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.. Quand la parole est revenue au Très Sage, tous se relèvent et il prononce la prière suivante :
« Souverain créateur de toutes choses, nous vous remercions humblement de tous les biens dont vous daignez nous combler. Faites, par votre bonté, que nous soyons sans cesse nourris de toutes sortes de vertus et puissions-nous, par le don de votre grace divine, mériter un jour la béatitude éterneile! Ainsi soit-il! »
Enfin, le Très Sage frappe sept coups et dit : « Très excellents et respectables frères, premier et second surveillants, engagez les Chevahers dignitaires, les puissants officiers, les RR-- CC. placés sur vos colonnes à m'aider à fermer le S- C.. de R^. t. »
Puis il ajoute : « Quelle heure est-il ? »
On lui répond : « L'heure du parfait maçon, l'instant où la parole est recouvrée, où la lumière a chassé les ténèbres, où l'étoile flamboyante a reparu dans tout son éclat, ou la pierre cubique s'est changée en rose mystérieuse, où les outils ont repris leur forme et où la loi nouvelle va Gésormais rógner sur nos travaux ».
« Puisque la parole est retróuvée, la nouvelle loi régnera désorruais sur nos travaux; TT: EE-- et RR-- FF. premier et second surveillants, annoncez que je vais fermer le Souv-. Chap. »
Ils proclament : « Le Trés Sage va fermer le Souv-- Chap“, Rose- Croix, joignons-nous à lui ».
Le Trés Sage s'écrie : « A moi, Rose-Croix ! ». Puis il frappe un coup et dit : « Les travaux du Chapitre Souverain d'Arras, au quatriéme Ordre, sont fermés ». Les deux surveillants renouvellent cette annonce.
Alors, le f-. Delecourt donne, de chaque côté, au chevalier qui se trouve près de lui, et en l'embrassant, les paroles de passe et l'attouchement. Le mot et le signe circulent de proche en proche et arrivent aux surveilants qui les rendent au maitre des cérémonies ; celui-ci les reporte au Trés Sage et dit : « Prosternons-nous devant le G-. A-- et retirons-nous en paix ».
Réception d'une sœur magonne
Le 3 mai 1782, le f-- de Saint-Martin propose, à la tenue de la L.. de la Fidélité, à l'O. d'Hesdin, la candidature de la marquise de Fléchin (1). Elle est admise à l'unanimité et la date de sa réception est fixée au 5 mai suivant.
Au jour indiqué, la loge reçoit la décoration d'usage (2) ; le « tapis des apprentives » est placé dans le milieu de la chambre (3) ; il représente l'arche de Noé flottant sur les eaux, la tour de Babel et
(1) Livres d'architecture de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 3 mai 1782.
(2) Rituels de la FÉLICITÉ, loge d'adoption, manuscrit de la fin du XVIIIe siécle. (Arch. mun. d'Hesdin).
(3) Remarquons que, pour toutes ces réceptions, on se borne à dérouler un tapis, sur lequel sont peints les différents attributs, ou à les crayonner sur le parquet.
l'échelle de Jacob. Devant la place qu'occupera le Grand Inspecteur, on a disposé une table surmontée d'une équerre « peinte au naturel » sur une toile noire et d'un pommier avec ses fruits. Au pied de l'arbre est enroulé un serpent : l'un et l'autre sont en carton découpé ; Adam est à sa droite, Eve à sa gauche. Cinq chandeliers portant chacun cinq bougies éclairent cette scéne. Derriére le tróne du vénérable f Videlenne, est accrochée une grande étoile en relief, décorée de plusieurs lumiéres ; une glace qui s'ouvre « comme une boétte » en refléte tous les détails ; elle est voilée d'une étoffe légére couleur de feu. Près du vénérable, on a placé deux tabourets supportant des vases remplis d'esprit de vin, mélé de sel; on y met le feu; deux fréres terribles portent des flambeaux de résine saupoudrée de, soufre ; ces matiéres combustibles, en brülant, font un bruit sec et dégagent une odeur Acre. :
Chacun, à son poste, a revétu l'habit qui convient à la cérémonie; le vén“. f-- Videlenne qui la préside, porte au cou un cordor bleu moiré, au bas duquel pend une truelle; il a le chapeau sur la téte, l'épée nue à la main droite ; il s'est mis à l'Orient. Tous les frères, l'épée a la main, forment la voûte d'acier. Le Grand Inspecteur prend place à l'Occident. Il porte au cou un cordon de moire bleue, comme le vénérable; un marteau y est suspendu; les autres officiers et lui ne sont pas couverts. Par exception, les dames restent coiffées.
