LE SYMBOLISME MAGONNIQUE EN ARTOIS
Les signatures.
Signification de la lettre G.
Bijoux et sceaux.
Ex-libris du v~- f-. Delecourt.
Les faux-noms des loges.
La question des grades.
Comme une religion, la franc-maconnerie a ses pratiques (1), elle posséde des symboles qui, pour la plupart, rappellent la création du rnonde et les événements qui l'auraient accompagnée ou suivie. Ces allégories, comme les mystères eux-mêmes et les noms barbares dont elles sont l'illustration, sont tirées des souvenirs de la mythologie, des rites du paganisme, de l'ancien ou du nouveau Testament: les croisades, l'ordre des Templiers, et méme nos anciennes corporations ont servi à les composer ou les ont inspirées.
L'art de batir, nous le savons, est la caractéristique essentielle de la maçonnerie qui lui doit son nom : le Temple, c'est l'Univers; le Grand Architecte, c'est Dieu; chaque loge représente un atelier, ses discussions sont des travaux; les écrits deviennent des planches à tracer, la plume, le compas, l'équerre et la ligne d'aplomb, leur servent d'outils ou d'ornements ; tout cela va se retrouver dans les différents symboles.
Les signatures apposées au bas des proces-verbaux ne sont pos toujours accompagnées d'un signe maconnique, qui est, du reste, facultatif et variable; les ff-. Rouillon et Hurtrel font suivre leur nom de trois points renversés (:.:), que le f-- de Fléchin sépare par une ligne C/2; le f-. Duremont dessine un petit trait entre deux barres paralléles (=), ie f -- Le sage dispose les trois points en ligne droite (...):
.(1) Les francs-macons eux-mémes reconnaissent qu'ils suivent les pratiques d'une véritable religion ; déjà, en 1779, l'auteur de l'ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE LA FRANC-MACONNERIE, PAR UN MEMBRE DE CET ORDRE (à Londres et à Lausanne), écrivait : « Tout le secret des franes-macons consiste à enseigner par des symboles que la vraie science est la morale et que les vrayes vertus sont les vertus sociales (p. 45) et, en note : « Si l'on veut bien réfléchir sur la DOCTRINE DE L'EVANGILE, on trouvera que la RELIGION CHRÉTIENNE propose encore ces deux articles. »
« La franc-maconnerie est une société « sainte et pieuse » ; Enoch, LE VRAI FRANC-MACON, 1 vol. in-19, 1779, p. 19. ;
Le t.. E. F. Bazot n'est pas d'un avis différent : « Cette RELIGION, que nous reconnaissons tous étre la franche-maconnerie, est chére à Dieu, parce qu'elle lui rend un hommage constant et véritable, chére aux princes, chére aux hommes, etc... » (MANUEL DU FRANC-MACON, par E. F. Bazot, à Paris, Caillot 1811).
à sa signature, le f Ledoux ajoute une croix, le f-. de Léviston, trois points en ligne entre deux traits parallèles (~); le f^ Cot Dordan, .deux barres et trois points (=...). Si certains maçons artésiens n'illustrent leur paraphe d’aucun symbole, beaucoup d’autres personnages, dont nous n’avons pas relevé les noms dans les tableaux des loges, signent avec deux, trois et quatre points diversement disposés; tel est le cas, notamment, de Ferdinand Dubois de Fosseux qui, a n’en pas douter, était franc-macon : dans sa correspondance avec dom Grappin, secrétaire de l'Académie de Besancon, il fait suivre, certaines fois, la première lettre de son prénom des trois points fatidiques (1).
Dans les diplômes, la fantaisie se donne libre cours : chacun mentionne, a la suite de sa signature, ses différents grades; sur le brevet de chevalier Rose-Croix de Charles André, le f-. Decarpentry signe Com. inandeur d’Orient, le f-. Tripier, Maitre Elu, Chev. Kadosh et Prince de Jérusalem, le f^. Janin, Vénérable régnant, Maitre ad vitam, Ecossais Maitre, etc... Ce diplôme porte la date du 2 juin 1751 (2); il est
(1) Bibliothéque de Besancon, LETTRES DE DUBOIS DE FOSSEUX A DOM GRAPPIN, 97. 13457 ; cette missive est signée : Amicus et Frater ./. F.. Dubois.
