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CHAPITRE III

LA LITURCIE MAGONNIQUES

Le catéchisme de Mgr de Bonneguise, évêque d'Arras (1765) et celui des frères de la loge de la Fidélité d'Hesdin.

Cérémonies religieuses et maconniques.

L'apprenti et le novice.

L'évéque est chargé de diriger et d'instruire la jeunesse ;' il veille sur le fond, la forme et la méthode de l'enseignement religieux, afin de conserver la doctrine catholique dans toute sa pureté.

Le vénérable a les mémes attributions ; à lui le soin et la responsabilité du maintien des régles et des traditions maconniques ; l'un et l'autre, pour sauvegarder l'exactitude et la correction de leur enseignement, rédigent un catéch7sme, par questions et réponses, que l'on remet aux néophytes, aprés leur entrée dans la société, l'un par le baptême, l'autre par l'initiation au premier degré.

Les archives communales d'Hesdin possédent plusieurs manuscrits d'une trentaine de pages, contenant, à la suite de l'instruction des grades, le catéchisme particulier de chacun d'eux.

Les exemplaires d'éditions successives que nous avons pu.comparer, et qui furent en vigueur entre 1760 et 1789, ne différent entre eux que sur des points de détail ; ils ne varient pas plus que les catéchismes de différents diocéses ; la doctrine est unique ; seule la facon de l'exposer et de l'exprimer y diffère.

Cette variété dans l'énonciation des préceptes, nous la rencontrerons en Artois, aussi bien dans l'Eglise catholique que dans la franc-maçonnerie : à Arras, Mgr de Bonneguise publie, en 1765, un “catéchisme de 62 pages, destiné aux petits enfants ; l'autre édition, de la méme année, est portée à 146 pages, pour les aspirants à la premiére communion (1) ; enfin, nous rencontrerons des catéchismes dits de persévérance qui sont les olus complets ; il n'en est pas autrement dans les loges artésiennes ; l'enseignement différe selon le grade maçonnique du néophyte ; l'instruction lui est distribuée, d'autant plus complète qu'il s'approche de la lumière.

Les questions posées dans les deux catéchismes correspondent Souvent :

(1) CATÉCHISME, Arras, Michel Nicolas, 1765, in-18, 62 p. ; Arch. dép. du Pasde-Calais. CATÉCHISME, ibid., in-42, 146 p. Arch. dép. du Pas-de-Calais.

Le vénérable demande :

— Quels sont les devoirs d'un bon maçon ?

Et le prétre :

— Quels sont les devoirs du chrétien ?

Le premier continue

— Vous êtes donc bon maçon ?

Le second ajoute :

— Vous êtes donc chrétien ?

Pour l’un comme pour l’autre, il existe des signes de reconnaissance que ne peuvent :gnorer les nouveaux adeptes.

— A quoi connaitrai-je que vous êtes bon maçon, questionne le vénérable. 1

Le prêtre dit à son tour :

— Quel est celui qu’on doit appeler chrétien ?

Puis tous deux font donner les « signes » :

— Quels sont les signes des macons ?

— Quels sont les signes du chrétien ?

Les deux éducateurs se rencontrent encore, lorsqu'ils remontent à l'origine de leur religion respective :

— Qui vous a fait maçon ?

— Qui vous a fait chrétien ?

La réponse, ici, est la méme : « C'est Dieu, le Grand Architecte de l'Univers ».

A la réception d'un wpprenti, le premier surveillant, puis le vénérable, demandent

— Est-ce bien votre volonté d’être maçon ?

La méme question est posée à tous ceux — hommes ou femmes -— qui vont entrer en religion.

Sur cette interpeliation : « Ouel est le premier devoir du macon ? ». Le profane de s'exprimer ainsi : « C'est de remplir ses devoirs d'état, où Dieu l'a placé, de fuir le vice et de pratiquer la vertu ».

Comme on lui demande d'expliquer ce que doit fuir le bon maçon :

-— La médisance, dit-il, la calomnie et l'intempérance.

Ces réponses pourraient figurer avantageusement dans le catéchisme de Mgr de Bonneguise.

— Que devez-vous faire en loge ? demande le vénérable d'Hesdin.

Vaincre mes passions, explique le néophyte, ou bannir de mon cœur toutes les inclinations qui me portent au mal, pour ne pratiquer que la vertu ; Soumettre ma volonté ou obéir sans murmurer aux lois que l'ordre m'impose; Faire de nouveaux ‘progrès dans la maçonnerie ou, écouter avec attention et profiter des instructions enseignées par le maitre.

Ne sont-ce pas là les réponses que doit faire un novice ?

Lors de l'imtiation au premier grade, le vénérable demande au récipiendaire quel est son nom ; dans toutes les cérémonies du culte catholique oü il faut une personnalité bien définie, on agit de méme ;

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c'est le cas, par exemple, lorsqu'un sacrement n'est recu qu'une fois : baptéme, confirmation, ordre.