Frères et sœurs sont assis autour de la loge ; chacun est décoré d'un tablier blanc et d'une petite truelle attachée par un cordon bleu en sautoir.
La récipiendaire a été conduite dans une première salle que n'éclaire qu'une lumiére posée dans une téte de mort. Une dame, la dernière initiée, lui demande s1 elle a fait toutes ses réflexions pour entrer dans un ordre aussi respectable et si elle est « en bon état », d'autant qu'elle va passer par de terribles épreuves, qui n'ont cependant rien de contraire à la bienséance et à la vertu « la plus épurée » (1). Elle l'engage à beaucoup de fermeté et lui fait óter la jarretiére gauche qu'elle remplacera par un ruban bleu « d'une aulne de long ». Elle lui óte la manchette et le gant droits, lui bande les yeux et lui dit de mettre toute sa confiance en elle.
La marquise de Fléchin est introduite ensuite et le vén-. f-. Videlenne lui adresse la parole en ces termes :
« — Est-ce votre volonté d'étre recue franc-maconne ? « — Oui, vénérable.
« — Avez-vous fait toutes les réflexions nécessaires pour entrer
dans un ordre aussi respectable ?
(1) Les dames qui se présentent ne doivent ni étre enceintes, ni avoir leur mois, « de peur que si, par hasard, elles venoient à avoir peur, celà ne leur fut dommageable ». On sait qu'à Naples, une jeune récipiendaire mourut, le 1er septembre 1750, à la suite des épreuves auxquelles on l'avait soumise. Après cet accident, un édit royal défendit les réunions maçonniques sous peine capitale. (C. f. Thory, ACTA LATOMORUM, tome I, pp. 96, 119. Ragon, MANUEL D'ADOPTION, p. 94).
:& — Oui, vénérable.
« — Ne vous est-il jamais arrivé de vous faire sujette à des vices infâmes contraires à la vertu et à la probité ?
« — Oui, vénérable. »
On laisse alors la récipiendaire se livrer un moment à son repentir, puis on la fait passer sous la voûte d’acier ; on la conduit du Nord à l'Occident ; on la soumet à l'épreuve du feu, en lui faisant passer les mains sur les réchauds enflammés. On l’oblige à se laver les doigts ` dans du mercure, en lui disant que c'est du plomb fondu et que, si elle est bonne franc-maconne, elle ne se brülera pas. On lui montre le squelette ; aprés que le vénérable lui a fait voir l'horreur de son état, l'origine du péché, ce qu'elle a été, ce qu'elle sera, on lui óte le bandeau ; deux frères terribles forment à cet instant autour d'elle un sillage lumineux en agitant Jeurs flambeaux. Le vénérable dit : « Laissez-lui faire de sérieuses réflexions sur l'état présent ».
Il ajoute : « Vous la ferez passer de la mort à la vie, en la menant vers l'étoile d'Orient par cinq pas ». Les deux fréres lui découvrent l'étoile qui tout à l'heure était cachée sous le voile, couleur de feu et qui brille à présent d'un trés vif éclat. La récipiendaire se met à genoux et le vénérable l'exhorte en ces termes :
« Vous allez, Madame, étre admise dans cet ordre trés respectale, ot il ne se passe rien contre la religion, l'état et la vertu. La fermeté que vous avez fait paraitre dans les épreuves, la probité et la vertu de celui qui vous présente, ncus sont de stirs garants de votre facon de penser à notre égard ; achevez un si grand ouvrage en acceptant l obligation formidable qui doit vous unir à nous. »
Puis il lui fait préter le serment suivant :
« Sur la connaissance que j'ai du grard soleil de la lumiére, qui a tiré du chaos les quatre éléments, pour en former la sublime architecture de l'univers, je promets de garder et cacher sous l'éternel cadenas du silence et de ne pas le révéler à un frére ou à une soeur qu'aprés l'avoir reconnu tel, aprés le plus exact examen; je promets, si je manque à ma parole d'étre exposée à la honte de l'infamie que tous les macons réservent aux parjures : je promets de plus d'écouter, d'obéir, travailler et me taire, tout cela sous peine d'étre frappée du glaive de l'ange exterminateur et que les entrailles de la terre s’ouvrent sous moi pour m'engloutir, si je manque à ma parole. Je désire, pour m'en garantir, qu'une portion du feu qui réside dans la plus haute région de l'air éclaire mon cceur, le purifie et le conduise dans les sentiers de la vertu. Je promets de plus et m'engage de coucher cette nuit avec... une jarretiére de corde » (1). Sur cette jarretière, qui est de peau blanche, sont écrits ces deux mots : « Vertu et
Silence ».
