suite et où les frères sont réunis, représente le l'emple de Salomon (1).
Sans se montrer, le f-- terrible interpelle, en ces termes, le néophyte qui se présente à lui :
« — Fantóme impérieux qui viens ici, mal à propos, condamner mes plaisirs et troubler mon repos, va porter aux enfers ta noire jalousie et ne te méles pas de censurer mà vie...
Qui es-tu, malheureux ? Que viens-tu faire dans ce lieu ténébreux ? Veux-tu interrompre la paix et la tranquillité dont jouit une ame tendre, dans un séjour consacré à l'humanité ? Hélas! Que t’ai-je fait, profane ? Je ne te demande rien; d’où viens-tu ? Que veux-tu ?..
« — Etre reçu maçon.
« — Tu demandes à être reçu maçon; parles-tu vrai, si jamais vérité est sortie de ta bouche ? Qui t'a dit qu'il y avait des maçons ici ?
« — M. de Chambonas.
« — Crois-moi ; renonce à ce titre glorieux, car ton coeur accoutumé à mener une vie licencieuse n'est point fait pour exercer les vertus que pratiquent les maçons; ton âme fière et orgueilleuse aura peine à s'accoutumer à la modestie et à la sobriété qu'exige l'ordre dans lequel tu désires entrer. Et qui nous répondra de ta probité ? Saurais-tu nommer quelqu'un parmi nous qui voulüt être caution des qualités de ton cœur ?
« — M. de Chambonas.
« — Dis-tu vrai ? Malheur à toi si tu m'en imposes |... As-tu quelquefois pensé... à la mort ?
« -— Quelquefois
« — Eh bien! Penses-y encore...
Et le fr-- terrible, qui est poète à ses heures, continue en ces termes:
Misérable jouet de l’aveugle fortune,
Victime des maux et des lois,
Homme qui, par mille endroits,
Dois trouver la vie importune, D'où vient que de la mort tu crains tant le pouvoir ? Lache, regarde-la sans changer de visage ;
Songe que s'il est un outrage,
C'est le dernier à recevoir.
« Voilà comme nous sacrifions aux mânes de notre loge sacrée tous ceux qui viennent ic: pour abuser de nos mysteres et de notre confiance;
(1) Deux colonnes en décorent l'entrée ; c'est à leur pied qu'Hiram payait ses ouvriers. ; sur l'une se lit la lettre B, (Booz : la persévérance dans ce lieu), sur l'autre la lettre J, (Jakin : ma force est en Dieu) ; les chapiteaux de l'une et de l'autre représentent des pommes de grenade ; la première est couronnée par un croissant de lune, la seconde par un soleil flamboyant, servant, l'un et l'autre, à éclairer ceux qui travaillent ; l'équerre les unit; elle sert à donner de la forme à ce qui n'en a pas, le niveau à mettre de l'unité, la perpendiculaire à élever des « lignes sur leurs bases » ; le pavé est de mosaique, comme celui du temple, et la houppe dentelée en borne les extrémités ; la lettre G désigne Gott (Dieu), ou Gloire, Grandeur, Géométrie (voir plus loin notre explication de ce mot).
réfléchis bien à ta démarche; promets-tu de te conformer en tout aux statuts de notre loge ?
« — Je le promets.
Alors le f~. terrible se montre à lui et lui tient ce langage : « — Conime la vertu n'a pas besoin d'ornements pour paraître avec
éclat parmi nous, coramence par te dépouiller de tous tes métaux (1); découvre le genou droit ; mets ton soulier gauche en pantoufle (2) ; prends ce bandeau et couvre-toi les yeux; avale ce calice d'amertume, qui sera peut-étre le dernier de ta vie (3); passe le bras gauche hors de ta chemise.. (4)
« Comme tu est prét de paraitre actuellement devant le temple sacré de nos mystères, je vais voir si l'on est disposé à t'en donner l'accès.. Réfléchis mürement sur ton nouvel état; si tu persévères, tu seras heureux; je le souhaite. »
Puis, aprés avcir pris ses nom, prénoms et qualités, le frere laisse le récipiendaire dans le cabinet de réflexion et va l'annoncer à la loge.