(2) Voici le texte de ce diplóme, dans lequel le qualificatif est employé sans mesure :
D'un lieu éclairé où règnent l'équité, le silence et la fidélité, Nous très haut, trés puissant, trés sublime et trés excellent seigneur chevalier de l’Aigle dit de Rose Croix, grand maitre ad vitam, trés équitable, trés valeureux et trés illustre prince de Jérusalem, Grand. Chevalier Kadosh, dit l'homme saint, chevalier de l'aigle noir et grand commandeur et chevalier d'Orient, chevalier d'Occident, chevalier du Temple, Sublime Ecossois, chevalier Prussien, Vrai Maitre parfait et Ecossois, ainsi que des autres Ecossois inférieurs, maitre architecte, Royal Arch., Vrai Maitre Anglais, Puissant Irlandais, ainsi que des grades inférieurs, prince chef des hommes éclairés de. la trés Respectable Grande Loge réguliére de Saint Jean de Jérusalem errigée au trés haut et trés grand Orient de la vallée d'Hesdin.
A tous fréres qui ces présentes lettres verront, Salut.. Salut.. Salut.. savoir faisons qu'aprés avoir reconnu notre trés cher frére Charles André dans tous les grades inférieurs de la maconnerie, Elu, Puissant Irlandois, vrai maitre Anglais, Architecte, Royal Arche, vrai Maitre et Parfait Ecossois, et dans tous les Ecossois inférieurs, chevalier prussien, chevalier du Temple, chevalier d'Occident et Sublime Ecossois, nous lui avons, pour récompenser son zéle et son assiduité dans notre trés respectable Loge, conféré de notre pleine et entière authorité maçonnique, les grades de chevalier d'Orient et de grand commandeur d'Orient ; ledit cher frére nous ayant donné de plus en plus des marques de son zéle pour l'Art Royal, nous l'avons revétu des grades de chevalier du Soleil, Grand chevalier Kadoh, dit l'homme St et, enfin, pour couronner ses travaux. nous l'avons décoré de ceux de trés équitable et trés valeureux nrince de Jérusalem, de Grand Maitre ad vitam et trés excellent seigneur chevalier de PAigle dit Rose Croix, afin qu'il puisse former et tenir loge où hesoin sera. avec le plein et entier pouvoir et conférer les susdits grades aux fréres qui le mériteront, contractant avec ledit frère Charles André la plus sainte et inaltérable alliance.
A ces causes. Prions les trés respectables fréres qu'i] visitera de lui faire hon acceuil. lui décernant ]a place que ses travaux lui ont mérité et de l'assister dans ses besoins, conformément à nos saintes, sacrées et inviolables obligations. offrant la pareille à tous les chers frères aui viendront se présenter à nous m nis de leurs patentes et pour que foy soit ajouté à ces présentes, avons fait sioner et sceller.du cachet de notre loge : nous prions que le Grand Architecte de l'univers vous ait en sa sainte garde; fait, passé et délivré au trés
rédigé sur un parchemin, illustré en couleurs par une plume naive et malhabile; en tête nous lisons cette devise : « Fidelitate meruere; Luwen et tenebre eum non comprehenderunt » ; la partie supérieure du brevet est ornée d’une corde ou chaine d’union qui soutient une clé, celle du Temple de Salomon, d'attributs funéraires rappelant l'initiation au grade de maitre ;d'un triple triangle, de l’aigle noir du Rose- Croix tenant dans ses serres un poignard ; d'une balance, d'un triangle et d'une équerre; un oiseau emporte une médaille sur laquelle figure cette devise : « Madatam (sic) liberavit fidem » ; enfin, une tête de mort percée d'un glaive, symbolise la nature que le grand œuvre fera revivre; un soleil flaraboyant marque le but du grade de Rose-Croix ; une branche d'acacia est l'emblème de l'immortalité. |
En haut du parchemin, l'artiste a dessiné un triangle plein qui en contient un autre plus petit, renversé et évidé, dans lequel est figuré un G; cette lettre est reproduite également dans six triples triangles qui, avec le sceau de la loge, complètent l'illustration du diplôme.
Quelle signification faut-il attribuer à cette lettre ? Ce symbole donne lieu à des interprétations différentes (1); pour les premiers maqons artésiens, G, cinquième consonne de l'alphabet, est l'initiale de la cinquième science, la Géométrie, ou encore celle du nom du Grand Architecte de l'Univers (Gad, Gud, Gott, God, Goda, Dieu). Après la réforme du G-: O~., G signifie Générateur ou Génération universelle (2) ; au grade de maitre, le sens changerait : G serait Gnosa, connaissance (3); pour d'autres, la signification de cette lettre est Gloire, Grandeur (4); Clavel y voit également l’initiale du mot Géométrie (5), et N. de Bonneville celle du Général de l'Ordre (6), explication fantaisiste; pour d'autres, enfin, le G serait la troisiéme lettre du tarot, le Dieu hermaphrodite de la gnose... (7). : |
Pourquoi faire appel à la magie pour découvrir le sens de cet embléme qui, croyons-nous, varie à chaque grade; il convient d'y voir une invocation au Grand Architecte de l'Univers qu'on peut vénérer, méme s'il n'est pas androgyne.
grand orient de la vallée d'Hesdin, le deuxième jour du quatrième mois de lannée maconnique cinq mil sept cent cinquante un et de l'Ere vulgaire le deux juin mil sept cent cinquante un. Le susdit frére a aussi signé.