(1) Le texte manuscrit porte, à cet endroit et entre parenthèses : ici le vénérale s'arréte un instant pour lui dire...
Le vénérable lui donne ensuite le mot et le signe (1), puis il l’embrasse en disant : « Je vous change la qualité de madame en celle de sœur et vous en donne la première marque en vous faisant présent de cette jarretière ».
Pour lors, l'introductrice lui óte, « le plus décemment possible », le ruban et lui remet la jarretiére.
L’inspecteur lui donne des gants et un tablier blanc. Il les remet en disant : « Je vous décore de ce tablier, doublé de blanc, qui vous représente et doit vous faire ressouvenir de la candeur que doit avoir un maçon et une maçonne », et lui fait alors donner le baiser d’asso- „ciation (2).
Le vénérable termine ainsi cette instruction : « Mes frères et mes sœurs, écoutons, obéissons, travaillons et nous taisons ; la loge d’apprentive est fermée ».
Compagnonne
Si nous savons que la marquise fut reçue apprentive, nous 1gnorons si, après avoir subi les épreuves qui précèdent, elle devint compagnonne. Ce grade fut décerné, le 27 mai 1788, aux sceurs Marie- Catherine Watier et Sophie Doné, épouse et fille d’un négociant d’ Abbeville.
C'est le vén-. fr-- Bellevre, avocat, qui préside la cérémonie. La loge représente le jardin d’Eve et d'Adam, ou plutót le paradis terrestre d’ot ils furent chassés aprés leur péché ; un fleuve baigne le pied de l'arbre de la science du bien et du mal ; sur son tronc est écrit le mot Eve. Cinq lumiéres éclairent la loge : trois au Midi et deux au Nord. La surveillante accompagne la premiere récipiendaire, Marie- Catherine Watier, dans la chambre obscure ; elle lui óte les vains ornements du monde, lui couvre les yeux, comme dans les précédentes épreuves et la conduit a la porte de la loge. Elle y frappe cing coups. On accepte de la recevoir et, en entrant, on lui fait faire cinq fois le tour d’une table, placée devant le vénérable ; ce meuble, sur lequel sont tombés quelques fruits, supporte une truelle et une auge remplie d’une pate liquide (3).
L’inspecteur lui met aux mains une chaine qu’il lui passe autour du cou et le vénérable dit : « Faites-lui voir l’image de la séduction et la menez vers l’autel de la discrétion ». L’inspecteur la conduit, par ` cinq pas, et lui fait mettre les deux mains sur l'arbre en lui faisant préter son obligation : « Je promets de garder le secret des compa-
(1) Le mot d'apprentive est TEIX TEAX, le mot de passe EVA; le signe est de porter les deux derniers doigts de la main droite à la narine gauche. . (2) Le baiser d'association consiste en trois baisers sur une joue et deux sur l'autre.
(3) Cette pate serait faite de lait, d'huile, de vin et de farine ; RECUEIL PRÉ- CIEUX DE LA MAGONNERIE ADONHIRAMITE, 2? partie, pp. 49 et 51.
gnorines envers les apprentives et autres, sous la méme condition et obligation que j'ai contractée à garder celui des apprentives envers les profanes ».
Le vén“: f-. Bellevre lui présente une pomme en lui disant : « Voici le fruit de l'arbre du milieu; dés que vous en aurez mangé, vous deviendrez comme chacun de nous, vous connaítrez le bien et le mal, mais surtout gardez-vous bien de ne point avaler, ni mordre le pépin, d'autant qu'il est le germe et la source du péché ». Lorsqu'elle a mangé, il ajoute : « La sûreté des maçons ‘exige encore une précaution ». Avec la truelle, il prend de la páte qui est dans l'auge et il lui en met cing fois sur la bouche en lui disant : « Je vous applique le sceau de la maçonnerie, lequel doit vous faire ressouvenir que votre bouche ne doit jamais s'ouvrir pour dévoiler nos mystéres ».
Tous les fréres crient : « VIVAT ».