Le vén-. f-- de Saint-Martin lui ordonne d'aller chercher le novice qui frappe à Ja porte en profane; le f-- terrible l'annonce ainsi : « C'est: un gentilhomme qui demande à être reçu maçon »; il lui découvre la mamelle gauche et le f- André, premier surveillant, l’introduit, en le terant par la main; il le place entre les deux colonnes, face au trône, sur lequel est assis le vénérable, qui l'interpelle en ces termes :
« — Profane téméraire! Quoi, tu oses ici porter tes pas; quel motif taméne dans ce temple auguste ? Viens-tu ici t'inscrire de nos mysteres, pour les insulter ou pour les dévoiler à tes semblables ? Tu gardes le silence; réponds-moi ?
« — Non.
« — N'est-ce point un esprit de curiosité qui t’améne ici ? Tremble, profane, et crains qu'il n'en coûte à ta témérité.
« — Non.
« — Eh bien! que l'on fasse voyager ce profane sous la voûte
d'acier, de l'Occident à l'Orient, pour chercher la lumiere. »
(1) Cf. Clavel, HISTOIRE PITTORESQUE DE LA FRANC-MACONNERIE, p. 12. Dans la maconnerie anglaise, jusqu'en 1872, on coupait les boutons de metal attachés aux vétements. Oswald Wirth, LE SYMBOLISME, p. 71.
(2) Ce serait pour symboliser le départ de Montserrat d’Ignace de Loyola s'en allant en pèlerinage ; celui-ci, s'étant blessé au pied, aurait dû remplacer sa chaussure par une sandale. (LES JÉSUITES CHASSÉS DE LA FRANC-MACONNERIE,. p. 58).
(3) Embléme des chagrins, inséparables de la vie.
(4) Cet usage est aussi ancien que la maconnerie ; l'auteur de l'ORDRE DES FRANCS-MACONS TRAHIS, qui écrivait en 1758, raconte, de facon plaisante, qu'« alors, on lui découvrit la gorge pour voir si ce n'était point une femme qui se présentait, et, quoiqu'il y ait des femmes qui ne vaillent guéres mieux que des hommes sur cet article, on se contenta de cette légére inspection... »
- L'ORDRE DES FRANCS-MACONS TRAHIS ET LE SECRET DES MOPSES RÉVÉLÉ. A Amsterdam, M.DCC.LVIIT, p. 53.
C. f. STATUTS ET REGLEMENS DE LA SOCIÉTÉ DES FREE-MASSONS, 1741, s. 1. 40 p.
in-8°, art. 18. : :
ae Bir es
Le frere prend la main du novice; il lui fait faire trois tours dans la loge et lui crie : « Lève les pieds! », « Baisse la tête! », « Prends garde! », « Salue! ».
Pendant ce temps, les frères font la voûte d'acier au-dessus de son front; le profane a la sensation de passer successivement par l'eau, le feu et l'air; on lui découvre alors les yeux et i] voit toutes les épées tournées vers son visage.
Le vén-. f^ de Saint-Martin est assis, à l'Orient, devant une table surmontée de trois lumières, au milieu desquelles on a placé un livre d'évangiles. Il ordonne qu'on lui amène le néophyte, qui doit marcher vers lui, les pieds en équerre.
A son approche, il se léve de son tróne et lui fait mettre un genou en terre, sur une équerre; puis il appuie un compas sur son sein découvert et lui commande de le soutenir de la main gauche, tandis que la main droite sur l'évangile, il prononcera le serment :
« Je jure à la face du Grand Architecte de l'Univers qui est Dieu, de ne jamais révéler le secret des macons et de la maconnerie, directement ou indirectement, de ne pas le trahir de bouche ou d'écrit; de ne
ien découvrir et tracer qui y ait rapport, par signe, par geste ou de manière quelconque et en cas d'infraction, Je consens à avoir la gorge coupée, les yeux crevés, le sein percé, les entrailles tirées du corps, le coeur arraché, brülé, réduit en cendres, jeté au fond des abimes de la mer, ou répandu par les quatre vents sur toute la surface de la terre, afin qu'il ne soit plus fait mention de moi devant les hommes. »
Le vén-- ajoute alors : « Dieu vous soit en aide et son Saint-Evangile sur lequel vous venez de jurer. Amen ».