Cérémonies religieuses et maconniques présentent de singuliéres ressemblances ; Vapprentef est présenté à la loge par un franc-maçon qui répond de sa moralité et de ses bonnes dispositions, comme le parrain de l'enfant, que l'on baptise, donne ses noms et prénoms, demande “pour lui le sacrement et promet de veiller sur son filleul. Les bijoux que reçoivent les frères se retrouvent dans certaines communautés religieuses : cœur en métal, croix pectorale, médaille du Saint- Esprit, ou du pélican nourrissant ses petits, etc... De même que dans nombre d’ordres, le nom de famille est remplacé par celui d’un saint, le vénérable dit au néophyte : « Je change le nom de monsieur en celui de frère ». Lorsqu'il ajoute : « Recevez ce tablier, etc... », nous songeons à l'imposition des vêtements sacerdotaux ; la mise en cercueil du maître correspond à cette partie de l’ordination des prêtres où ils sont étendus sur le sol du chœur de l'Eglise, recouverts du drap des morts, pendant qu'on chante des psaumes funèbres : candidats à la prétrise et à la maitrise n'existent plus pour le monde ; mais leur résurrection suivra bientót.

Le serment, prêté sur l'Evangile à la face du G~. A-. de l'Univers, qui est Dieu (1), d'obéir aux statuts de l'ordre et de garder le secret, nous rappelle ceux, des confirmants « renoncant à Satan, à ses œuvres, à ses pompes », et ceux des prêtres, promettant de ne jamais dévoiler les révélations obtenues au tribunal de la pénitence. Enfin, quand le vénérable dit : « Dieu vous soit en aide », nous nous reportons, par la pensée, à P « Allez en paix », qui termine la confession.

Lors de la réception de l’apprentif. les trois coups frappés à la porte avant l'introduction en loge, signiñent :

Frappez et on vous ouvrira ; Demandez et vous recevrez; Cherchez et vous trouverez.

Ces trois sentences appartiennent à l'Ecriture Sainte. L'examen de conscience, que l'on réclame du néophyte, pendant le séjour dans la chambre noire du cabinet de réflexion, est, lui aussi, emprunté aux pratiques de la religion catholique : il correspond à la retraite dans le silence, l'isolement, le calme absolu, loin de toute préoccupation matérielle et des bruits du dehors, à la veille d'accomplir l'un des grands actes de la vie du chrétien, premiére communion ou vœux solennels.

Le frére terrible remplit un róle identique à celui du maitre des novices, qui, à l'instar des néophytes de la loge, vont interrompre le recueillement et la paix du séjour consacré au Seigneur : D’où viennent-ils ? Que demandent-ils ? Ils veulent étre recus dans la communauté.

Est-ce vrai.? Un cœur accoutumé à une vie toute mondaine semble peu préparé à pratiquer les vertus religieuses. « Ame fiére et

(1) CATÉCHISME DU GRADE D’APPRENTI, manuscrit du XVIIIe siècle ; coll. E. L.'

orgueilleuse, songez à l'immortalité ! », dit le maitre des novices. « Pensez à la mort, regardez-la en face! », s’écrie le frère terrible.

Le récipiendaire est dépouillé de ses « métaux » ; le novice renonce a tous les biens de la terre; sa robe de bure n’est même pas à lui;

que d'épreuves nombreuses et variées lui sont imposées pour soumet-. 1 I I

tre sa volonté, éprouver sa patience, humilier son orgueil, pour affermir en un mot sa vocation. Le supérieur l'interroge, pour savoir s'il est bien dans les dispositions requises pour étre admis.

Le novice fera des vœux d'obéissance ; le nouveau maçon prêtera son obligation entre les mains du vénérable et jurera, lui aussi, de vivre soumis aux statuts de l'ordre. i

Il semble que, par ses cérémonies rituéliques, la franç-maçonnerie artésienne ait de nombreux points de contact avec le catholicisme : les questions posées dans le:catéchisme correspondent souvent à celles du rituel maconnique, et quelques réponses de macon ne seraient nullement déplacées dans la bouche d'un catholique; le vénérable, c'est le prétre officiant, les deux surveillants représentent le diacre et le sous-diacre ; l'orateur devient le prédicateur ; l'inspecteur général, l'évéque en tournée pastorale ; le maitre des cérémonies remplace le suisse et les fréres servants sont les bedeaux.

L'assimilation semble plus compléte encore lorsque c'est, à Arras, le père Snitallier de Seillans, ou, à Hesdin, le chanoine Ennuyer, qui tiennent le maillet de vénérable (1).

(1) C. f. Albert Mathiez, CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE RELIGIEUSE DE LA RÉVO- LUTION FRANÇAISE, préface de Gabriel Monod, Alcan 1907, in-8°.

Dans le chapitre consacré à Chaumette franc-macon (IV, pp. 143 et suiv.), l’auteur nous montre ce vénérable de 26 ans associant « les vérités bibliques » à « l'extravagante théorie mécanique de l'Univers », réfutant les opinions ma- Hole combattant l'athéisme et affectant un grand respect pour « la parole

ivine ».

Chaumette — qui ne pensera plus de même en 1793 — se dit « appelé à l'état maconnique par la Providence ».

$ M. Mathiez démontre que les frères constituent une so.*e de « congrégation laique », animée « d'un esprit réformiste », vivant dans le siècle, tout en restant en bonnes relations avec l'Eglise. |

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