Le vénérable lui essuie la bouche, lui donne le mot, le signe (1) et le baiser d'association, qu'à son tour elle va porter à tous les assistants.
Maitresse
La récépiendaire, aprés étre restée quelques instants dans le cabinet de réflexion, est introduite, avec le cérémonial ordinaire, dans la loge éclairée par treize lumiéres, sept au Midi et six au Nord. Elle ales yeux bandés et, sur le cou, un mouchoir, symbole de la modestie. Elle entre. Le vénérable f-. Bellevre ordonne de lui faire accomplir « les voyages accoutumés ». L'inspecteur la prend par la main et lui fait faire cinq fois le tour de l'autel. Chaque fois qu'elle passe devant le vénérable qui est assis, le glaive à la main, elle fait une révérence en disant : « Je vous salue, trés vénérable ».
Pendant cette cérémonie, il régne un profond silence : les fréres ont l'épée nue à la main et les sceurs sont à l'ordre (2). L’épreuve terminée, le vénérable adresse à la récipiendaire quelques questions sur les grades précédents, puis 1l dit à l'inspecteur : « Otez-lui le bandeau et la faites avancer sans souliers, jusqu'au pied de l'autel pour y prêter le serment ». Alors elle vient s'agenouiller, la jambe gauche sur e sol, la main droite nue sur l'autel ; elle s'exprime ainsi :
« Je jure et je proteste de nouveau sur cet autel respectable, en présence de cette honorable compagnie, par les sacrifices d'Abraham, de Noé et de Jacob, sous les yeux de mes fréres et sceurs assemblés ici, de ne jamais révéler à aucun profane le secret de la maçonnerie, de ne rien expliquer, à aucun app- ou comp--, de plus que je n'en sais actuellement sur l'échelle de Jacob, l'arche de Noë, la tour de Babel,
(1) Le signe est de porter la main droite ou seulement le petit doigt de la main droite à l'oreille; on y répond en mettant les deux grands doigts de la main gauche sur la bouche, le pouls sur le menton ; le mot est Belba, qui signifie Babel. : j
(2) C'est-à-dire les deux mains l'une sur l'autre et sur la poitrine.
de garder soigneusement les mot, signe et attouchement de maitresse, d'examiner avec soin ceux qui se diraient tels avant de m'y livrer. Je promets de plus d'aimer, protéger mes fréres et sceurs dans toutes occasions, selon mon pouvoir. Lesquelles choses Je promets sur ma parole d'honneur et je consens, si j'étais capable d'y manquer, de me voir le mépris, la honte et l'infamie dont veuille me préserver celui qui a élevé le ciel, la terre et tous les éléments. Aunsi soit-il. »
Pendant ce temps, le f-- inspecteur tient une épée nue suspendue sur la tête de la sœur. Le serment achevé, elle se lève et va mettre ses souliers. Elle est ensuite conduite à une table qui se trouve prés de l'échelle de Jacob et sur laquelle sont disposés des outils, pour travailler en maçonnerie, tels que ciseaux et maillets, ainsi qu'une boite renfermant un cceur, sur lequel sont écrits ces mots : « La vertu et le silence ».
Le vénérable demande à la récipiendaire si c'est toujours sa volonté de persister dans le silence. Sur sa réponse affirmative, 1l ordonne à l'inspecteur de la faire travailler. Celui-ci lui remet un ciseau et un petit marteau et la fait frapper cinq coups sur la boite, un sur chaque angle. La pierre s'ouvre ou se casse aux coups portés par la sceur et le vénérable lui demande ce qu'a produit son ouvrage. L'inspecteur retire le coeur de sucre et dit : « Voilà ce qu'a produit l'ouvrage de la sœur ». Le vénérable f-. Bellevre s'écrie alors : « C’est Le grand art des maçons de transformer les hommes et de rendre doux et humains les ceurs les plus durs et les plus cruels ».
Le f-- inspecteur conduit la sœur au pied de l'échelle, dessinée avec de la craie sur le plancher ; il lui apprend à en gravir les échelons jusqu'au sommet ; le vénérable lui ayant demandé ot est la sceur, il lui répond : « Au sommet de la félicité ». Alors le vénérable ordonne qu'on la raméne vers lui ; il lui donne le signe et le mot de maitresse, et la fait conduire par l'inspecteur à tous les fréres et soeurs pour qu'elle le leur répéte en leur donnant le baiser de paix. Le vénérable conclut enfin : « Mes frères et mes sœurs, la tour de confusion est renversée ; la concorde et la paix sont rétablies parmi nous ; nous avons écouté, obéi, travaillé ; ta:sons-nous ; la loge de maîtres et maitresses est close ».