I] lève alors le maillet et menace d'en donner un coup sur le compas dont la pointe percerait le coeur du néophyte; mais tous les frères crient : « Grace! »; sa main s'abaisse et il dit :
« Je change le nom de monsieur, qui est profane, en celui de frère qui doit être sacré pour.vous ; recevez, mon cher frère, ce tablier qui vous donne le droit de vous asseoir parmi nous, dans cette loge; baisez-en . les cordons ; mettez ces gants ; leur blancheur est le symbole de la pureté. et de l'innocence des mœurs d’un maçon; cette autre paire est à l'usage des dames; vous la présenterez à celle qui tient la première place dans ‘votre cœur ;nous voulons par là prouver au beau sexe que nous avons pour lui toute l'estime qu'il mérite; puisque nous ne le perdons pas de vue, méme dans nos mystéres. Si nous ne lui ouvrons pas l'entrée de ce temple, c'est que nous redovtons ses attraits et le pouvoir de ses charmes. »
Le vén- de Saint-Martin donne ensuite les mots (1) et signes d'at-
(1) Le mot de reconmaissance est, pour-les apprentis, Jakin. Le mot secret est Tubalcan. :
oe. E
touchements (1) et, le f-- Blin, second surveillant, ayant déclaré qu'il est minuit, la loge est fermée par trois fois trois applaudissements et après le cri de : Houzé! Houzé! Houzé!
Compagnon
Les dispositions de Jean Despommare sont excellentes et son zéle ne fait de doute à personne puisque, reçu maçon le 3 avril 1784, 1l obtient le grade de compagnon trois semaines plus tard.
La loge, ce jour-la, est parée des mémes ornements que précédemment; on a ajouté, en plus, quelques décorations nouvelles : le niveau, l'équerre, la chaine d’union ; enfin, nous lisons ces mots écrits a l'Orient : Sagesse, Force, Beauté (2). x ;
Le f-. terrible, accompagné du récipiendaire, s'annonce à la manière accoutumée et le vén-. f. de Saint-Martin les fait reconnaitre par le f-. Blin, second surveillant; celui-ci vient lui rendre compte de sa mission et il lui est ordonné de les faire entrer :
« — Quel est ce frère que vous me présentez ?
« — C'est, comme nous vous l'avons déjà dit, un apprentif qui cemande le degré de compagnon.
« — A-t-il fait son temps ? Son maitre est-il content de lui ?
« — Oui.
« — Faites-le voyager et présentez-le moi par trois pas. »
On entraine le récipiendaire et on le conduit vers l'Occident ; il a les pieds en équerre et il s'avance ainsi; arrivé devant le vénérable, il imet le genou droit en terre et, la main sur l'Evangile, il prenonce ce nouveau serment :
« Je promets de garder, sous les mémes obligations, le secret de compagnon envers les apprentis, comme je garderai celui d’apprenti envers tous les profanes. »
Puis on relève « poliment » le récipiendaire qui se place à côté de l'autel : on tire la bavette de son tablier qu'il a le droit de porter en dehors et on l'attache à un bouton de sa veste (3). Le vén-- f-- de Saint- Martin lui communique alors les signes, mots et attouchements (4) et le
(1) Le signe d'apprentif se fait en étendant le bras droit et en portant la main sous la gorge ; on la retire ensuite horizontalement le long de l'épaule et on la rabat perpendiculairement.
L'attouchement se donne en mettant la main droite dans celle du f.., les doigts étendus, le pouce en dehors pour l'appuyer sur la premiére jointure de l'index.
(2) Ce qui signifie qu'il faut de la sagesse pour inventer, de la force pour soutenir et de la beauté pour orner le temple de Sa'omon. (Catéchisme d'apprentif).
(3) Ce signe distingue le compagnon de l'apprenti, dont la bavette n'est pas visible, et du maitre qui la porte attachée par deux boutons.
(4) Le signe se fait en étendant la main droite le long de la cuisse, en l'élevant perpendiculairement pour l'appliquer sur le cceur, le pouce et l'index ou- . verts représentant l'équerre ; on la tire horizontalement, ensuite en travers la poitrine et on la rabat d'aplomb. Pour donner l'attouchement, on ouvre la main droite comme font les apprentis, mais on applique le pouce sur la première phalange du médius. Le mot est Booz.
f-. Jacquemont du Donjon, orateur, s'adresse à lui en ces termes : « Le bandeau fatal qui couvrait vos yeux se léve aujourd'hui et le flambeau de la vérité commence à luire pour éclairer vos pas; enveloppé autrefois dans un voile épais, vous vous égariez dans les sentiers des profanes et le soleil de la justice ne portait point jusqu'à vous l'éclat de ses rayons; mais, à présent, le masque tombe; la lumière paraît et nos mystères «e dévoilent à vos regards étonnés; voyez ces figures redoutables tracées par le crayon, ces degrés, ces colonnes, c'est le Temple du Roi d’Israél, le sage Salomcn, le Temple du vrai Dieu détruit par les Romains et relevé par les francs-maçons; oui, mon cher frère, c'est pour donner un lustre nouveau à ce temple qui n'existe plus que dans nos cceurs, qu'assemblés sous les auspices de la sagesse, nous faisons revivre dans une aimable fraternité les vertus de l’âge d'or et le siècle d'Astrée, armé de l'équerre et du compas.