Suivent les noms des ff.. Panis, Duquesnoy, Decarpentry, Tripier, Lafond, de Sarlabous, Nihelle, Janin, Vén.., de Rauch, Ledoux, Ducauroy, Le Comte, Charles André. (Archives municipales d'Hesdin).
(1) LA MAGONNERIE ECOSSAISE COMPARÉE AVEC LES TROIS PROFESSIONS ET LE SE- CRET DES TEMPLIERS DU XIV® SIÈCLE, par N. Bonneville, Orient de Londres, 1788.
(2) Ragon, RITUEL DE COMPAGNON, pp. 31 et 32, partage cette opinion. (3) Ibid., pp. 13, 71.
(4) RECUEIL PRÉCIEUX DE LA MACONNERIE ADONHIRAMITE, p. 55.
(5) HISTOIRE PITTORESQUE DE LA FRANC-MACONNERIE, p. 45. Cette opinion est des plus sensée ; notons cependant que l’auteur qui la donne n'est pas exempt de parti-pris ; ses appréciations sont, le plus souvent, sujettes à caution.
(6) LES JÉSUITES CHASSÉS DE LA MACONNERIE, 2e partie, p. 75. (7) L'INITIATION MACONNIQUE, p. 201.
Le f-. André, à qui fut remis ce brevet de Rose-Croix, remplissait les fonctions de premier surveillant à la L- de la Fidélité, quand celleci obtint du G-- O-., le 1° mai 1774, sa charte de reconstitution. C'est une gravure non dépourvue de finesse, qui représente les deux colonnes du Temple de Salomon, les marches mystérieuses et le pavé en mosaique de pierres blanches et noires, image du bien et du mal; deux femmes pues surmontent des colonnes; l'une tient un compas, l'autre une étoile; un triangle domine un ciel chargé de nuages : inclinons-nous devant cet embléme capable de tout vivifier par sa vertu divine, puisqu'il est le tétragramme révélé à Moise dans le buisson ardent; de part et d'autre, la lune symbolise les mystères sacrés de l'ordre, le soleil, le but que l'on doit poursuivre ; des étoiles parsèment le firmament; elles indiquent le commencement de l’œuvre accomplie.
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Au bas des diplómes et des planches à tracer pend le seau de la loge. Celui de la Constance d’Arras se compose des attributs suivants : au centre, une tête de mort entourée de branches de chêne et de laurier;
-sur les côtés, l'équerre et le compas, la truelle et le marteau; en haut, le soleil et la lune, entre lesquels une étoile, et, séparant le tout, un chérubin ailé, armé du glaive et porteur d'une torche; sur le pourtour se lit cette devise : « En merces magistrorum anglacorum, ex oriente lucido Constantia atrebatensa ».
Cette inscription nous montre la persistance de la tradition, qui attribue à cette loge une origine anglaise; ce fait mérite d'étre retenu.
Le timbre de l'Azzzzé d’Arras est fait de son monogramme. La loge des Cœurs Choisis de Doullens prend pour devise : « Omnibus unum »; on voit sur le sceau qu'elle adopte, une équerre qu'un chien tient en gueule, un compas, une téte de mort, une colonne sur laquelle on lit : « Fortitudo » et, brochant sur le tout, un soleil resplendissant. Le cachet de la Réunion d'Aire figure une circonférence environnée de rayons lumineux, ornée d'une étoile à cinq branches, au centre de laquelle se détache la lettre G.
La Fidélité d'Hesdin possède plusieurs sceaux (1): le plus usité se trouve a chaque folio des Livres d'architecture. Il représente les quatre éléments : un chien assis regarde un soleil qui étend ses rayons sur la mer; le pélican qui nourrit ses petits et au centre les lettres F. L. R. forment l'anagramme de Fidélité, Loge Kégulière; sur le contour se lit la devise : « Moribus Unita Fidelitas ». Une variante de ce cachet représente, dans un ovale, une colonne brisée autour de laquelle s'enroule une tige de lierre; un chien et un cœur enflammé sont l'image de la fraternité. Ce modèle est vraisemblablement celui de la loge d'adoption, la Félicité. Un troisième type affecte la forme triangulaire : une colonne supporte l'étoile à cinq branches ornée du G symbolique; un chien et un fil à plomb sont dessinés de part et d'autre; sur
(1) La matrice de l'un est en buis, celle de l'autre en cuivre.
les côtés sont écrits ces mots : Fidélité L1 O. d'Hesdin. Enfin un dernier sceau représente la facade du Temple de Salomon; on y remarque les attributs suivants : équerre, compas et lune d'une part, marteau, truelle et soleil de l'autre, étoile au centre; sur le pourtour, cette inscription : Loge Régulière d Hesdin.