Telles sont les différentes épreuves qui, après la réforme du G-- O-- et jusqu'à la Révolution, sont en usage dans les loges de l’ Artois.
Une premiére remarque s'impose : c'est qu'aucune d'elles n'est contraire à la morale la plus stricte ; que nos ancétres aient voulu, en instituant les loges d'adoption, ajouter un attrait à leurs assemblées, qui devaient étre assez monotones d'ordinaire, on ne saurait vraiment leur en faire un reproche (1).
(1) Contra C. Nicoullaud, L'INITIATION MACONNIQUE, pp. 248 et suiv.
On prétend que cette maçonnerie mixte donna lieu à des abus et qu'il s'est trouvé des vénérables, « dignes capucins de Cythére » Cr); pour abuser du droit qu’ils avaient d’embrasser trois fois la récipiendiaire et pour prendre quelques privautés qui n’avaient rien d’initiatique (2). C’est possible. Les prêtres de toutes les religions — depuis celle d'Isis — ne sont pas à l'abri des tentations de la chair. Accordons méme que ce privilège ait pu faire des jaloux (3) ; mais de là à prétendre que ces innocentes fantaisies dégénéraient nécessairement en saturnales, il y a loin.
Si elles sont un peu puériles, rien ne prouve qu'elles aient été introduites en Artois en vue de faciliter le libertinage : la moralité des dames recues dans ces ateliers, la présence de leurs époux, la dignité des maçons qui assistaient aux initiations, les termes des discours parvenus jusqu'à nous, tout démonfre, au contraire, que rien n'offensa jamais la pudeur des aimables récipiendaires.
Peut-on prétendre davantage que ces cérémonies soient les différents termes d'un pacte que l'initié signe avec l'esprit malin ?
Malgré le ridicule d'une telle opinion, elle a cependant été soutenue (4); par le premier grade, le maçon devient l'esclave de Satan; puis c'est, aux degrés suivants, la captation de son corps et de son âme; si on met à nu la poitrine du récipiendaire, c'est pour voir s'il ne porte pas sur lui d'objets de piété ; si, lors de l’initiation à la maîtrise, il tente de se soustraire aux coups qui le menacent, c'est qu'il veut échapper à l'emprise du Mauvais ; la légende d'Hiram « dissimule la mort de l'homme de bien, dont l'àme est assassinée par les francsmaçons et livrée par eux à Satan » (5) ; le Rose-Croix, ou dix-huitième degré de l'Ecossisme, est un sacrilége : c'est la profanation de l'Eucharistie. Telles sont les données d'un pacte plus ou moins tacite,
(1) Notre Frére préparateur, - Digne capucin de Cythère, 'Contrefaisant un air sévére Et s'applaudissant du bonheur D'avoir été le confesseur De la jeune récipiendaire... Pour cette épreuve intéressante, Chacun enviant le destin Du trop fortuné capucin, Aurait voulu tenir la main D'une aussi jolie aspirante.
(MIROIR DE LA VÉRITÉ, dédié à tous les maçons par le f.. Abraham, à Paris, lan de la V.. L.. 5802, t. IIT, pp. 244 et suiv.). : Ces baisers étaient donnés sur le front et les deux joues.
(2) Ragon, RITUEL DE LA MAÇONNERIE D'ADOPTION, p. 22.
(3) Chacun de nous fut envieux De ce plaisir pur et délicieux Dont le Grand Maitre, sous nos yeux, Savoura seul la jouissarce.
MIROIR DE LA VÉRITÉ, t. III, p. 254.
(4) Charles Nicoullaud, L'INITIATION MACONNIQUE, préface de M. l'abbé Jouin, Paris 1913, pp. 208 et suiv.
(5) L'INITIATION MAÇONNIQUE, p. 229.
entre l'homme et l'esprit malin, pacte que le premier doit sceller avec quelques gouttes de son sang.
Nous n'avons rien vu de pareil dans les réceptions de macons artésiens. Ceux-ci respectent la religion, au point d'exiger des postulants qu'ils soient bons catholiques ; on peut méme faire un curieux paralléle entre le catéchisme qu'en 1765 enseigne Mgr de Bonneguise, évéque d'Arras, et celui qui est en usage, à la méme époque, à la loge d'Hesdin.