« La lumière qui manque au profane est un flambeau qui ne nous abandonnera jamais et ce niveau, que nous portons, nous apprend à apprécier les honneurs sans en étre éblouis; voyez cette douce union, cette paix chérie qui régne parmi nous, c'est le fruit de l'égalité que nous établissons dans nos loges; jamais le souffle empoisonné de la discorde ne ternit son éclat et n'altére sa beauté; dans quelque climat éloigné que vous porte la fortune des voyages, sur terre comme sur mer, vous verrez le maçon déposer en loge le titre qui le décore, aimer la vertu dans ses semblables, les croire ses égaux, parce qu'ils sont hommes, entrer dans leurs peines, partager leurs maux, tendre dans leurs besoins, une main secourable, ne point cacher l'imposture dans les replis tortueux d'un cœur, parler avec ingénuité, agir avec candeur, porter sur un front serein la douceur et la beauté, fuir ces regards dédaigneux, affectés par l'orgueil pour mettre de l'intervalle entre les conditions, pardonner les injures et n'en faire jamais, chérir le bien et ne pouvoir hair que le vice, se montrer simple dans ses mœurs, aisé dans ses manières, affable dans la société, savoir tempérer l'austérité et la sagesse par la sage volupté et ouvrir son coeur pour goüter avec ses freres, des plaisirs toujours innocents et permis; voilà, mon cher frère, une esquisse légère du portrait d'un franc-macon; le caractére dont on vient de vous revétir vous donne droit à ces vertus ; mettez-les en usage dans l'univers entier, dont vous devenez citoyen; vous êtes frère; Jouissons avec vous du précieux avantage de l'étre... »
Ce discours terminé, le f. Jacquemont du Donjon regagne modestement sa place, tandis qu'on l'applaudit trois fois. Le frère démonstrateur explique ensuite au récipiendaire les différents symboles qu'il a sous les yeux; puis le vén“. f-. de Saint-Martin ferme la loge en disant : « Puisque nous n'avons péché en rien, félicitons-nous, mes frères, d'avoir si bien travaillé aujourd’hui ».
Maitre
Le 20 juillet 1784, le f.. Despommare est recu à la maitrise. La loge est tendue de noir; des tétes de mort, des larmes, des os en sautoir
da
achèvent de lui donner un aspect funèbre. Neuf bougies l'éclairent, également réparties : au Midi, au Nord, à l'Occident, à l'Orient ; des étoiles brillent sur l'autel du vénérable.
Au milieu de la piéce, se trouve un cercueil entouré de larmes et orné, sur un bout, d'une téte de mort, sur l'autre, de deux ossements croisés; au milieu se lit le mot /ékova ; à une extrémité figure un compas ouvert, à l'autre une équerre; enfin, à droite, nous voyons un petit monticule que surmonte une branche d'acacia.
La céréraonie qui va se dérouler est la reproduction de la mort légendaire d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon.
Le f-- Despommare est conduit par le maitre des cérémonies auprès du f-. de Blin, second surveillant, qui, à trois reprises, lui demande le mot de maitre; il refuse de le donner, alors, son interlocuteur le frappe à la gorge d'un coup de règle.
Amen? en présence du f-. André, premier surveillant, celui-ci lui adresse la méme demande; il persiste dans son reíus et il recoit au cœur un coup d'équerre.
. Alors le très respectable f-. de Saint-Martin — c'est le titre que, pour cette cérémonie, l'on donne au vénérable — ayant achevé le récit de la mort d’Hiram, frappe à son tour, d'un coup de maillet au front, le récipiendaire qui tombe en arrière; deux frères létendent dans le tombeau et le couvrent d'un drap mortuaire. Ils disposent auprès de lui la branche d'acacia.