Le cachet de la loge d'Amé e£ Fraternité figure un triangle et une équerre enlacés, au milieu desquels figure la lettre G; on y lit ces mots : « Soctété de Dunkerque » ; la poignée est d’ébene; elle comprend, incrustés en ivoire, des attributs maçonniques d'un joli travail.
Ces différents sceaux n’ont rien d’original et ne sortent pas de ia banalité courante. Un grand effort d’imagination ne fut certainement pas nécessaire pour découvrir que le chien est le symbole de la Fzdélité et pour marier, plus ou moins heureusement, les emblèmes expliqués dans tous les rituels magonniques.
Dans le choix de leurs bijoux, les freres ne font pas preuve d’un esprit plus inventif; à Calais, les maîtres portent un insigne en verroterie, composé d'une équerre et d'un compas enlacés (1). Les Rose-Croix se décorent d’un bijou triangulaire figurant, au recto, un aigle sous une croix que domine un brillant soleil et, au verso, un pélican nourrissant ses petits (2). Les « Old Fellows », de Boulogne-sur-Mer, reçoivent une : pièce d'argent fgurant la paume d'une main ouverte et ornée d’un cœur. Enfin, à la Frdélité d Hesdin, les insignes sont uniformément faits d'un triangle en métal doré, dont la décoration varie suivant les grades : une pièce d'argent pour le trésorier, une équerre pour les surveillants, une pierre brute pour le vénérable, qui porte ainsi le symbole de la réalisation des actes humains, de l’œuvre accomplie.
Un type de bijou curieux est celui qui figure un homme attaché sur une croix de Saint-André. Il est en argent et cuivre et proviendrait de l’une des loges de Boulogne-sur-Mer ; 11 reproduit une scène de l’initiation au grade de Séraphine, l’un des plus mystérieux de la francmaçonnerie ; aucun document artésien ne le mentionne (3).
Les jetons de présence, distribués aux frères, à l'issue des assemblées de la loge, représentent le salaire des ouvriers; voici le modele adopté à l'Azzz£tzé de Boulogne-sur-Mer.
(1) Musée de Boulogne-sur-Mer, N° 561.
(8) Ibid., Nos 562 et 563.
(3) Ibid. N° 96. Consulter à ce sujet : ESSAI SUR LA SECTE DES ILLUMINES, OUvrage attribué à Barruel, Londres, 1789, pp. 49 et suiv.
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Certains macons artésiens, mieux inspirés, ou plus ambitieux, se sont composé des devises et des sceaux particuliers. Nous connaissons l’ex-libris de Delecourt, notaire à Arras; voici la description qu’en donne M. J. de Pas (1): « Ecu portant en chef des attributs agricoles (herse, épis, coq) et une ancre rangée sur un fond d’azur, surmonté d’un soleil rayonnant; en pointe, parti au 1° de sable au crucifix porté sur un écu ovale d'argent, accompagné de trois roses à 6 feuilles; au 4° de gueules à l'épée posée en bande accompagnée en chef d'une étoile et d'un croissant de lune, en pointe d'une tour, le tout d'argent. Supports : deux lévriers couchés sur des livres. Timbre : téte d'ange portant une couronne à 5 pointes. » Une croix pend au bas du cartouche et en haut, une banderolle porte la devise : « De la Cour est mon espérance » (2).
L'auteur commet une erreur en avançant que les supports sont deux lévriers ; l'un est un mouton et l'autre un levrier ; l'un de ces animaux n'a pas de collier et se distingue de son voisin par son port de téte ; sa queue, non effilée, est abondamment garnie de laine jusqu'à l'extrémité ; enfin, un chien, dans la position couchée, a, d'ordinaire, les pattes allongées et non repliées. 7
De plus, pour n'avoir pas identifié le personnage, qui est le f-- Delecourt, vén“. de la L-. de la Constance, d' Arras, M. J. de Pas n'est point amené à rechercher s'il se trouve en présence d'une combinaison d'emblémes maconniques.