Toute la loge s'approche : les surveillants lui prennent alternativement l'index et le médius, les tirent légèrement et les laissent glisser.
« —.Qu'avez-vous fait, demande le T-. R=?
« — J'ai cru pouvoir le réveiller par l'attouchement d'apprenti, dit l'un; par l'attouchement de compagnon, ajoute l'autre, mais la chair quitte les cs.
« —- Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et qu’ensemble nous pouvons tout ? »
Et le T-- R”. prend le poignet du compagnon et, avec l'aide des surveillants, il le relève par les cinq points de perfection (1).
I] lui fait ensuite prêter un nouveau serment, le revet du cordon bleu et lui attache le tablier peint sur satin (2); puis, après lui avoir fait prêter serment, il le reçoit comme maître, aux applaudissements de tous les frères (3).
Tels sont les trois grades symboliques qui renferment tout l'ésoté-
(1) Ces cing points de perfection sont : le pédestre, l'inflexion des genoux, la jonction des deux mains droites, le bras gauche sur l'épaule et le baiser de paix.
(2) Le tablier est peint sur satin ou sur peau ; son prix minimum, en 1805, est de 1 fr. 25. (Comptes de la L-. de la FIDÉLITÉ). a
(3) Voici quel est l'attouchement de maitre : pied droit contre pied droit, genou contre genou, poitrine contre poitrine, la main droite tenant en griffe celle de l’interrogateur, la main gauche sur l’épaule droite. Dans cette position, frapper. trois coups de la main droite et la renverser trois fois, à mesure
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tisme maçonnique. On leur a superposé une foule de degrés, qui ont la prétention de révéler des secrets nouveaux; en réalité, ils tendent simplement a expliquer ceux qui précédent.
Il faut excepter cependant les grades suivants qui ont une signilication spéciale : le Rose-Croix, le Chevalier Kadosh (1) et le OE Inspecteur Général ou 33° degré, grade honorifique et administratif (2).
Chev.. Rose-Croix
La loge est tendue de noir. Un crucifix domine l'autel et sur chacune des trois colonnes, on lit ces mots : Foz, Espoir, ( harité, Les frères sont habillés de couleur sombre; ils portent un ruban de rnéme, auquel pend une croix surmontée d'une petite rose; une seconde pièce fait suite à la premiere, ornée de tentures rouges et, sur l'autel, on reniarque un
tableau de la Résurrection ; un triangle lumineux l'éclaire.
Nous sommes au mois TE juin: 1784; le souverain chapitre de Rose- Croix d'Arras va procéder à l'nitiation de plusieurs néophytes qui attendent, revêtus du tablier vert des chev’: de l'épée, ie chapeau orné d'une cocarde de méme couleur, le glaive au côté.
Sur l'invitation du Trés Sage f-- Delecourt, le f- Blin de Wanquetin, maitre des cérémonies, va vers eux et leur dit (3) :
« — Tous nos temples sont détruits ; voulez-vous nous aider à les rebátir et embrasser avec nous une loi nouvelle ? »
Sur leur réponse affirmative, il frappe à la porte du Temple :
« — Très Sage, ce sont des chevaliers de l'épée, errant dans les bois et les montagnes, qui espérent, par votre secours, pouvoir recouvrer la parole qu'ils ont perdue. » (4).
Tous les chevaliers font le signe de douleur, se tournent vers l'autel et se prennent la téte entre les mains; les candidats sont alors introduits et placés sur une ligne, face à Orient; le Trés Sage leur dit :
— . Chev-- de l'épée, la confusion est au milieu de nos travaux; i| n'est plus en notre pouvoir de les continuer. La consternation que
qu'on donne le baiser fraternel et le mot ; tels sont les cinq points parfaits de la maitrise.
Le mot secret est Gabaon ; le mot de passe, Giblin.
(1) La loge est tendue en rouge, parsemée de colonnes blanches avec des flammes. Un tableau au centre représente un bücher allumé. Une échelle mystérieuse est placée au bas du tableau ; à chaque échelon, le candidat jure de faire son devoir. Tous les chev.. sont casqués, cuirassés, bottés, éperonnés, et ils ont le globe en main ; l'épée et l'éperon du candidat sont prés du Grand Maitre. I] est recu ; le vén.. lui donne l’accolade et il met le genou droit en terre et la main droite sur l'Evangile. Le Grand Maitre le ceint de son épée, lui rend son éperon, le reléve, l'exhorte.
(2) C. f. Ragon, RITUEL DE L’APPRENTI MACON, p. dÉ
(3) RITUEL DU Chap.. Souv.. D'ARRAS A LA VALLÉE DE PARIS, Chap.. Souv.. d'Isis, Arch. du P.-de-C., coll. Barbier, liasse 53 ; manuscrit de 52 p.
(4) Allusion à la recherche de la vérité, par le travail,
vous voyez peinte sur tous les visages vous témoigne assez tout l'exce de notre douleur.
« L'Etoile flamboyante a disparu, les ténèbres nous environnent, le voile du temple est déchiré en deux parties, les colonnes sont renversées, les outils sont brisés, la pierre cubique à pointe a sué sang et eau (1) et la parole est perdue.
« Pour parvenir à la recouvrer, il ne faut pas rester dans l'inaction. Nous avons entrepris de nouveaux travaux.et pour nous diriger, nous avons embrassé une loi nouvelle. Consentez-vous à la suivie et à la pratiquer avec nous ?
« — Oui, Trés Sage.
« — Puisque c'est le désir des ff. Chev-- de l'épée, cher f-- maitre des cérémonies, faites-les voyager, qu'ils apprennent à connaitre les beautés de la loi nouvelle, qu'ils désirent embrasser et qui, désormais, devra les diriger dans leur conduite. L'ordre voudrait que les ff-- Chevde l'épée fissent trente-trois voyages, mais vous les réduirez a trois : nous aurons égard au zèle et à l'ardeur qu'ils nous témoignent. »
Le f-. Blin de Wanquetin obéit à cet ordre. Il dirige la marche de telle facon que les candidats, en passant, regardent face à face les chev”. Rose-Croix ; il fait répéter à chacun d'eux et à chaque tour, l'inscription de l'une des colonnes ; enfin, il fait fléchir le genou, chaque fois qu'on passe devant l’O-..
« — Les voyages sont achevés, dit-il au Très Sage. »
Celui-ci interpelle alors les récipiendaires en ces termes: « Eh bien, mes fréres, qu'avez-vous appris dans nos voyages ?
« — A connaitre les vertus qui doivent nous guider dans la nou-
velle loi que nous voulons embrasser, la Foi, l'Espérance et la Charité. “il en est d'autres, veuillez nous le dire et nous les mettrons en pratique.
/. « — Non, mes frères, il n'en est pas d'autres; mais que celles que vous venez de connaitre soient constamment devant vos veux et règlent sans cesse votre conduite!
« — Approchez, mes frères, et venez prêter votre obligation. »
Alors les surveillants quittent leur place et vont à l'autel; ils se tiennent de chaque cóté des candidats qui, le genou fléchi, la main sur l'Evangile, prétent le serment suivant : ;
« Nous promettons de ne révéler jamais les secrets des Chevde l'Aigle et du Pélican, Princes et Parfaits Maçons libres d'Hérédon, Souv-. de R- C-., le nom de celui qui nous a recus, le lieu de notre réception, sous les peines d’être perpétuellement dans les ténèbres et d’être pour jamais privés de la parole. Qu'un ruisseau de sang coule de nos veines; que les épines les plus piquantes nous servent de chevet ; que !e fiel et le vinaigre soient notre breuvage ; que le supplice de la croix termine enfin notre sort, si jamais nous osons enfreindre les lois du Souv..
(1) La matiére, développée par le sel et le soufre.
Chap- auquel nous avons la faveur d'appartenir et les statuts de l'ordre! Que Dieu nous soit en aide! Oz. ! »
Puis le T^ S~. f.. Delecourt montre aux candidats le tableau, Je tablier et le cordon; il leur dit : « Ce tableau vous fait connaitre nos mœurs et notre croyance. I] doit aussi vous rappeler le point principal de nos mystères. La couleur de ce tablier est l'image des maux qui nous affligent. C'est la perte de la parole qui a causé tous nos malheurs. Ce cordon est le symbole de notre tristesse. La perte de la parole nous reid inconsolables. Dans les recherches que nous ferons pour la recouvrer, ce méme cordon nous servira de ralliement.
« Passez, mes fréres, à l'Occident et travaillez avec nous. »
Le Trés Sage et les surveillants frappent six et un, le premier continue :
« — Quel motif occasionne notre tristesse ?