Cependant, on remarque de suite ces attributs bien connus l'étoile à cinq rais et la lettre G., le triangle symbolique, le croissant de lune.
« Mais cet ex-libris est autre chose que l'amalgame fantaisiste de différents emblémes. Il a une signification magonnique que l'on peut interpréter en sens clair et en sens secret.
L'écu tiercé représente la division Orient, Occident, Nord ; il est d'azur en chef, de gueules et de sable en pointe, car il figure les trois éléments air, terre, feu. Voici, en chef, le soleil régulateur et la lumière du monde, la herse, divisée elle-même en trois bandes, formant le triangle égalitaire ; les trois épis rappellent la charité, le dévotment et la fraternité, l'ancre, l'espérance, le coq, la vigilance. En pointe, au premier, la croix, entourée de roses, est placée sur un fond de sable, parce que le noir est la couleur de la loge, lors de la réception d'un Rose-Croix ; ces fleurs mémes affectent la forme d'un triangle renversé. En pointe, au deuxieme, la tour figure le temple ; l'épée est levée pour protéger ou menacer ; l'étoile à sept pointes éclaire la marche en avant ; le quartier de lune représente le travail matériel; ainsi :
(1) Archives des Collectionneurs d'ex-libris et de reliures historiques, Paris, 93, rue de Prony, 1905, p. 28.
(2) Cet ex-libris est gravé par Lemaire flls, d'Arras, et semble avoir été exécuté vers 1780 ; il porte : ex libris Delecourt, notaire.
= Le chef de l'écu symbolise la maconnerie bleue, celle qui édifie. La pointe au premier, la noire, ou philosophique, celle qui pense. La pointe au deuxième, la rouge, ou militante, celle qui agit.
A la base de la colonne de droite, un triangle éclatant porte cette inscription : Je. ho vah. Dzeu ; la colonne de gauche est ornée de la lettre G qui concrétise la toute puissance et l'autorité intellectuelle. Le support n'a rien de magonnique;.il exprime la fidélité du notaire envers ses client; les lois sont figurées par des volumes. La sonnette et la plume sont les attributs des fonctions notariales. » (1).
Ce curieux ex-libris a été inspiré au f-. Delecourt par sa situation dans la maçonnerie et la judicature. Il s'explique encore par la nature du pays habité par celui qui le composa et la profession de ses ancétres. L’Artois est une région agricole, d’où la présence des épis, de la herse et du coq, roi de la basse-cour ; il est proche du littoral de la mer, d'oü la présence d'une ancre. Nous ajouterons que les parents de Delecourt étaient agriculteurs ; qu’enfin, à Harnes, où celui ci naquit, passe la riviére de la Souchez. Quant à la devise « De la cour est mon espérance », comment faut-il l'interpréter ? (2). Quelle est cette cour ? Est-ce la cour judiciaire ou, de par ses fonctions, le notaire peut se croire rattaché ? Est-ce la cour du roi ? Cela parait peu probable, car le f-- Delecourt n'avait rien d'un courtisan ; est-ce la cour de la ferme paternelle, ot régne le coq ? Non, sans doute, puisque l'intéressé est notaire et n'a que des rapports de clientéle avec les agriculteurs. Faut-il lire: « De là, court mon espérance » ? Cette explication serait certainement la plus rationnelle, s1 l'on pouvait faire courir l'espérance, à laquelle on a l'habitude de préter des ailes...
Le f-. Delecourt possédait en outre un petit cachet qui était en partie la reproduction de son ex-libris (3).
Tels sont les différents symboles que nous avons retrouvés dans les diplômes, les patentes et les bijoux de nos maçons artésiens ; la ville d'Hesdin en posséde assurément la-collection la plus compléte qui soit.
Une médaille ovale de la Constance, représentant les emblemes des dix-huit premiers degrés de l'Ecossisme, a été vendue, il y a quelques années (4); on lisait sur ce bijou une date : 5787. Nous connaissons enfin des épées, des verres à boire, décorés d'attributs francmaçonniques, conservés dans des collections particulières.
Cette pléthore de bijoux et d'ornements ne doit pas nous éton-
(1) C. f. EX-LIBRIS MACONNIQUES ET CABALISTIQUES, par A. Quenaidit. (Bulletin de la Société archéologique, historique et artistique LE VIEUX PAPIER, Le Pré-
Saint-Gervais, mars 1906).
(2) Le nom du f.. Delecourt est parfois orthographié Delacourt. (3) Ce cachet appartient à M. J. de Pas ; il est frappé en noir et en relief, de forme ovale, et mesure 0,028/0,025. (4) Catalogue L. Coblentz, vente du 23 novembre 1904, n^ 71.