Les chevaliers lui répondent : « La pierre cubique à pointe ruisselle sang et eau, exposée sur une montague escarpée, taillée en pointe de diamant par le relâchement et les erreurs des maçons.
« — Que signifie ce mystère ?
« — La perte de la parole que j'espère retrouver, par votre aide.
« — Que faut-il faire pour la recouvrer ?
« — Embrasser la loi nouvelle et étre pleinement convaincu des trois Vertus qui en sont la base et le fondement.
« -— Comment nommez-vous ces trois vertus ?
« —-La Foi, l'Espérance, la Charité.
« — Comment les trouverons-nous ?
« — En voyageant et en parcourant, pendant trois jours, les obscu-
rités les plus profondes.
« —- Voyageons et parcourons, pendant trois jours, les obscurités les plus profondes de Orient au Nord; du Nord à l'Occident; de l'Occident au Midi. »
Deux à deux, les frères s'en vont, en observant le plus profond silence.
Le Très Sage ouvre la marche que ferment les deux surveillants.
Tout le monde pénètre dans la seconde salle qui, nous l'avons vu, est tendue de roug» et brillamment illuminée; lcs as=irants frappent a la porte qu'on a refermée devant eux.
De l'intérieur, l'expert questionne :
« — Que deinandez-vous ?
« — Ce sont des Chevaliers qui cherchent la parole par le secours de la nouvelle loi et des trois colonnes.
« — Ils ne l'ont pas trouvée encore ?
« — Non, mon frère.
« — Eh bien, qu'ils continuent leurs voyages et qu'ils tachent de
la trouver, autrement ils ne pourront jamais étre admis parmi nous. » Puis il couvre le Temple.
Alors le f-. Biin de Wanquetin, maitre des cérémonies, reconduit
les candidats dans la première chambre; il leur óte toute décoration, le tablier excepté ; i! les revêt d’un cilice en disant :
« Il ne suffit pas de vous humilier intérieurement, il faut encore que vous passiez par des épreuves autres que celles que vous avez subies déjà, pour vous procurer la parole sacrée. Etes-vous prêts à les supporter ? »
Sur la réponse affirmative des néophytes, il ajoute : « En ce cas, je vais vous mener dans un lieu d’où la parole perdue sortira infailliblement.
« A la gloire de la Maçonnerie, voulez-vous me donner votre confrance ? »
Les récipiendaires répondent : « Oui ».
Le maitre des cérémonies les conduit alors dans la chambre obscure. Là, il leur fait ôter le cilice, leur fait faire trois fois le tour de l'appartement, puis il les invite à s'envelopper de nouveau du cilice et il leur dit : « Ce que vous avez aperçu n'est rien en raison de ce que vous allez souffrir, si malheureusement vous n'avez pas toute la fermeté voulue.
« Dans l'endroit ot je vais vous conduire, on vous posera différentes questions auxquelles vous devez répondre d'une manière convenue. je vais vous communiquer ces réponses. S1 vous les oubliez, vous ne sauriez vous garantir d'un grand malheur qui vous menace et Jamais vous ne pourriez parvenir au grade sublime de Maitre Parfait. »
Les candidats, aprés ces épreuves préparatoires et cette instruction, suivent le f- Blin de Wanquetin qui les ramène a la porte du temple et frappe sept coups, six d'abord, puis un dernier, apres intervalle
I.e premier surveillant : « Très Sage, on frappe à la porte du Temple en chev-- R^ C^. »
Le f-. Delecourt répond : « Faites voir qui frappe et l'annoncez ».
Le frére expert aux candidats : « Que demandez-vous ? »
« — Ce sont des frères chevaliers qui, aprés avoir parcouru les espaces les plus profonds, vous apportent le prix de leurs pénibles recherches et qui désirent vous procurer la parole perdue qu'ils ont eu le bonheur de recouvrer. »
Cette réponse est donnée au Trés Sage, qui ordonne de les admettre. Dès qu'ils sont à l'Orient, il leur demande :
« — De quel pays venez-vous ?
«o—-/De-la Judée.
« — Par où avez-vous passé ?
« — Par Nazareth.
« — Qui vous a conduit ?
« — Raphaël.
« — De quelle tribu étes-vous ?
« — De Judas.
« -— Eh bien, mes frères, je ne suis pas plus instruit.
« — Très Sage, rassemblez les lettres initiales des mots principaux
que j'ai donnés pour réponse et vous aurez l'instruction que vous désirez.